A M. HÉBERT
BECZVSUB gSnéiial des gabelles et traites foraines, et trEsorieb DE l'extraordinaire DES GUERRES A DMDN.
Montbard, le 26 février 1778.
M. l’abbé Bossut* m’avait prévenu , mon cher monsieur, avant mon départ de Paris, que M. Huvier avait bien travaillé, et qu’il le croyait en état de soutenir l’examen. 11 faut l’exhorter à continuer, et je ne doute pas qu’il ne soit reçu l’année prochaine.
Mme Allut m’a écrit que son mari était h Paris et qu’elle croyait que son père s’était enfin rendu à ses instances. J’en serais bien aise, car jamais la machine de la manufacture ne pourra se soutenir que par le concert de tous ceux qui y sont intéressés.
J’ai repris depuis six mois mon travail sur l'histoire des oiseaux, et c’est avec grand plaisir que je trouve souvent l’occasion de citer votre nom. Le quatrième volume in-4“ est achevé d’imprimer, aussi bien que les deux cents premières pages du cinquième volume. Je crois, mon très-cher monsieur, que vous feriez bien pour votre santé de reprendre vos anciennes habitudes de chasse et d’exercice; c’est le moyen le plus sûr de diviser la lymphe, car je crois en effet que votre mal vient d’épaississement et de stagnation. Venez à Montbard dès que le temps sera bon. Mme Allut désire d'y venir aussi. Je décrirai des oiseaux et vous en chasserez. Il ne faut pas vous inquiéter de cette interruption dans les pulsations du pouls; toute ma vie le mien a été intercadent; il me manque une pulsation sur quatre. Cette différence, qui dépend de la conformation, ne produit aucun mauvais effet. Je ne craindrais pour votre état que l’affaiblissement de l’estomac par les remèdes, et je suis persuadé qu’en conservant vos
CORRESrONUANCE
forces vous vous rétablirez; personne ne le désire plus ardemment que moi, par les sincères et tendres sentiments de l’amitié et de tout l’attacliement avec lequel j’ai l'honneur d’ètre, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
PiUFFON.
(Inédite. — Appartient à M. Murette, qui a bien voulu nous en donner communication.)
CGXI
A M. LEBllUN.
Montbard, le 26 février 1778.
Je vous remercie, monsieur, de la charmante lettre que vous venez de m’écrire', et dont je vous renvoie le brouillon que j’ai respecté, n’ayant pas regardé les ratures*.
Je n’avais nul doute que vous ne fussiez accueilli et môme recberclié par Mme Necker* ; elle aime les grands talents, et les estime au delà môme de ce qu’ils valent chez les personnes vertueuses. Vous ne pouvez donc manquer de lui plaire à tous égards, en vous montrant tel que vous ôtes, et lui parlant a toujours vrai. Vous devez avoir reçu, monsieur, une lettre de moi la semaine dernière; mai.s je suis toujours enclianté de chaque occasion qui se présente de vous assurer des sentiments de toute mon estime, de ma reconnaissance et de ceux du respectueux attachement avec lequel j’ai l’iionneur d'être, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Le comte de Buffon.
(l'ubliéc, ca 1811 , dans les Ol’uvrCi complctet do Lebrun.)
CGXII
AU MÊME
Montbard, le 3 mars 1778.
Il n’était guère possible, monsieur, de faire une réponse plus convenable, plus agréable, que celle que vous avez faite à Mme Necker, et je suis persuadé qu’elle en aura été flattée, et qu’elle vous recevra avec empressement lorsque vous vous présenterez'. Seulement, j’entends dire que, depuis quelques jours, elle n’a reçu personne, parce que Mlle sa fille est malade. Les vers que vous lui avez adressés dans votre lettre sont d’un bon goût et dignes de vous. Je ne doute pas que votre ocfe ne vous fasse encore plus d’honneur que celle sur M. le prince de Conti, quoique celle-ci ait été reçue avec applaudissement par tous les connaisseurs.
L’arrivée de M. de Voltaire va faire qu’on s’occupera et qu’on parlera plus de poésie que jamais; ce serait une raison de publier cette magnifique ode plus tût que vous ne le comptiez, monsieur; je parle ici beaucoup plus pour votre gloire que pour la mienne. Cependant j’avoue que, dans un ouvrage d’une aussi grande sublimité, on gagne toujours en différant. L’idée de rappeler le nom du fils dans la bouche de la mère, ne peut que faire un grand effet; et, comme j’ai commence à vous parler avec toute liberté, je crois que votre amitié me pardonnera lorsque je lui dirai que je supprimerais la strophe qui commence par :
Là, cédant la richesse, etc.
Elle n’est pas de la beauté des autres. On a aussi trouvé que la narration de la maladie était trop longue, et si l’on pouvait, en effet, des quatre strophes, dont la première commence par ; •
L’une au sogrilc brûlant, etc.
n’en faire que deux, ce bel ouvrage serait également nerveux partout*.
Je voudrais de tout mon cœur trouver une occasion de vous en marquer ma reconnaissance, et vous ne pouvez me faire plus grand plaisir que de me la procurer; mais je ne connais point le premier président, et très-peu d’autres personnes du Parlement, et je? ne sais si je pourrai vous être utile dans votre procès *.
J’ai l’honneur d’être , avec toute estime et tout attachement, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Le comte de Buffon.
(Publito, en 1811, dans le> OEuvm compUtei de Lebrun.)
CGXIII
A L’ABBÉ BEXON.
Montbard, le 3 mars 1TT8.
Vous travaillez tant et si bien, mon très-cher abbé, que je dois partons les moyens vous en marquer ma reconnaissance. Je vous prie donc d’accepter 600 livres que Lucas vous portera dans douze ou quinze jours, et vous m’en enverrez un reçu motivé coimne les précédents, pour votre travail sur l’Histoire naturelle jusqu’au 1" juillet prochain. Je serais charmé que cette petite augmentation pût vous fairejouir plus longtemps de la présence de votre clière maman et de votre très-aimable sœur'.
Je viens de recevoir les pics, et il ne reste que les martinspêcheurs pour compléter ma partie du cinquième volume. M. Gueneau fera le reste, et, je crois, ne fera rien de plus. Le ' sixième volume commencera par les {>erroquets, dont je vous envoie ci-joint le préambule, d’après lequel vous pourrez di- . riger vos vues particulières. Je vais travailler l’article des pics, dont je n’ai lu que le premier article, qui me paraît trèsbien, et j’attendrai celui des martins-pêcheurs, pour voir tout
le parti qu’on peut tirer de ces sujets comparés. Je vous embrasse, mon très-cher monsieur, un peu h 4 hâte, car la poste presse.
UüFFON.
(Publiée par François de Neufchâteau et par M. Flourens.)