‹ Correspondance inédite de BuffonChapitre 112 sur 133 · XUTRE LETTRE DE MADAME NEC&ER AU CHEVALIER AUDE · texte numérisé non relu

XUTRE LETTRE DE MADAME NEC&ER AU CHEVALIER AUDE

< Je suis charmée de votre lettre, monsieur; je vois que le goût de la littérature n’a pas affaibli en vous la passion des sciences, ni les amusements de l’esprit, ni les transports qu’on doit au génie, bien différent de la plupart de nos jeunes gens, ([ui ne connaissent que ce qu’ils touchent, et pour qui M. de Buffon est un phénomène céleste dont ils laisaeat l’observation aux astronomes; toute votre lettre montre au contraire que vous êtes pénétré de la lumière de ce bel

ET ÉCLAIRCISSEMENTS

astre; vous le voyez à son couchant, mais son disque est plus grand qu’il ne fut jamais à son midi. Que j'aime ces lectures dont vous me parlez! quel beau spectacle que M. de Buiïon à côté de ses ouvrages! C’est le seul moyen possible de les embellir et de les agrandir encore; vous ôtes alors comme ces voyageurs qui sont plus frappés de la majesté des fleuves qui baignent ma patrie, après avoir admiré l’imposante hauteur des montagnes d'où ils tirent leur source.

« Quel bonheur pour vous, monsieur, d’être appelé par les circonstances à vivre auprès de M. de Buffon! Dans la plupart des grands hommes, les petits défauts intérieurs altèrent les grandes vertus; chez M. de Butfon, toutes les qualités aimables sont la suite de ses vertus; il est sensible parce qu’il est bon , doux parce qu’il est sage, exact par amour de l’ordre ; il n'est donc pas surprenant qu’il soit chéri de tous les âges, car il touche par quelque point à tout ce qui est bon. Je n’ai pu m’empêcher, monsieur, de faire lire votre jolie lettre à M. le marquis de Chastelux, qui l’a fort goûtée, m’en a montré une de M. de Buffon sur son voyage d’Amérique, où nous avons reconnu la grififo du lion; je parle de cette belle griffe qui porte le sceptre, non de celle qui déchire, dont on n’use pas à Montbard. >

Note 1, p. 217. — Faujas de Saint-Fond se montra foute sa vie dévoué aux intérêts de BulTon et au bien-être de sa famille. Buffon l’avait encouragé dans ses premiers travaux, et, en l’appelant au Jardin du Roi, lui avait ouvert la carrière ; il lui avait facilité les moyens de se livrer à ses expériences et k ses recherches. Faujas de Saint-Fond ne l’oublia jamais', et nous allons le voir, dans les dernières années de la vie de son illustre ami, s’associer à toutes ses pensées et prendre part à toutes ses inquiétudes. Buffon, de son côté, voulant reconnaître une amitié qui ne lui fit jamais défaut, ordonna, au moment de mourir, que son coeur fût remis à M. de Faujas. Sur le désir du fils de Buffon, M. de Faujas se dessaisit en sa faveur du coeur de son père, et reçut en échange le cervelet du grand naturaliste, que sa famille possède encore aujourd’hui.

Note 2, p. 218. — Buffon entretient encore Faujas de Saint-Fond de ses espérances dans une lettre postérieure du 17 janvier 1787 (p. 221).

NOTES

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