CC.XCIX
Note 1, p. 154. — Il s’agit ici do la charge do grand chantre de la Sainte-Chapelle, dont l’abbé Bexon venait d’étre revêtu à la place de l’abbé du Sailly décédé. C’était un poste fort recherché, et qui, malgré le poème de Boileau, était en grande considération. Legrand chantre de la Sainte-Chapelle portait la crosse et la mitre, et jouissait d’un certain nombre de privilèges importants. L’abbé Bexon dut cette dignité à l’amitié de BulTen, qui la sollicita pour lui à son insu et lui annonça celte heureuse nouvelle d’une façon délicate, dont M. llumbert- Bazile nous a conservé le détail. Son mannscrit contient à cet égard quelques notes intéressantes que nous rapportons ici.
* Lorsque l’abbé Bexon vint offrir ses services à M. de Buffon, il lui fit l’aveu qu’il était l’unique soutien d’une mère infirme et d’une jeune sœur qui n’avaient d'autres ressources que son travail. J'ai souvent vu Mlle Bexon, qui venait frt'Kjuemmcnt dîner à l'hôtel avec son frère. Un soir, à un dîner auquel j’assistais, l'abbé, en levant sa serviette, trouva un brevet qui lui conférait la charge de grand chantre de la Sainte-Chapelle de Paris. La rétribution de cette dignité était do huit mille livres tournois. M. de Buffon, qui avait appris qu’elle était vacante par suite du décès du chanoine titulaire, avait sollicité et obtenu la nomination de l’abbé Bexon à son insu. On ne peut rendre la douce jouissance de M. le comte, qui avait fait en même temps deux heureux, et les sentiments de surprise et de reconnaissance do l’abbé Bexon , touché jusqu’aux larmes d'un bienfait aussi généreux que délicat. Ce tableau fut réellement aussi noble qu’attendrissant.
€ Un soir, qiielquesjoursaprèssa nomination à cette nouvelle dignité, l’abbé Bexon, qui dirait au Jardin du Roi. quitta la table au milieu du repas, en s’excusant sur ce qu’il ne pouvait rester davantage. « Qii’a- < vez-vous donc, lui demanda M. de Buffon? Éies-vous indisposé? — « Non, monsieur le comte, répondit le grand chantre, mais je suis € convoqué pour une grande solennité qui a lieu chaque année dans
NOTES
( la Sainte- Chapelle et dont je ne connais pas encore l'objet; à mon « retour, je vous en dirai les détails, i
< Le surlendemain, l’abbé Bexon et sa sœur dînaient à l'hôtel; il n’y avait à table que M. le comte, son fils et moi. « Eh bien, mon- ■ sieur Bexon, dit M. de BufTon, quelle était donc cette cérémonie qui ( vous a si subitement éloigné de nous l’autre soir? est-ce elle qui vous t préoccupe encore aujourd’hui? C’était donc quelque chose do bien € extraordinaire? — Très-extraordinaire , en effet, répondit l’abbé en « levant les mains au ciel! Il est inconcevable, monsieur le comte, c qu’au dix-huitiéme siècle, dans un temps de lumières, à Paris, se H perpétuent certains usages destinés à donner, dans le peuple, plus ( de crédit à une religion à laquelle devraient répugner de semblables c moyens. Lorsque j’arrivai à la Sainte-Chapelle, les portes étaient I fermées, les chanoines occupaient les stalles du chœur; l'autel et les c saints étaient voilés. Une troupe d’hommes en haillons parcourait la « Sainte-Chapello on hurlant et en faisant d'étranges contorsions; ils c frappaient le sol de leurs pieds et se heurtaient la tête aux murs.
» Ce tapage, entendu au dehors, ne manque jamais d’occasionner un ( grand rassemblement que la police n'a point ordre de dissiper; puis, c soudain le calme succède au bruit, les portes s’ouvrent et les gens c du dehors se précipitent dans l’intérieur de l’édifice. A ce moment, c tous les diaboliques sont agenouillés sur une longue file; un clia- ( noinc leur adresse une allocution et les invhe à se féliciter du mirac cio qui vient de chasser le mauvais esprit dont ils étaient possédés.
( Les chanoines se lèvent, d’abondantes aumônes sont distribuées au « peuple, et la comédie est jouée. En quittant le chœur, quelques cha- « noines, que je ne connaissais pas, s’approchèrent de moi et m’avouèa rent, à voix basse, qu’ils étaient honteux d’avoir joué un rôle dans c une semblable comédie. »
On trouve dans les Mémoires de Bachaumont (15 avril 1770) un compte rendu à peu près semblable de cette étrange cérémonie.
Note 2, p. 154. — La princesse Christine de Saxe était alors abbesse do Remiremonl. C'était un des chapitres nobles les plus sévères pour l’admission des preuves, et auquel peu de maisons souveraines avaient droit de prétendre. L’abbesse étant morte en 1786, le chapitre voulut élire Madame Élisabeth de France, dont les goûts pour la vie religieuse avaient été vainement combattus, et qui avait annoncé la formelle intention de se retirer du monde. La sœur du Roi refusa, et Mlle deCondé, sursa proposition et avec l’agrément de Louis XVI, fut élue à sa place.«
Note 3, p. 154. — L’abbé Bexon était né à Remiremont, dans la
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partie la plus pittoresque des Vosges. François de Neufchâtcau , son compatriote et son ami, célèbre ainsi, dans son poème des Vosges, la mémoire du collaborateur de BufTon ;
Pourrais-je t'oublier, homme aimable et profond.
Ami de mon enfance, élève de BufTon,
Oui fus digne, sous lui, dépeindre la nature.
Oui voulus avec moi chanter l’agriculture.
Aux arts, à tes amis, à ta mère enlevé.
Et de ta gloire, hélas! avant le temps privé?
C’était toi, cher Bexon...! ô destin déplorable!...
Pour les Vosges, surtout, ô perte irréparable!
U eût peint son pays. Il l’aurait fait aimer....
CGC
Note I, p. 155. — La comptabilité du Jardin du Rot était tenue par BufTon lui-méme. Il apportait dans la gestion des intérêts du Cabinet l’ordre et le soin qu’il mcllait dans l’administration de sa fortune particulière.
Lorsque les grands travaux entrepris au Jardin du Roi eurent augmenté d’une manière considérable les dépenses de cet établissement, BufTon continua cependant à s’occuper seul d’une gestion devenue fort compliquée.
Je possède un certain nombre de carions, où se trouvent classés, dans l’ordre où BufTon les a rangés lui-mème, les diverses pièces et mémoires de cette comptabilité.
Chaque article forme un dqssier séparé. Pour donner une idée exacte de l’ordre que Buffon apportait à toutes choses et montrer comment il réglait les affaires du Cabinet d'Histoire naturelle, je transcrirai ici une des pièces de sa comptabilité, prise au hasard.
Il s’agit de l’achat d’un singe et de divers objets de curiosité.
Sur la couverture qui renferme les pièces relatives à ces acquisitions Buffon a écrit de sa main ;
Dépense particulière pour le Cabinet.
Années 1747 et 1749,
2700 liv.
Sous ce titre se trouvent rangées les pièces suivantes :
l» Une note de la main de Buffon :
e 11 a été expédié en 1747 une ordonnance de 1200 livres en mon nom, pour l’achat du singe d’Angole.
NOTES
f La pièce justificative de cet emploi de 1200 livres est la quittance ci-joinle du sieur Nonfoux, propriétaire du singe. >
Suit la quittance:
f J'ai reçu de M. de Buffou , intendant du Jardin du Roi, la somme de douze cents livres pour le prix d’un animal étranger appelé singe d'Ângole, que j'ai livré pour le Cabinet du Jardin du Roi.
« DE Nonfoux.
» A Paris, ce trente et un mai mil sept cent quarante-sept. *
2“ Une note également de la main de Buffon et concernant un autre objet; elle est ainsi conçue:
c II a été expédié en 1749 une ordonnance en mon nom, de 1500 lit vres, pour achever de payer des curiosités naturelles achetées pour » le Cabinet. Les pièces justificatives de l’emploi de cette somme de < quinze cents livres sont les deux quittances ci-jointes du sieur de t Komigny, huissier-priseur.»
Suivent les quittances; la première est conçue en ces termes:
« Je soussigné, Médéric do Romigny, huissier ordinaire des conseils du Roi, reconnais avoir reçu de M. de BufTon, intendant du Cabinet du Roi, au Jardin royal des Plantes, la somme de sept cent cinquante livres à compte de celle de quinze cents livres pour vente et fourniture de curiosités, pour le Cabinet du Roi, jusqu’au premier janvier dernier; de laquelle somme de sept cent cinquante livres je quitte et décharge d'autant mondit sieur de Buffon, sans préjudice du restant dû.
« Romigny.
« A Paris, ce quatre juillet mil sept cent quarante-neuf. »
Sur un carton qui renferme un grand nombre de pièces rangées dans l'ordre que je viens d’indiquer, Buffon a placé un billet écrit de sa main. Il est ainsi conçu :
« Cette boite contient les mémoires et quittances des ouvriers qui ont travaillé pour le Jardin du Roi depuis 1749 jusqu’en 1757, et qui n’ont pas été produits pendant le ministère de M. d’Argenson; tous ces mémoires et quittances peuvent être regardés comme inutiles, à moins qu’on ne recherche mes héritiers sur la dépense dont ils sont les pièces justificatives.
« DE Buffon.
« Au Jardin du Roi, ce premier juin 1762. »
ET ÉCLAIRCISSEMENTS
Si BuITon avait pour habitude de détruire ses mannacrits lorsqu'ils lui étaient devenus inutiles, il conservait au contraire, avec une grande exactitude, les différents papiers qui concernaient soit ses affaires domestiques, soit colles du Jardin du Roi.
Il disait que l'on ne doit conserver aucun papier inutile; autrement, ajoutait-il encore, on s’ensevelirait sous leur nombre.
Pour les affaires d’intérôt il pensait différemment. En effet, je possède un très-grand nombre de papiers de famille, contrats d’echange, contrats do rentes, litres de propriété, qu’il a pris soin do classer luimême; quelques-uns, et notamment les litres fort nombreux des seigneuries de Montbard et de Buffon, sont en entier copiés de sa main.
Note 1, p. 156. — Buffon achetait peu pour lo Cabinet du Roi, et cependant il enrichi.ssait chaque jour les galeries. De nombreuses collections formées par les particuliers, alors que le goût de l’iiistoire naturelle s’était répandu dans toutes les classes, lui furent offertes; et ce fut plutôt pour rendre hommage à son génie qu’en vue d'augmenter les richesses de l'établissement confié à ses soins.
On serait étonné du peu d’importance dos sommes que coûtèrent au gouvernement les belles collections du Cabinet d’Ilisloire naturelle. Buffon avait engagé le ministre, dans le département duquel so trouvait le Jardin, à délivrer des brevets de Corresixmilant du Cabinet du Uoi. (Voy. la note 1 de la lettre xxu, l. I, p. 235.) C’était une institution toute nouvelle et dont Buffon eut l’idée, qui mettait au service des progrès de la science un des plus puissants mobiles, la vanité. On ne saurait croire combien celle idée fut féconde, et quels services cette institution a rendus à l'Iiistoire naturelle. Lo brevet de t]orres|)ondanl du Jardin du Roi devint bientôt un litre à la mode parmi les hommes qui s’occupaient de sciences naturelles, et fut recherché des voyageurs et des savants. Le Cabinet dut à ses correspondants un grand nombre de morceaux rares et précieux. Buffon, fort en crédit près des ministres, obtint en outre, à plusieurs reprises, des sommes importantes destinées à subvenir aux frais de voyages lointains entrepris dans un but scientiâque, et dont les découvertes vinrent encore enrichir le Cabinet. La plus grande partie des collections du Muséum d'iiistoire naturelle, on ne saurait trop le répéter à la gloire de Buffon, se compose de dons particuliers qui lui étaient faits par les souverains étrangers , les naturalistes et les voya-' geurs de toutes les nations. Les envois qui, à diverses époques, lui fu-
rent expédiés de Russie, comme un hommage de l’impératrice Catherine, forment à eux seuls une série de collections importantes, et ont une valeur considérable. La véritable cause du rapide accroissennent des collections du Jardin du Roi, ce fut la gloire de Buffon; son nom fit plus pour la prospérité de cet établissement que la faveur des ministres et les générosités de l'État.
Note 1, p. 157. Charles-Henri de Feydeau, marquis de Brou, fut nommé intendant de la province de Bourgogne en 1780, à la place de M. Dupicix, appelé à une charge de conseiller d'Ëtat. Il géra les intérêts de la province jusqu’en 1783, époque à laquelle il fut remplacé par Antoine-Léon Amelot de Chaillou, dont le père, ancien ministre du Roi, avait été lui-même intendant de Bourgogne de 1764 à 1774. Lo marquis de Brou quittait l’intendance du Berry, où il avait su mériter tous les suffrages et s’attirer toutes les sympathies. En Bourgogne il en fut de même, et, lorsqu’il quitta l’administration de la province, il fut universellement regretté. Les députés des ÉtatsdeGcx et de Bugey voulurent tenir sur les fonts de baptême l’enfant dont Mme de Brou venait d'accoucher. Son successeur, homme léger, ancien maître des requêtes, qui avait fait parler de lui à Paris par diverses aventures, fit encore mieux sentir la perte éprouvée par la province, le jour où le marquis do Brou la quitta pour l'intendance importante de la Basse-Normandie. L’Académie de Dijon le comptait au nombre de ses membres depuis lo 20 juillet 1780. M. le comte de Vesvrottea bien voulu rechercher, parmi les manuscrits du président de Ruffey, la pièce dont parle Buffon ; elle n’a pu être retrouvée.
Note 1, p. 158. — Ce fut après son retour de Russie, et pendant le séjour qu’il fit à Montbard, près de son père, que le jeune comte de Buffon fut reçu, en sa qualité de gouverneur de cette ville, par le maire, M. Daubenton, neveu du naturaliste. Les archives de la ville renferment les procès-verbaux de celte réception et les discours qui y furent prononcés par le maire, lis témoignent du l’affection que les habitants de Montbard portaient à une famille qui avait illustré leur cité, et qui chaque jour leur donnait de ncuvelles preuves de sa bienfaisance et de sa libéralité.
ET ÉCLAIRCISSEMENTS
EXTRAIT DES REGISTRES DES DÉLIBÉRATIONS DE LA CHAMBRE DE CONSEIL ET DE POLICE DE l’hÔTEL DE VILLE DE MONTBARD.
« Du vingt-trois février mil sept cent quatre-vingt-trois.
« M. Daubenlon, maire, a représentés la chambre qu’il avait appris queM. le comte de Buffon tils, nommé par Sa Majesté, depuis mil sept cent soixante-huit, au gouvernement de cette ville, était de retour d'un voyage qu’il vient de faire chez Sa MajostA l’impératrice do toutes les Russies, et que, ce seigneur se proposant de se faire recevoir, il convenait d’aller le complimenter sur son heureux retour, ainsi que M. son père, lui présenter les vins d’honneur et lui demander le jour qu’il désirait se faire reconnaître en sa qualité de gouverneur.
« Sur quoi la chambre, ouï le procureur du Roi syndic en scs conclusions, a délibéré qu’elle s’assemblerait en corps cejourd'hui sur les quatre heures, à l’hôtel de ville, pour aller complimenter ledit seigneur comte de Buffon fds, que ledit sieur maire portera la parole et qu'il lui sera présenté douze bouteilles de vin de Bourgogne et que l’on fera tirer le canon. Signé sur le registre: Daubenton, maire; GuÉ- RARD l’aîné et Cbarbüv, échevins, Guérard-Devivier, procureur du Roi syndic, et Pion, secrétaire.
< Dudit jour.
« La chambre étant de retour de sa visite chez M. 1e comte de BulTon, pour donner des marques de son attachement à ce seigneur, a délibéré que le compliment qui lui a été fait par M. Daubenton, maire, sera transcrit à la suite de la présente délibération, ainsi que celui adressé à son père. Et sur l’avis que M. le comte de BulTon lui a donné que son intention était de se faire reconnaître en sa qualité de gouverneur de celte ville mardi prochain quatre mars, il a été délibéré que ladite chambre s’assemblerait ledit jour sur les onze heures du malin, et (;u'il sera fait une députation de deux membres de la chambre audit seigneur, pour le prier de se rendre audit hôtel de ville et l’y accompagner. »
Suif la teneur du compliment fait à MM. de Buffon.
« Monsieur le gouverneur,
t Interprètes des sentiments des habitants de cette ville, nous venons vous offrir l’hommage de leur respect et leurs félicitations sur votre heureux retour.
« Après avoir partagé les alarmes du plus tendre des pères, nous venons partager sa joie et la vôtre.
NOTES
O Vous avez enlendu relonlir son nom à jamais illustre dans tous les climats que vous avez parcourus, dans toutes les cours que vous avez visitées. Partout vous avez joui de sa gloire ; venez, monsieur, jouir de sa tendresse et lui procurer des jouissances plus délicieuses que celles de la gloire dont il est rassasié. Il ne le sera jamais du sentiment dont il est rempli pour vous, monsieur , ni de celui que dans ce moment vos regards lui expriment d'une manière si intéressante.
A il. {e comte de Buffun père.
f Et vous, illustre philosophe, le Pline de nos jours, vous dont la philosophie est bien loin de regarder le sentiment comme une faiblesse, permetlez-nous do venir avec le plus vif empressement unir la joie publique à votre joie paternelle. Jouissez longtemps du bonheur d’avoir un fils digne de vous ; jouissez longtemps de la noble et douce satisfaction de suivre tous les développements de son âme belle et grande et d’un ordre vraiment siniérieur, à en juger par les auteurs de ses jours; jouissez longtemps, monsieur le comte, de l’admiration do tous les habitants de cette ville qui s’enorgueillit d’étre votre patrie, de la France qui-s’honore de ce que vous êtes Français, du globe entier que vos étonnantes découvertes ont tiré une seconde fois du chaos et dont vous avez su vous faire à vous-niémo un monument éternel, le seul digne de votre grand génie, le seul qui puisse à jamais durer autant que votre gloire. »
» Du quatre mars mi! sept cent quatre-vingt-trois.
« La chambre, assemblée en exécution de sa délibération du 23 février dernier, a député MM. Gucrard l’atné et Charbuy, échevins, afin de .se rendre à l'hétcl do M. le comte de BufTon, Intendant du Jardin du Roi, pour prier M. le comte de Buffon, son fils, de vouloir bien se rendre avec lesdits sieurs députés en cet hôtel.
* Et h l’instant M. Georges-Louis-.Marie Leclerc fils, comte de Buffon, officier dans le régiment des gardes françaises, s’étant rendu en cet hôtel, accompagné de M. Pierre-Alexandre Leclerc, chevalier do Bufi'on, lieulenant-colonel d'infanterie, major du régiment de Lorraine, chevalier de l’ordre rojal et militaire de Saint-Louis, son oncle paternel; de M. Antoine-Ignace chevalier de Saint-Belin, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, ancien capitaine au régiment de Navarre, sou oncle maternel; deM. Georges-Loiiis-Nicolas vicomte de Saint-Belin, officier au régiment de dragons de Bourbon, son cousin germain, et de M. Benjamin- Edmo Nadault, conseiller au parlement de Bourgogne, son oncle, ledit sieur comte de BufTon a représenté une quittance de finance de l'office de gouverneur de ladite ville, en date
ET ÉCLAIRCISSEMENTS
dn vingt-six novembre 1766, signée fler/m, enregistrée an contrôle général des rinances, le dix-huit août suivant; les lettres do provisions dudit office à lui accordées par Sa Majesté, données à Versailles le ■ vingt-un janvier mil sept cent soixante-huit, signé Louis, et sur le replis /’/te/yppetiux, dûment enregistrées et scellées; les lettres do dispenses de prêter serment du même jour, le tout dûment en forme, desquelles lettres, et après lecture d’icelles, ledit seigneur comparant a requis l'enregistrement.
x Sur quoi la chambre, ouï le procureur du roi syndic en ses conclusions, a donné acte de la représentation que fait M. le comte de BulTon fils desdites lettres patentes qui le nomment gouverneur de cette ville, lesquelles seront ci-après registrées, pour être exécutées suivant leur forme et teneur, le faisant jouir des honneurs et privilèges attachés à ladite place. En con-équence, la chambre a reconnu et reconnaît ledit seigneur comte de Buflfon lils pour gouverneur de ladite ville de Montbard, l'en a complimenté, a fait tirer le canon et a ordonné à tous les habitants de cette ville et autres justiciables de le reconnaître pour gouverneur et que le compliment fait audit seigneur comte de Buffbn sera ci-après registré.
c Signé sur le registre ; de Bufton, officier au régiment des gardes françaises; le chevalier de Saint-Belin; le chevalier deBuffon; Nadaclt; le vicomte de Saint-Belin; Daubekton, maire; Guébabd l’alné et Charbut, échevins; Gdérabd-Devivier, procureur du Roi syndic, et Pion, secrétaire, i
a Compliment fait à M. le comte de Buflon fils, et dont l'enregistrement a été ordonné par la délibération ci-dessus.
c Monsieur lo gouverneur,
« La ville de Montbard, déjà illustrée par votre nom, a reçu une nouvelle illustration lorsqu’une mère de la plus haute naissance, qui ne fut, hélas! qu'un moment l'objet de notre admiration, et qui sera l’objet éternel do nos regrets, vous donna le jour dans ses murs.
t Vos belles qualités, monsieur, attestées par vos succès brillants dans les cours de l’Europe, annoncent, dès votre aurore, que vous saurez soutenir un si beau nom et représenter dignement une telle mère, un tel père; elles nous annoncent que vous n’êtes entré dans la carrière militaire que pour y rencontrer un oncle respectable, pour concourir avec cet excellent gukle à décorer le nom de Buffon de tous les genres de gloire, de toutes les espèces de palmes et de lauriers; enfin, que tous les titres honorables que vous réunissez à jamais, et en particulier celui de gouverneur de cette ville, seront pour vous
autant d’occasions d’exercer deux grandes veitus, la justice et la bienfaisance ; de mériter tous les respects et de vous attacher tous les cœurs.
t Signé: Pion, i
Note 2, p. 159. — BuCTon aimait qu’on admirât avec lui les passages dont il était content. L’addition dont il parle est l’espèce d’introduction qui commence le chapitre du Soufre (Hintoire des minéraux). s La nature, y est-il dit, indépendamment de ses hautes puissances auxquelles nous ne pouvons atteindre, et qui se déploient par des effets universels, a de plus les facultés de nos arts, qu’elle manifeste par des effets particuliers; comme nous, elle sait fondre et sublimer les métaux, cristalliser les sels, tirer le vitriol et le soufre des pyrites, etc. Son mouvement plus que perpétuel , aidé de l'éternité du temps, produit, entraîne, amène toutes les révolutions, toutes les combinaisons possibles. Pour obéir aux lois établies par le souverain Être, elle n’a besoin ni d’instruments, ni d’adminicules, ni d’une main dirigée par l’intelligence humaine; tout s’opère, parce qu'à force de temps tout se rencontre, et que, dans la libre étendue des espaces et dans la succession continue du mouvement, toute matière est remuée, toute forme donnée, toute figure imprimée ; ainsi tout se rapproche ou s’éloigne, tout s’unit ou se fuit, tout se combine ou s’oppose, tout se produit ou se détruit par des forces relatives ou contraires, qui seules sont constantes, et se balançant sans se nuire, animent l’univers et en font un théâtre de scènes toujours nouvelles et d'objets sans cesse renaissants. »
Note 3, p. 159. — Les volumes de l'ilistoire naturelle qui renferment VHistoire des minéraux parurent de 1783 à 1788.
Mme Necker écrivait à BufTon au sujet de cette partie de ses ouvrages: «J’attends aussi avec impatience votre ouvrage sur les minéraux, non que j’aie le moindre doute sur son succès, car j’ai appris à considérer les travaux de votre génie comme ceux de la nature ; je n’en juge plus que par analogie. De celte hauteur de pensée où vous êtes parvenu, vous ne pouvez rien dire qui ne nous étonne. Jamais, jusqu'à présent, je n’avais regardé la matière morte avec intérêt; et il me semble que vous allez m’ouvrir, dans ce palais de l’univers, des trésors qui m’étaient encore inconnus. Pour les esprits communs, la nature animée est la seule qui existe, car ils ne voient que les rapports prochains; mais pour le grand homme, tout pense parce que tout produit sa pensée, et qu'il la fait jaillir de tous les objets. J'entrerai donc avec transport dans les routes bien éclairées de votre grand cl beau système, et
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j’admirerai tous les monuments d’éloquence que vous érigez dans des terres inconnues, beaux titres de possession que personne n'osera jamais vous disputer.... Puissiez-vous respirer en liberté dans votre tour enchantée! Puisse mon image se mêler quelquefois aux. grandes idées qui vous occupent, comme ces ombres légères qui venaient suspendre la marche du grand Hercule, lorsqu’il descendait aux enfers pour accomplir un de ses travaux immortels, et lorsqu’il voulait contraindre les prodiges do ce centre du monde à se montrer aux hommes et à recevoir la lumière du jouri » {Mélanges.)
Note 4, p. 159. — Le Traité de l'Aimant est le dernier ouvrage de Bulfon ; il parut en 1788, fort peu de temps avant sa mort, et ne fut pas imprimé à l’Imprimerio royale, comme l’Histoire naturelle. Aussi dutil être soumis à la censure, les seuls livres sortis de l’Imprimerie du Roi en étantexempts. L’approbation du censeur est à la date du 28 mars, et BulTun mourut le 16 avril suivant. Cet ouvrage, qui termine l'Uistuire des minéraux, peut donc être regardé comme la dernière page de son œuvre et la dernière création de son esprit. Lorsqu’on so représentera que la vieillesse de Buffon fut traversée par d’atroces souffrances, qu’en outre il avait quatre-vingts ans et portait le poids d’une Ibngue vie entièrement consacrée à de fatigantes études, on s’étonnera de trouver encore autant de force de raisonnement et de puissance d’imagination dans cette suprême production d’une intelligence que n’ont pu épuiser ni la maladie, ni le grand êge, ni les longs travaux. « M. de Bulfon, dit Mme Ncckcr, acquérait tous les jours, parce qu’il ajoutait tous les jours des idées aux siennes; M. de Voltaire n’était plus qu’un faible écrivain sur la fin de sa vie, car n’ayant écrit qu'avec son imagination, les idées qu’il avait alors n’étaient plus qu’une ombre de celles qu’il avait eues dans sa jeunesse. > (Mélanges, t. 111, p. 35.)
CCCYI
Note 1, p. 160. — Louis-Auguste Le Tonnelier de Breteuil venait de succéder à Amelot de Chaillou dans la charge de ministre de la Maison du Roi, qu’il occupa jusqu’au mois de juillet 1783, c’est-à-dire pendant les dernières années de la vie de Buffon. C’était du ministre de la maison du Roi que relevait l’administration du Jardin des Plantes. On verra dans les lettres qui vont suivre (Voy. notamment la lettre cccLxvu, p. 227) que Buffon eut toujours à se louer du baron de Breteuil, et quelle confiance il lui accordait.
NOT ES
Note 2, p. 160. — Biitfon lui-mi'tnc, malgré ses habitudes monarchiques et ses goûts de gentilhomme, ne peut se soustraire à l’influence des idées de son temps. C’ost au nom de la nation qu’il remercie M. de Breteuil des agrandissennenls dont le Jardin du Uoi vient de proûter. 11 ne faut pas oublier que Turgot, Male.slierbes et Necker avaient, pendant leur ministère, encouragé l’esprit de réforme et préparé l’avénement de la nation.
Note 3, p. 161. — La faveur sollicitée par BufTon fut accordée, et l’abbé Delaulne, en récompense de ses démarches intelligentes et de son dévouement aux intérêts du Jardin du Roi, qui du reste se conciliaient parfaitement avec ceux de l’abbaye Saint-Victor, recul le titre purement honorifique d’abbé régulier in partibu.<i de Bremkrem.
Note 4, p. 161. — L’abbé Delaulne, qui avait secondé BulTon de tout son pouvoir dans scs projets pour l’agrandissement du Jardin du Roi (Voy. la note 5 de la lettre ceux, p. 355), eut à lutter contre sa commuttauté entière. On ne saurait imaginer aujourd'hui ce qu’il fallut de soins, de négociations et do prévenances, pour faire décider en principe que les terrains appartenant à l’abbaye pouvaient être échangés, que des biens de mainmorte pouvaient être déplacés. Dans les longues négociations relatives à ce grand projet do Buffon, et dont sa corro.spondance avec Thouin conserve la trace, on peut voir combien il comptait sur l’appui de l’abbé Delaulne, dont l’opinion était consultée chaque fois qu’une démarche nouvelle était faite ou qu’un obstacle imprévu venait à se présenter.
Note 1, p. 162. — Ce projet renferme la première idée de la rue qui futouverle dansla suite sur les terrainsachetôs par Buffon, etqui porte aujourd’hui son nom. « Depuis que Monsieur, frère du Roi, dit l’auteur du projet, s’est déterminé à habiter son palais du Luxembourg, au grand contentement des habitants de la capitale, etque le Théâtre- Français en a été rapproché, grand nombre de bourgeois, ne se trouvant plus en état de supporter l'augmentation survenue des loyers des maisons cirronvoisines, cherchent à se rapprocher du faubourg Saint- Marcel, même près du Jardin du Roi, où les loyers sont moins chers.. .. Cette nouvelle rue, ainsi alignée, aboutissant du Levant près de l’hôtel deM. le comte de Buffon, pourrait être nommée en conséquence la rue
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de Buffon, nom respectable et à jamais mémorable par les rares qualités et les ouvrages immortels de celui qui le porte, i
Note 1, p. 163. — Les eaux de Conlrexcville, dont on connaît parfaitement aujourd'hui les effets salutaires sur les affections de la vessie.
Note 2, p. 163.— Le chevalier baronnet sir Joseph Banks, président de la Société royale de Londres, naquit le 13 décembre 1743 et mourut le 19 mai 1820. En 1763, il Ht un premier voyage à Terre-Neuve. En 1768, il accompagna le capitaine Cook dans son voyage autour du monde et revint, en 1771, en Angleterre, où il rapporta des richesses sans nombre. Lors du second voyage de Cook, il voulut de nouveau s’embasquer avec lui ; mais ce dernier lui montra un tel mauvais vouloir, qu’il dut renoncer à son projet. Banks entreprit alors à ses frais un voyage scientifique dans le nord de l’Europe. Quelques années plus tard, il envoya un vaisseau à la recherche de La Pérouse, et fit de grands sacrifices d'argent pour parvenir à connaître le sort du navigateur franç'ais.
Note 1, p. 165. — François-Valentin Mulot, né en 1749, mort en 1804, était docteur en théologie et bibliothécaire de Saint- Victor. En 1792 il devint membre do l’Assemblée législative. Pendant la Terreur, il se retira à Mayence, où il fit un cours de littérature. On doit à l’abbé Mulot quelques bons ouvrages et quelques consciencieuses recherches sur nos vieux auteurs. Pourquoi s’est-il oublié jusqu’à écrire V Almanach des sans-culolles, ignoble pamphlet publié à Paris en 1794 ?
Note 2, p. 165. — Le marquis de Nicola'i’, propriétaire du château de Bercy, qui est encore aujourd'hui entre les mains de sa famille.
Note 3,p.l65. — Jean-Charles-Pierre Lenoir, né en 1732, mort en 1807, fut intendant de Limoges en 1765. En 1774, il devint lieutenant général de police et exerça cette charge jusqu’en 1783. M. de Crosne, intendant de Rouen, fut son successeur. En 1775, M. Lenoir avait été nommé conseiller d’État; il fut, en cette qualité, rapporteurdu procès intenté au procureur général La Chalolais. Il fut, en outre, président de la commission des finances et bibliothécaire du Roi. Gueneau de Mont-
NOTES
bcillard, qui connut par Buiïon le lieutenant de police, dit dans une de ses lellres (11 janvier 1773) : c Je suis très-content des jeunes gens et des Lenoir; c'est là où l’on trouve le tableau intéressant d'une famille bien unie. *
Note 4, p. 166. — On creusa, par ordre de Buffon, un bassin carré destiné à recevoir des plantes aquatiques. La Seine, dont le niveau était plus élevé, devait suffire à son alimentation. Depuis longtemps on sentait la nécessité d'une création de ce genre, et en 17391e président de Brosses écrivait de Dadoue: 1 11 y a dans le grand jardin des pièces d’eau pour les plantes aquatiques, ce qui manque à relui de Paris. Quant aux serres, c’est fort peu de chose, surtout pour ceux qui ont vu cellesde Paris. > Le bassin destiné parBuiïon aux plantes aquatiques ne rendit pas les services qu’on en avait attendus, et il ne tarda pas à être supprimé. On voit encore dans les parterres du Muséum la place qu'd occupait; elle est désignée aujoui d’hui sous le nom de carrés creux et ne forme plus qu’un bassin de verdure. Les plantes aquatiques ont été reléguées à l’extrémité des écoles de botanique; elles terminent la riche collection des i)lantes entretenues au Muséum.
Note 5, p. 166. — Il s’agit de la principale entrée du Jardin, qui ouvre sur le quai d'Austerlitz et qui subsiste encore aujourd'hui telle que Buffon l’a fait construire. On sait quel agréable coup d’œil présente de ce point do vue l’aspect du Muséum. Ces deux grandes allées de tilleuls, plantées par Buffon en 1740, encadrent de leurs ombrages les bitiments de l’ancienno Intendance. Dans l'espace demeuré libre entre ces deux avenues se groupent les diverses collections des plantes et des arbustes tant nationaux qu’étrangers, qui forment entre elles d’agréables massifs de verdure, sans masquer l’harmonieuse perspective des bâtiments.
Note 1 , p. 167.— Voici les vers que Gueneau de Montbeillard adressa à Buffon au sujet du tremblement de terre dont ce dernier rend compte à l’abbé Bexon :