CCCXLVII
Note l,p. 207. — MmeNadault, qui, dans les dernières années de la vie de Buffon, ne le quittait plus, se consaera entièrement aux soins que demandait sa santé rapidement minée par un mai dont on pouvait constater chaque jour les funestes progrès.
Note 2, p. 208. — Jean-Antoine Rigoley do Juvigny, mort le 21 février 1788, fut l'éditeur de la Bibliothè^ française, de la CVoix du Maine et de Duverdier (1772, 6 vol. in-4®). En 1787, un an avant sa mort, il 6t paraître la seconde édition, la seule avouée par l'auteur, d’un livre ayant pour titre : De la décadence des lettres et des meeurt depuis les Grecs et les Eomains jusqu’à nos jours. Il était conseiller honoraire au parlement de Metz et membre de l’Académie de Dijon. Il n’aimait point Voltaire et le disait tout haut. Pour un homme qui ambitionnait une place dans l’empire des lettres, il fallait, en vérité, un certain courage. Dans ses écrits, chaque fois qu’il en a l’occasion, il attaque la réputation du philo:oplie de Ferncy, et, un jour, il plaida pour un nommé Fravenol, violon de l’Opéra, contre lequel 'Voltaire avait obtenu un décret pour distribution de libelles dirigés contre lui.
NOTES
A ccUo haino si vive, Voltaire rê|>ondit par une froide indifférence, üans sa volumineuse correspondance, le nom de Rigoley de Juvigny ne SC liouve qu'une seule fois cite, lien parle ainsi à La Harpe, à la date du 19 avril 1776 ; ( Je vous avoue que je n’ai jamais entendu parler de M. Rigoley de Juvigny. Je vous serai très-obligé de m'apprendre s'il est parent de M. Rigoley d'Ogny, intendant des postes; c’est sans doute un giand génie et digne du siècle. > Celte haine déclarée de Rigoley de Juvigny pour Voltaire eut le triste privilège de lui rendre hostiles tous les écrivains contemporains, admirateurs ou complaisants du philosophe. Grimm et La Harpe se montrèrent peu généreux à son égard. La Harpe soutenait qu'il était connu seuloment par ses ridicules et par sa prétention d'étre l’ennemi de Voltaire et de la musique italienne. i II se croit sérieusement homme de lettres, dit-il, d’abord parce qu’il est né en Bourgogne, patrie de Rameau et do Crébillon, ensuite parce qu’il est le familier du Duffon, mais comme on appelle Voltaire le familier des princes. » Il est surtout maltraité dans le Petit Almanach de nos grands Ifommes, par Rivarol. « Juvigny (M. Rigoley de), écrivain inconnu , à force d’éloquence, de poésie, do philosophie et d’érudition, tant l'envie a été aux aguets avec ce gratul homme! Nous espérons faire rougir notre siecio d’avoir laissé dans l'obscurité celui qui l’a éclairé. On se demande souvent pourquoi la réputation de Voltaire baisse tous les jours d’une maniéré effrayante; ce problème est l’objet do toutes les conversations de Paris, et nous en étions nous-mêmes tourmentés à un point incroyable, lorsque M. Rigoley de Juvigny a daigné nous tirer de peine en nous confiant que c’était à lui seul qu’il fallait s’en prendre. Nous étions flattés d'étre les seuls confidents du secret; mais il nous revient de toutes parts que M. de Juvigny s’en était déjà ouvert à d’autres. Puisque la chose est publique, nous observerons à M. Rigoley de Juvigny qu’il eût mieux fait d’attendre, pour se découvrir, que la belle édition de Voltaire de Baskerville eût été livrée et distribuée; il faut toujours éviter l’odieux en tout. » On lit dans les Mémoires de Bachaumont : c 3 février 1773. — C’est M. Rigoley de Juvigny qui estchai^éde l'édition des œuvresde Piron. C’est un intrigant subalterne, qui n’est homme de lettres que par air. > Pour lui faire oublier d’aussi amères critiques, une main amie inscrivit au bas do son portrait :
De nos vieux écrivains il ranima la cendre;
U rappela leurs noms à la postérité;
Par es doctes travaux, ^l a droit de prétendre Comme eux à l’immortalité.
ET ÉCLAIRCISSEMENTS
CCCXLVIII
Note 1, p. 209. — Le. baron d’Ogny jouissait alors d’une prando faveur. On voulut en trouver la cause dans sa complaisance à livrer au pouvoir le secret des lettres. Il est certain qu’il existait alors à l’intendance des postes un bureau connu sous le nom de Secret de la poste, et où étaient ouvertes les lettres dans lesquelles on espérait trouver quelque secret utile à l’État. Louis XV aimait, on le sait, à se faire donner lecture des lettres les moins intéressantes, et le Roi en profita quelquefois pour faire le bien; ce fut souvent aussi la cause cachée de disgrâces soudaines et inattendues. Pour hâter la chute de Turgot, le comte de Maurepas, auquel le baron d’Ogny était tout dévoué, eut, dit-on, recours au Secret de la poste; on mit sous les yeux du Roi des lettres faussement attribuées au contrôleur général et bien faites pour le perdre dans son esprit. Durant le procès du cardinal de Rohan, le Secret de la poste fut doublé, et Rigoley de Juvigny, cousin germain de l’intendant, fut mis à la tête d’un service qui demandait une discrétion assurée et un dévouement absolu.
Note 2, p. 209. — Rigoley avait quitté la forçe d’Aisy l’année précédente. Il était venu se fixer à Montbard en sollicitant sa nomination à l’emploi de directeur du bureau de la poste, dont son père avait été longtemps pourvu.
Rigoley, dont la demande fut vivement appuyée par Buffon près du baron d'Ogny, obtint l’emploi qu’il désirait, et on verra, par les lettres qui vont suivre, que sa nomination ne se fit pas attendre.
Note 1, p. 210. — Joseph-Alexandre Bergen, né en 1741, mort le 16 octobre 1824, comte de l'Empire et conseiller d'État, fut avocat au parlement do Paris. Secrétaire des intendances d’Auch et do Pau on 1778, il occupa en 1785 un emploi important au contrôle général, et vint se fixer à Paris, qu'il quitta peu de temps avant la Révolution, pour aller prendre possession de l’intendance de Bigorre, à laquelle il venait d’être nommé. En 1806, il devint directeur général des forêts.
Note 2, p. 210. — Descendant du célèbre voyageur de ce nom, François Le Gouy de La Boullaye, et alors second commis au contrôle général des finances.
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NOTES
Note 3, p. 211. — Edmc-Louis Daubenton, cousin de Jean-Marie, garde et sous-démonstrateur du Cabinet du Roi, membre de l’Académie de Nancy, avait eu de son mariage avec Adélaïde Boutcvillain de La Ferlé une fille unique, mariée à Vicq-d'Azyr. (Voy. sur Daubenton le jeune, que BiilTon traita toujours de la manière la plus honorable, la note 1 de la lettre lxxxvi, 1. 1, p. 344, et la note 1 de la lettre ccviu, t. II, p. 292.)
Note 4, p. 211. — On trouve dans les Mémoires de Bachaumont, à la date du 16 janvier 1786, les détails suivants sur la collection rapportée par Dombey, dont nous avons déjé dit quelques mots précédemment (note 4 de la lettre cccxLvi, p. 542) : f M. Dombey, médecin naturaliste, envoyé au Pérou par le gouvernement , sous le ministère do M. Turgot, dont on a annoncé le retour, avant do transporter au Cabinet du Roi les objets qui lui sont destinés, les laisse voir chez lui aux savants, aux amateurs, aux curieux de toute espèce : son herbier, composé de deux à trois mille plantes, en renferme plus des deux tiers absolument ignorées. Ses mines do métaux précieux sont d'une richesse rare; il a un sable vert, inconnu jusqu’à présent, qui contient des parties cuivreuses, et qui, jeté dans le feu, y produit une flamme très-agréablement colorée, laquelle dure assez longtemps. Les insectes sont de la plus belle conservation; il a placé artistement ses oiseaux sur un très-joli arbre artificiel; leurs diverses altitudes, leurs riches couleurs, l’espece de vie apparente dont ils jouissent, forment un tableau très-agréable. M. Dombey assure que c’est un Indien qui a préparé les oiseaux et construit l’arbre. On admire dans cette exposition du médecin voyageur beaucoup d'autres choses, trop longues à détailler, s
La collection de Joseph Dombey ne fut point remise à Buflbn. Lhéritier, qui en était devenu dépositaire, l’envoya secrètement à Londres, afin de n’en être pas dépossédé. Buffon ressentit un vif chagrin de ce procédé, qui privait le Cabinet du Roi d’une riche collection d’espèces nouvelles; il n’en témoigna cependant aucun mécontentement à Dombey, bien qu’il y eût un peu de sa faute, et , le jour où il connut les embarras d’une fortune qui avait été consacrée entièrement à des recherches scientifiques et à des œuvres charitables, il obtint pour lui, à son insu, une gratification de 60 000 livres et une pension de 6000.
CCGL
Note 1, p. 212. — Buffon écrivait à Guyton deMorveau, an sujet du
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déaaccord survena dans l'Académie : c Tout est cabale, même dans les sciences, et il y a des coteries de creuset et d’autres coteries do beaux esprits. »
Note 1, p. 212. — H. et Mme Queneau de Hontbeillard.
Note 2, p. 212. — Voy. la note 3 de la lettre cccxxxiv, p. 513, où se trouve, à la date du 5 mars 1788, une lettre de M. Adam notaire au docteur Daubenton, dans laquelle cet acte do générosité de la famille Monbeillard envers Mme Daubenton est rapporté.
Note 3, p. 212. — Queneau de Montbeillard était mort depuis le 28 novembre de l’année précédente et avait laissé de nombreux matériaux sur l’histoire des insectes, dont il s’occupait avec activité dans les dernières années do sa vie. Mme de Montbeillard, attachée à la gloire de son mari, ne voulut pas que le fruit de tant de travaux fût perdu. Elle envoya, malgré le conseil do BulTon, ses manuscrits à Mauduit, avec lequel Queneau de Montbeillard avait eu de fréquents rapports, dans le temps où il travaillait à l’hisloire des oiseaux. Deux lettres du docteur Mauduit constatent le désir qu’eut Mme de Montbeillard de voir un homme, qui s’était occupé des mêmes études que son mari , se faire l'éditeur de ses œuvres posthumes. Elles sont ainsi conçues ;
c M. Mauduit a l’honneur de présenter ses respects et ses remerclments à Mme de iMontbeillard ; il est convaincu de l’importance des objets qu'elle lui a fait parvenir. C'est par cette raison môme et parce qu’il en veut faire l’examen attentif que mérite ce dépôt précieux, qu’il ne peut qu’au bout de quelque temps connaître l’usage qu’il en pourra faire. Madame est priée d’être persuadée que M. Mauduit profitera de tout ce que sa manière de travailler lui permettra d’em- ’ ployer, qu’il citera tout ce qu’il aura tiré de M. de Montbeillard et que la totalité des manuscrits sera remise à Madame dans son entier, i
■ Paris, le 1" décembre 1786.
c Madame,
( J’ai examiné avec beaucoup d’attention le dépôt que vous avez bien voulu me confier. J’ai trouvé des matériaux dont M. de Hontbeillard aurait sûrement fait un usage excellent; mais dans l’état où il a laissé son travail, il consiste en des extraits sans la liaison que
NOTES
U. de Montbeillard aurait employée pour les mettre en œuvre, sans les réflexions et les indications qu'il en aurait tirées, qui auraient formé un ouvrage qui lui aurait appartenu et qui aurait instruit et intéressé les savants et le public. Je ne peux donc, madame, que vous faire mes remerctments et vous prier de m’indiquer la voie par laquelle vous souhaitez que je vous fasse passer les papiers que j'ai reçus de votre part. J’ai l’honneur d’être avec respect, madame, votre très-hurablo et très-obéissant serviteur.
< Maudcit. X
(Inédites. — Conservées dans la bibliothèque de la ville de Semur.)
BufTon n’avait sans doute pas eu tort do conseiller à Mme de Montbeillard de ne pas envoyer les manuscrits de son mari à un homme qui n’en Ht aucun usage et qui répond à une communication bienveillante d’un ton plein de sécheresse. Mais hâtons-nous d’ajouter que les travaux de Montbeillard sur les insectes ne furent pas perdus; ils ont été en grande partie insérés dans V Encyclopédie Méthodique.
Note 4, p. 213. — Louis-Jean-Marie Daubenloo, garde et conservateur du Cabinet du Roi.
Note 5, p. 213. — On a précédemment vu ( p. 515) que le docteur Daubenton avait été touché de la situation malheureuse de sa nièce, et que de lui-même, à la mort de Gueneau de Montbeillard, il lui écrivit pour lui ofl'rir au Jardin du Roi une retraite que Mme Daubenton accepta.
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Note 1, p. 213. — M. Mesnard, contrôleur général des postes, était fils d’un homme qui remplit dans la même administration un emploi fort modeste et qui, très-obscur pendant sa vie, jouit d’une certaine renommée après sa mort. Par acte de dernière volonté, il avait consacré la meilleure partie de sa fortune à l’érection do son tombeau. Co monument fut élevé dans l'église Saint-Euslache; le public ne vit pas sans mécontentement qu’un homme qui n’avait rendu à l’État aucun service signalé eût une pareille sépulture, honneur réservé d'ordinaire aux personnages qui ont été, durant leur vie, revêtus d’éminentes dignités.
Note 2, p. 213. — Le buste fait par Houdon en 1782.
Note 1, p. 214. — Le 14 février 1786, le docteur Housset envoyait son livre à BuSon avec une lettre conçue en cea termes :
« Je suis désolé, monsieur, de ce que mon libraire ne m'a pas expédié plus tét les exemplaires de mon petit ouvrage, qui n’a été imprimé qu’à la Bn de l'année dernière; empressé de vous l'envoyer, je n’aurais point laissé passer le premier jour de l’année sans joindre à ma considération et à mes hommages, que vous avez bien voulu recevoir, les vœnx que je ne cesse d’adresser au ciel pour la conservation des jours de notre Pline, si précieux à la république des lettres , et à moi en particulier. Je désirerais que mon opuscule répondit à la dignité de vos écrits; mais, dans cette circonstance, je vous prie de me considérer comme une fauvette qui se récrée à la faveur de quelques rayons du soleil qui a daigné l'échauffer, et à qui elle rend grâces de son bienfait journalier. »
Note 2, p. 214. — L’approbation donnée par Bulfon à cet ouvrage, et surtout l’invitation faite par le philosophe de le venir trouver à Hontbard, louchèrent vivement le docteur Housset, qui lui en témoigna sa reconnaissance en ces termes : c Je suis fort reconnaissant, monsieur, du jugement favorable que vous avez porté sur mon petit ouvrage ; l’accueil gracieux que vous lui faites est un acte de complaisance dont il tire son plus grand mérite. Je désirerais trouver des occasions fréquentes de surprendre la nature dans ses jeux et de lui tirer ses secrets ; ce serait vous témoigner plus dignement combien j'honore votre talent d’observateur et d’historien des prodiges de cette mère admirable, qui fait connaître à chaque pas la touche du Créateur, et qui porté l’homme sensible et vertueux à le reconnaître et à l’adorer. Nous ne sommes occupés journellement qu'à redresser le mieux qu’il est possible la nature altérée par mille causes cachées. Elle travaille avec nous; nous ne sommes pas toujours assez heureux pour être à l'unisson de son industrie ; voilà notre désagrément. Pour vous, monsieur, vous la considérez dans son beau, vous en êtes le serviteur idolâtre; tout excite et anime votre zèle. Je suis fort sensible à votre agréable invitation ; je m’y rendrai certainement si mon infirmité , la saison et mes occupations me le permettent.
< J’ai eu l’honneur de vous offrir, monsieur, deux exemplaires de mon ouvrage; je pense que vous en ferez part à M. Daubenlon, votre cher ami et collègue dans l’Histoire naturelle, si digne de vos soins et
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qui a si bien profilé de vos travaux. Je n oserais pas vous prier de faire celle démarche pour moi, si vous ne m’aviez fait pressentir qu'un seul exemplaire vous sufBsait, et si je ne pensais vous être agréable en l'offrant à une personne aussi digne do l'estime publique que l'est M. Daubenton. Je vous prie, monsieur, de me conserver la vôtre. i
(Cette lettre, ainsi que la précédente, a été publiée par le docteur Housset, dans ses Mémoire! physiologiqxtes , t. II, p. 313, 314 et 315.)
Note 1, p. 216. — Antoino-Louis Chaumont do La Minière, né le 24 octobre 1746, mort le 17 octobre 1803, fut intendant des ponts et chaussées depuis l’année 1781 jusqu'au 10 aoôt 1792. Il fut en outre intendant des Gnances et conseiller d’État. Le pavage et l’entretien des rues de Paris rentraient dans le service des ponts et chaussées.
Note 2, p. 216. — La rue de Buffon.
Note 3, p. 217. — Ce n’était pas la première fois que l’archiduc Maximilien venait en France.En 1775, il y avait déjà fait un court séjour. La reine Mario-Antoinette, qui savaitson frère gauche et embarrassé de sa personne, avait, un mois avant son arrivée à la cour de France, envoyé à Vienne des maîtres à danser pour le préparer à Bgurer avec honneur aux différents ballets qui se devaient donner à Versailles durant son séjour. Ces eracieuses attentions de la reine furent inutiles. Le Prince ne dansa pas, et il n’y eut pas de fête à Versailles. Une question d’étiquette en fut la cause. L’Archiduc ne voulut point consentir à faire la révérence aux princes du sang, qui de leur côté déclarèrent qu'ils ne visiteraient pas l’Archiduc. Dans ce premier voyage, le frère de la reine vint faire une visite au Jardin du Roi. Buffon lui Gt hommage de ses ouvrages, c Je refuse, lui dit le prince avec gaucherie, non que je veuille vous faire de la peine, mais parce que je craindrais do vous en priver, i
c Monsieur le comte, je vienschercher un exemplaire de vos œuvres que l'Archiduc mon frère a oublié sur votre table, ([disait à deux années de là l’empereur Joseph II, entrant au Jardin du Roi. On ne pouvait plus gracieusement réparer un naanque d'à-propos. L’Empereur témoigna une grande estime pour Buffon ; parfois il arrivait au Jardin du Roi sans s’étre fait annoncer, disant avec bonhomie : t Monsieur de Buffon, je viens causer sans façon avec vous, i Un autre jour, il lui disait en se promenant avec lui dans les allées du Jardin : c Nous
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sommes ici sur les terres de votre empire. » Le jour où il vint prendre congé de Buffon, ce dernier voulut le reconduire jusqu’à sa voiture, f Demeurez, dit l’Empereur en le retenant, autrement Je ne pourrais plus me vanter d’avoir vu M. de Buffon. a L’Empereur quitta la cour de France avec la réputation d’un homme d’esprit. Lorsque l’Archiduc partit de Versailles, les courtisans le désignaient entre eux par le nom de VArchibéte.
Note à, p. 217. — Le chevalier Aude, qui était de la société intime de Buffon, se trouvait à Montbard vers la fin de l’année 1786; il fut le témoin ému des souffrances que Buffon supportait avec une résignation héroïque et qui n’allérérent jamais l'égalité de son humeur ni la fraîcheur du son rare esprit. Le chevalier Aude est l’auteur d’une Fie de Buffon, de i|uelques poésies estimées cl d'un drame intitulé: Saint-Preux et Julie d’Étange, joué avec quelque succès sur le théAlre de la cour, mais accueilli froidement à Paris. Nous avons retrouvé dans les notes munuscriles de M. Humbert-Bazile une lettre adressée au mois d’octobre 1786 par le chevalier Aude à Mme Necker; elle renferme des détails pleins d’in’.éréts sur la crise terrible dont Buffon, malgré son grand âge , parvint cependant à triompher. Nous la publions comme une réfutation éloquente d'un passage analogue du pamphlet d’Hérault de Seclielles; nous donnons également la réponse inédite de Mme Necker à celte intéressante communication. Une seconde lettre de Mme Necker, extraite de ses Mélange.s, nous a paru devoir compléter utilement les deux documents qui précédent. Voici ces trois pièces :
LE CHeViXlEll AUDE A MADAME NECKER.
Montbard, le 6 octobre 17U6.
c Madame,
c Je suis à peine revenu de l'embarras que j’éprouvai chez vous le jour que j’eus l’honneur de vous présenter l’hommage de mon respect. Ce souvenir me poursuit sans cesse; il intimide encore ma pensée, même à l’instant que M. de Buffon veut bien me rendre l'interprète des sentiments d’admiration et de tendresse qu’il vous a éternellement consacrés. Ce glorieux office n’est point nouveau pour moi; il semble que le sort m’ait destiné à n’approcher que les plus dignes appréciateurs de vos vertus. M. le vice-roi de Sicile me communiqua son àme pour en être l’organe; M.le comte de Buffon m’inspire aujourd’hui une portion de la sienne pour vous parler dignement de lui.
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c Je commence, madame, par ce qui vous intéresse le plus, et je rends grâce au ciel de pouvoir vous donner une assez heureuse nouvelle de sa santé. Mme Daubenlon vous en a parlé dans un moment moins favorable; on ne vous a point caché l’état d'affaissement et de souffrances où les suites de son voyage l'avaient réduit. Je me félicite de n'avoir eu mon tour que le dernier, puisqu’il m’est réservé de dissiper un peu vos inquiétudes.
c Ce grand homme n'est point exempt de tribulations, mais il a du moins plus fréquemment des heures de sommeil et de calme. Je lis sur son auguste front la vie et la sécurité, précieuses assurances de l'excellente constitution de son corps et de la parfaite égalité de son âme. Il a fait hier une promenade en voiture, dont il n’eùt pas été capable il y a quinze jours. Son estomac est toujours bon ; il est forcé quelquefois de réprimer son appétit, non par la peur d’une indigestion , mais dans la crainte d'augmenter la masse de ces humeurs glaireuses, qui font le tourment de ses nuits. Voilà son mal le plus obstiné et celui qui me semble aussi le plus facile à détruire, puisqu’il provient et dépend de la quantité et de la qualité des aliments qui produisent plus ou moins de glaires. Cependant les médecins n’en viennent pas à bout. Pourquoi leur science n’esl-elle que conjecturale? ou plutôt, pourquoi n’existe-t-il pas un Buffon en médecine? Il serait le confident du dieu d'Ëpidaure et le sauveur du confident de la nature. Je viens de vous dire que ses moments de repos sont devenus plus fréquents; il faut ajouter que vous adoucissez bien souvent ses moments de souffrance; je dis trop |>cu, madame ; il les oublie en parlant de vous ; votre souvenir les suspend ou les charme. Il n’a plus qu'une pensée, qu'un sentiment, quand c’est votre nom qu’il prononce ou votre image qu’il a sous les yeux. Nous distinguons parfaitement scs jours de tranquillité : c’est quand nous jouissons plus longtemps, les aprèsdinées, du charme inaltérable de sa conversation. Sensible et bon comme la vertu, indulgent et simple comme le génie, il fait penser et parler tous ceux qui ont le bonheur de l’approcher, et la timidité la plus insurmontable est, en peu de jours, à son aise auprès de lui.
( Nous lisons souvent quelques morceaux de ses immortels ouvrages. Quel intérêt la présence do ce grand homme ajoute à ces nobles plaisirs I Nous venons do relire la première et la seconde Vue Je la A'ofure, discours où la majesté et la profondeur des idées a tellement nécessité la richesse et la pompe des expressions, qu’on peut douter quelquefois si c’est on chef-d’œuvre de l’art ou un miracle de la nature, et si c’est son historien ou son plus brillant phénomène. Cet homme divin jouit de nos plaisirs et nous jouissons do sa gloire; il ne déguise point la prédilection qu’il a pour scs ouvrages. Paternité
Dk ■
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snblime et rrancho! Ah! qu'il est doux, qu'il est beau d'aimer ses enfants, quand ils ont fait l'amour du monde!
< Je vous ai dit, madame, les peines et les plaisirs de H. le comte de Buffon ; il me reste encore i vous parler d'une inquiétude de son âme : je sais ce qu'il vous écrivit à la retraite de M. Necker; on peut l'appliquer à sa situation, qui ne lui permet plus le travail: c'est un Jhirosque te repos fatigue. Au milieu de sa gloire il croit n'avoir pas assez fait pour les connaissances humaines, pour la science universelle dont il a éclairé toutes les roules avec des faisceaux de lumière que l'œil de l'homme n’avait jamais entrevus avant lui. Son génie n’a point de vieillesse; pourquoi faut-il qu'il n’ait que ces rapports avec la nature et qu’il ne soit pas éternel et impa.ssible comme elle?
c A la 6n d’une lettre dont M. de Buflbn est le sujet, oserai-je vous parler de moi, madame, et vous présenter les vers que l'illustre moitié de vous-méme m’inspira à quinze cents lieues de la France? M. de Buffon m’enhardit à vous en faire l’hommage. Vous eûtes la bonté de les honorer de votre indulgence le jour que j’en fis la lecture à M. Necker. C’est sous les auspices du grand homme que je vois, que j’ose vous les offrir aujourd’hui. Permeltez-moi d’ajouter à ce faible hommage celui des sentiments d’admiration et de respect avec lesquels j’ai l’honneur d'étre, etc. >