A L’IMPÉRATRICE CATHERINE II
Au Jardin du Koi, le 14 décembre 1781.
Madame ,
J’ai reçu, par M. le baron de Grimm, les superbes fourrures et la très-riche collection de médailles et grands médaillons que Votre Majesté Impériale a eu la bonté de m’envoyer'. Monj(f5mier mouvement, après le saisissement de la surprise et de l’admiration, a été de porter mes lèvres sur la belle et noble image de la plus grande personne de l’univers, en lui offrant les très-respectueux sentiments de mon cœur.
Ensuite, considérant la magnificence de ce don, j’ai pensé que c’était un présent de souverain à souverain, et que, si ce pouvait être de génie à génie , j'étais bien au-dessous de cette tète céleste, digne de régir le monde entier, et dont toutes les nations admirent et respectent également l’esprit sublime et le grand caractère. Sa Majesté Impériale est donc si fort élevée au-dessus de tout éloge, que je ne puis ajouter que mes vœux à sa gloire.
Cet ouvrage en chaînons ', trouvé sur les bords de l’Irtich, est une nouvelle preuve de l’ancienneté des arts dans son Empire. Le Nord, selon mes Époques, est aussi le berceau de tout ce que la nature , dans sa première force , a produit de plus grand , et mes vœux seraient de voir cette belle nature et les arts descendre une seconde fois du Nord au Midi , sous l’étendard de son puissant génie ‘. En attendant ce moment qui mettra de nouveaux trophées sur ses couronnes, et qui ferait la réhabilitation de cette partie croupissante de l’Europe, je vais conserver ma trop vieille santé sous les zibelines et les hermines, qui dès lors resteront seules en Sibérie, et que nous aurions de la peine à habituer en Grèce et en Tur-
quie. Le buste auquel M. Houdon travaille ‘ n’exprimera jamais aux yeux de ma grande Impératrice les sentiments vifs et profonds dont je suis pénétré; soixante et quatorze ans imprimés sur ce marbre ne pourront que le refroidir encore. Je demande la permission de le faire accompagner d’une effigie vivante; mon fils unique, jeune officier aux gardes, le portera aux pieds de son auguste personne. Il revient actuellement de Vienne et du camp de Prague , où il a été bien accueilli ; et, puisqu’il ne m’est pas possible d’aller moi-même faire mes remercîments à Votre Majesté Impériale , je donnerai une portion de mon cœur à mon fils, qui partage déjà toute ma reconnaissance; car je substitue ces magnifiques médailles dans ma famille comme un monument de gloire respectable à jamais. Tout Paris vient chez moi pour les admirer, et chacun s’écrie sur la noble magnificence et les hautes qualités personnelles de ma bienfaitrice; ce sont autant de jouissances ajoutées à ses bienfaits réels. J’en ressens vivement le prix par l'honneur qu’ils me font , et je ne finirais jamais cette lettre, peut-être déjà trop longue, si je me livrais à toute l’effusion de mon âme , dont tous les sentiments seront à jamais consacrés à la première et à l’unique personne du beau sexe qui a été supérieure à tous les grands hommes.
C'est avec le plus profond respect, et j’ose dire avec l’adoration la mieux fondée, que j’ai l’honneur d’étre.
Madame,
De Votre Majesté Impériale, le très-humble, trèsobéissant et très-dévoué serviteur.
Le comte de Boffon.
(Cette lettre, dont une copie authentique se trouve dans les manuscrits de M. Humbert-Bazile, a été publiée avec des variantes par Grimm, dans sa Correspondance littéraire, t. XI, page 70. M. Flourens en a donné divers eitraits.)
FRAGMENT DE LETTRE A GUENEAU DE MONTBEILLiVRD.
Le 1" janvier ]78î.
J’ai reçu en effet un magnifique présent de l’impératrice de Russie. Ce sont toutes les médailles en or qu’elle a fait frapper depuis son avènement au trône. 11 y en a trenteneuf, dont trois ou quatre pèsent chacune cinquante louis. Vous les verrez, mon cher monsieur, et je compte les emporter à Montbard. Elle me promet de plus les médailles qu’elle fera frapper dans la suite, et me demande pour cela matière bien plus légère, c’est-à-dire les volumes que je dois faire imprimer. Elle a aussi commandé à M. Houdon de faire mon buste en marbre. Il y travaille actuellement.
(Ce fragment a été publié par M. Bernard d’Héry, dans son édition des OS'urm de BulTon, Paris, an XI; Vie de BuflTon et Tables, page 85.)
A MADAME NECKEIl.
Le 20 janvier 1782.
Quelle bonté ! quelle attention ! Hé bien, ma très-respectable amie, je ne sortirai pas de deux jours et je vous dirai confldemment que cela convient encore plus à mon projet qu’à ma santé. Je ne veux pas me trouver jeudi à l’élection de l’Académie', et je pense que vous ne me désapprouverez pas, car je n’ai pas d’autre moyen d’éviter beaucoup de clioses désagréables. Je serai donc enrhumé pour ces deux ou trois jours; mais vendredi ou samedi j’irai vous remercier mille fois et vous porter tous les sentiments de mon cœur.
D'JFFOX.
(Inédite.)
DE BUPFON.