A M. ANDRÉ
CVtlÉ DE SAINT -EEMT.
Paris, le 17 novembre 1779.
Quoique votre lettre m’ait affligé, monsieur, par le vif intérêt que je prends à notre ami le P. Ignace, je n’en suis pas moins sensible à l’attention que vous avez eue de m’en donner des nouvelles. Il faut qu’il ait cruellement souffert pour avoir blanchi tout d’un coup; et, quoiqu’il soit hors^e danger, je crains encore que sa convalescence ne soit longue. Exhortez-le, je vous en prie, à tous les ménagements nécessaires. Je compte arriver lundi ou mardi tout au plus tard, et je ne tarderai pas à venir le voir, car il fera très-bien de ne pas sortir de si tôt. J’espère aussi jouir du plaisir de vous voir, monsieur, aussi souvent que vous voudrez bien me faire cet honneur. Les sentiments que vous m’avez inspirés me le font désirer, et vous pouvez être très-persuadé de la véritable estime et du très-sincère attachement avec lesquels j’ai l’honneur d’être, monsieur, votre très-humble et trèsobéissant serviteur.
Le comte de Buffon.
(Inédite. — Appartient à Mme veuve André.)
CGXXXVI
A L’ABBÉ BEXON.
Montbard, le 24 décembre 1779.
Voilà le cormoran que je vous envoie, mon très-cher monsieur, avec les premières corrections, car j’en ai fait de plus grandes sur la seconde copie; mais en tout il est bien, et il
n'a pas laissé de vous coûter beaucoup de temps pour les recherches.
Je vous ai dit par ma dernière lettre que je m’étais fort occupé à relire tous nos articles du huitième volume. Je compte que tout ce qui est fait, jusque et compris le cormoran, fera au moins trois cent trente pages d’impression ; à quoi ajoutant quarante pages, tant pour la table des matières que pour celle des chapitres, cela fbit déjà trois cent soixantedix pages pour ce volume, qui, d'ailleurs, contiendra vingtneuf planches. Il ne nous faut donc plus qu’environ deux cents ou deux cent vingt pages au plus pour achever ce huitième volume; et voici l’ordre dans lequel je désirerais que vous eussiez la bonté d’en préparer le travail.
Après le cormoran, nous pouvons placer les fous et les frégates, dont il y a sept espèces dans Brisson'; les paille-encul ou oiseaux des tropiques, trois espèces ; l’anhinga, une espèce ; le bec-en-ciseaux, une espèce ; les hirondelles de mer, sept espèces ; et enûn les goélands et les mouettes, quinze espèces, avec les plongeons , six espèces. J’imagine que ces articles sont suffisants pour achever ce huitième volume, et, s’ils excédaient les deux cent vingt pages, nous pourrions en ôter les plongeons.
Je fais cet arrangement dans la vue de commencer le neuvième volume par le bel article du cygne*, en le continuant par les oies, les canards, souchets, morillons, sarcelles, etc. , et de là passant aux pétrels, puffins, albatros, pingouins, etc., et linissant par le manchot, qui de tous les oiseaux l’est le moins. Vous me direz que ce restant d’oiseaux, que je destine à commencer le neuvième volume, n’en fera que le tiers ou peut-être le quart, c’est-à-dire cent cinquante ou deux cents pages; mais nous y joindrons les articles de suppléments, qui en feront au moins autant, et ensuite la correspondance des noms, qu’il faudra prendre en faisant le dépouillement de tout l’ouvrage, depuis le premier volume jusqu’au neuvième, ce qui, seul, fera plus de cent pages, et cent trente y
DE BÜFFON.
compris la table des matières, en sorte cpie ce neuvième volume sera tout aussi gros que les autres.
Ainsi vous avez le temps de bien peigner votre beau cygne, et je ne vous conseille pas de vous en occuper, non plus que des oies, des canards et des autres oiseaux estropiés qui doivent entrer dans ce neuvième volume, et de vous attacher actuellement à ceux qui doivent terminer le huitième.
M. de Montbeillard m’écrit aujourd’hui qu’il m’enverra dans huit jours la table entièrement faite du sixième volume, et je vous la ferai passer tout de suite pour la remettre à l'Imprimerie royale, parce que je vois qu’ils sont bientôt au bout de leur copie, qui finit à l’article du cincle, et que la table du sixième volume doit être imprimée la première après cet article, qui fait la lin du septième volume. J’ai aussi beaucoup avancé la table de ce septième volume, parce que je la continue sur les épreuves à mesure qu’elles m’arrivent; mais il faudrait m’envoyer incessamment sept bonnes feuilles qui me manquent, et qui doivent être actuellement tirées, depuis la page 360 jusqu’à la page 416. C’est la seule chose qui me manque pour que cette table puisse être complètement achevée.
Je vous assure, mon cher abbé, que quoique je n’aie pas, à beaucoup près, comme vous, la grande fatigue de ce travail, il me pèse néanmoins beaucoup, et que je désire autant que TOUS d’en être quitte, et de ne plus travailler sur des plumes*. Adieu, je vous embrasse, ainsi qpe vos bonnes et aimables dames*.
Buffon,
(Publiée par Fraoçois de NeufobAteaa et par U. Flourena.)