‹ Correspondance inédite de BuffonChapitre 108 sur 133 · NOTICE SUR LA MALADIE ET LA MORT DE M. LE COMTE DE BUFFON · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LA MALADIE ET LA MORT DE M. LE COMTE DE BUFFON

» Un hommage public rendu à un des plus beaux génies qu’ait produits la France devient pour nous un devoir d’autant plus sacré, qu’il

ET ÉCLAIRCISSEMENTS

offre un exemj>le frappant des dangers que peuvent entraîner l’excès des travaux sédentaires du cabinet et le défaut d’exercice*; personne peut-être n’a payé plus cher que M. de Buffon ce triste tribut de la célébrité. Les dernières années do sa vie, il a éprouvé, par accès fréquents et irréguliers, les douleurs cuisantes qui sont la suite de la présence du calcul dans la vessie cl d’une inOammalion chronique de ce viscère.... On a trouve dans la vessie cinquante-six calculs, les uns de la grosseur d’un pois et les autres de celle de petites fèves; quelques-uns étaient enkystés, mais le plus grand nombre se trouvait dans l’espèce do dépression ou sinus de la vessie dont j’ai déjà parlé ; réunis ensemble ils ont pesé deux onces et demies. Les parois de la vessie, par le progrès lent de l’inflammation, avaient acquis un tel degré de densité, qu'elles avaient près d’un travers de doigt d'épaisseur; on y a découvert, à l’ouverture ducorps, quelques points gangréneux. La vessie n’étaitpas la seule partie des voies urinairesqui aété affecté : on a trouvé aussi quelques calculs dans le rein gaucho. On peut expliquer ce fait par la position du corps que conservait ordinairement M. de Buffon en écrivant ; car il restait assis à côté d'une table qui était à sa gauche, et Il était obligé par conséquent de se contourner pour écrire, ce qui tenait dans un étal de gène la partie des voies urinaires du côté gauche, et a pu y développer une disposition naturelle à la génération des calculs.

f I-a nature avait doué M. de Buffon de tous les avantages que donnent la constitution la plus saine et la plus robuste : il était d'une haute stature. Ses membres étaient musculeux et pleins de ressort, et la fraîcheur de son teint, qui s’est conservée jusqu’à sa dernière année, c’est-à-dire la quatre-vingt-unième de son ége, formait dans les derniers temps un contraste admirable avec la blancheur de sa chevelure.... »

Dans un article nécrologique, qui a été inséré au Mercure le

* On sait que les voies urinaires ont surtout à souffrir des excès d’une vie sédentaire. J. J. Rousseau a été longtemps sujet à des douleurs spasmodlqiies de la vessie, qui paraissent s'étre dissipées dans un fige avancé, par les avantages d’une vie plus active, et de son goût jiour les excursions Lotaniques. Voltaire a beaucoup souffert de la ve.ssie, que l’on a trouvée, après sa mort, dans un état de désorganisation. D'Aleml>ert a passé plusieurs années de sa vie dans les alternatives des douteurs les plus vives , et, après sa mort, on a trouvé un calcul très-volumineux dans sa vessie. Un homme de lettres se plaignait i moi de douleurs qu’il éprouvait dans la région de la vessie et de I état de ses urines, qui étaient souvent troubles et mêlées de graviers. Je lui conseillai de ne rester assis que le moins oii’il lui serait possible, et de faire construire un bureau élevé à la hauteur de sa poitrine, en sorte qu’il ]>ût lire et écrire debout ; ces précautions, observées avec soin, ont produit l'effet désiré, et les douleurs des reins et de la vessie ont disparu.

NOTKS

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26 avril 1788 (p. 176), sp trouva encore, au sujet delà maladie dont Buiïon était depuis longtemps atteint, le passage suivant :

f A l’ouverture du cadavre, on a trouvé 57 pierres dans la vessie, dont plusieurs grosses comme une petite fève , 30 do cristallisées en triangle, et pesant ensemble deux onces et six gros. Toutes les autres parties étaient parraitement saines ; le cerveau s’est trouvé d’une capacité un peu plus grande que celle des cerveaux ordinaires. Les gens de l’art qui ont opéré l’ouverture s’accordent à croire que M. de Buffon eût été facilement taillé, et sans danger : mais, par l’effet do scs premiers doutes sur l’existence do sa véritable incommodité, ensuite par déOance du succès d’une opération, il persista à s’en remettre aux soins de la nature. >

Note 1, p. 205. — Pour les travaux entrepris au Jardin du Roi, la comptabilité de Buffon était fort simple. Il avançait les sommes nécessaires, puis obtenait à grand’poine du trésor des remboursements partiels. A sa mort, l'État se trouvaitdui devoir, tant pour les travaux du Jardin que pour son entretien, plus do deux cent raille livres. On no l’entendit jamais se plaindre; et cependant les retards ap|)ortés dans le remboursement de ses avances le mirent souvent lui-méme dans une situation difficile. Il sou.scrivait des emprunts importants, et, malgré cela, il n’était pas toujours en mesure de faire honneur à ses engagements. Aussi il arriva parfois au Jardin du Roi que l'argent manqua tout à coup. Les travaux continuaient cependant, et Buffon trouvait toujours moyen de faire face à ces terribles contre-temps. Sa correspondance avec Thouin témoigne de la générosité avec laquelle il employa sa propre fortune à l'agrandissement et à l’embellissement du Jardin du Roi; elle témoigne aussi des ditUcultés sans nombre qu’il eut à vaincre pour poursuivre son but et réaliser ses projets. Do toutes la plus redoutable, la plus fréquente aussi, était le manque d’argent. Une lettre écrite de Montbard à Tliouin, le 19 décembre 1782, commence ainsi :

/ * J'ai reçu, mon cher monsieur Thouin, votre lettre du 15 de ce mois, avec le mémoire de la dépense de la quinzaine échue le même jour; je vois par votre exposé qu'il n’est guère possible de la réduire autant que je l’aurais désiré, et qu’il aurait fallu supprimer en effet tous les ouvriers, si j’eusse voulu me trouver à mon aise et me libérer promptement des emprunts que j’ai été obligé de faire; mais j’aime mieux en retarder le payement et continuer nos travaux.... i

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Plus tard encore, dans une lettre à la date du 9 novembre 1785, sc trouve cet autre passage : t Cependant à tout événement, comme j’ai tort à cœur que ce terrain de la régie soit onelos et disposé comme vous le désirez, si nous ne pouvons rien tirer du trésor royal, ni des fomis des carrières, je suis déterminé à emprunter huit ou dix mille francs ; mais ce sera le plus tard (|ue nous pourrons, parce que vous sentez qu’il faut payer les intérêts et que je ne peux demander aucun remboursement do mes avances qu’après l'expiration de cette année. * La mort de Butfon, arrivée au milieu des grands travaux du Jardin du Roi, ne lui permit pas de bâter la rentrée des avances considérables faites par lui pour le compte de l'État. Le livre de ses dépenses, tenu avec l’exactitude qu'il mettait à toutes cho.ses, témoigne de l'importance de ces déboursés faits dans un intérêt public et qui devaient si gravement compromettre la fortune de son fils. On y trouve à la page 82, pour l'année 1787, l’article suivant : < Il m’est dû parle Roi une somme de soixante et quinze mille sept cent soixante et dix livres sept sols, que j’ai avancée pour la culture du Jardin et l’entretien du Cabinet du Roi, pendant l'année 1787, et dont j'ai remis l’état ainsi que les pièces à M. le baron de Brcltuil, qui m’a fait ex pédicr une ordonnance de cette somme.

c 11 m’est dù par le Roi une somme de quarante et un mille quatre cent trente livres, que j’ai avancée pour l’entretien du Jardin et du Cabinet du Roi, (vendant l’annce 1786, et dont j'ai remis l’état, ain.si que les pièces jusliQcalives, à M. de La Cbapelle, le 12 mai 1787. x On lit encore à la page 83 : < Il m’est dù par le Roi une somme do quatre-vingt-douze mille trois cent quatre-vingts livres, que j’ai avancée pour les nouvelles constructions et acquisitions pendant les six premiers mois de l’année 1787, dont j’ai envoyé l'état de dépen.so, ainsi que les pièces justificatives, à M. de La Chapelle, pour obtenir une ordonnance de remboursement. » A la page 84 ; «Il m’est dù par le Roi une somme de quatre-vingt-quinze mille six cent quatre-vingttrois livres neuf sols deux deniers, que j’ai avancée pour les travaux do maçonnerie et fourniture des matériaux. »

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