CCXXVIII
A M. MACQÜER.
An Jardin du Roi, le 12 ayril 1779.
Je me suis fait un plaisir, monsieur, de déférer à votre recommandation en faveur de M. Brongniard', et je l'ai nommé ù la place de démonstrateur en chimie aux écoles du Jardin du Roi. Vous devez être persuadé que ma première attention était de vous donner une personne qui vous fût agréable et qui eût en même temps un mérite reconnu du public.
J’ai l’honneur d’être avec un sincère et respectueux attachement, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Buffon.
(Inédite. — Tirée des idaauscrits de la Bibliotb&que impériale, Sappl^ ment françaia.)
A MADAME NECKER
Montbaid, te 25 juillet 1779.
Madame et très-respectable amie.
Je suis bien arrivé; mais, comme les grands regrets font faire des réflexions profondes, je me suis demandé pourquoi je quittais volontairement tout ce que j’aime le plus, vous que j’adore, mon Ois que je chéris. En examinant les motifs de ma volonté, j’ai reconnu que c’est un principe dont vous faites cas qui m’a toujours déterminé: je veux dire l’ordre dans la conduite, et le désir de Onir les ouvrages que j’ai commencés et que j’ai promis au public; car je suis ici dans une solitude absolue, sans autre compagnie que celle de mes
COnRESPONDANCE
livres, compagnie fort insipide, surtout les premiers jours. Vous pourriez croire que c’est l'amour de la gloire qui m'attire dans le dessert et me met la plume à la main ; mais je vous proteste, ma belle et respectable amie, que j’ai eu plus de peine à vous quitter que la gloire ne pourra jamais me donner de plaisir, et que c’est le seul amour de l’ordre ‘ qui m’a déterminé. Je mets mon bonheur à vous faire part de ce qui se passe dans mon cœur, et je demande au vôtre quelques mouvements de tendresse et d’amitié. Mille respects à M. Necker ; je fais tous les jours des vœux pour sa gloire.
(InUite.)
GGXXX
A GUEXEAU DE MONTBEILLARD.
Uontbard, la 30 juillet 1779.
Je vous supplie, mon cher bon ami, de lire l’article de ce journal' qui me concerne, et la réponse que j’ai projeté d’y faire. Vous me rendrez service de m’en dire votre avis, et je nq doute pas qu’il ne soit excellent.
Si vous pouviez venir ces jours dîner avec notre Intendant*, je suis persuadé qu’il en serait très-flatté. Nous dînerons à Montbard le dimanche et le mardi, mais le lundi nous irons dîner à la forge. Je vous embrasse, mon très-cher bon ami.
Buffon.
C’est à M. Guillebert, gouverneur de mon fils, qui m’a donné le premier la nouvelle de celte incartade, que j’adresse la réponse dont j’ai l'honneur de vous envoyer copie.
CGXXXI
A MADAME NECKER
Hontbard, le 3 août 1779.
Aidez-moi , ma très-respectable bonne amie ; je n’eus jamais plus de besoin de voire secours. On veut enfermer , ombrager , infecter le Jardin du Roi , en plaçant tout auprès tous les chevaux et voitures des fiacres de Paris J’écris par cet ordinaire une longue lettre à notre grand homme , votre digne mari. Appuyez- moi, je vous supplie; rien ne serait plus douloureux pour moi que de voir, après quarante ans de soins et de travaux pour cet établissement, détruire tout l’agrément et toute l’utilité que je me suis efforcé de lui procurer. M. Amelot a dû lui en écrire aussi ; mais je compte plus sur votre bonne volonté, ma noble amie, que sur celle de qui que ce soit au monde. J’aurai le bonheur de vous revoir dans les premiers jours d’octobre. Recevez mon tendre et profond respect en attendant mes adorations.
Buffon.
(Inédite.)
CGXXXII
A QUENEAU DE MONTBEILLARD.
Montbard, le 6 août 1779.
Grand merci, mon cher bon ami, tant à vous qu’à l’abbé Berthier', de cette gazette* qui m’a fait quelque plaisir à lire, et dont j’ai gardé copie en cas de besoin , quoique je sois encore plus déterminé que jamais à garder un silence absolu. Car je suis informé par les lettres d’aujourd’hui que c’est un piège que le journaliste, d’accord avec Gobet • et quelques autres, voulait me tendre, et que ledit journaliste n’avait pas d’autres vues que de donner de. la vogue à son
Il a
journal. En m’engageant à y mettre une réponse, il comptait en augmenter le débit, et il a grand besoin de cette ressource, puisqu’il ne s’en vend pas trois cents. Notre Intendant est parti à midi, très-satisfait de vous avoir vu, ainsi que M. votre fils et M. de Mussy, qu’il aime très-sincèrement. Je vous embrasse, mon cher bon ami , et vous aime encore mieux, car c’est de tout mon cœur.
Butfon.
(iDédita. — D« U collection de Mme U baronne de 1a Fresnaye.)
COXXXIII
A L’ABBÉ BEXON.
Montbard, le 8 août 1779.
Voilà, mon très-cher [abbé, les feuilles C et D de notre septième volume. J'ai renvoyé les deux précédentes par l’ordinaire dernier, à l’adresse du sieur Lucas, que je charge de les remettre à l’Imprimerie royale. Vous ferez bien, mon cher ami, d’exhorter M. Mandonnet, en lui faisant mes compliments, pour tâcher de regagner le temps assez long qu’on a perdu. Je vous envoie en môme temps votre article du grèbe et du castagneux, qui a dû, en effet, vous coûter beaucoup de recherches et de discussions. Mais, encore un coup, mon très-dier abbé, nous sommes bien en avance vis-à-vis de l’impression ; par conséquent, n’en prenez qu’à votre aise, car je ne cesserai de craindre pour votre santé que quand je vous verrai moins ardent pour le travail. Et qu’importe que les oiseaux soient achevés cette" année ou six mois plus tard? cela m’est bien égal. Je conçois que cet ouvrage doit fort vous ennuyer, et c’est pour cela qu’il faut le couper, en allant tantôt auprès de la belle comtesse', tantôt auprès du bon marquis*, et plus souvent encore auprès de mon frère et de mon fils. Au reste, je vois avec le plus grand plaisir que votre ou-
DE BÜFKOK.
vrage ne se sent point du tout de la précipitation avec laquelle vous voudrier l’achever; tout m’y parait exact, et même scrupuleusement vu. Gomme j’ai les yeux très-fatigués, je ne relis pas les nomenclatures, et je vous prie d’y donner une double attention.
Je suis maintenant très-décidé à ne faire aucune réponse au sujet du manuscrit Boulanger*. Je n’ai jamais lu moi-même ce manuscrit : c’est Trécourt qui m’en a lu quelques endroits et qui m’a fait l’extrait de ce qui regardait le cours de la Marne, dont je vous ai remis à vous-même la petite carte. Voilà tout ce que j’ai tiré de ce manuscrit, que je connaissais d’avance par la lettre que Boulanger m’avait écrite* en 1750; en sorte qu’ayant alors jeté cette lettre, j’ai de même jeté le manuscrit comme papier très-inutile. Mais je vois qu’il n’est pas nécessaire d’en convenir aujourd’hui ; il vaut mieux laisser ces mauvaises gens dans l’incertitude, et, comme je garderai un silence absolu, nous aurons le plaisir de voir leurs manœuvres à découvert. Je viens de lire l’extrait de mon ouvrage dans le numéro 18 du même journal Grosier*. Il est clair que c’est un guet-apens et un piège qu’on a voulu me tendre, en voulant me forcer de répondre à la lettre Gobet, parce que le journaliste*, dont l’extrait est pitoyable et de mauvaise foi, s’est bien douté que je ne répondrais pas à sa critique, mais que je serais obligé de paraître pour me défendre de la calomnie. Le seul fait d’avoir lu publiquement à r.àcadémie de Dijon, en 1772, le premier discours des Époques, qui en renferme tout le plan, suffit pour confondre les calomniateurs, puisque le manuscrit Boulanger ne m’a été remis que trois ans après. Et voilà ce que peuvent dire mes amis avec d’autant plus d’assurance, qu’il en a été fait mention , lors de la lecture , dans les feuilles hebdomadaires de Bourgogne, imprimées à Dijon. Il faut donc laisser la calomnie retomber sur elle-même, et je suis très-aise que vous en pensiez ainsi.
Faites mille tendresses de ma part à votre très-respectable
mère et à votre tout aimable sœur. J’ai eu le plaisir de parler d’elles et de vous avec M. et Mme de Genouilly qui sont venus dîner hier ici. Ils vous aiment beaucoup tous deux, parce qu’ils vous connaissent bien tous deux; et moi aussi, mon très-cher abbé, je vous aime d’autant mieux que je vous connais davantage.
Buffon.
(Publiée par François de Neufchiteau et par M. Flourens.)
CGXXXIV
A GUENEAU DE MONTBEILLAR .
Au Jardin du Roi, le 15 novembre 1779.
Vous savez, mon cher bon ami, que je suis assez hardi pour parler et très-poltron pour répondre. Je mets donc pour le moment présent mon salut dans la fuite, et je pars dimanche pour arriver à Montbard le jour suivant ou le lendemain. Il n’y a pas encore de dénonciation en forme et par écrit, et je ne pense pas que cette affaire ait d’autre suite fâcheuse que celle d’en entendre parler et de m’occuper peut-être d’une explication aussi sotte et aussi absurde que la première qu’on me fit signer il y a trente ans*. L’espérance de vous revoir, mon bon ami, est en vérité la plus grande satisfaction que je me promette pendant mon prochain séjour. Mille tendres respects à ma bonne amie qui est la vôtre. Je vous embrasse tous deux de tout mon cœur.
(Inédite. — De la collection de Mme la baronne de La Fresnaye.)
GCXXXV