CG XV
AU MEME
Montliard, le 11 avril 1778.
Vous devez avoir reçu , mou cher monsieur, les notes que j’avais recueillies sur les oiseaux-mouches et colibris; il y a quatre ou cinq jours que je les ai adressées par la poste à Lucas. Je viens aussi de remettre à un homme qui part aujourd’hui pour Paris un paquet à votre adresse, où vous trouverez les notes que vous m’avez demandées au sujet des oiseaux d’eau, sur lesquels vous avez travaillé; et ce paquet vous sera aussi remis par le sieur Lucas , qui le recevra dans le courant de cette semaine.
Je suis très-content de tout votre travail , tant sur les perroquets que sur les martins-pécheurs.'J’ai cru devoir changer quelque chose à l’ordre de distribution des perroquets, et ne point mêler ceux de l’ancien continent avec ceux du nouveau; j’ai aussi un peu augmenté le préambule, et voici mon ordre de distribution :
Les perroquets de l’ancien continent.
1° Les kakatoès; 2“ les perroquets proprement dits; S” les loris, qui finissent par les loris -perruches ou loris à longue queue; 4» les perroquets à longue queue également étagée;
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5' les perruches à longue queue inégale ; 6» les perruches à courte queue.
Les perroquets du nouveau continent.
1» Les aras; 2° les amazones; 3' les criks; 4» les papegais; 5* les perruches à longue queue et égale (j’ai appelé perriches celles de l’Amérique, pour les distinguer des perruches de l’ancien continent, et ce nom, perriches, est assez en usage); 6» les perriches à longue queue inégale; 7* les perriches à queue courte.
Par cette distribution, l’énumération du grand nombre de ces oiseaux devient très-claire, et on en saisit aisément les différences’.
Je vais faire à peu près la même chose sur les martinspêcheurs, en séparant ceux de l’ancien continent de ceux de l’Amérique, et en les divisant en grands, moyens et petits , comme vous l’avez fait.
Au reste ces derniers oiseaux, qui naturellement devraient être mis après les pics, en ne considérant que la forme du bec, ne laissent pas d’en différer par tant d’autres caractères, qu’on ne risque rien de les en éloigner et de les placer ailleurs, et peut-être après les hirondelles-martinets, d’où leur est venu le nom de martinets-pêcheurs ou martins-pêcheurs.
Je crois, mon cher monsieur, qu’on vous remet, de l’Imprimerie royale , les feuilles k mesure qu’on les imprime ; car j’ai vu plusieurs corrections de votre main sur les nomenclatures. J’ai écrit à M. Mandonnet que c’était par inadvertance que l’on a mis l’article des todiers entre celui du pitpit et celui du pouillot, et je le prie de me renvoyer cet article des todiers , qui doit aller après celui des martinspêcheurs.
Mais notre cinquième volume a déjà trois cent cinquante pages d’imprimées, y compris l’article des demi-fins de M. Gueneau de Montbeillard , et il ne peut contenir que les articles suivants; l” Le pitpit; 2” le pouillot; 3» le troglodyte;
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4* le roitelet; 6» les mésanges; 6» le torchepot; 7» les grimpereaux ; 8“ les pics et les pics-grimpereaux. Ainsi les martins-pêcheurs sont nécessairement rejetés au sixième volume. , Vous avez raison de dire qu’on peut vraiment se plaindre de la fécondité de la nature en même temps qu’on l’admire; vous avez mille occasions d’employer cette jolie plirase, qui est d’ailleurs de toute vérité.
Je vous remercie, mon cher monsieur, du surcroît de travail que vous m’avez envoyé au sujet des nids du tonquin et des ours marins. Ce dernier article me servira pour mon volume de supplément aux quadrupèdes , et je ne serais pas d’avis de renvoyer le premier à l’article des hirondelles , parce que nous ne savons pas quelle espèce d'hirondelle fait ce nid. 11 y a môme plus d’apparence que c’est un martinpêcheur, puisque vous avez si. bien établi que l’alcyon est le même oiseau ; et par conséquent les notices que vous avez déjà recueillies sur ce nid, et celles que vous trouverez dans le petit paquet que je joins ici , pourront faire un article intéressant à la suite de nos martins-pêcheurs; et lorsque j’aurai revu cet article, je vous en enverrai la copie corrigée, à laquelle vous retrancherez , ajouterez ou changerez ce que vous jugerez nécessaire. Recevez les assurances de ma tendre amitié , et mes respectueux hommages pour votre bonne et chère maman et pour votre aimable soeur.
Buffon.
(Publiée par Fraujois de ^enfchâteau et par M. Floureos.)
FRAGMENT DE LETTRE A GLENEAU DE MONTBEILLARD.
Le n mai 1778.
Voilà, mon cher bon ami, vos vers charmants’ et tels que je voudrais les envoyer. Ne pourrait-on pas, au lieu de/idroi, substituer ï/wmme vain? Je l’aimerais mieux que héros. Je
[1778] DE BDFFON. 51
ne crois pas qu’il y ait rien à changer dans tout le reste. Ce serait le plus grand dommage du monde de supprimer ce beau vers :
Tariant sans dessein leur céleste langage;
car ce vers peint mieux notre nymphe que tous les autres. Le mot sans dessein y fait merveille ; il n’y a que la parenthèse qui choque peut-être votre critique trop délicate; mais c’est une petite imperfection pour une très-grande beauté.
Buffon.
(Celte lettre a été publiée par Bernard d’Eérydansson édition des OEur de BafTon. Paris, an XI.)
A L’ABBÉ BEXON.
Uootbard, le 21 mai 1778.
Je suis enchanté, monsieur le Prieur, de la bonne nouvelle et de ce petit titre', en attendant un plus grand; car, quoique sans ambition, vous avez le mérite qu’il faut pour en obtenir les fruits, et tous ceux qui vous connaissent ne peuvent manquer de s’intéresser à votre avancement. Je vois que le petit surcroît de fortune, loin de diminuer votre activité pour le travail , semble au contraire l’augmenter, et je le trouverais bon si je ne craignais pour votre santé. M. Panckoucke, qui vous est sincèrement attaché, le craint aussi bien que moi. Ainsi, par grdce d’amitié, prenez du relâche; au lieu de finir nos oiseaux en six mois ou un an, prenez dixhuit mois ou deux ans, et je serai encore plus que satisfait. Lucas vous remettra mes notes sur les bécasses, les pluviers, les vanneaux , la poule sultane et le messager ; je vous apporterai aussi, puisque vous le désirez, tous les autres papiers qui ont rapport aux oiseaux d’eau. Je n’ai que la dixième édition de Linnæus *, et c’est celle qu’il faudra tou-
jours citer, d’autant que les réformes ou additions qu'il a fait faire sont fort indifférentes. Je ne connais pas Y Essai de r histoire naturelle de la Guyane, en anglais; il faudra prier M. Panckoucke de le faire venir pour mon compte.
Vous auriez dû, mon cher Prieur, me marquer le nom de la personne de Dijon à laquelle vous avez écrit au sujet de la feuille du 7 avril dernier. J’ignore, comme vous, le motif de la demande mentionnée dans cette feuille, et c’est peut-être les gens qui travaillent à une Histoire de Bourgogne ' qui ont besoin de ces éclaircissements sur votre famille. Je vais en écrire à M. Frantin, imprimeur de ces feuilles, et à M. Mailly \ qui en est l’auteur, et par lesquels seuls nous pouvons être instruits.
Envoyez-moi toujours vos oiseaux-mouches et colibris; j’aurai le temps de les recevoir et d’y travailler avant mon départ; car je ne suis pas sûr de pouvoir partir avant le 7 ou le 8 du mois prochain. Je vous embrasse et fais mille tendres respects à vos dames.
(Cette lettre, eonserrée i, Londres dans les manuscrits du Britisb Uuseum, a éti publiée par François de Neofcbâteau et par U. Flourens.)
GGXVIII
AU MÊME
Uontbard, le 3 août 1TT8-
J’ai reçu , mon cher monsieur, votre premier et second paquet; et, comme notre carte ' est ce qu’il y a de plus pressé, je vous la renvoie avec mes observations.
1” 11 faut que la calotte de glace solide, qui s’étend depuis le pèle jusqu’aux glaces flottantes, soit marquée de hachures d’autant plus noires qu’on approche plus près du pôle ; ce qui représentera la vaste étendue de cette portion du globe
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envahie par les glaces. Je l’ai donc fait ombrer au crayon sur l’épreuve de la carte que je vous renvoie.
2* Il faut marquer sur cette carte les glaces flottantes trouvées par le capitaine Bouvet’ aux 48' et 49* degrés de latitude , et qui ne sont pas représentées ; et comme ces glaces flottantes sont situées sous les 48', 49', 50* et 51* degrés de latitude, et en longitude, de 15 à 30 degrés du cap de Bonne-Espérance, cette partie de la carte serait défectueuse, et ne répondrait pas à l’explication que j’en donne. Ainsi il est absolument nécessaire d’y marquer toutes ces glaces flottantes qui sont vis-à-vis le cap de Bonne-Espérance , et qui se trouvent sous la latitude de 48 , 49 , 50 et 51 degrés, dans l’étendue de 15 degrés de longitude, c’esf-à-dire depuis le 15* au 30* du méridien de Londres à l’Est , qu’il sera aisé de réduire au méridien de Paris.
3® J’ai fait marquer à l’encre quelques îles de glaces flottantes au 49* degré de latitude sous les 55* et 60* de longitude Est, parce qu’on n’avait marqué les glaces flottantes que jusqu’au 50* degré.
4* J’en ai fait de même marquer plus qu’il n’y en avait sur la carte au 58' degré de latitude , et sous la longitude de 80 à 90 degrés Est, et jusqu’au 15* de longitude Est.
5* 11 faut marquer par une gravure plus forte les terres de Sandwich et de l’ile de Géorgie, sous les latitudes de 55 à 59 degrés, découvertes par Cook*. Je dis qu’il faut que cette gravure soit plus forte, afin que l’on distingue ces terres d’avec les glaces , et il faudra aussi les indiquer par leurs noms, ainsi que toutes les autres terres.
6“ J’ai aussi augmenté le nombre des glaces flottantes qui se trouvent sous le S9® degré, à 9 ou 10 degrés de longitude Ouest, ainsi que celles qui se trouvent à peu près sous le même parallèle, depuis le 60* jusqu’au 80* de longitude Ouest, et jusqu’au 180*; en sorte que la carte sera beaucoup moins
imparfaite après cea corrections, auxquelles je vous prie de *‘c )ias perdre de temps, afin de pouvoir m’en envoyer promptement une épreuve*.
Je sens, mon cher monsieur, combien cela vous détourne, et en môme temps j’admire que vous ayez encore le temps de faire des oiseaux. M. de Slontbeillard a voulu terminer le cinquième volume aux grimpereaux, et il est en effet assez gros, car il contient cinq cent quarante-six pages , et il y en aura peut-être trente-quatre de table des matières, ii laquelle je travaille actuellement. Cela fera donc cinq cent quatrevingts pages avec vingt-neuf planches; ainsi ce volume sera plus gros qu’aucun des précédents.
Nos jolis oiseaux-mouches vont donc commencer le sixième volume, et comme les perroquets doivent suivre immédiatement, je vous les enverrai dans huit ou dix jours, afin que vous les lisiez attentivement avant do les livrer à l’impression. Je vous adresserai ce paquet, qui sera gros, par la diligence, ou plutôt je l’adresserai à Lucas, qui vous le remettra, et j’y joindrai une vingtaine de dessins d’oiseaux qu’il faudra donner à .M. Desève * pour les faire graver ; car CCS gravures doivent entrer dans le sixième volume, et quelques-unes dans le cinquième.
Je lirai avec grand plaisir votre article du vanneau , et j’ai revu ces jours-ci ceux de la cigogne et de la grue* avec satisfaction.
Je vous renvoie ci-joint votre cahier d’extraits des voyageurs, dont j’ai fait usage, comme vous verrez par la copie ci-jointe de l’explication de la carte géographique. Je vous prie de lire cette explication avec attention , dans laquelle vous changerez les longitudes par la ditférence du méridien de Londres à celui de Paris. Je vous prie aussi d’y faire telles additions et corrections que vous jugerez à propos; après quoi vous voudrez bien me la renvoyer; car je ne veux la livrer à l’impression qu’après la carte, tant australe que boréale , entièrement achevée.
DE BDFFON.
Je suis enclianlé que vous soyez content de votre nouveau logement. Mille tendres respects à vos dames.
Buffon.
P. S. — Faites, je vous prie, mes compliments à M. Daubenlon le jeune, en lui disant qu'il me fera plaisir de vous donner une demi-douzaine de colibris et oiseaux-mouches bien équipés , et même d’autres bijoux, si vous en voulez, en échange de vos beaux cailloux des Vosges. .MM. Blesseau et Trécourt vous remercient de votre souvenir.
(Poblite par François de Neufcbitean et par M. Floarens.)
GGXIX
A M. DE PAUJAS DE SAINT-FOND
Montbard, le 25 août 1778.
Je viens, monsieur, de recevoir aujourd’hui 25 la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire ; et comme vous me pressez pour la réponse, je n’ai eu que le temps de parcourir les feuilles et les planches de votre grand ouvrage sur les volcans qui ne peut que vous faire un honneur infini , tant pour la netteté du style que par la précision de l’exécution des planclies. Vos observations sur le courant des laves de Villeneuve de Beri offrent un beau problème aux naturalistes ; mais j’ai vu avec plaisir que vous touchez au but pour l’explication des phénomènes. La matière calcaire était en effet dans un état de mollesse lorsque la lave s’y est introduite, et l'on doit regarder ce volcan’ de Villeneuve comme un volcan sous-marin qui a agi dès le temps que les bancs calcaires se sont formés.
El à l’égard des morceaux calcaires qui se trouvent dans la lave, on peut croire qu’ils y ont été déposés par l’infiltration de l’eau dans les cavités et boursouflures de l’intérieur de ces laves. Tout cela s’accorde avec la bonne théorie, et vous êtes,
monsieur, plus en état que personne de saisir tous les rapports particuliers qui conûrraent les rapports généraux de cette théorie.
J’ai l’honneur de vous envoyer les feuilles imprimées de ce que j’ai écrit sur les volcans à la suite d’un traité qui a pour titre, àts Époques de la nature. Ce volume, qui fera le cinquième de mes Suppléments à l’Histoire naturelle, aurait paru depuis plus de six mois, si la gravure d’une carte géographique très-importante n’eût pas retardé la publication , qui ne sera que pour le mois de novembre. Je reste à Montbard jusqu’à la Toussaint, et vous me ferez honneur et un véritable plaisir, si vous voulez bien vous y arrêter à votre retour de Paris. Je serai enchanté devons renouveler les sentiments de la véritable estime et du respectueux attachement avec lequel j’ai l’honneur d’être, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Le comte de Büffon.
(InMita. — De U eoUeetion de M. de Faujas de Saint-Fond.)