‹ Correspondance inédite de BuffonChapitre 101 sur 133 · LE GLOBE · texte numérisé non relu

LE GLOBE

Ami, c’est malgré moi que je suis agité;

Tel un coursier fougueux frémit, tremble et frissonne.

Sous l’écuyer qui l’a dompté!

Note 2, p. 167. — On commençait à parler du magnétisme, et cette science, à laquelle le docteur Mesmer devait, quelques années plus tard, donner une si prodigieuse célébrité, était alors à peine connue. Buffun, rapportant dans son Traité sur l’Aimant les premières expériences qui venaient d’ôtre faites , en parle fort brièvement et en ces termes : « Les deux forces électriques et magnétiques ont été employées séparément, avec succès, pour la guérison ou le soulagement de plusieurs maux douloureux. Quelques physiciens, particulièrement M. Mauduit,dc la Société royale de médecine, ont guéri des maladies parle moyen de l’électricité, et M. l’abbé Le Noble, qui s’occupe avec succès, depuis longtemps, des effets du magnétisme sur le corps humain et qui est parvenu à construire des aimants artificiels beaucoup plus forts que tous ceux qui étaient déjà connus, a employé trèsheureusement l’application de ces mêmes aimants pour le soulagement de plusieurs maux. > Mme Necker rapporte que l’abbé Le Noble remit à Buffon un aimant artificiel du poids de seize livres, qui pouvait en porter deux cent cinquante.

Noie 3, p. 168. — Jean-Baptiste-Joseph Gentil, colonel d’infanterie, chevalier do Saint-Louis, né le 2.6 juin 1726, mort le 15 février 1799, servit dans flnde contre les Anglais. A son retour en France, il fit don à la Bibliothèque et au Cabinet du Roi d’une riche collection tant en médailles qu’en objets d’histoire naturelle : on lui avait offert, en Angleterre, 120 000 roupies (300 000 francs) de sa collection. Il repartit bientôt pour l'Inde avec le titre de résident français près de la cour d’Âoude, et revint en France en 1778. Il avait rapporté de son second voyage de nouvelles richesses , qu’il offrit , comme la première fois , et avec le même désintéressement, au Cabinet d'IIistoire naturelle. Son fils, qui partagea les goôts de son père pour les sciences, a publié on 1814 l’histoire de sa vie sous ce titre ; Précis sur J.-B.-J. Gentil, ancien colonel d’infanterie, etc.

NOTES

CGCXII

Note 1 , p. 168. — Cauniarlin était prévôt des niarrhands depuis la retraite de Bignon. Lepelletier de Morfoutaino fui son successeur.

Note 2, p. 168. — Moreau était ingénieur en chef chargé du service de la ville de Paris.

CCGXIII

Note 1, p. 169. — Voy. sur ce personnage la note 7 de la lettre cciixm, p. 331.

Note 2, p. 169. — On Ut dans la Correspondance de Grimm (t. XI, p. 449), au sujet de ce voyage do Fontainebleau : c La cour est à Fontainebleau depuis le 9 de ce mois (septembre 1783). Le nombre des nouveautés que l’on se propose de donner pendant ce voyage, le rendront un des plus brillants qu’on ait vus depuis longtemps. Nous nous bornerons à avoir l’honneur do vous rendre compte du succès de ces divers ouvrages sur le théâtre de la cour, et nous n’en ferons l’analyse que lorsque le public les aura jugés sur le théâtre de la capitale. Paris se platt souvent à réformer les jugements de la cour en matière de goût; on l’a dit, il y a longtemps : « Fontainebleau est le « Châtelet, et le parterre de Paris est le Parlement, qui casse souvent « ses sentences. > L’embarras et le peu d’ensemble qui régnent en général dans une première représentation, les acteurs surchargés de rôles dans ces voyages, peu sûrs de leur mémoire et intimidés par l’assemblée imposante devant laquelle ils jouent, tout invite à ne jamais juger ces nouveautés d’après les représentations de la cour. » Être joué devant la cour était un honneur fort recherché alors. Avant le voyage, lé premier gentilhomme de la Chambre dressait la liste des ouvrages qui seraient représentés pendant le séjour du Roi à Fontainebleau, et on ne saurait croire combien d’intrigues et de moyens de crédit étaient mis en mouvement par les auteurs de pièces nouvelles, jaloux d'obtenir la faveur d'une représentation à la cour. Deux choses surtout rendaient 'cette faveur désirable. Presque toujours le Roi accordait aux auteurs des ouvrages représentés à Fontainebleau des graliGcations importantes; ensuite, privilège bien autrement pré-

ET ÉCLAIRCISSEMENTS

deux, un ouvrage représenté à la cour n’était plus assujetti à l'ordre du répertoire ordinaire et pouvait être joué immédiatement à Paris. Autrefois, par respect pour le Roi, on écoutait dans le plus profond silence, sans jamais applaudir. Marie-Antoinette supprima celte étiquette, et il fut permis aux spectateurs de témoigner leur approbation.

Note 1, p. 170. — L'abbé Bexon ne survécut que peu de temps à son péro qu’il chérissait; il mourut l’année suivante, à peine âgé de trente-six ans. Les Mémoires de Dachaumont, à la date du 3 avril 1784, font de lui ce court éloge : t M. l'abbé Bexon, grand chantre de la Sainte-Chapelle, mort le 5 février dernier, était un philosophe économiste, auteur de plusieurs ouvrages en ce genre, tels que :loSi/stème de la Fertilisation, le Catéchisme de l'Agriculture, Vllisloirt de Lorraine, etc. 11 est plus particulièrement connu comme associé aux travaux do M. Buffon, pour la partie de l’Histoire naturelle concernant les oiseaux, et il en a si parfaitement imité le style, que bien des gens s’y trompent et le croient une continuation du même écrivain, i

Note 2,p. 171. — Le jeune comte de ButTon n’élait cependant pas fort à plaindre. Je trouve sur le livre de dépenses duBulIon, déjà cité, et portant pour litre : Livre manuel contenant tes charges annuelles de ma maison, tant pour les gages de mes domestiques que pour les redevances, renies, impôts, etc., année 1787, à la page 38, l'énonciation suivante : c Je donne à mon fils 4500 livres par quartier, ce qui fait 18 000 livres par an, et, de plus, je lui donne 11 000 livres en un seul payement au commencement de chaque année, et Mme la marquise de Castera lui donne 2000 livres par chacun an et par quartier, ce qui fait en tout 31 000 livres.! A quoi il faut ajouter les émoluments attachés à sa place de capitaine de remplacement dans le régiment de Chartres et aux charges de lieutenant des chasses de la capitainerie de Fontainebleau et de gouverneur do Montbard, évalués ensemble à 8000 livres; en tout 39 000 livres de renies , et le logement, ainsi que sa nourriture et celle de scs gens dans la maison de son père. >11 commençait la vie sous de riants auspices; pour lui comme pour tani d’autres, elle no tint passes promesses. Sa fin tragique et prématurée, les épreuves de toute nature qui fondirent sur lui , après la mort de son père, vinrent lui apprendre que c’est le plus souvent lorsqu’il s’est évanoui, que l'homme sent le prix d'un bonheur dont il n'a pas su jouir I

NOTES

Note 1, p. 173. — BufTon, inquiet de la aanlé de son fils, avait fait demander par M. de Tolozan au maréchal de Biron un congé que ce dernier accorda en ces termes :

< Paris, le 22 août 1783.

c Je n’avais pas besoin, monsieur, du cerliBcat des médecins que vous m'envoyez pour me disposer à accorder à M. de Buflbn le congé que vous me demandez pour lui. Il me sufBl de ce que vous m’en dites et de l’intérêt que vous y prenez. Je sais qu’il a été très-malade, et je consens d’autant plus volontiers qu’il aille passer trois mois auprès de H. son père, que c’est un bon sujet et que je désire le rétablissement de sa santé. Je profite avec bien du plaisir do cette occasion pour vous assurer des sentiments avec lesquels j’ai l’honneur d’étre, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

« Le maréchal doc de Biron. »

Note 2, p. 172. — La tête vive et le cœur excellent, tels étaient les traits dominants de la nature du fils de Buffon. Il avait pour son père unb affection respectueuse et une vénération profonde. D’un autre côté, rien n’est touchant comme la tendresse de Buffon pour son fils. Pendant 'son voyage en Russie, il fut quelque temps sans recevoir do ses nouvelles, c J’avoue, dit-il à l’abhé Bexon, que l’inquiétude sur le retour do mon fils m’avait été le sommeil et la force de penser.* Il avait reporté sur lui la vive tendresse que lui avait inspirée sa jeune femme , morte si prématurément. « Mon père va assez bien et est assez content de sa santé, écrit en 1787 le jeune comte de Buffon à M. de Faujasde Saint-Fond; il me traite avec une bonté et une amitié qui me font mille fois plus de plaisir que tout le reste, et je suis parfaitement heureux. >

cccxvn

Note 3, p. 172. — La maladie cruelle dont souffrait Buffon, lui rendait fort pénibles les cahots de la voilure. En 1779, on avait vu le duc d’Orléans mettre à sa disposition une litière, afin qu’il fil sans fatigue le voyage do Paris à Montbard. En 1783, Mme Necker, qui, l’année précédente, avait passé un mois à Montbard, envoya à Buffon une voilure, à l’arrangement intérieur de laquelle elle avait elle-même

ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 485

présidé. Grâce à ces tendres soins d’une prévoyante amitié, Buffon put revenir â Paris sans endurer de trop cruelles souffrances ; il sortait cependant d'une crise qui l'avait bien douloureusement éprouvé.

Note 2, p. 172. — Les jardina que Buffon avait créés à Hontbard en 1735 (Voy. la note 3 de la lettre xm, t. 1, p. 217), et dont les grandes dépenses se continuèrent durant plusieurs années , étaient en 1785 dans toute leur beauté. Les arbres des avenues, plantés dans un sol favorable, avaient rapidement pris un grand développement ; leur ombre entretenait sur les pelouses une continuelle fraîcheur. Des fleurs en grand nombre étaient distribuées avec art dans les massifs et sur les gazons. Buffon aimait les fleurs, et son jardinier avait reçu l'ordre de les prodiguer dans la décoration de ses jardins. Des massifs de grands arbres, au milieu desquels on voyait une statue, couvraient de leur feuillage des gerbes de fleurs étagées avec art sur des gradins habilement dissimulés, et partout la sombre verdure des arbres se mêlait au riant aspect des fleurs. C'était une grande dépense pour Buffon et une lourde charge pour le budget de sa maison, c C'est ici, disait-il , que je viens dépenser les économies que je fais à Paris, et, pour cela, ajoutait-il en souriant, je n’en suis pas plus mal en cour. >

Dans les jardins de Hontbard, deux choses attirent surtout l’attention. Au sommet de la première avenue, se dessine une colonne élancée; les grands arbres la couvrent de leur ombre, et de loin, elle semble destinée à perpétuer quelque funeste souvenir. Elle s’élève au pied de la grande tour, et sur une plaque de marbre on lit l’inscrip)tion suivante :

EXCELSÆ TURRI, BDinUS COLCHNA,

Parenh suo fiuus Buffon.

Le Ris de Buffon l’avait fait élever durant la convalescence de son père, à la suite d’une crise douloureuse occasionnée par la chute d’un gravier. A sa première sortie, le jour où la promenade fut permise, il y conduisit celui qu’il voulait surprendre. Buffon pleura, et serrant son Ris dans ses bras, il lui dit : c Mon Ris, cela vous fera honneur I ■

Plus loin, sur la dernière terrasse, au sommet de la montagne, tournée du cété où se lève le soleil, est une solitaire retraite. Là, Buffon a écrit ses plus belles pages, tracé ses plus sublimes tableaux. Parmi les visiteurs illustres qui, soit du vivant de Buffon, soit depuis sa mort, sont venus à Montbard, on a conservé deux noms : celui du prince Henri et celui de Jean-Jacques. Le prince Henr de Prusse, passant devant le cabinet de travail de Buffon, se découvrit avec

486 NOTES

respect et salua cette modeste retraite du nom de Berceau à» VUùtoire naturelle; Rousseau se jeta à genoux et en baisa le seuil. Eu 1813, une femme, une reine visita les jardins de Buffon.

c En passant à Montbard , dit Mlle Coclielet dans ses Mémoires, nous allâmes visiter la maison où travaillait le célèbre BufTon, La vue qui s’étend sur le pays est si monotone, si triste, que la reine dit en la regardant : ( Le génie est une étincelle divine qui n'a sans doute c besoin que de la vue du ciel pour se développer ; mais pour le com- (.mun des hommes, il faut, pour l’inspirer, la vue d’une terre belle ( de scs grandeurs, do ses magnificences et même de ses horreurs. Ce f lieu me semble fait pour tuer toutes les imaginations. «

Pour moi, rien n’est calme et beau comme celle relraito perduedans la sombre verdure des lierres, è moitié cachée par un gigantesque sapin qui étend au-devant d’elle, comme pour la protéger contre les outra,;ea du temps, ses bras toujours verts. Sous les branches des grands arbres, qui forment, on se réunissant, des voûtes de verdure, se découvre un horizon borné, mais d’un aspect frais et riant. Ce ne sont jioint de CCS immenses perspectives qui plongent la pensée dans la rêverie; ce sont des coteaux sur lesquels do grands bois jettent leur ombre, des prairies que fertilise une rivière ombragée par de vieux saules, et qu’animent de nombreux troupeaux ; dans le lointain , la vue plonge dans une étroite vallée où $o découvrent, abritées par le mouvant rideau des peupliers, des maisons rustiques blanchies à la chaux et un agreste clocher. Durant les longues heures que j’ai souvent passées dans cette retraite, oubliant le temps , j’ai toujours pensé qu’en présence de ces calmes tableaux, la pensée devait se trouver à l'aise et produire sans efforts. >

Outre les noms du prince Henri do Prusse, de J. J. Rousseau et do la reine Ilortensc, on conserve à Montbard le souvenir d’un grand nombre d'illustres visiteurs, entre autres du roi de Suède, qui, soit du vivant de Bufîon, soit depuis sa mort, sont venus tour à tour rendre un éclatant hommage à sa grande renommée. En 1814, l’empereur Alexandre, le roi do Prusse Frédéric-Guillaume, le grand-duc Constantin , et les généraux des armées étrangères Qrent à Montbard différents séjours.

Leur passage est constaté par les pièces suivantes :

s. A. LE PRINCE DE SCHWARZENBERG, GÉNÉRALISSIME DES ARMÉES ALLIÉES, A MADAME LA COMTESSE DE BUFFON.

« Sa Majesté l’Empereur, mon souverain , m’ayant ordonné de pourvoir à la sûreté des lieux consacrés aux sciences, et de ceux qui rappellent le souvenir dos hommes qui ont fait honneur au siècle dans

ET ÉCLAIBCISSEMENTS.

lequel ils ont vécu , j’al l'honneur de vous envoyer une sauvegarde pour le château de Montbard. La résidence de Tbistorien de la nature doit être sacrée aux yeux de tous les amis des sciences ; c'est un domaine qui appartient à l’humanité.

c Le prince de Schwabzenbêrg. *

f En quittant aujourd’hui le château de Montbard, je recommande à tous mes successeurs de l'armée autrichienne et alliée la demeure du grand naturaliste et écrivain Buiïon , dont la célébrité est si universelle et ai justement méritée. Elle fut le berceau d'une grande gloire utile à l’humanité, et doit être respectée dans tout le monde policé. Je recommande également de préserver de tout mal, par des sauvegardes, les propriétés et les forges de Buffon qui appartiennent aux héritiers de ce grand homme, et sont aujourd'hui habitées par la comtesse de BufTon, sa belle-fille.

« Le lieutenant général , comte Ignace Harsegg. »

t Je donne à Mme la comtesse de BufTun, pour son château de Montbard , cette sauvegarde en vertu de laquelle il est ordonné trèssévèrement à toutes les troupes sous mes ordres, de toutes les armes, et quel que soit le grade du commandant, de ne faire aucun dommage, ni do permettre qu’il s’en commette par d’autres ; mais de protéger Mme la comtesse do toutes les manières, de la préserver de tout mal. Ceux qui contreviendront à cet ordre seront jugés d’après les lois de la guerre.

« Le général , comte Platoff. »

D’autres visiteurs, nombreux aujourd’hui encore, ont laissé à Montbard un souvenir de leur passage. Parmi un grand nombre de vers inscrits au crayon sur les murs du cabinet de travail de BufTon, pendant longtemps on put lire les suivants : .

BufTon, que ton ombre pardonne A ma témérité,

D’ajouter une fleur â la double couronne Que sur ton front mit l'immortalité.

De chanter un talent dont s’honore la France ,

Si ma muse n'a le pouvoir.

Elle peut Être au moins l’écho de la science En disant qu’Aristote avait moins de savoir,

Pline, surtout, moins d’éloquence.

Ces arbres, ces jardins, celte tour, ce. beffroi.

Rappellent à l’esprit ton génie admirable 1 Ici j’aurai du moins laissé mon grain de sable.

Sinon dos vers digne de toi.

Mdsset.

Le mattra de ces lieux bénissait l’éternel,

En voyant dana chaque être un chef-d’œuvre du ciel.

IlONAFOis, de l’Institut.

Le 10 mars IBIG.

Amant heureux de la nature,

BulTon connut tousses secrets;

Je plaindrais 1a race future S’il eût été, par aventure.

Au nombre des amants discrets!

ABMAnn Gouffâ.

Page 1