A M”** OU A MADAME
Montbard, le 18 mars 1*76.
Monsieur ou Madame’, car vos objections marquent éga-^ lement la force et la finesse de votre esprit; on pourrait même en déduire une espèce de système différent de ma théorie ; mais permettez-moi de vous observer :
1° Que ce n’est point en raison de l’attraction que les corps s’échauffent, et que votre première conséquence ne suit point du tout de mes principes.
2» Cette attrition est en raison des corps circulants (cela est vrai). Cette action des corps circulants est en raison directe de leur masse et inverse de leur distance. Ceci n’est pas juste; car l’action des corps circulaires qui produit l’attrition est en raison de leur niasse et de leur vitesse. Deux corps en repos, quelque près qu’ils soient, ne s’échaufferont jamais. Mais un corps C, autour duquel circulent avec grande rapidité d’autres corps, doit s’échauffer d’autant plus que ces corps circulants sont plus nombreux, plus rapides et plus massifs.
Comme tout le reste de votre écrit, quoique très-ingénieux, porte sur cette conséquence qui n’est pas juste, je crois que
ma réponse est suffisante pour quelqu’un qui me paraît avoir autant de pénétration.
Buffon.
(Cette lettre a été publiée par Sonnini dans son édition des OEurres de BulTcn.)
A GUENEAU DE MONTBEILL.VRD,
Monthard, le 18 mars 1776.
J’ai bien de la joie d’avoir reçu, mon très-cher monsieur, quelques lignes de votre main ; cela me prouve que vos yeux ne sont pas aussi malades qu’on nous l’avait dit, et je désire de tout mon cœur que votre santé se rétablisse en entier. Il ne vous faut pour cela qu’un peu de repos. Mais comment en prendre tant que le feu est, comme vous le dites, aux quatre coins du lieu qu’on habite? Vous devriez pendant ce temps venir habiter Montbard avec votre chère dame et votre aimable fils.
Je ne puis penser à la terre de Blancey qu’autant qu’elle pourrait convenir aux dames de Saint-Julien. .M. le marquis de Thiard et .Mme la comtesse de La Magdelaine' peuvent déterminer l’abbesse; mais quelquefois les religieuses ne sont pas de son avis, faute d’entendre leurs véritables intérêts.
J’ai en effet reçu Voperetta de M. l’abbé Magnanima , que d’Alembert m’a fait tenir il y a un- mois. Je n’ai fait que parcourir cet opuscule, qui ne valait pas la peine d’être envoyé de si loin. D’ailleurs, que répondre à un homme qui, dans sa lettre jointe à son operelta, m’annonce comme une grande et nouvelle découverte faite par l’abbé Fontana’, les petites anguilles ou serpenteaux du blé ergoté, qu’on peut faire vivre et mourir aussi souvent que l’on veut? Que puis-je répondre en effet, sinon que M. l’abbé Fontana, ainsi que M. l’abbé Magnanima, n’ont jamais lu ce que j’en ai écrit, il y a vingtcinq ans, 'dans le second volume de l’Histoire naturelle’,
OÙ ils trouveront mot pour mot tout ce qu’ils annoncent comme une nouvelle découverte?
Je vous embrasse, mon bon ami, bien sincèrement de tout mon cœur,
Buffon.
( Inédite. — De la collection de Mme la baronne de La Fresnaye.)
r.LXXv
• AU l'RKSIDE.NT DE BUFFEY.
Montbard, le 27 mars 1776.
Je reçois toujours avec un nouveau plaisir, mon cher Président, les témoignages de votre amitié, et, si quelque chose peut augmenter encore ma .satisfaction , c’est l’espérance que vous me donnez de votre séjour en ce pays-ci. Je compte que vous ne prendrez point de logement ailleurs que chez moi, et que vous ne tiendrez point de ménage ù Montfort ; Montbard en est si près, que vous pourrez aisément y aller pour vos affaires et revenir pour dîner. Je reste ici jusqu'au 20 de ce mois ; j’irai ensuite à Paris, et reviendrai au plus tard dans le mois de septembre. Prenez, mon très-cher monsieur, des arrangements relatifs, et, si Mme de Ruffey doit vous accompagner, que cela n’y change rien ; car je lui suis aussi dévoué qu’à vous, et je serais enchanté de vous le témoigner à tous deux. C’est de l’un et de l’autre que M. votre fils tient les grandes qualités par lesquelles il commence à se distinguer dans le monde, et je vous en fais compliment du meilleur de mon cœur. C’est dans ces sentiments que je serai toute ma vie, mon très-cher Président, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Buffon.
(Inédite. — De la collection de-M. le comte de Vesvrotle.)
DE BDFFON.
A M. RIGOLEY
MoiiÜjarJ, le lô avril 1776.
Je VOUS envoie, monsieur, six exemplaires que j’ai fait tirer chez le libraire Lambert' ; il ne veut point en donner, et c’est la meilleure preuve qu’il les vend bien.
On m’a assuré que vous ne vouliez pas prendre la charbonnette du bois d’Étivey; mais vous pourriez, monsieur, me faire le plaisir de me céder celle que vous avez encore au Jailly; je vous rendrais, en échange six cents cordes à la Saint-Jean à la forêt d'Arran, et le reste à Noël prochain. Faites-moi, je vous prie, savoir vos intentions îi ce sujet.
J’ai l’honneur d’être, avec un sincère attachement, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur,
Buffon.
(InéJile. — Appartient à Mme Morel.)
A M. DE iMARlZY,
GBAN-D MAÎTBE DES EAUI ET FOBÈTS, A DIJON.
Montbard, le 4 mai 1776.
Monsieur,
Les propriétaires et seigneurs des terres, moulins et forges situés sur les rivières de Brenne et d’Armançon , se sont réunis pour représenter les vexations et les dommages très-considérables qu’ils souffrent depuis quelques années de la part des marcliands de bois qui font flotter à bûches perdues sur ces rivières pour l’approvisionnement de Paris Nous vous supplions, irionsieur, de prendre connaissance de nos griefs
8 CORRE&PONDANCE [1^6]
par la lecture des mémoires ci-joints, à la vue desquels vous pourriez par votre seule autorité nous faire justice. Comme M. Roettiers de La Tour* est venu dans ce pays-ci pour assister à une suite d’expériences utiles à l’État sur la préparation des charbons de terre pour travailler le fer, et épargner en conséquence une immense quantité de bois, il a eu occasion î» pendant plusieurs jours de visiter les forges et les autres usines situées sur les bords de ces rivières, et il a reconnu par ses yeux les énormes dommages que causent la négli- ^ gence et la cupidité des marchands de bois. Il a donc bien voulu se charger de vous porter nos plaintes, qui ne sont que trop fondées , et comme je connais en mon particulier toute l’excellence de votre discernement et votre amour pour Injustice , je ne doute pas que vous ne donniez à celte affaire toute l’attention qu’elle mérite.
J’ai l'honneur d’être avec beaucoup de respect,
Monsieur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur. '
Buffon.
(loédite. — De la collection de M. Henri Nadault de Buffon.)