‹ Correspondance inédite de BuffonChapitre 22 sur 133 · JARDINIER EN CHEF DU JARDIN DU ROI · texte numérisé non relu

JARDINIER EN CHEF DU JARDIN DU ROI

Montbard, le 15 septembre 1780.

C’est avec un très-véritable chagrin, mon cher monsieur Thouin, que j’apprends la perte d’un honnête et digne homme auquel j’étais très-sincèrement attaché, et que je ne remplacerai que difficilement. Je ne répondrai donc pas à la lettre de M. Brochet, ni à celle de plusieurs autres qui me demandent ma nomination à la place du pauvre M. de La Touche’; j’attendrai mon retour pour prendre mon parti sur cela. Mais en attendant vous avez très-bien fait de dire au sieur Lucas de garder le toisé et le plan de tous les travaux de maçonnerie qu’il a faits ces jours derniers, et vous pouvez lui ordonner ne ma part de ne s’en pas dessaisir, et de vous remettre, à la fin de la quinzaine qui échoira le 24 courant.

DE BüFFON.

l’état de la dépense des travaux pendant ce temps, que vous lui payerez en tirant de lui quittance au bas du rôle des ouvriers qu’il aura employés. J’écrirai à M. Lucas de vous remettre l’argent nécessaire, tant pour le payement des ouvriers terrassiers que pour celui des maçons, tailleurs de pierre et autres, employés par M. Lucas, parce qu’il ne faut pas que nos travaux soient suspendus, et en même temps vous pouvez lui dire que je le conserverai pour conduire la suite de nos travaux.

Je reçois une lettre du sieur Mille, serrurier, qui me demande instamment du fer; mais il n’est pas possible d’en faire arriver à Paris faute d’eau, le coche d’Auxerre n’allant pas depuis la grande sécheresse qui dure toujours dans ce pays-ci. Vous pouvez donc lui donner ordre de ma part d’en acheter chez les marchands de fer de Paris jusqu’à la concurrence de trois mille à raison de 200 livres le millier. Ces fers ne sont pas trop bons ; mais comme il ne s’agit que d’en fabriquer des barreaux, il n’y a point d’inconvénient à les employer. Peut-être même, en vous donnant la peine d’aller avec le sieur Mille chez les marchands de fer, et en payant comptant, les aurez-vous à quelque chose de moins. Mais quand on devrait les payer 200 livres, il ne faut pas que cela retarde les grilles du jardin, ni celles de ma cour, et j’espère qu’avec trois mille les serruriers auront le temps d’attendre qu’on puisse envoyer de mes forges les fers qu’on y a fabriqués ’.

Je vois par votre lettre précédente que, d’après la visite que M. Delaulne* a faite à M. Amelot et à .M.M. ses premiers commis, on est enfin revenu à mon premier avis, qui était de terminer l’échange avec MM. de Saint-Victor avant de rien demander à la ville*. Je suis persuadé que tout serait fini, si l’on avait pris ce parti. Mes affaires ne me permettent pas de quitter ce pays-ci avant le 5 ou le 6 du mois prochain. Ainsi je compte vous rembourser moi-même les avances que vous pourrez faire pour la quinzaine qui échoira le 8 octobre. Comme M. Lucas, qui tient mon compte courant, m’a de-

mandé liberté de s'absenter pendant quelques jours, je lui ai marqué qu’il vous remettrait à son départ pour la campagne les fonds et les effets qu’il aura entre les mains, ainsi que la note de mon compte courant, et j’ai pensé, mon très-cber monsieur Tliouin , que vous voudriez bien vous en ctiarger.

Je vous prie aussi de dire à Mme du Gage que j’ai reçu la lettre qu’elle m’a fait l’honneur de m’écrire, et que j’aurai celui d’en conférer avec elle à mon retour. Vous direz la môme chose à M. Brochet, dont vous m’avez envoyé la lettre, et, s’il voulait faire payer les ouvriers du sieur Lucas par la sœur de M. de La Touche, vous lui direz que vous avez ordre de les payer vous-méme.

Vous connaissez, mon cher monsieur Thouin, tous mes sentiments d’estime et d’attachement.

Le comte de Buffon.

(Inédite. — Tirée des archives du Muséum d'Histoire naturelle. Nous devons la commimicdlion de la Correspondance de Buffon avec M. Thouin à l’obligeante entremise du savant M. Desnoyers, bibliothécaire du Muséum.)

Aü MÊME.

Montbard, le 24 décembre 1780.

Je suis très-satisfait, mon cher monsieur Thouin, du compte que vous me rendez du progrès de nos travaux, et je vois, par votre quittance, qu’il ne vous reste entre les mains qu’une somme de 177 livres 1 sou, qui ne suffira pas ît beaucoup près pour le payement de la quinzaine qui échoira le 2, mais que vous serez peut-être obligé de payer le 31 de ce mois ou le premier de janvier. Dans ce cas, si vous n’êtes pas en état de faire l’avance nécessaire, vous prendrez auprès de M. Lucas ce qu’il pourra vous donner sur l’argent que j’aurai entre scs mains 1e premier de janvier prochain, et je crois

qu’il pourra bien avoir alors 15 ou 1600 livres. Si cependant vous pouviez faire attendre cinq ou six jours vos ouvriers, vous ne prendriez pas cet argent auprès de M. Lucas, parce que vous en pourriez toucher aux fermes au moyen des deux certificats que je vous envoie , et dont vous ferez bien de faire usage promptement.

Si vous pouvez découvrir le voleur ou le recéleur de nos arbrisseaux rares, je ne serais pas d’avis de les en tenir quittes pour 12 louis, ni même pour le double. Il faudra les faire connaître, et qu’ils soient au moins notés d’infamie. J’en porterai plainte, s’il est nécessaire, à M. le lieutenant de police et au ministre*.

Je crois que vous avez eù raison de donner 30 pouces d’épaisseur aux fondations de notre nouveau mur. Il vaut mieux pécher par un peu d’excès que par défaut dans toutes con- ’structions qu’on veut rendre durables.

Vous avez très-bien fait de donner au jardinier de M. le comte de Maurepas les arbrisseaux qu’il vous a demandés; on ne peut pas les mieux placer pour l’avantage d’un établissement qu’il a toujours protégé.

Je n’ai point encore de nouvelles de Versailles au sujet de l’autorisation que j’ai demandée pour faire notre échange. Il se pourrait que les grandes affaires dont on y est occupé en aient retardé la décision. Un avocat au conseil, M. d’Augy, m’a écrit pour me représenter les pertes que feraient les demoiselles Bouillon*, et me prier en même temps de laisser subsister tout ce qui ne se trouverait pas absolument nécessaire à l’agrandissement du Jardin Royal; je lui ai répondu que le terrain cédé par MM. de Saint-Victor étant d’environ onze arpents, devait d’abord être absolument libre, et que pour le reste, qu’il dit être encore plus considérable, c’était affaire qui ne regardait que MM. de Saint-Victor. Je n’ai pas cru devoir entrer dans d’autres détails sur ce que cet avocat me demandait , et je crois que M. Delaulne, avec sa bonne tète et ses louables intentions, viendra aisément à bout de faire

lever les oppositions des demoiselles Bouillon , qui ont assez gagné à leur bail pour n’ôtre pas fort à plaindre.

M. Verniquet* m’écrit qu’il ne laisse pas que d’y avoir beaucoup de réparations à faire au petit logement de M. Spaëndonck*, qu’il y en avait même une essentielle occasionnée par la faute qu’on a faite de rogner une poutre pour faire une cheminée; mais que cette faute est réparée au moyen d’un tirant de fer qui retiendra l’écartement des murs. Je lui écrirai qu’il ne faut faire dans ce logement que les choses absolument indispensables, vu la grande dépense que nous sommes forcés de faire ailleurs.

Vous connaissez, mon cher monsieur Thouin, tout mon attachement pour vous.

Le comte de Buffon.

(Inédite. — Tirée des archives du Muséum.)

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