‹ Correspondance inédite de BuffonChapitre 21 sur 133 · A MADAME LA COMTESSE DE GENLIS · texte numérisé non relu

A MADAME LA COMTESSE DE GENLIS

Hontbard, janvier 1780.

Je ne suis plus amant de la nature , je la quitte pour vous, madame, qui faites plus et qui méritez mieux. Elle ne sait que former des corps, et vous créez des âmes. Que la mienne n’est-elle de cette heureuse création! J’aurais ce qui me manque pour plaire , et vous jouiriez avec plaisir de mon infidélité. Pardonnez-moi, madame, ce moment de délire et d'amour. Je vais maintenant parler raison.

Votre charmant Théâtre ’ m’a fait autant de plaisir que si

j’étais encore dans l’flge auquel vous l’avez consacré. Vieux et jeunes, grands et petits, tous doivent étudier ces tableaux si louchants , où les vertus données par l’éducation triomphent des vices et des ridicules. Pris dans la société, chaque trait porte l’empreinte de votre ftme céleste. Vous l’avez peinte en chaque scène sous un emblème différent, et sous la morale la plus pure. Une connaissance parfaite du monde, toutes les grâces de l’esprit et du style ont conduit vos pinceaux ; et quoique vous n’ayez pas parlé de Dieu , je crois néanmoins fermement aux anges. Vous êtes un de ceux qu’il a le mieux doués. Recevez, en cette qualité, toutes mes adorations; nul mortel ne peut vous en offrir de plus sincères et de mieux senties.

Le comte se Butfon.

(Publiée, avec des rariantes, dans la Correspondance de Grimm, t. X, p. 279, édition de 1830, et reproduite par U. Flourens.)

CGXLII

AU PRÉSIDENT DE RUFFEY

Montbaid, le 30 janvier 1780.

Je viens d’écrire, mon cher Président, pour recommander instamment votre protégé, le sieur Fleury, que vous dites devoir être présenté avec deux autres pour la place de receveur de la ville de Saint-Jean-de-Losne, et j’espère que ma prière pourra être exaucée. J’en tirerai au moins l’avantage d’avoir reçu de vos chères nouvelles , et d’avoir fait ce que vous désirez; et ce dernier sentiment sera toujours un des prenflers dans mon cœur.

Büffon.

M. Dupleix* vient d’être nommé conseiller d’État, et l’on me marque que vous aurez un charmant jeune intendant , actuellement intendant du Berry.

(Inédite. — De la collection de M. le comte de Vesvrotte.)

DE BüFFON.

GGXLIII

AU MÊME

Moatbard, le 9 février 1780.

Je VOUS envoie , mon cher Président, la réponse de M. Sylvestre , chef du bureau auquel ressortissent les affaires des villes et des communautés. Vous verrez que votre protégé de Saint-Jean-de-Losne pourra bien obtenir ce qu’il demande lorsqu’il sera présenté. Je serais très-aise d’avoir réussi dans cette petite affaire , puisque vous vous y intéressez. Vous connaissez depuis longtemps, mon très-cher Président, mon zèle pour tout ce qui peut vous être agréable, et les sentiments du tendre et respectueux attachement avec lequel je ne cesserai d’être votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Buffon.

(Inédite. — De la collection de M. le comte de Vesvrotte.)

GGXLIV

AU MÊME

Monlbard, le 16 février 1780.

Je vous envoie , mon cher Président, la nouvelle du succès de votre protégé M. Fleury. Vous verrez par la lettre ci-jointe que M. Amelot l’a nommé à la place de receveur de la ville de Saint-Jean-de-Losne,et je suis enchanté d’avoir contribué à ce que vous désiriez, mon cher Président, étant de tous les temps et pour tous les temps le plus dévoué de vos «mU et de vos serviteurs.

Buffo.n.

(Inédite. — De la collection de H. le comte de Vesnotte.)

GCXLV

A MADAME NECKËR.

Montbard, le 3 juin 1780.

Comme vous voulez, ma bonne amie, lire tout ce qui sort de ma plume, bien ou mal traité, et que vous avez déjà vu ma ,* réponse au procès que me fait la Sorbonne', je vous envoie un mémoire que j’ai été forcé décomposer au sujet du procès que m’a fait M. Lambert ‘.Voilà, ma grande amie, mon bel emploi du temps depuis que je suis de retour. Rien n’est plus injuste, et je puis dire plus malhonnête, que le procédé de M. Lambert, et je me suis fait violence, en écrivant ce mémoire, pour adoucir mon style. Malheureusement il y a bien des Lamberts dans l’administration, et je ne sais si l’on me rendra justice entière. J’envoie copie de mon mémoire à M. de Fourqueux’, président de la commission, et à M. de Monthyon*. Ceux-là sont éclairés et honnêtes, et je compte beaucoup sur eux. Cependant un mot de votre part, lorsque vous aurez lu le mémoire et que vous verrez M. de Monthyon, ne pourrait que me faire du bien et hâter la décision de cette affaire , qui tous les jours me cause des pertes nouvelles. Au reste, ma noble amie, ne vous en occupez qu’à vos plus grands moments de loisir, et quand vous serez pleinement convaincue , par la lecture du mémoire , des injustices que l’on me fait.

Permettez-moi de vous embrasser avec toute la tendresse et tout le respect que je vous ai voués pour la vie.

Buffon.

Turgot principe et Lambert conséquence ; voilà tout l’argument de mon affaire, argument in Baroco. Ma grande amie entend la langue de la logique comme toutes les autres langues.

(Inédite. — Le corps de la lettre est de la main d’un secrétaire ; le postscriptum est de 1a main de Buffon.)

CGXLVI

A M. RIGOLEY

MoDtbard, le 1" juillet 1780.

C'est en effet, monsieur, le chef des brochets, et vous me feriez grand plaisir d’en venir manger demain dimanche 2 avec toute votre maison , et surtout MMlles vos filles, à la forge de Buffon, où j’irai dîner et où je serai très-aise de vous recevoir’. Recevez mes remercîments et les assurances du très-sincère attachement avec lequel j’ai l’honneur d’étre , monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Le comte de Buffon.

(Inédite. — Appartient à Mme Morel.)

GGXLVII

A L’ABBÉ BEXON.

Montbard, le 9 juillet 1780.

Fort bien et de mieux en mieux, mon très-cher abbé ; car vous ne trouverez guère plus, ou peut-être moins de changements et de corrections dans ces deux articles que je vous renvoie, que dans celui de l’anhinga. J’ai cru devoir supprimer le nom de coupeur-d’eau, qui n’est pas bien connu, et qui d’ailleurs a été donné par Cook à un oiseau qu’il dit être un pétrel ; j’ai cru de même devoir rejeter celui de stercoraire, autant par sa mauvaise odeur que par sa mauvaise application, et je crois que vous serez content des corrections que j’ai faites sur le bec-en-ciseaux. Toutes les fois que l’on traite un sujet dans un point de vue général, il faut tâcher d’être court et précis; cet article et celui de l’anhinga figureront très-bien parmi ces tristes oiseaux d’eau dont on ne sait n 6

Si CORRESPONDANCE [1780]

que dire, et dont la multitude est accablante. Je suis surj)ris de ne point recevoir de nouvelles épreuves de l’Imprimerie royale. On vient de m’envoyer les bonnes feuilles jusqu'à la lette Y; mais il y a douze ou quinze jours que je n’ai vu d’épreuves, et à ce train le volume ne sera pas imprimé avant mon retour à Paris ; car je compte toujours aller vous revoir sur la lin de septembre, et je trouve déjà que mon temps s’avance, surtout relativement à mon ouvrage des minéraux, quoique j’en perde le moins qu’il est possible. Mais l’histoire des métaux est une affaire encore plus difficile, et peut-être aussi longue que celle des autres matières toutes prises ensemble, et j’entrevois que ce volume me donnera encore plus de peine et de travail que le premier. Cependant je ne me décourage pas, et j’espère en venir à bout avec le temps.

•Je n’ai point pris de parti au sujet du schorl, et, quoique tous les granits de Danemark', de Suède et des autres provinces du Nord en contiennent, et qu’en même temps ils ne contiennent point de mica, il se peut que ces granits soient mal nommés, ou qu’ils fassent un ordre de pierres différent de celui des vrais granits. Mais ce sont des choses sur lesquelles il serait difficile de s’entendre par lettres, et que nous examinerons ensemble lorsque j’aurai le plaisir de vous revoir. Vous ne pouvez m’en faire un plus grand que de voir souvent mon fils; je voudrais bien qu'il profitât de vos leçons et de vos sages conseils. Je lui ai demandé ces jours-ci quelques feuilles de son ouvrage*, et je vous serais obligé de l’e.xhorter à ne pas abandonner ses études. Il ne sent pas le grand tort qu’il se fait par la perte de son temps. Vous avez bien employé le vôtre, mon très-cher ami, et vous en recueillez aujourd’hui le fruit. Mille compliments très-humbles et tendres amitiés à vos dames.

Büffon.

(Publiée par Frauçoii de Noutchiteau et par U. Flourens.)

GüXLVlII

A MADAME NECKËH.

Montbard, le 30 juillet 1760-

Vous avez, ma très-respectable amie, fait plus que je ne vous demandais dans cette affaire injuste que m’a suscitée M. Lambert. Je n’aurais pas manqué de vous en faire mes remercîments plus tôt, si je n'eusse pas été incommodé, et qui pis est découragé; car on m’a encore suscité une affaire plus odieuse au tribunal même de notre grand ministre des finances, et pour laquelle j’ai eu l’honneur de lui envoyer un long mémoire, en le priant instamment de le lire. Je n’ai pas voulu, ma noble amie, vous importuner à ce sujet, parce que je suis très-persuadé que votre illustre époux me rendra justice et rejettera avec indignation les mensonges qu’on a osé mettre sous ses yeux. J’espère aussi qu’il ne me refusera pas la faveur que je sollicite depuis près d’un an. Il verra par ce mémoire que j’ai réduit ma demande à ce qu’il y a de plus simple et de plus facile; c’est de m’accorder aujourd’hui des coupes de bois aux mêmes conditions qu’elles m’ont été accordées il y a cinq ans, et à peu près au môme prix. Tout gît à ce que notre grand homme puisse prendre le temps de lire mon mémoire avec son attention ordinaire, car je ne doute pas de sa bonne volonté, et je doutais fort de celle de son prédécesseur d’il y a cinq ans S qui néanmoins ne m’a pas refusé, ayant senti la nécessité où je me trouve de soutenir l’établissement de mes forges. Mais je ne veux pas, ma grande et respectable amie, vous ennuyer plus longtemps de mes tristes affaires. Je suis de plus si fort incommodé des yeux, que je ne puis écrire depuis un mois. Ce mal m’est venu pendant les grandes chaleurs ; cependant il commence à diminuer, quoique la sécheresse continue dans ce pays-ci et que tous nos jardins soient brûlés ; mais la récolte des grains est

abondante et do bonne qualité. Nos vignes promettent aussi beaucoup, et le peuple est à son aise. Je vous le dis, parce que cela vous touche, ma noble amie, et que votre propre bonheur est de faire et voir des heureux. Je le suis moi-méme en me pénétrant de vos sentiments et en vous assurant de tous ceux de mon cœur.

Buffon.

Je joins ici la jolie lettre de M. de Monthyon que vous aviez eu la bonté de m’envoyer et dont je lui ai fait mes remerdments, quoique cette affaire ne soit pas encore terminée ni peut-être commencée. 11 faut bien prendre patience, car je me console de tout à la vue de vos bontés ; mon >tme prend des forces par la lecture de vos lettres sublimes, charmantes, et toutes les fois que je me rappelle votre image, mon adorable amie, le noir sombre se change en un bel incarnat.

(Inédite.)

GCXLIX

A M. THOUIN'

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