‹ Correspondance inédite de BuffonChapitre 107 sur 133 · CCCXXXVIII · texte numérisé non relu

CCCXXXVIII

Note 1, p. 196. — Jean-André Mongez, né en 1751, a laissé sur la physique des mémoires remplis do vues nouvelles et de considérations du plus haut intérêt. En 1785, il s’embarqua avec La Pérouse en qualité de physicien et d’aumônier. Il partagea le sort de l’expédition, et ne revint pas d’un voyage que son amour pour la science lui avait fait entreprendre.

Note 2, p. 196. — Jean-François Galaup de La Pérouse, né en 1741, partit le 1" août 1785 pour son voyage de découverte autour du monde. Il commandait deux frégates, la Itoussole et l'AsIrohhe.

Les dernières nouvelles do l'expédition signalaient sa présence à Botany-Bay. Bientôt on cessa d’en recevoir, et, malgré de nombreuses recherches, on ne put découvrir, jusqu’en 1827, dans quels parages La Pérouse et ses malheureux compagnons avaient trouvé la mort.

A cette é|H)que, le capitaine anglais Dillon reconnut les débris des vaisseaux de La Pérouse dans une des lies Vanikoro. En 1828, Dumontd’Urville acquit la certitude que La Pérouse avait péri en effet sur les récifs do Vanikoro. On lit dans les Mémoires de Bachaumont au sujet du voyage de La Pérouse :

« 4 mai 1785. — On ne sait point au juste quelle route tiendra M. de La Pérouse dans le voyage autour du monde qu’il entreprend.

Il aura une escadre do plusieurs bâtiments. Il déclare que le Roi s'y iuiéreiso beaucoup , que c’est Sa Majesté qui en a conçu le plan et doit diriger sa marche en grande partie.

t 18 août. — M. do La Pérouse a appareillé de Brest le premier de ce mois pour son voyage autour du monde. Bien des gens révoquent en doute sa capacité , et prétendent que M. de l’Angle , capitaine du second bâtiment, serait plus propre pour l’expédition. »

Note 3, p. 197. — Dans une lettre à la date du 17 juin 1785, Buffon dit à ce propos à Thouin ; f Je suis très-satisfait de ce que vous avez , bien voulu prendre la peine d’instruire nos voyageurs pour l’avantage du Jardin du Roi. Sauriez-vous des nouvelles de M. Dombey, dont je n’ai plus entendu parler, non plus que des caisses qu’il avait annoncées? Mandez-moi aussi quand vous comptez commencer votre cours de botanique, et soyez toujours bien persuadé do mon estime et de mon véritable attachement. »

ET ÉCLAIRCISSEMENTS

Note 1, p. 199. — Pierre Camper, né à Leyde, le 11 mai 1722, mort le 7 avril 1789, fit plusieurs voya;jes soit en France, soit en Angleterre, et fut, en 1785, nommé par l’Académie des sciences à l’une des huit places d’associés étrangers. Bien que ses découvertes soient importantes et nombreuses, il a peu écrit. Elles sont, pour la plupart, consignées dans les Mémoires des diverses Académies dont il fut membre. En 1778, il écrivit de Klein-Lankum à Butîon une lettre insérée dans les Suppléments à i Histoire naturelle, t A l’égard de l’organe de la voix de ces sapajous hurleurs, dit Buffon, M. Camper, trèssavant anatomiste, qui s’est occupé de la comparaison des organes vocaux dans plusieurs animaux, et parliculicremenl dans les singes, m’écrit au sujet de Valouatle dans les termes suivants.... n Son fils, suivit la même carrière que son père, et sut aussi s’y rendre utile; il publia plusieurs de ses ouvrages, et a laissé également sur rbisloiro naturelle quelques observations importantes.

Note 2, p. 199. — Gidllaume-Antoine Duluc, né à Genève en 1729, mort le 26 janvier 1812, frère de Jean-André Duluc, physicien célèbre, se distingua par son goût pour l’élude de l’histoiro naturelle. Il forma un cabinet qu’il passa sa vie à augmenter et à enrichir. En 1756 et en 1757, il visita le Vésuve, l’Etna, l’tle de Vulcano, et rapporta de ce voyage une belle collection de produits volcaniques , dont il donna, par la suite, le catalogue raisonné. Son frère et lui sont souvent cités dans l’Histoire naturelle.

Noie 3, p. 199. — Faujas de Saint-Fond, encouragé par Buffon dans ses premiers travaux, se livrait à cette époque à diverses expériences sur les mines , qui donnèren l lieu à des .Mémoires intéressants. Les roches, les eaux minérales et plusieurs autres objets d’histoire naturelle, furent tour à tour le sujetde ses recherches. Les diverses sommes que Faujas de Saint-Fond obtint à différentes reprises des ministres, furent insuffisantes pour le rembourser des avances importantes qu’il était obligé de faire; aussi, en 1797, le conseil des Cinq-Cents, sur la proposition de Dubois (des Vosges), vota en sa faveur une somme de 25 000 francs, comme une juste indemnité des avances qu’il n’avait cessé de faire pour se livrer à des expériences scientifiques.

NOTES

GCCXU

Noie 1, p. 199. — Ce fut, en effet, seulement au mois d'aoùt 1785, que fureni terminées les nombreuses formalités exigées par l'acquisition des terrains nécessaires pour l’agrandissement du Jardin du Roi. L’opération de Butfon était double : d'un côté il acquérait des moines de Saint-Victor des biens do mainmorte; de l’autre il rétrocédait au Roi, au prix auquel il les avait aciietés, des terrains que le Jardin devait désormais comprendre dans son vaste périmètre. Pour que le Roi achelAl et p>ur que l'abbaye vendit, bien des formalités étaient nécessaires, soit devant le Conseil, soit devant la Chambre des comptes, soit devant le Parlement. Les lettres patentes autorisant l'agrandisseroenl du Jardin du Roi par le moyen d un échange avec la communauté de Saint-Victor sont du mois d'avril 1782; le contrat intervenu entre Bullon et le fondé de pouvoir de l’abbaye est à la date du 30 août de la même année. Les pièces relatives à cet échange, qui était d’une si grande importance pour la réalisation des plans de Biiffon, nous ont paru présenter un intérêt historique, ce qui nous a déterminé à les reproduire ici textuellement ;

ï LOCIS, (lar la grâce de Dieu, roi de Franco et de Navarre, à tous pré.-ents et à venir salut.

t L’attention particulière que les rois nos augustes prédécesseurs ont apportée à la formation d'un Cabinet d’ili^toire naturelle et d’un Jardin des Plantes, le degré de célébrité auquel ces deux établissements sont parvenus sous le règne du feu Roi notre tiés-honoré seigneur et a'ieul , par la protection spéciale qu'il leur a accordée, et par les soins et les connaissances profondes du sieur comte de Buffon, auquel il en avait confié l’intendance dés l’année mil sept cent trenteneuf; enfin l’importance dont ils sont pour le progrès des sciences et des arts, nous ont déterminé à ne rien négliger pour les amener â l'étal de perfection dont ils peuvent être susceptibles. Nous avons spécialement fixé notre attention sur notre Jardin royal des Plantes, qui, par l’inslruclion qu’il présente et les secours qu’il fournil aux pauvres, et par l’activité constamment apportée à y rassembler les (liantes rares, tant indigènes qu’étrangères, qui peuvent concourir au progrès de la médecine et des autres sciences et arts, est devenu un dépôt universel, non moins utile à l'humanité entière que précieux

ET ÉCLAIRCISSEMENTS

à la capitale de notre royaume. Nous avons reconnu que l’agrandia- •ement de ce Jardin est un des moyens les plus certains de multiplier encore ces avantages réunis. Dans cette vue nous avons d’abord renouvelé les défenses-laites, dés l'é^toque de l'année mil six cent soixante et onze, de faire aucunes constructions, ni même délever aucunes piles de bois sur tous les terrains qui environnent ce Jardin. Ensuite nous avons porté nos regards sur l'accroissement inespéré, et cependant réalisé depuis sept à huit ans, du nombre des plantes étrangères porté à plus du double ; sur l’augmentation procurée à la culture des plantes vulnéraires consacrées aux besoins des pauvres, sur la formation dTectuée de deux nouvelles écoles des plantes employées dans la médecine et dans les arts; sur l'établissement formé d’une pépinière de jeunes arbres et d’un bosquet de grands arbres, aQn d assurer la multiplication des arbres étrangers, et de leur procurer toute la croissance qui leur est nécessaire pour porter graines et so naturaliser dans nus climats, tous avantages spécialement dus aux soius et à la vigilance du sieur comte de BulTon. Ainsi pénétré de la nécessité indispensable de ne pas ditférer à pourvoir à l'agrandissement du lieu dans lequel toutes ces ressources précieuses so trouvent rassemblées, envisageant d’ailleurs dans son agrandissement un nouvel objet de décoration et d’agrément pour notre capitale , nous avons, des l'année mil sept cent soixante-dix-buil , autorisé le comte de UulTun à traiter avec tous les propriétaires des terrains qui avoisinent notre Jardin royal des Plantes; mais de tous ces terrains circon voisins, le plus important, le seul même i]ui pût remplir ces vues d'utilité publique, s’étant trouvé appartenir à la manse canoniale de l'abbaye de Saint- Victor, le comte de Duffon n’a pu se dissimuler que l’unique moyen d’en opérer l’incorporation à ce Jardin, était la voie d'un échange avec les chanoines réguliers de cette abbaye; pour y parvenir, il s’est déterminé, après avoir obtenu notre agrément, à acquérir en son nom, et de ses propres deniers, une partie considérable des marais voisins, appartenant au sieur Dubois, et qui, paraissant par leur situation pouvoir être à la convenance de l'abbaye, offraient naturellement un juste objet de contre-éi hange. Après s'élre assuré do la propriété de ces marais, le comte de BulTon en a fait l'offre aux chanoines réguliers de l’abbaye de Saint-Victor, et nous avons vu aven la pins grande satisfaction que les mêmes vnes de bien public et d’utilité générale qui le conduisaient dans ses opérations, ont également animé ces chanoines réguliers, et qu’ils se sont empressés d’accéder à la proposition do l’échange. Dès le cinq mai mil sept cent quatre-vingt-un, le chambrier de l’abbaye a été autorisé, par une délibération capitulaire, à passer avec le comte de Buffon un acte en forme de compromis, qui,

NOTES

en liant respeclivomenl les parties, préparerait et assurerait l’exécution de ce projet. Et en eiïet, le vingt-six du même mois, il a été passé un acte sous signatures privées, entre le comte de Biiffon et le chambrier de l'.ibbaye de Saint-Victor. Par cet acte, d’un côté le comte de BulTon s’est soumis à céder à la manse canoniale do l’abbaye la quantité de douze mille quatre toises de terrain, faisant partie de celui qu’il avait acquis du sieur Uubois, et dont la situation et les confins sont décrits dans ce même acte; d’un autre côté, les chanoines réguliers se sont engagés à céder en échange au comte de BufTon semblable quantité de douze mille quatre toises de terrain contigu à notre Jardin royal des Plantes, qui se trouvent pareillement circonscrits et confrontés dans cet acte; on a réciproquement com|)ris dans ces cessions respectives toutes les maisons, chaumières et serres de jardiniers qui SC trouvaient sur chacun des terrains. On a prévu et déterminé les indemnités dont les parties seraient mutuellement tenues ; et, quoique le terrain appartenant à la manse canoniale parût être d’une valeur supérieure à celle du terrain qui lui était offert, néanmoins, en considération de sa destination à un objet d’utilité publique, il fut accordé que l’échange serait fait de but à but, espace pour espace, ar|)ent pour arpent, toise pour toise , sans soiillo ni mieux value d’aucune part; sous la condition toutefois que le comte de BulTon fournirait un passage charretier pour la desserte de la portion de terrain qui serait par lui cédée entre la rivière des Gobelins et le Jardin des Plantes, soit en construisant un pont de pierres sur cette rivière, soit en pratiquant un chemin communicatif de ce terrain au boulevard. Cet acte provisionnel ayant été mis sous les yeux du sieur de Malvin de Montazet, archevêque de Lyon, ablté commendataire de l’abbaye de Saint-Victor, ce prélat a consenti à ce qu’il eût son effet on ce qui pourrait le concerner : mais comme un traité de cette nature ne peut être définitivement consommé qu’en vertu de notre autorité, le comte de Butfon nous a très-humblement supplié de lui permettre d’en passer le contrat avec les chanoines réguliers de l’abbaye de Saint-Victor , sous les clauses, charges et conditions qu’il nous plairait d’y ajouter, et nous nous y sommes déterminé d'autant plus volontiers que cette opération n’a d’autres fins que l’exécution du plan que nous nous sommes proposé , tant pour l’accroissement de notre Jardin royal des Plantes, que pour l'embellissement de notre bonne ville de Paris.

t A ces causes, etc. »

ET ÉCLAIRCISSEMENTS

Extrait des Beyisires capitulaires de l'Abbaye royale de Sainl-f'ictur de Paris.

« Le lundi vingl-six août mil sept cent quatre-vingt-deux, le Chapitre extraordinairement assemblé au son de la cloche, en la manière accoutumée; le révérend père Prieur a dit à la compagnie que M. Delaulne avait reçu un paquet à son adresse, contenant les lettres patentes qui autorisent l’échange projeté entre M. le comte de Bufloii et notre abbaye, ainsi que le projet d’acte dudit échange. Lecture faite desdites lettres patentes et dudit projet, la compagnie a fait plusieurs remarques et a prié M. l’abbé Delaulne, auquel elle les a remises par écrit, do les présenter au fondé de procuration de M. de Buffon, pour obtenir la réformation de plusieurs clauses contenues dans ledit projet d'acte; et au surplus la compagnie a autorisé M. Delaulne, abbé régulier de Bremkbrem , a signer ledit acte d’échange et tous actes à co nécessaires, lui conservant ses pouvoirs d’ancien chambrier pour cette seule affaire et pour cette fois seulement, et la compagnie autorise le P. Vermon, secrétaire du chapitre, à délivrer copie du présent acte.

» Signé, F. Duchesne, grand prieur. »

c Par-devant les conseillers du Roi, notaires au Châtelet de Paris, soussignés.

( Furent présents, MM. les chanoines réguliers de l'abbaye royale de Saint-Victor, à Paris, comparants par M. Claude-Louis-François Delaulne, prieur de Saint-Victor de Bral, et ancien) chambrier et procureur général de ladite abbaye royale de Saint-Victor, y demeurant, rue Saint-Victor, spécialement autorisé à l’effet des présentes, par l’acte capitulaire de ladite abbaye en date du vingt-six août, présent mois, dont une copie certifiée conforme à son original, par M. Vermon, notaire et secrétaire du chapitre, par lui délivrée ce jonrd’hui, Urée des registres capitulaires de ladite abbaye royale, et qui sera incessamment contrôlée, représentée par ledit sieur abbé Delaulne, et à sa réquisition demeurée jointe à la minute des présentes, après avoir été de lui certihée véritable, signee et piraphée en présence des notaires soussignés. D'une part.

c Et H. Jean-François de Tolozan, chevalier, conseiller du Roi en

NOTES

ses conseils, maître des roqui'les ordinaires de son hôtel, intendant du commerce , demeurant à Paris, rue du Grand-Chantier, place Saint-Jean-cn-Gréve, au nom et comme fondé de la procuration spéciale à l’effet des présentes de messiie Georges-Louis Leclerc, chevalier, comte de Buffon, de l’Académie française, de celle royale des Sciences, trésorier perpétuel de cette dernière Académie, Intendant du Jardin et du Cabinet du Koi, passée devant Guérard et son confrère, notaires rojaux à Monlbard, le dix-huit août présent mois, l’original de laiiucllc dûment contrôlée audit lieu et légalisée par M. le lieutenant particulier des bailliage, chancellerie et siège présidial ' de Semur en Auxois, certifié véritable par mondit sieur de Tolozan, et à sa réquisition demeuré annexé à la minute des présentes, après avoir été de lui signé et paraphé en présence des notaires soussignés.

D’autre part.

t Lesquels ont dit que Sa Majesté ayant désiré donner à rétablissement de son Jardin royal des Plantes, à Paris, une nouvelle étendue proportionnée à la nature do son emplacement et au degré de célébrité que les soins et les connaissances profondes de mondit sieur comte . de Buffon lui ont acquis, il s’est trouvé au bout du terrain dont il était composé, d’autres terrains et emplacements dont MM. les chanoines réguliers de Saint-Victor sont en majeure partie propriétaires, et dont, pour répondre aux vues de bien public et d’utilité générale qui animaient mondit sieur comte Buffon , ils ont consenti, sur la proposition qui leur en a été faite, de lui transférer la propriété en échange d’autres terrains situés sur le voisinage et dont ledit sieur comte de Buffon avait fait précédemment l’acquisition dans le dessein de parvenir à la même opération.

« Que pour effectuer ces projets, il a d’abord été nécessaire de se pourvoir au conseil de Sa Majesté, auquel il a été obtenu au mois d’avril dernier des lettres patentes qui y ont été données à Versailles, registrées au Parlement le vingt-huit juin suivant , et par lesquelles lesdits sieurs chanoines réguliers de l’abbaye de Saint-Victor ont été autorisés à céder et à abandonner à litre d’échange à mondit sieur comte de Buffon , et pour l’agrandissement dudit Jardin royal des Plantes, le terrain y mentionné et qui sera ci-après désigné, appartenant à la manse canoniale de ladite abbaye, le tout aux charges, clauses et conditions insérées, et qui sont dérivées notamment du compromis sous signatures privées y mentionné , qui avait été précédemment passé et fait double ù Paris, le vingb-six ma^ mil sept cent quatre-vingt-un, entre ledit sieur comte de Buffon, d’une part, et M. Delaulne, prêtre chanoine régulier cbarabrier, procureur et receveur général de ladite abbaye , spécialement autorisé à cet effet par

ET ÉCLAIRCISSEMENTS

acte capitulaire du vingt-cinq dos mêmes mois et an : l'nn desquels doubles est demeuré sous le coiilre-scel desdites lettres patentes; par lesquelles ledit sieur comte de Buffon a été pareillement autorise à céder et abandonner au même titre d’échange, auxdits sieurs chanoines réguliers de l’abbaye de Saint-Victor, pareille quantité de terrain à prendre en celui par lui acquis du sieur Dubois, et dont il sera ci-après plus amplement parlé.

« En vertu desquelles autorisations et pour effectuer lesquels échange et contre-échange, il a été fait, arrêté et convenu entre les parties ce qui suit , etc. i

Note 2, p. 200. — Ce portrait de Buffon , dont je possède l’original, souvent reproduit depuis, et dont le type a été conservé par la gravure, est de profil. C’est une grisaille faite par le plus fameux peintre en ce genre, Paul-Joseph Sauvage.

Note 3, p. 200. — M. Amable Boursier, successeur de M. Aubert dont il a été précédemment parlé (note 2 de la lettre cclv, p. 360), était le notaire de Buffon et un des prédécesseurs de M. Pascal, auquel nous devons la connaissance de quelques pièces du plus haut intérêt, conservées dans les minutes de son étude.

M. Boursier exerça avec honneur et intelligence les fonctions de sa charge, du 6 décembre 1783 au 5 janvier 1810, jour de sa mort. Ainsi que nous l’avons fait observer déjà, il fut d’un grand secours à Buffon dans les dernières 0|)érations d’achats et d'échanges de terrains nécessaires aux embellisseraenls du Jardin du Roi. Après la mort de Buffon, M. Boursier, qui avait eu la confiance du père, se trouva tout naturellement chargé des intérêts du fils. Il montra, dans les négociations difficiles auxquelles l’obligea une liquidation compliquée et entravée par les événements politiques du ' temps, autant de prudence que d’habileté. Sa correspondance avec le comte de Buffon, qui était alors avec son régiment en garnison à Grenoble, contient quelques détails intéressants sur les complications dans lesquelles l’avaient jeté les grandes dépenses de son père pour le Jardin du Roi. On y trouve, en outre, le récit dos premiers désordres de la Révolution. Bien que l'hisloirc nous ait transmis dans ses moindres détails le souvenir de ces graves événements, le récit qui en est fuit par un témoin oculaire, dans le temps où ils viennent de s’accomplir, ne nous a pas semblé dépourvu d’un certain intérêt.

Quelques jours à peine après la mort de son père, le comte de Buffon, qui avait ramené son corps à Uontbard, dut rejoindre son régi-

NOTES

ment. M. Boursier resta seul chargé de veiller à ses intérêts. Il vint à Montbard pour se faire rendre un compte exact de la situation de la fortune dont l'administration lui avait été conGée, et, de retour à Paris, il entama avec le comte de Buffon une coirespondance , d’où ont été tirés les extraits et les lettres qui suivent :

« 21 mai 1788.

f Je suis arrivé hier de Montbard. Je ne renouvellerai pas vos chagrins en faisant le récit des regrets de tous les habitants et le tableau des larmes que j'ai vu répandre |>endant le petit séjour que j'y ai fait; il n'y en a pas de plus déchirantes que celles de la pauvre demoiselle Blesseau. Elle se plaît dans sa douleur et cherche sans cesse les moyens de s'en entretenir. J’ai vu avec admiration et attendrissement les vastes et beaux jardins qui en font le principal ornement; on y rencontre partout les traits du sublime génie qui les a embellis.... Vous pouvez compter sur mon zèle et mon attachement, pour vous tirer de l’embarras où nous sommes en ce moment; mais vous voyez qu’il ne faut compter que sur ce que l'on tient; secondez par une sage et prudente économie les vues que j’ai pour le payement des dettes exigibles, et ma plus grande satisfaction sera de vous voir entièrement libéré.

c M. le chevalier de Buffon est parti. J'attends son retour pour terminer le compte du sieur Panckoucke. >

« 5 septembre 1788.

t La conGance et l'espérance renaissent depuis le retour de M. Necker, qui parait ne pas approuver toutes les opérations du premier ministre et surtout la dernière, qui est celle. du 16 août.

c La vente des meubles s'est faite au Jardin du Roi, et, quoiqu’elle ■ ait été faite dans un temps peu favorable et que j’aie fait retirer pour vous différenis objets qui auraient été laissés à trop bon marché, elle s’est montée à 10 000 livres environ, sauf les frais de la vente, qui a duré plus d'une semaine. Les effets que j'ai retirés consistent :

c Dans les chaises et fauteuils jaunes de la salle à manger et les Lapis.

t Deux glaces dans le salon, le lustre et les girandoles avec la pendule et les rideaux.

c Les deux glaces du cabinet et le grand bureau.

c Un secrétaire, la glace de la chambre à coucher, les dentelles et le linge. Muguet s’est chargé de garder chez lui les gros meubles qui ne pouvaient pas tenir chez vous. Les gens de M. de La Bdlarderie ont fait beaucoup de vilenies à la vente, voulant avoir tout à bas

Digili' ‘ c. ' ’<^gl

ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 529

prix, mais cela ne leur a pas trop réussi; il lui en est resté à peu près pour 24 000 livres, dont vous serez obligé de lui faire crédit.

t J’ai VII le sieur Retz, qui persiste à vous demander 1578 livres pour ce qui lui reste dû pour ses visites, veilles et soins auprès de M. vo tre père, qu'il calcule à raison du 6 livres par visite et de 24 par nuit, comme M. votre père était dans l'usage de les lui payer. Je crois, monsieur le comte, qu’il faut vous débarrasser do cet homme, qui est répandu dans des maisons où vous êtes connu, telle que celle de M. le baron de Staël et autres.

c Notre Parlement est rentré ce matin aux acclamations du peuple. *

s Paris, 18 juillet 1789, huit heures du matin.

« Il s’est passé dans notre ville, depuis cinq jours, des choses inconcevables. Je vais tâcher de vous faire le récit le plus fidèle des faits qui sont à ma connaissance.

t Le Roi, depuis quelque temps, avait ordonné un rassemblement do troupes aux environs de Paris, dont M. le maréchal de Broglie était nommé généralissime; et déjà des régiments de cavalerie étrangère, au nombre do 4000, étaient campés dans le Champ de Mars, proche l’École militaire, lorstpie les députés de l’Assemblée nationale supplièrent Sa Majesté de faire retirer ses troupes, qui leur donnaient ainsi qu’au peuple les plus vives inquiétudes; à quoi le Roi fit réponse que son intention n’avait jamais été de gêner la liberté des opinions de l’Assemblée nationale, que ses vues, au contraire, étaient d’assurer la tranquillité des députés et de prévenir toute espèce de troubles.

t Samedi dernier, la retraite de M. Necker fut annoncée. Cette nouvelle a mis tout le monde dans la plus grande consternation. Les têtes s’échauffèrent dans la journée du dimanche et témoignèrent hautement leur mécontentement. Sur les six heures du soir, plusieurs personnes furent frappées par le royal-allemand, dont le prince de Lambesc est colonel; alors la fureur s'empara de toutes les têtes. Le peuple se décida à prendre les armes, et, dès le lendemain lundi, à six heures du matin, tous les ouvriers et jeunes gens de la ville de bonne volonté s'armèrent et incorporèrent avec eux la presque totalité du régiment des gardes françaises pour se garder, dans l'intérieur de la ville, et repousser l’arrivée des troupes, dans le cas où elles ap- , procheraient. Toutes les maisons et boutiques se fermèrent alors, et on établit dans la soirée des patrouilles bourgeoises en grand nombre. ' Les habitants se rendirent tous dans les églises de leurs quartiers, et cherchaient des armes do tous les côtés.

Il 34

NOTES

« Dès le mardi matin, les habitants se sunt rendus à l’hulel des Invalides, dans le |ilus grand ordre, pour obtenir du gouverneur tous les fusils qui y sont en garde : il en fut délivré plus de cent mille. Deux do nies jeunes gens furent choisis pour commander des divisions de vingt-cinq à trente hummes. Le peuple, ainsi armé, se transporta avec fureur devant la Basldlo, les gardes françaises toujours incorporées avec les citoyens conduisant différentes pièces de canon et des munitions qu’ils avaient prises aux Invalides et à l’hôtel de ville. Le siège do la Bastille fut commencé avec le carnage le plus horrible à onze heures du matin, et, chose incroyable, le gouverneur et l’étatmajor avec les soldats qui y étaient renfermés, ajirès avoir fait une vivo résistance, furent obligés de so rendre à la discrétion du peuple. M. de Launay, gouverneur de la Bastille, fut le premier conduit à riiôtel de ville, où étaient assemblés les prévôt des marchands et échevins avec un grand nombre de citoyens, comme le lieu de refuge et le point de ralliement des troupes. A peine lui laissa-t-on lo temps do monter à l’hôtel de ville. 11 fut massacré sur les marches de riiôlel do ville , et la télé coupée par lo peuple. A trois heures , le major do la Bastille* no tarda pas d’éprouver lo mémo sort. Les malheureux invalides qui se sont trouvés à la Bastille et qui avaient tiré les canons, furent de mémo conduits à l’hôtel de ville, la tête nue et les habits retournés. J’ai vu l’instant ou ces malheureux, au nombre de soixante ou quatre-vingts, allaient être immolés à la vengeance du peuple. M. de Flesselles, prévôt des marchands, accusé de trahison et de complot contre lo peuple, a été massacré, et la tête coupée en place de Grève. Le récit de ces horreurs vous fait frissonner. Jugex de notre position et de la mienne on ce moment, ayant vu passer tous ces malheureux sous mes fenêtres.

« Plusieurs députations furent envoyées à Versailles pour rendre compte de ce qui s’était passé. Enûn, le Roi, touché de tant de malheurs, a envoyé mercredi plusieurs membres de l’Assemblée nationale à Paris pour promettre en son nom qu’il ferait retirer ses troupes dans la soirée. M. le marquis de Lafayetto fut proclamé commandant général de la milice bourgeoise, qui s’est formée dans celte ville.

€ Le jeudi s’est passé dans de vives alarmes, le peuple n’étant pas encore rassuré sur ses craintes.

« Le Roi s’est décidé à venir lui-même sans gardes ô l’hôtel de ville le vendredi; jamais il ne put se voir un plus superbe cortège; tout le peuple de Paris et plus de cent cinquante mille hommes, tous armés de fusils et assez bien disciplinés , se rendirent sur le passage

* M. (le Losme.

ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 531

du Roi et s'emparèrent de sa voilure, dans laquelle il était avec le duc de Villcroy, le comte d’Eslaing, le duc d’Aumont, et l’accompagnèrent, depuis la place Louis XV, dans toutes les rues où il passa entre deux haies à triple rang, postées dans les rues.

< Le Roi, ayant arboré la cocarde de la milice parisienne, a annoncé le rappel de M. Necker, le renvoi de M. de Barentin et de M. de Villedeuil....

a On dit ce malin que la famille des Polignac est exilée; on ajoute aussi M. le comte d’Artois, i

€ 1" septembre 1789.

t Vous savez que l’Assemblée nationale vient de consentir à un emprunt public de quatre-vingts millions, dont unemoitié en argent et l’autre moitié en effets royaux, dont les remboursements sont suspendus.

ï Votre chirurgien me sollicite beaucoup pour avoir de l’argent. 11 m’a fait part de ses besoins ; je ferai en sorte de lui payer moitié de ce qui lui est dû , si vous m’autorisez à le faire.

I J'ai lu avec le plus tendre intérêt le récit de votre réception à Bordeaux (voy. ci-dessus, p. 402) ; je vous félicite sur votre nouvelle qualité, elle doit vous être chère, s

« Paris, 5 octobre 1789, cinq heures du soir.

c Au moment où je vous écris , nous sommes dans les plus vives alarmes. Toute notre milice parisienne, au nombre de trente mille bien armés et équipés, est sur pied depuis six heures du matin pour calmer et apaiser une foule considérable de femmes et d’hommes bien déterminés des faubourgs de notre ville, qui se sont emparés ce matin de l'bôtel de ville, où ils ont mis tout au pillage; ils demandent à grands cris du pain et murmurent contre M. Bailly. Jusqu’à présent, il n’est arrivé aucun malheur, et M. le marquis de Lafayelte, en homme prudent et sage, cherche tous les moyens de faire rentrer tout dans Tordre sans effusion du sang. Les plus animés, toujours les femmes en tète, veulent se rendre à Versailles pour avoir raison d’une insulte prétendue, faite à la cocarde nationale, par suite d’un repas militaire où le Roi et la Heine, dit-on, ont paru un instant; ce repas était donné par MM. les gardes du corps aux ofBciers du régiment de Flandres, qui depuis quelques jours sont à Versailles; pendant ce repas, on dit que tous lesassistaots quittèrent la cocarde nationale pour en prendre une noire.

( M. le marquis de Lafayette a beaucoup de peine à contenir celte multitude, qui s’accroît et s'échauffe do plus en plus. Le tocsin cl les cloches sonnent de toutes parts, les boutiques cl les portes sont fermées depuis dix heures.

NOTES

c A l’instant, cinq hoiires et demie du soir, quinze mille hommes et femmes mêlés avec la milice nationale, M. le marquis de Lafayelte à leur télé, viennent de partir en ordre de bataille pour Versailles, avec des pièces do canon et des munitions. Je continuerai mon récit à leur retour ou aussitôt que j’aurai des nouvelles. Nous .sommes dans la plus prande inquiétude. *

« Du 6, onze heures du malin. — Notre milice et le peuple sont parvenus jusqu’à Versailles et se sont emparés sans peine des postes des pardes du corps. Quelques-uns, dit-on , ont voulu faire résistance, et on dit qu'il y en a eu quatre qui ont été massacrés. Le régiment do Flandres a mis les armes bas et tout s'est assez bien passé. Le lloi a bien accueilli les femmes; vous aurez plus de détails par les nouvelles publiques; je ne veux pas manquer la poste. Je vous réitère tous mes sentiments. Nous sommesun peu plus tranquilles ce matin. >

• Paris, le 24 décembre 1789.

< Il n’c-st nullement question du retour de M. d'Angeviller ; il n’y a pas apparence qu’il revienne de si tôt.

c M. Thouin m'a assuré que la location de votre terrain au Roi, était portée dans l’étal de la dépense annuelle du Jardin du Roi, présenté par M. de La Billarderie.

« Vous concevez aisément que le temps n’est pas favorable pour la vente de nos terrains; il faut prendre patience.

€ Le décret de l’Assemblée .de samedi dernier, relativement a'ix finances, nous fait paraître une lueur d’espérance. Dieu veuille que nous ne soyons pas désabusés 1 Je crois que M. Necker et M. Dufresne vont être un peu plus à l’aise pour la distribution des fonds, non pas en numéraire, car il manque partout, mais en billets de la caisse d’escompte, qui va faire un service plus considérable; il n’est plus question de création de billets-monnaie; ce projet a été rejeté.

c Je vous engage donc beaucoup dans ce moment à écrire à àV Neo ker, pour lui exposer do nouveau que vous devez des sommes pour lesquelles vous payez, depuis la mort do M. votre père, de très-gros intérêts, que ces sommes sont exigibles, que vous êtes pressé pour les acquitter, et que vous n’avez d’autres ressources que ce qui vous est dû par le Roi, et le prier de vous donner des à-compte par mois.

c Je viens du voir aujourd’hui dans les affiches, à l’annonce des eiitcrrcmunls, celui do M. de Delmas. Sa femme m’a dit vous avoir écrit pour vous demander délai de quolijues mois pour solder ce que son mari vous doit. •>

ET ÉCLAIRCISSEMENTS

» Janvier 1790.

f Je n’ai pas encore eu de nouvelles de la lotlre que vous avez écrite à Mme Necker et que j’ai remise moi-même au contrôle général sans pouvoir lui parler. Je vous ai fait écrire deux fois sur la liste des personnes qui s’intéressaient à M. Necker pendant sa maladie, qui a été assez grave; on dit qu’il est actuellement hors do danger ; mais je ne suis pas sans inquiétude sur sa santé , qui doit être furieusement altérée. »

« Le 27 mars 1790.

c J’ai vu Mme Necker. Elle a paru sensiblement affectée du tableau que je lui ai fait de votre position relativement aux sommes que vous devez encore et à celles que vous avez acquittées depuis la mort de M. votre père; elle m'a témoigné le plus grand désir de vous obliger, mais elle ne m’a donné aucun moyen. L’état actuel des finances et le régime de l’Assemblée nationale contrarient ses bonnes intentions; personne n’est plus embarrassé que M. Necker dans les circonstances présentes; ses forces au moral et an physique sont bien épuisées. Il faut absolument se résigner à attendre le dénoôment des grandes opérations qui doivent fixer le sort de vingt-quatre millions d’âmes. Je souhaite que la paix , l'union et la confiance se réunissent pour nous faire sortir tranquillement de la cris« où nous sommes ; sans cela tout est à craindre, cl nous pourrions être privés pour longtemps du bonheur qu’on nous promet. Puissent mes vœux être accomplis 1 »

«r 11 mai 1790.

f Toutes espèces de créances sur le Roi doivent passer à la révision d’un bureau do liquidation établi par l’Assemblée nationale; j’ai fait les démarches néa'ssaires et je veillerai à la suite de cette affaire.

t Voici votre article tel qu’il est porté dans le livre des pensions :

c Leclerc de Buffon (Maison du RoiJ 1779.

f En considération des services du comte.de Buffon son père, et « pour le dédommager du logement que lui et sa famille occupaient au t Jardin Royal : — quatre mille livres.... i

« Le Roi n’a pas encore été au Jardin du Roi; il va au bois de Boulogne à cheval , et je ne doute pas qu’il n’aille bientôt à la chasM). »

« 6 juillet 1790.

« Votre lettre à l’Assemblée nationale (voy. ci-dessus, p. 400) est on ne peut mieux faite. 11 m’était venu à l’idée de faire offrir à l’As-

NOTES

semblée le buste de M. votre père, pour être plaré à côté (le celui de Franklin son diene el illustre ami. Mais je n’ai rien voulu faire sans voire avis.

t .... Jo reçois à l'instant une lettre du Comité du district des Petits- Augustins, qui , sachant que votre appartement est vacant , fait demander la permission d’y loger momentanément plusieurs députés de province à la Fédération du 14 de ce mois. Gomme je pense qu’il y aurait fort mauvaise grâce à se refuser dans ce moment à cotte demande, je me propose d’aller de votre part au Comité pour lui annoncer que vous y consentez, et le prier de n’y mettre que des personnes honnêtes. >

s 2b juillet 1790.

t J’ai travaillé avec M. Vemiquet à la rédaction des faits contenus dans le mémoire en réponse au libelle du sieur Verdier. Vous connaissez depuis longtemps sa mauvaise tète ; ce malheureux s’est permis de déchirer indignement des personnes qui ne sont plus en place. Voilà le fruit de la Révolution ; plus on dit de mal de l’ancien régime, plus on se flatte d’intéresser en sa faveur. Nous sommes fondés à croire que les assertions du sieur Verdier étant fausses et dénuées de sens commun , il ne tirera aucun parti de ses mensonges ni de ses sottises. Nous ferons avec M. Vemiquet et &I. de La Chapelle, en temps convenable, les démarches nécessaires pour appuyer de retmmmandations votre mémoire auprès des commissaires de l'Assemblée nationale chargés de l’examen de celte affaire. Dans des moments de trouble el d'anarchie comme ceux oii nous sommes , on ne doit pas être beaucoup surpris do voir des gens malintentionnés revenir contre des choses jugées, i

« 18 septembre 1790.

f M. Faujas veut se mêler d’arranger l’affaire du sieur Verdier; il a ou plusieurs entretiens à ce sujet avec M. Vemiquet , qui a ses raisons pour s’en méfier, étant beaucoup plus zélé pour M. Verdier que pour vous.... Les enfants ds M. Faujas ayant été en pension chez le sieur Verdier , je présume qu’il peut y avoir quelques relations d’intéréls qui déterminent H. Faujas è défendre avec tant de chaleur le sieur Verdier. »

Note 1, p. 201. — En 1780, il se forma à Paris, sous les auspices de Necker, une compagnie pour la vente du charbon épuré. Dne raison d’utilité publique, bien plutôt que des considérations d’intérét

ET ÉCLAIRCISSEMENTS

privé, avait présidé à l’organisation de celte société nouvelle. Le hois était devenu un moyen de chauffage hors de la portée du peuple, qui n’avait rien pour le remplacer. Un instant on crut même qu’il allait entièrement manquer. La frayeur fut grande, et les Mémoires du temps renferment de curieux détails sur les mesures qui furent prises à celte époque pour aseurer à la ville de Paris l’arrivée du bois nécessaire à t

sa consommation.

c 2 février 1780. — Le gouvernement, attentif et éclairé sur les besoins do l’État, a accueilli et encouragé la préparation du charbon do terre, comme un moyen d’arrêter la dégradation sensible des forêts do royaume occasionnée par les coupes forcées qu’exige l’excessive consommation de bois dans les feux domestiques et des arts. Le sieur Ling a imaginé un nouveau combustible qui est un charbon épuré, pouvant suppléer ô tous les autres avec de très-grands avantages....

« 6 février. — M. Necker favorise beaucoup le charbon épuré qu’on a annoncé, parce qu'il sent l’utilité dont il peut être. En conséquence il y aura peu de droits sur celle matière.... »

Les hivers de 1783 et 1784 furent d’une rigueur innecoutumée, et Paris se trouva sérieusement menacé de manquer de bois. La ville prit des mesures sévères : on réduisit la consommation de chaque particulier à une quantité déterminée , et on établit des postes de gardes françaises dans les chantiers. Celte panique, qui dura plusieurs mois, fil faire sur Jérôme Bignon, prévôt des marchands sortant, et sur Pelletier de Morfonlaine, entrant en charge , une pièce satirique où ce dernier est fort maltraité.

Messieurs les prévôts des marchands.

Chacun bénit vos soins touchants :

Près d’un bon feu le bon Jérôme Nous fait étouffer au printemps.

Caumartin, non moins habile homme.

L’hiver nous laisse grelottants.

Le successeur de celui-ci N’aura pas un pareil souci ;

Car pour cette place éminente Briguant depuis longtemps le choix,

11 a pris femme intelligente.

Qui l’a déjà fourni de bois.

A Rouen la disette fut telle, que l'on dut couper les arbres des promenades pour subvenir à la consommation do la ville. Le Conseil s’occupa do cette question et rendit plusieurs arrêts. On fit des coupe.s blanches dans les bois de Vincennes et de Boulogne, et on parla do renvoyer de Paris tous les évêques, les abbés et les seigneurs qui se

NOTES

trouvaient absents de leurs évêchés, de leurs couvents ou de leurs terres. On n'en vint pas cependant à celte mesure extrême, et le Conseil se borna à donner une prime au clmulTage par le charbon de terre, et à promettre une forte récompense au premier convoi de bois qui arriverait h Parus.

BufTon, qui avait entrevu les immen.ses services que devait rendre dans la suite à l’industrie et aux particuliers l'usage du charbon de terre, crutà la prospérité de la compagnie fondée en 1780à Paris pour l’exploitation des mines de charbon. La compagnie nouvelle avait d'ailleurs l'appui du ministre des Gnances, et s’annonçait comme devant remplir un but d'utilité publique Entraîné par M. de La Chapelle, premier commis de la maison du Roi, il s’engagea pour des sommes importantes. Tout l’argent que BulTon mit dans cette entreprise fut perdu. Sur le livre manuel de ses dépenses se trouvent indiquées les sommes pour lesquelles il fut engagé, ainsi que les arrangements intervenus à dilTcrentes époques entre lui et la Compagnie. < Il m’est dé, y est-il dit, par MM. L’Eschevin et autres associés de la Compagnie de l’épurement du charbon de terre, une somme de 12000 livres que je leur ai prêtée et qui doit m’être remboursée dans quatre ans, c’est-àdire au 19 décembre 1785. Le 2 mars 1783, j’ai consenti que ces 12000 livres qui me sont dues par MM. L’Esclievin et de La Chapelle ne me seraient payées qu’au 19 décembre 1787, c’est-à-dire quatre ans plus tard que l’échéance de leur billet do promesse. Oc plus, ayant cédé par acte du 10 avril 178à les dix sols que j’avais dans la société d’apurement et pour lesquels j’avais fourni une somme de 27 275 livres, ladite Compagnie s’est obligée par le même acte, sous seings privés, avec promesse d’en passer acte par-devant notaires, de me . rembourser lesdites 27 275 livres, après que la Compagnie sera remplie de ses avances de douze cent mille livres. »

En 1783, le fermier de ses forges Gt perdre à BufTon cent mille livres environ (voy. ci-dessus la note 1 do la lettre cccxxxi, p. 504). Ces deux affaires malheureuses , jointes aux sacrifices personnels qu’il faisait à cette époque pour le Jardin du Roi, lui causèrent une grande gêne et de vives préoccupations. 11 ne cessa pas un seul jour cependant d’ajiporter dans ses relations intünes cette douceur et cette urbanité de caractère si difficiles à conserver lorsqu’une pensée cachée occupe l’esprit, et dans ses travaux cet amour de l’ordre et cette régularité constante dont il ne se départit jamais.

Note 2, p. 202. — Le jour où BufTon appela Faujas de Saint-Fond à Paris, il le Gt nommer commissaire du roi pour les mines, aux appointements de 4000 livres. Cet emploi permit à Faujas do Saint-Fond

ET ÉCLAIRCISSEMENTS

de continuer ses observations sur une plus vaste échelle et de recueillir un plus grand nombre de faits. En 1786 , BufTon obtint du ministre la création d’une charge nouvelle, et Fa^jas de Saint-Fond fut nommé adjoint au Cabinet du Roi et attaché spécialement au service de la correspondance, avec des appointements de 6000 livres. En rendant service à Faujas qu’il aimait, BufTon rendait en même temps service au Cabinet. Les correspondances avaient en effet pris un grand développement et atteint à un haut degré d’utilité ; les rapports avec les Sociétés et les Académies, les instructions données aux voyageurs , les actives relations entretenues avec les savants étrangers, avaient rendu nécessaire la création de ce nouvel emploi.

fiCCXLIII

Note 1, p. 203. — Au moment où les travaux du Jardin avaient atteint leur plus grand développement et où ils se poursuivaient avec une grande activité, un contre-temps inattendu vint en retarder l’achevement. Comme on creusait un terrain situé non loin do la nouvelle maison achetée par Buffon et devenue l’hôtel de l'intendance, il se fit un grand éboulement, et on reconnut que tous les bâtiments du Jardin du Roi, construits sur les catacombes, étaient sérieusement menacés. L’entretien de ces anciennes carrières était à la charge de la ville ; la ville n’avait pas d’argent, et Buffon, voyant la réalisation de scs plans menacAe d’un retard dont rien ne pouvait faire prévoir le terme, avança les sommes nécessaires pour les travaux de consolidation confiés à M. Verniquet, l’architecte du Jardin. Pour se faire rembourser de ces dépenses qui ne devaient point restera sa charge, Buffon, malgré sa liaison avec le lieutenant général de police, éprouva de nombreuses difficultés. Elles eurent surtout pour cause le mauvais vouloir de l’architecte de la ville, M. Guillaumot, par qui les mémoires devaient être ordonnancés. M. Guillaumot avait éprouvé un très-vif mécontentement en voyant M. Verniquet, un confrère, par conséquent un rival, exécuter des travaux dont lui, par ses fonctions spéciales, devait être chargé. (Voy. ci-drssus, p. 239, la lettre dans laquelle Buffon explique pourquoi il a cessé d’employer l’architecte Guillaumot.)

Note 2, p. 203. — Louis Thiroux de Crosne, né le 14 juillet 1736, mort sur l’échafaud révolutionnaire le 29 avril 1793, fut avocat général au Châtelet, puis maître des requêtes; en cette qualité il eut à rapporter l’affaire des Calas et conclut à la révision du procès, qui fut en effet ordonnée. Intendant de Rouen, de l’aimée 1767 à l’année 1785,

NOTES

il signala à M. Npcker le dévoaemont du pNote Boussard. Le contrôleur général écrivit au pilote yne lettre demeurée fameuse. Sedaino célébra la noble initiative du ministre par l’impromptu suivant :

Cette lettre au pilote est^elle de NeckerT Oui;

C’est un point qu’on ne peut débattre.

Oui gouverne comme Sully,

Doit écrire comme Henri Quatre.

Choisi par Louis XVI pour succéder à Lenoir dans la direction de la police, de Crosne demanda à faire, sous ce dernier, l’apprenlissuge des fonctions difGciles qu’il était appelé à remplir, avant d’en prendre le titre. Le 11 août 1785, il fut installé dans sa nouvelle charge. On lit à celte date dans les Mémoires de Banhaumonl : « M. I..enoir quitte décidément la police aujourd'hui. M. de Crosne s’est fait recevoir au Parlement ce malin, et, suivant l’usage, M. le doyen de la grand’chambre a été l’installer au Châtelet. »

GCCXLIV

Note 1, p. 30(t. — Buffon était peu docile aux prescriptions des médecins, qui, ayant de bonne heure reconnu en lui le germe de la maladie dont il devait mourir, faisaient de vains efforts pourl'engager à suivre un régime favorable. Il se rendait assez volontiers aux conseils de ceux de ses amis qui lui signalaient quelque remède nouveau, inconnu de la médecine, mais refusait de se soumettre à.un régime suivi.

Il ne se faisait point cependant illusion sur son état , et en voyant les crises devenir plus douloureuses et plus fréquentes, il comprenait bien que le mal empirait ; mais toute sa vie il eut peu de confiance dans la médecine,et refusa toujours do s’astreindre à un traitement régulier qui aurait retardé ses travaux, ou apporté quelque changement dans l’ordre depuis longtemps établi dans sa maison et qui présidait aux diverses occupations de sa journée. Un article publié peu de jours après sa mort par la Gazette de Santd (1788, n« 20) renferme quelques détails sur celle maladie qui le soumit à de si rudes épreuves, et lui causa dans les dernières années de sa longue carrière des souffrances presque continuelles.

Page 1