VII. A X.VDEUOISEILLE BLESSEAl
Mercredi matin, 16 avril 1788.
Les forces de mon âme ni celles de mon corps ne me permettent pas, mademoiselle, d’aller mêler mes larmes aux vôtres, et cependant je me sens portée invinciblement à répandre ma douleur dans votre sein , cl à vous dire encore dans ce terrible moment tout ce que l’estime et la reconnaissance pourraient me suggérer, si j’avais assez de présence d’esprit pour rendre mes pensées. C’est à vous que je dois , mademoiselle, d’avoir vu les dernières douleurs do mon ami entourées et adoucies par la plus tendre sensibilité : vos vertus seront à jamais lices dans mon souvenir à ma tendresse pour l'homme sublime que je viens de perdre. C’est assez vous dire , mademoiselle , que vous aurez en moi, tant que je vivTai, une amie sincère qui s’intéressera véritablement à votre sort, et je vous prie avec instance de me faire
APPENDICES
part de vos projets et de tous les détails relatifs à votre fortune. Si je pouvais vous être bonne à quelque cbese, je croirais rendre bommago à la fois à la mémoire à jamais chérie de M. de BufTon et à la vertu même que vous me représentez sous^outes ses formes. J'aurais voulu vous aller voir; mais jamais, je crois, je n’approcherai de ce séjour si délicieux autrefois, et devenu pour moi un objet de terreur. La plume s’échappe de mes mains. Je me propose d’aller é la campagne incessamment pourcherchcr quelques distractionsà ma douleur; mais le suisse de ma maison de Paris me fera parvenir voslcttres au moment même.
(Inédite. — De la collection de M. de Kaujas de Saint-Fond.)