CC.XCVI
Note 1, p. 143.; — Dans un des derniers séjours que le comte de Sthowaloll lit ù Paris, il vint visiter Rousseau. Pour pénétrer chez le philosophe, il fallait un prétexte plausible, et le comte ap|x>rta avec lui de la musique à copier. La visite se passa au mieux; mais en prenant congé de l'homme célèbre qu’il était venu voir, M. de Schowaloff eut l’imprudence de se nommer: < Je suis, dit-il, chambellan de Sa Majesté l’Impératrice. — Tant pis pour vous, répondit Rousseau d’un ton brusque; dans ce cas, voici votre musique et votre argent; mais comme vous m’avez fait perdre deux heures, je retiens douze livres. » Ayant ainsi parlé, il poussa hors de sa chambre le chambellan de l'Impératrice et ferma sa porte. Dans le supplément aux Ëpwjues de la nature, Buffon parle en ces termes du comte do Schowaloff : « Comme j'avais déjà livré à l’impression toutes les feuilles piécédentes de ce volume, j’ai reçu de la part de M. le comte de Schowaloff, ce grand homme d'État que toute { Europe estime et respecte, j’ai reçu, dis-je, en date du 27 octobre 1777, un excellent mémoire composé par M. Domacbeneff, président do la Société imfiériale de Pétersbourg, et auquel l’Impératrice a confié à juste titre le département de tout CO qui a rapport aux sciences et aux arts. >
NOTES
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Note 2, p. 1<*3. — Léonard Euler, un des plus illustres géomètres du dix-huilicrae siècle, né à Bâle le 15 avril 1707, mort le 7 septembre 1783, fut un des écrivains les plus féconds de son temps. Outre scs nombreux ouvrages, il composa plus de la moitié des mémoires sur les mathématiques contenus dans les 46 vol. in-4» que l’Académie de Pétersbourg publia de 1727 à 1783. Turgot fit imprimer à Paris un traité élémentaire d’Euler sur la construction et la manœuvre des vaisseaux, et envoya à l’auteur, de la part du Roi, un riche présent. Témoin des cruautés dont la Russie fut 1e théâtre pendant la toute-puissance de Biren . duc de Courlando, il en conçut une telle frayeur, qu’â Berlin, en présence de la reine mère, il répondit à cette princesse, qui s’étonnait de son silence obstiné : « C’est que je viens, madame, d'un pays où, lorsque l’on parle, on est pendu. » Jean- Albert Euler, son fils aîné, marcha sur ses traces et cultiva avec succès la géométrie, sans que la grande renommée de son père nuisit à celle que ses travaux et ses découvertes surent lui mériter. Il naquit à Saint-Pétersbourg le 27 novembre 1734, et mourut le 6 septembre 1800. En 1777, il écrivit à Buffon, au nom de l’Académie de Saint-Pétersbourg, la lettre suivante :
« A Saint-Pétersbourg, le 10 janvier 1777.
( Monsieur,
« L’Académie impériale des sciences vient de vous recevoir au nombre de ses associés externes : elle convient que ce témoignage public de son estime distinguée vous était déjà dù depuis longtemps, et c’est aussi par cette raison qu'elle a saisi avec empressement une occasion de vous le donner, monsieur, d’une manière d'autant plus éclatante. La célébration de son premier jubilé demi-séculaire et la haute faveur qu'un monarque philosophe lui vient d'accorder en acceptant le titre d’honoraire qu’elle lui avait fait offrir, ont été des conjonctures que l’Académie a cru ne devoir point négliger pour s’associer encore des personnes dont les travaux et les talents supérieurs ont déjà élé reconnus par tant d’autres académies. C'est sous ce point do vue que je vous prie, monsieur, de regarder cette agrégation, qui est aussi avantageuse pour notre Académie qu'elle est flatteuse pour vous.
f Jean-Albert Euler,
• Secrétaire des conférences de l’Académie impériale des sciences et directeur des études du noble corps des Cadets de terre. •
(Inédite. — De la collection do M. Henri Nadault de Buffon.)
Note 3, p. 143. — Pierre-Simon Pallas, docteur en médecine à l’université de Leyde, 'né à Berlin le 22 septembre 1741, mort le
ET ÉCLAIRCISSEMENTS
8 septembre 1811. Naturaliste et voyageur, il enrichit la science d'un grand nombre de découvertes en botanique et en histoire naturelle. Il publia en 1767, à Amsterdam , un premier ouvrage sous le titre de Miscellanea zoologica,el peu de temps après il en donna une seconde édition corrigée et imprimée à Berlin dans la même année, sous le titre de Spicilegia zoologica. Ces deux ouvrages, qui commencèrent sa réputation, sont souvent cités avec éloge par Buflon. En parlant de lui dans les Notes justificatives des faits rapportés dans les Épogues de la nature, il dit : c M. Pallas est sans contredit l’un de nos plus savants naturalistes; et c’est avec la plus grande satisfaction que je le vois ici entièrement de mon avis sur l’ancienne étendue de la mer Caspienne, et sur la probabilité bien fondée qu'elle communiquait autrefois avec la mer Noire. ï Plus tard, dans scs Suppléments aux 'animaux quadrup'edes , il cite pres<iueà chaque page les travaux et les découvertes ce Pallas. A propos d'une race de chauves-souris, mise par Butfon dans un seul genre, et séparée par Pallas en deux espèces ; < Je ne puis, dit-il, quo le remercier de m’avoir indiqué cette méprise. »
On a souvent reproché à Buffon sa tenace persistance dans ses systèmes, cl cependant, chaque fois qu’une erreur est relevée dans scs ouvrages, on le voit la reconnaître avec simplicité et bonne foi. Les systèmes et les opinions auxquels tient Buflon, et qu’il n’abandonne pas à la première critique, sont ceux dont les découvertes des voyageurs ou les expériences de savants ne sont pas venues lui montrer la fausseté. Tout homme qui professe une idée ou avance un système doit savoir défendre et soutenir son opinion. Celui qui poserait un système pour le retirer ensuite, pourrait être, à juste titre, soupçonné d’avoir trop peu médité son sujet et d’avoir légèrement, et avant le temps, publié scs idées. Buffon ne lient qu'aux opinions pour lesquelles rien n’est venu ébranler sa conviction. J’aime, chez lui, l'empressement avec lequel il abandonne celles dont on lui montre, soit la faiblesse, soit la fausseté. Il fut longtemps en désaccord avec Vosmaër; il eut souvent à se plaindre do ses procédés. Il le cite cependant souvent, en rendant à son savoir la plus entière justice. Reconnaissant avec lui qu’il s'est trompé dans la description d'un animal étranger (l'a'!'] ; a Je ne sais point du tout mauvais gré à M. Vosmaër, dit-il, d’avoir remarqué celte erreur, qui n’est venue que d'une inattention. J’aime autant une personne qui me relève d’une erreur qu’une autre qui m'apprend une vérité, parce qu'en effet une erreur corrigée est une vérité. *
Note 4, p. 143. — Mayer (Jean-Christ-André) , né en 1747, mort en
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NOTES
1801, professa l’analomie il la facullo de Berlin. Scs ouvrages, dans lesquels se rencontrent des observations consciencieuses, lui ouvrirent de bonne heure les portes de l’Académie de Saint-Pétersbourg; il üt pareillement partie de l’Académie de Berlin.
Note 5, p. 143. — Le duc de La Rochefoucauld, « un de nos plus illustres cl plus savants académiciens, dit Buffon en parlant de lui, qui non-seulement s’intéresse au progrès vies sciences, mais les cultive avec grand soin, > fut on cITot un savant distingué. Son nom est plusieurs fois cité dans l'ilistoiro naturelle.
Note 6, p. 143. — Antoine-Bernard Gaillard, né à Aignay en Bourgogne, le 28 septembre 1737, mort le 6 mai 1807, aima et cultiva la littérature. Il possédait une bibliothèque composée d’ouvrages fort rares, et a laissé des écrits estimés. Entré de bonne heure dans la diplomatie, il se trouvait attaché à l’ambassade de Pélersbourg, en qualité de secrétaire, l’année où le jeune comte de Buffon y arriva.
Note 7, p. 144. — Le marquis do Vérac, qui ne connaissait pas le jeune Buffon avant son voyage à Pélersbourg, le reçut cependant comme son fils et l’entoura, durant tout le temps de son séjour, d’attentions et de soins dont Buffon fut profondément touché. Do plus, il voua au jeune comte une affection tendre et dévouée, dont on pourra juger par la lettre suivante :
c C’est bien moi, mon cher comte, qui ai mille excuses à vous faire d’avoir différé prés d’un mois à vous répondre. Je compte pourtant trop sur votre amitié jxiur craindre que vous me soupçonniez d’indifférence; et c’est un péché dont mon cœur ne sera jamais capable visà-vis de vous. Je vous avais écrit à Berlin une petite éptlre qui, à ce que je vois, aura tant couru le momie après vous, qu’elle aura fini par s’égarer, et j’étais réellement bien en peine de vous, quand votre lettre de Montbard est venue me tirer d’inquiétude et m’apprendre votre heureuse arrivée. Le bonheur dont ce moment vous aura fait jouir pouvait seul, mon cher ami, vous dédommager et de la fatigue de la route et de tous les accidents que vous avez éprouvés; mais le mal passé ne parait qu’un songe quand on se retrouve auprès d’un père qu'on aime, et que l’on jouit du bonheur si doux de pouvoir ajouter au sien. Il est bien aimable à vous d’avoir trouvé le temps de penser à moi et de m’écrire dans ces premiers moments; mais an moins vous étiez bien sûr que personne n’apprendrait avec plus de plaisir, avec un intérêt plus tendre que moi, tous les détails que m’a faits votre
ET ÉCLAIRCISSEMENTS
amitié. J’espère, mon cher comte, que, malpré la différence de nos âges, ce sentiment n’en existera pas moins tout le temps de notre vie. Vous m’avez permis, à Pétersbourg, de vous regarder comme mon Qls, et je sens qu’il me serait dilhcilo de perdre une si douce habitude ; elle n’est pas du nombre de celles dont je serais bien aise de pouvoir me corriger. J'ai su par ma üllc votre arrivée à Paris; mais comme voilà un siècle que je n’ai de nouvelles ni de mon gendre ni du ducd’llavré, j’ignore s'ils ont eu le plaisir de vous voir ; mais je suis sûr d’avance que mon beau-frère aura été aussi aise de faire connaissance avec vous que M. de La Coste d’ôtre à portée de la renouveler. Recevez tous mes remeretments des soins que vous avez eus de ma montre; elle est arrivée à très-bon port à sa destination. Donnez-moi , en revanche, des commissions pour mon retour; je m’en acquitterai avec grand plaisir, et ne désespère pas de pouvoir, an mois de septembre, en être le porteur. Ma santé a été si misérable, j’ai tant souffert de mon rhumatisme depuis six mois, que passer ici un quatrième hiver me parait la chose impossible. Mes enfants, mes affaires, le besoin de revoir ma patrie et tous les objets qui m’y attachent, tout se réunit pour me faire souhaiter bien vivement ma liberté, et je me flatte que ces raisons paraîtront assez bonnes pour qu’elle me soit accordée. Vous avez su par M. Gaillard la perte que nous avons faite du pauvre comte Panin ; elle fait ici un vide affreux pour la société, c’est un point de réunion qui ne sera jamais remplacé, chacun le dit ici et l'éprouve. Mais moi je le sens plus que personne, car j’étais véritablement attaché à ce respectable vieillard ; il avait de l’amitié pour moi, et sa perte m’est aussi nouvelle, aussi sensible que le premier jour. Ce triste événement, qui arriva deux jours après que j'eus reçu votre lettre, a été cause, mon cher comte, que ce n’est qu’il y a peu de jours que j’ai pu prier M. le prince Repnin et M. le prince Kourakin de rappeler à Son Altesse Impériale la promesse qu’elle m’avait faite de parler en votre faveur au maréchal de Biron. Le grand-duc a répondu qu’il avait attendu que vous fussiez à Paris pour écrire sur ce sujet à M. le prince Baralinsky, mais qu'incessamment il lui écrirait. Il a ajouté à cette marque de bonté les choses les plus flatteuses pour M. votre père et pour vous. Ainsi, mon cher comte, j’espère qu’avant peu le prince Baratinsky pourra faire auprès du maréchal la démarche qui vous intéresse. Tous vos amis et connaissances do Pétersbourg se portent bien. Nous y sommes encore en possession de l’hiver que vous nous avez laissé. La Néva n’a débâclé qu’il y a huit jours, il fait le temps du mois de novembre de nos climats, et je ne vois pas de raisons pour que nous ayons jamais l’été. Adieu, mon cher comte, pensez quelquefois au vieux ministre de Pétersbourg, aimez-le un peu, vous le devez en
NOTES
conscience, car, sans compliment, il vous a voué pour la vie la plus tendre et la plus constante amitié, t
(Inédite. — De la collection de M. Henri Nadault de BufTon.)
Note 8, p. 144. — La lettre de Gueneau de Montbciilard nous a été conservée ; la voici :
« Semur, 13 août 1782.
t Nous lisons vos lettres, mon cher monsieur, avec le plus tendre intérêt. Le grand homme a la bonté de nous les communiquer, et c’est une marque d'amitié qui nous est bien chère. Nous voyons avec enchantement que votre voyage n’est qu’un tissu d’agréments, d'ac* cueils distingués, et de tout ce qui peut flatter une âme sensible et élevée; nous voyons avec un plaisir encore plus intime que vous méritez tout cela, mon cher monsieur, par vos sentiments nobles et justes, par votre excellente conduite, par le désir constant que vous montrez de donner de la satisfaction au meilleur des pères. Continuez, et l’on pourra dire avec vérité que vous aurez été mûr avant le temps, et conséquemment que vous serez heureux plus longtemps aussi. Nous voyons, mon cher monsieur, que vous vous disposez & voyager cet hiver en traîneau jusqu’à Moscou. Ne craignez-vous pas que cette saison et ce climat no soient bien rudes pour une poitrine accoutumée à une température plu.s douce? Vous prendrez sans doute les précautions nécessaires, l'amitié vous invite à en prendre même de superflues. A propos do Moscou, dites-nous donc ce que les personnes sensées et bien instruites des faits pensent d’un phénomène annoncé dans nos papiers publics, et qui regarde un certain Féodor Bazilly, du district de Schuiska, dépendant de la chancellerie du gouvernement do Moscou. Or on nous dit, mon cher monsieur, que ce Féodor Bazilly a épousé deux femmes, dont la première lui a donné 69 enfants en 27 couches (savoir, quatre de quatre enfants, sept de trois et seize de deux), et la seconde 18 enfants en huit couches (savoir, deux de trois enfants et six de deux) ; en tout 87 enfants, dont il n'est mort, dit-on, que quatre seulement. Ce fait est si éloigné du cours ordinaire de la nature, qu’il serait à propos de le bien véri- Ger, afin de l’établir ou do le détruire, selon qu’il se trouvera vrai ou faux. J’imagine, mon cher monsieur, que cela vous sera plus facile qu’à un autre , soit à Moscou , soit à Pétersbourg. Au reste, pour peu que vous y voyiez de fatigue ou d’embarras, prenez que je ne vous ai rien dit : ma première condition est de ne point vous fatiguer.
« Je suis, etc.
( Ma femme n’a qu'un cœur avec moi, surtout lorsqu'il s’agit de
vous, monsieur. Mon tils, qui est à son régiment à Charleville, pense aussi comme nous, j'cn suis sûr. Avez-vous eu la bonté de Liire rendre une certaine lettre au gouverneur des pages de Sa Majesté ImpérialeT *
(Inédite. — De la collection de M. Henri Nadault de Buflbn.)
Note 9, p. 144. — Bernard-Germain-Étienne de la Ville-sur-lllon, comte de Lacépède, né le 26 décembre 1756, mort le 6 octobre 1825, fit paraître dans le journal de physique de l’année 1778 un mémoire sur rélectricité. Ce fut son premier essai scientifique. Apprenant que Butfon préparait un traité sur l’aimant, il lui adressa un nouveau mémoire sur cette matière. BulTon remercia son jeune correspondant, qui lui demanda comme une faveur vivement désirée la permission de venir travailler près de lui. BulTon l'attacha bientôt au Jardin du Roi avec un litre plus solide, et, en 1786, à la mort de Daubenton le jeune, Lacépède fut nommé garde sous-démonstrateur du Cabinet. Il continua cependant de travailler près de BulTon, s’occupant de tous les détails, réunissant les mémoires, faisant des extraits dans les livres des voyageurs, rassemblant, on un mot, les matériaux, et commençant parfois la description des individus. Buflbn, qui préparait alors l'hisluire des cétacés et qui s'occupait en même temps de compléter celle dos quadrupèdes et des oiseaux, chargea Lacépède de rassembler des matériaux et de recueillir des documents sur l’histoire des quadrupèdes ovipares et des serpents. Il lui remit, dans ce but, toutes ses notes ainsi que les communications qui lui étaient chaque jour adressées par les voyageurs et les savants étrangers. Lacépède publia, en 1788, ()Our son compte et en son nom, YUistoire naturelle des quadrupèdes ovipares et des serpents. Buffon témoigna un très-vif mécontentement en voyant paraître ce volume et dit, après se l’être fait lire, que c’était un mauvais livre et qu’il ne pouvait concevoir comment l’auteur l’avait fait imprimer. Il ajouta que, s’il n’eùl été autant l'ami de l’auteur, il aurait dénoncé son livre. ( Je lui ai entendu dire à des gens de marque, Mlle Blesseau écrit à M. du Faujas (Voy. p. 643) qu’il était très-fâché de ce que M. de Lacépède ne lui en ei'it point parlé, et cela avant que de retomber malade. ï BulTon mourut en 1788 , et, un an après sa mort, en 1789, Lacépèile publia le dernier volume des SuppUmeiits à l'Histoire naturelle, servant de suite à YUistoire des animaux quadrupèdes, t Le public, dit-il dans l’avertissement mis en tête de l’ouvrage, ayant désiré vivement de jouir des derniers travaux de feu M. lecomte de BulTon , qu’une longue et douloureuse maladie a enlevé l’année
NOTES
dernière aux sciences et aux lettres, M. le comte de Buffon son 61s, ainsi que M. le chevalier de Buffon son frère et son esècnteur testamentaire, ont bien voulu me remettre les ouvra.:;es manuscrits qu’ils ont trouvés parmi les papiers de ce grand naturaliste, et con- £er le soin de diriger l'impression de ces ouvrages à celui qu’il avait chargé lui-méme de les continuer. ï Cette dernière allégation n’est pas exacte. Buffun, sentant ses forces diminuer, avait, en présence de son œuvre inachevée, fait choix, en effet, d’un homme capable de la continuer. Cet homme ne fut pas Lacépèdo, mais Faujas de Saint-Fond.
On trouvera plus loin, dans une lettre relative à la survivance du Jardin du Roi , la volonté do Buffon formellement exprimée. « Je prie, y est-il dit, Mgr le baron de Breteuil de vouloir bien charger, à ma recommandation et à ma demande, M. Faujas de Saint-Fond de la continuation do mes ouvrages pour l'histoire naturelle du Cabinet du Roi, si ma santé ne me permet pas de les suivre, n Lacépède n’ignorait pas le choix que Buffon avait fait de Faujas pour continuer son œuvre ; le jeune comte de Buffon et le chevalier son oncle n’en étaient pas instruits. A la mort de Buffon, Faujasétait absent de Paris. Panckoucke pressait pour donner au public le dernier volume des Suppléments, depuis longtemps annoncé.Lacépède se présenta. «M. de Buffon, di.-ait-il, lui avait parlé, avant sa mort, decette publication, et lui avait même remis la plus grande partie des matériaux qui devaient entrer dans la composition de ce volume. » Il circonvint la famille et obtint d’elle la remise des papiers. Faujas apprit en même temps la mort do Buffon et les nouveaux arrangements pris pour la continuation de l’Histoire naturelle. Il se montra vivement blessé de ce procédé, et dans sa correspondance on retrouve de nombreuses traces de ce mécontentement. Dans cette affaire, m'i sa conduite ne fut ni franche ni loyale, on peut tout au moins reprocher à Lacépède un malheureux manque do mémoire. On doit encore relever de lui une erreur singulière. On s’étonne, en effet, de trouver dans la notice sur Buffon placée en tête de l’édition complète de ses œuvres, donnée par Lacépède en 1817, que le célèbre naturaliste est né à Dijon. Lacépède, qui habita plusieurs années Montbard, devait bien savoir cependant que Buffon y était né. Il lui eût, au reste , été facile d’éviter l’erreur dans laquelle il est tombé, en recherchant sur les registres do Montbard la date d’une naissance dont le lieu faisait doute dans son esprit. J’ai entre les mains une plaque de cuivre, gravée sans doute pour le tombeau de Buffon, et sur laquelle celte erreur est consignée.
On doit cependant rendre au comte de Lacépède celte justice que,
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ET ÉCLAIRCISSEMEXTS.
soit en public dans ses écrits, soit en particulier, il montra toujours une vénération profonde pour le nom do Buflbn. Dans les hautes dignités qui honorèrent sa carrière politique, il n'oublia jamais la veuve du fils de son premier protecteur et la dirigea souvent de ses conseils dans les situations difficiles qu’elle eut à traverser. Lorsqu’il apprit que sa fortune était compromise, il l’engagea à chercher dans un second mariage une aisance qu'elle était menacée de perdre. La comtesse de Buffun répondit que le nom qu’elle portait était de ceux que. l’on ne quitte point. La lettre que Lacépède lui écrivit à ce sujet mérite d’être consenée. Elle est ainsi conçue :
( Madame la comtesse,
c J'espère que vous voudrez bien vous rappeler assez l’affection que vous m’avez accordée dès votre plus tendre enfance et le dévouement dont je me suis emprt^ssé de vous offrir l'hommage dans tant do circonstances, pour n'élrc pas surprise de recevoir une lettre de moi. Mais vous serez vraisemblablement étonnée de la date et de l’objet de cette lettre. J’ai l'honneur de vous écrire, madame la comtesse, du pays de France où l’on a le pins beau climat et la température la plus douce, où l'on est environné d'orangers , de grenadiers, do myrtes, et où je travaille, vers le milieu du mois de décembre, dans un salon sans feu et la porte ouverte. Les médecins ont ordonné à ma bcllc-fille d’y' passer la partie la plus rigoureuse de l'hiver, et le Hoi a bien voulu me permettre, avec une grande bonté, do l’y conduire ainsi que mon fils, quoique la session de la Chambre des Pairs ne fût pas terminée. 'Voilà une date e.vpliquée, je crois, avec assez de facilité, madame la comtesse; je ne sais si je trouverai la même facilité dans la négociation dont j’ai été chargé auprès de vous, et qui est l’objet do la lettre que j'ai l'honneur de vous adresser. Nous avonsà la Chambre des Pairs des jeunes gens qui ne peuvent pas encore voler et des vieillards de quatre-vingts ans qui, bientôt, ne le pourront plus. Un de mes collègues, qui n’est ni des uns ni des autres, a eu l’honneur de vous voir, vraisemblablement à Paris ou à Montbard. 11 a, d’ailleurs, beaucoup entendu parler de vous ; et, d’après la manière dont il m’en a parlé lui-môme dans sa correspondance, j’ai vu que ses yeux étaient très-bons et sa mémoire très-fidèle. Il aurait un grand désir (puisqu'il faut enfin que j’abrège mes préparations pour ne pas trop allonger ma lettre) d’obtenir un bonheur que beaucoup d'autres personnes ambitionneraient comme lui, celui de pouvoir mettre à vos pieds son cœur, son rang, sa fortune, etc. Mais avant de chercher à mériter la permission de vous en faire hommage, il a cru devoir m’en
NOTES
gager à user près de vous d'une espèce de droit dont il a supposé que la belle-fille do Buffon el la nièce de DauberUon aurait pu m’honorer, et il a voulu que, sans le faire connaître, je prisse la liberté de vous demander à vous-méme vos intentions générales. Je vais donc oser vous adresser, comme fils adoptif de Buffon el de Daubenlon, deux questions en apparence extraordinaires et que vous aurez cependant la bonté de trouver un peu naturelles, si vous m’accordez toujours un peu de l'amitié que la charmante Betzy avait pour moi. Consentirezvous à vous remarier? et si un second mariage entre dans vos arrangements ultérieurs, votre choix serait-il déjà fait? On a souhaité que j'ajoutasse la seconde question, parce qu'une réponse, même tout à fait négative à la première, ne ferait pas perdre tout espoir à celui qui vous a vue el entendue. Quelque détermination que vous croyiez devoir prendre, madame la comtesse, puis-je me flatter de l'avantage de recevoir une réponse de vous? Je n’en communiquerai que la portion que vous m’indiquerez; le reste ne sera connu que de moi et sera brûlé. Je suis sûr que, du moins, vous ne verrez dans ma négociation que l’envie de rendre un grand service à un de mes collègues cl celle de vous donner une preuve de tout ce que vous savez si bien faire éprouver cl que vous m’avez inspiré plus qu’à personne. Je ne puis vous offrir ni les hommages de mon fils ni les compliments de ma belle-fille, parce que j’ai cru qu’ils devaient ignorer que j’avais l’honneur do vous écrire.
c Veuillez, etc.
« B.-G.-E.-L. comte de Lacépède. »
(Inédite. — De la collection de M. Henri Nadaull de Buffon.)
Note 10, p. 145. — La statue commandée par le Roi, el confiée par le comte d’Angeviller au ciseau do Pajou, avait été terminée en 1777 et placée au pied du grand escalier du Cabinet d'ilistoire naturelle, durant une absence de Buffon. Personne ne l’avait averti, et, lorsqu’il revint de Montbard et qu’il vit cet hommage éclatant rendu à son génie, sa surprise égala sa reconnaissance, c On vient, disent les Mémoires de Bachuumonl, à la date du l'”' juillet 1778, do découvrir la statue de M. le comte de Buffon, qui a été placée au pied do l'escalier du Cabinet d’ilistoire naturelle de Sa Majesté. Elle est fort mal située en cet emplacement, el n’est pas dans le point d'optique qu’il faudrait à ce monument colossal. M. de Buffon est debout, dans l’attitude d’un homme qui compose. Le génie enflamme sa figure pleine de noblesse; il tient d’une main un poinçon el de l'autre un rouleau, suivant la
ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 461
coutume antique : on lit au bas ces quatre mauvais vers, sous le titre d’inauguration ;
Le monarque commande, et le marbre respire Sous les traits de Buiïon ;
La Nature applaudit, et dans tout son empire Fait révérer son nom. »
* Ces vers, dit un journal du temps, sont de M. Grignon, chevalier de l'Ordre du Roi et correspondant de l’Académie royale des sciences. Il n’a fait que suivre les mouvements de son cœur, pour tracer l'éloge de l'homme illustre avec lequel il est lié de la plus vive amitié. » (Journal des a/fiches, annonces et avis divers, du 22 octobre 1777.) Grignon composa cette autre pièce sur le même sujet :
Louis le Bien-Aimé travaillait pour sa gloire ,
Lorsqu’il fit élever ce pompeux monument A l’honneur de Buffon. savant dont la mémoire Bravera les efforts de l’Envie et du Temps.
Lors d’une visite que Ht Lebrun avec Mme Nccker au Jardin du Roi, on le pressa de remplacer l’inscription misé au pied de la statue par une autre plus digne du sujet; il composa aussitôt les deux vers suivants ;
Buffon vit dans ce marbre 1 à ces traits pleins de feu Vois-Je de la nature ou le peintre ou le dieu?
La statue de Buffon donna lieu à d’autres pièces de circonstance ■que nous ne voulons point rapporter ici. Une cependant, composée par Sédaine, qui était aussi venu voir la statue du Jardin du Roi, et conservée par Grimm dans sa Correspondance, mérite d’être exceptée :
O En la forêt de Montbard, de la part dos animaux du globe terrestre.
t Homme Pajou ! nous te sommes bien obligés. Nous ne savions comment remercier l’homme Buffon de nous avoir peints; et toi avec ton instinct, ton ciseau et de la pierre, tu as rendu nos sentiments et sa figure; tu as donné une idée de son intelligence aussi parfaitement qu’il a rendu la nôtre, avec sa réflexion et la plume d’un de nos camarades.
€ Sais-tu qu’il ne faut pas être un sot pour exprimer la reconnaissance des bêtes? Elle est pure, la nôtre; elle n’est pas comme la vôtre, toujours gcltéo par l’amour-propre. Quand nous recevons un bienfait.
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nous ne croyons pas l’avoir morilé. Nous ne disons pas cela pour loi; tu dois ^tre comnio l'homme BufTon , bon cl honnête. Vous auriez dû tous deux être des nôtres; tu aurais été un lion et lui un aigle. Adieu. >
Les inscriptions ess.iyées jusqu’alors disparurent pour. faire place à cet hémistiche lutin :
• Naturam amplcctitur omnem. *
Un écolier, mauvais plaisant, écrivit, dit-on, au crayon, sur le socle de la statue :
Qui trop embrasse mal étreint.
L'inscription fut enlevée et remplacée par celle qui se voit aujourd’hui :
« Naturic majestati par ingenium. »
BulTon, qui savait bien qu’à Saint-Pétersbourg une inscription serait gravée au-dessous de son buste, envoya cette dernière à son fils, non pour s'enorgueillir de ce qu’elle contenait de flatteur, mais aCn do prévenir ces témoignages e.vagérés d’admiration ou d’estime donircDvie a fait si souvent une armo dangereuse.
Note 11, p. 146. — Claire-Joseph Leyris de La Tudo, connue au théâtre sous le nom de Mlle Clairon, née en 1723, morte le 18 janvier 1803, quitta le théâtre le 16 avril 1763. Conduite au For-l’Évêquo pour s’être refusée à jouer avec l’acteur Dubois, elle dit à l’exempt chargé de l’accompagner, que sa disgrâce ne pouvait compromettra son honneur, et que le roi do France lui-même n’y pouvait rien, t Vous avez raison, mademoiselle, répondit l'officier de police; où il n'y a rien, le roi perd scs droits. » Elle se fixa à la cour du margrave d'Anspach, fut chargée de l'éducation des enfants du margrave de Bayreuth, et ne revint à Paris qu’en 1775.
Note 12, p. 146. — Grégoire-Alexandrowitch, prince Polemskin, né en 1736, mort le 15 octobre 1791, jouit d’une grande faveur à la cour de Catherine il, et prit, durant sa longue carrière, la part la plus active aux affaires de l’Empire.
Note 13, p. 146. — Nicolas-IVasilicwitscb , prince Repnin, né en 1734, mort le 12 mai 1801, se distingua tour à tour comme général et comme diplomate. Il jouit d’un grand crédit sous Caliierine II; Paul !•' l'exila à Moscou, à la suite d'une négociation malheureuse,
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dont le but était d'associer la Prusse aux vues de la Russie contre les prétentions de rAulriche.
Note 14, p. 148. — Lecomte de La Torré, qui, l’année précédente, avait reçu le jeune comte de BufTon, lors de son premier voyage à Vienne, remplaça en 1783, à Saint-Pétersbourg, le marquis de Vérac, rappelé sur sa demande. Je possède une lettre écrite par le comte de La Torré en 1781 ; l’empressement que met Bullon à remercier des marques d'intérêt que reçoit son fils, montre une fois de plus combien étaient vives les préoccupations de sa tendresse paternelle.
« Vienne, le 23 décembre 1781.
< Monsieur le comte,
€ J ai eu l’honneur de recevoir votre très-estimable lettre, dans laquelle vous voulez bien agréer le peu de marques de bienveillance que j’ai pu donner à M. votre fils, pendant son séjour à Vienne, et avoir la bonté de m'annoncer que peut-être j'aurai le plaisir de le revoir à Saint-Pétersbourg. Dans ce cas, vous pouvez être bien assuré, monsieur le comte, que je me ferai un devoir de le servir en tout ce quo je pourrai , tant par son mérite personnel que par les égards qui vous sont dus à tant de titres. Je ne saurais m'empêcher de vous faire les plus sincères compliments à l’occasion de la marque signalée que l’impératrice de Russie vient de vous donner de son estime, et que tout le monde regardera comme uti nouveau témoignage de la sagesse de cette auguste souveraine et de votre mérite distingué....
- « Le comte de La Torré. »
Note 1, p. 149. — Buffon venait enfin, après dix années de persévérance et de soins, de terminer avec les moines de l’abbaye de Saint- Victor, les plus récalcitrants après les Génovéfains, l'affaire délicate qui allait lui permettre de donner au Jardin du Roi un développement devenu nécessaire, et de couronner son œuvre par la réalisation d’un projet longtemps caressé. Buffon avait mis dans ses intérêts le R. P. Del aulne, prieur de l'abbaye; mais toute la communauté lui était contraire. L’intendant du Jardin du Roi parvint cependant à la faire consentir à un échange. Une maison appartenant à l’abbaye se trouvait sur le terrain échangé; quelques moines l’occupaient. Buffon, pressé de jouir de sa nouvelle acquisition , écrivit de Montbard pour
NOTES
donner ordre de déblayer aussitôt le terrain, aQn do l’approprier à sa destination nouvelle. A son arrivée à Paris, toutes les constructions avaient disparu, une seule maison restait debout. BulTon s’en plaignit à l’architecte du Jardin. 11 apprit alors que, malgré de nombreux avertissements, les moines qui l’occupaient n’ayant point voulu partir, on avait été obligé de la respecter. BulTon , sans reprocher à la communauté son peu d’e.xactilude à remplir ses engagements, donna un nouveau délai. Les moines ne se hâtèrent pas de sortir. Ils paraissaient même avoir perdu le souvenir de leur nouvel engagement , lorsque, dès le grand matin, le jour où expira le dernier délai, jls entendirent au-dessus de leurs têtes un bruit inaccoutumé. Des ouvriers en grand nombre, envoyés par BulTon, étaient occupés à découvrir les toitures; la pluie tombait à torrents, et le soir le dernier moine avait disparu. On trouvera, dans la correspondance de BulTon avecThouin, des détails sur les grands travaux entrepris à cette époque au Jardin du Roi. Les Mémoires de Bachaumont, à la date du 23 juillet 1782, en rendent ainsi compte : t M. le comte de BulTon, intendant du Jardin et du Cabinet du Roi, s’occupe sans relâche de l’agrandissement et de l’embellissement de cette résilience. Il a obtenu des fonds pour acheter les divers terrains jusqu’au bord de la rivière, ce qui, en étendant singulièrement le Jardin, va le rendre superbe et d’un accès beaucoup plus facile. On parle aussi de transporter au même lieu la ménagerie de Versailles, et il est certain que cette partie d'histoire naturelle vivante sera beaucoup mieux, jointe ainsi aux autres, et d’ailleurs plus soignée entre les mains d’un philosophe naturaliste, que sous la direction d’un suisse grossier et sans aucune connaissance, o t 12 septembre 1782. — Depuis que les travaux au Jardin du Roi pour son agrandissement et embellissement sont commencés, il devient un point de promenade des curieux. On admire l’immensité de fer qui s’y consomme, ce qui occupe merveilleusement les forges de M. le comte de BulTon. ( V'oy. à ce sujet la note 3 de la lettre cclx, p. 354. ) Sa statue, posée depuis quelques anpées en ce lieu, attire aussi les regards. A la mauvaise inscription française dont on a parlé, on a substitué celle-ci en latin, plus noble et plus digne du personnage ;
s Majcslati naturæ par ingenium. »
Les travaux d’embellissement entrepris au Jardin du Roi par Buffon donnèrent lieu aux vers qui suivent ;
C’est gr.Tces à BulTon que le Jardin royal.
Reculé tout à coup jusqu’aux bords de h Seine,
Va loger désormais avec un soin égal Et la plante exotique et la plante indigène,
ET ÉCLAIRCISSEMENTS
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Tu peux bien présider & ces vastes travaux,
Toi par qui la nature écrivit sou histoire,
Etendre le Jardin par des terrains nouveaux;
Mais je te défierais d'ajouter à ta gloire 1
Note 2, p. 151. — Lejeune comte de Buffon avait répondu un peu à la légère à l’Impératrice, qui le queslionnait sur les ouvrages auxquels son père travaillait alors, que, son Uistoire des minéraux achevée, il avait le dessein de ne plus rien écrire, c Ce n’est pas possible, avait aussitôt repris l’Impératrice; celui qui a ainsi parlé des coquilles et de l’homme civilisé, n’a pas dit encore tout ce qu’il en sait. a
Note 3, p. 151. — L’occasion so présenta, en effet, et Buffon ne la laissa pas échap[ter. En deux passages différents , dans V Histoire des minéraux, il parle avec admiration du génie de Catherine II, et lui offre le témoignage public de sa profonde reconnaissance pour les marques de distinction qu’il en a reçues. A propos de la colonne do Pompée, il dit: « De nos Jours on a remué des masses encore plus fortes, car le bloc de granit qui sert de piédestal à la statue du grand Pierre I", élevée par l’ordre d’une Impératrice encore plus grande , contient trente-sept mille pieds cubes. « Et en note : t Catherine II, actuellement régnante, et dont l’Europe et l’Asie admirent et respectent également le grand caractère et le puissant génie. > Plus loin , en parlant du feldspath, autrefois connu sous le nom de pierre de Labrador, et dont on venait de trouver une grande quantité aux environs de Saint-Pétersbourg : t L’auguste impératrice des Russies , dit-il , a daigné elle-même me le faire savoir, et c’est avec empressement que je saisis cette légère occasion de présenter à cette grande souveraine l’hommage universel que les sciences doivent & son génie, qui les éclaire autant que sa faveur les protège, et l’hommage particulier que je mets à ses pieds pour les hautes bontés dont elle m’honore, s
L'impératrice de Russie, Catherine II, Qt, il est vrai, de grandes choses, et éleva son pays à un très-haut point de prospérité. Mais la vigueur de son gouvernement et la protection éclatante qu’elle accordait aux savants de toutes les nations, ne sauraient faire oublier le crime qui lui mit la couronne sur la tête. Au milieu de ce concert d’éloges qui remplissent tout le dix-huitième siècle, et dont Grimm, Voltaire surtout, d’Alcmbert et La Harpe se font les échos complaisants, quelques voix protestaient contre ces Qatteries excessives. t Rien de plus choquant, écrit la duchesse de Cboiseul à Mme du Deffand, le 14 juin 1767, que l’enthousiasme de Voltaire pour l’impératrice de Russie, rien de plus révoltant et de moins léger que sa petite plaisanterie : « Je sais bien qu’on lui reproche queln 30
NOTES
( ques bagatelles au sujet du sou mari; mais ce sont des alTaires do « famille dont je ne me miMe pasl... » Quoil Voltaire trouve qu’il y a le mot pour rire dans un assassinat I Et quel assassinat? celui d’un souverain par sa sujette, celui d'un mari par sa femme! Walpole n'est pas moins sévère. « Voltaire, écrit- il à Mme du DelTand la mémo année, me fait horreur avec sa Catherine. Le beau sujet de badinage que l'assassinat d'un mari et l'usurpation d'un trône! >(Les deux passages qui précèdent sont extraits de la correspondance inédite de Mme du DelTand, tout récemment publiée.)
Note 4, p. 152. — Georges-Louis-Nicolas, vicomte de Saint-Belin, neveu et filleul de BufTon, entra au service le l*' janvier 1780. Capitaine de dragons en 1787, il devint en 1788 aide-major général de l'infanterie, et servit en cette qualité au camp de Saint-Omer. Il mourut en 1825.
Note 5, p. 152. — Le lecteur n’est peut-être pas non plus indilTérent pour La Uose, qui inspira à Billion une si grande confiance. Quoique nous en ayons dit un mot précédemment (Voy. la note 3 do la lettre ccLxxxii, p, 407), quelques autres détails ne paraîtront sans doute pas suiierllus. La Rose était un valet de chambre modèle. Biiffon, qui l’avait bien jugé, l'avait demandé au chevalier de Saint-Belin, son beau-frère, pour le donner à son fils. La Rose accompagna le comte de BufTon en Russie, et chaque semaine il envoyait un bulletin de l’état de la santé du jeune voyageur que des vœux si tendres accompagnaient. Voici , au reste, le portrait de La Rose, tel que je le trouve dans une lettre écrite de Paris, et qui annonce au chevalier dePaint- Belin sa prochaine arrivée à Montbard ; i J’ai vu un sujet qui, je pense, pourra vous convenir; il m’est adressé par M. le vicomte de Rochambeau, et recommandé par M. le marquis de Mailly. Il paraît plutôt disposé à vous servir en qualité de valet de chambre; cependant il se contentera do l'emploi que vous lui donnerez; il coilTc fort bien et a servi dans les troupes, voyagé en Angleterre, en Portugal, etc. Il a été en Amérique avec M. le comte de Lauberdiêre, aide-maréchal général des armées; il monte supérieurement 5 cheval et est bien pris dans sa taille, qui est de cinq pieds deux pouces; je désire que vous en soyez content. 11 se disposera à partir pour Montbard vendredi ou samedi de la semaine prochaine; son âge est de vingt-huit ans. ï
ET ÉCLAIRCISSEMENTS
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Note l,p.l52. — Le jeune comte de Buiïon arriva à Paria dans le mois de janvier 1783. Pendant plusieurs jours la maison de son père ne désemplit pas de visiteurs d’un haut rang, qui vinrent le complimenter sur l’accueil bienveillant et distingué que lui avait fait l’impératrice Catherine. Le mois suivant, ayant obtenu un congé, il accompagna son père à Montbard, et resta une partie de l’hiver près de lui.