‹ Correspondance inédite de BuffonChapitre 4 sur 133 · CLXXVIII · texte numérisé non relu

CLXXVIII

AU PRÉSIDENT DE RUFFEY

Montliard, le 20 mai 1776.

Vous êtes, mon très-cher Président, le plus exact des hommes, et le plus honnête lorsqu’il s’agit de vos amis. Je vous suis en effet très-obligé de vous être occupé tout de suite de ma commission de chevaux, et de m’avoir envoyé le témoignage de votre maréchal. Je prendrai donc sans hésiter ces deux chevaux pour trois cents livres , et je payerai au cocher qui me les amènera sa dépense en route , et lui

donnerai encore un louis de gratification. Vous pouvez donc le faire partir avec ces chevaux quand il vous plaira.

Deux jours après votre départ, j’ai été saisi d’un rhume encore plus violent que le vôtre, et comme je ne suis pas si fort que vous, je suis obligé de garder la chambre , la tête et la poitrine étant également affectées. Comme vous ne me dites rien de votre santé, je pense avec plaisir qu’elle est parfaitement bonne.

Vous avez raison , mon cher Président , de prendre intérêt à l’élévation de votre concitoyen et ami Clugny car c’est son seul mérite, et non l’intrigue ni la cabale, qui le place aujourd'hui. Je ne sais pas encore s’il acceptpra sans conditions; mais ce qu’il y a de sûr, c’est qu’il se conduira par les bons principes, et qu’en laissant à chaque intendant des finances leur autçrité particulière , et ne voulant pas tout faire par lui-même comme son prédécesseur, il viendra à bout de rendre sa place faisable et même agréable, quoique de toutes les places du royaume ce soit la plus difficile.

A l’égard de M. Amelot*, la sienne est bien plus aisée, et Je suis persuadé qu’en prenant la même méthode que M. de La Vrillière a suivie pendant cinquante-deux ans, il pourra garder sa place autant qu’il le voudra. Au reste, cela ne peut pas manquer d’arriver, parce que cette méthode est celle de M. de Maurepas, qui vient de les placer tous deux.

Mes respects, je vous prie, à Madame et à M. votre fils : j'aime tout ce qui vous appartient ; je les respecte aussi par leur propre mérite, et je vous suis profondément et tendrement attaché pour la vie.

Büfton.

(Inédite. — De la collection de H. le comte de Vesvrotte.)

AU MÊME

Uoatbard, le ik mai 1776.

Je VOUS remercie , mon trè.s-cher Président ; les chevaux sont arrivés en bon état. J'ai donné trois cents livres au cocher ]iour les remettre à son maître : vingt-quatre livres pour ses épingles, et douze livres pour la dépense de son voyage.

Je suis fâché que votre rhume ait eu des retours. Le mien continue, même assez violemment; cependant, comme on vient de m’écrire ([Ue mon fils avait la rougeole , je me détermine à partir pour Paris vers la fin de la semaine prochaine. Je ne connais point l'iiomme dont vous me parlez. De vingt personnes qui se noient, il y en a la moitié qui ne prennent ce parti qu’après s’étre ruinées.

M. de Clugny a prêté serment pour sa place de contréleur général, et il sera en état de la faire d’autant mieux que M. de Maurepas vient d'étre nommé chef et président du Conseil des finances

C’est avec la plus ancienne et la plus inviolable amitié que j’ai l’honneur d’être, mon très-cher Président, votre trèshumble et très-obéissant serviteur.

Boffon.

(Inédite. — De la collection de M. le comte de VesvTOlte.)

A GUENEAU DE MOXTBEILLARD.

Monlbard, le 5 juin 1776.

On ne peut, mon très-cher ami, vous être plus obligé que je le suis de la rescriplion de trois mille livres que vous avez

DE BUFFOX.

eu la bonté de m’envoyer. Néanmoins il faut que vous me rendiez encore un service, qui est d’obtenir de .M. Salvan une somme de six mille livres en argent pour le 15 de ce mois.

Je vous envoie à cet effet ma quittance, Acompte du montant de mes ordonnances. J’espère que M. Salvan ne refusera pas de me faire ce plaisir; c’est pour un payement que j’ai à faire à Paris, et que je ne puis différer au delà du 17 de ce mois. Tâchez donc, mon ciier ami, de m’arranger celte petite affaire, comme vous m’avez si bien arrangé toutes les autres.

J’ai balancé pendant quatre ou cinq jours si je partirais; mais mon rhume est encore si considérable que tous mes amis se sont réunis pour m’en empêcher^. Je suis très-üché que vous soyez dans le même cas, et je vous exhorte à vous ménager sur le travail. Pour peu qu’on s’échauffe la tête, l’embarras de la poitrine et la toux augmentent. J’ai aussi de l’insomnie et des sueurs; cependant en tout je suis beaucoup moins mal que je n’ai été pendant trois semaines.

J'ai reçu des lettres d’amitié de nos nouveaux ministres, et je voudrais l>ien à mon retour rendre service, s’il est possible, à notre ami .M. Melin ‘. En tous cas, je vous assure que je • parlerai de lui comme nous en pensons vous et moi. Ün mTécrit que Mme Amelot n’est pas tout à fait quitte des suites de sa rougeoie, et qu’elle est encore malade dans son nouveau loge^nent du Louvre.

Je ne puis, mon cher bon ami, vous marquer encore le temps précis où j’aurai la satisfaction de vous revoir; j’es^ père néanmoins que je pourrai partir le lundi 15 ou le mardi 16. Combien de choses j’aurai à vous dire, et combien de sentiments d’amitié, d’estime et de reconnaissance j’aurai à vous témoigner!

IlUFFON.

Je vous prie, mon cher ami, de faire passer le paquet cijoint a M. Lucas; il contient des papiers importants pour le Jardin du Roi.

(Inédite. — Oe la collection du Britisb Muséum.)

la

A MADAME DALBENTON.

Au Jardin du Roi, le 20 juin 1716.

Madame et chère amie,

Je suis arrivé lundi de bonne heure, après avoir beaucoup souffert de la chaleur, que je n’avais pas prévue et qui était excessive à Paris. Je croyais trouver mon appartement sans odeur de peinture; mais, après m’ôtre couché, j’ai été obligé de me relever au milieu de la nuit , parce que j’en étais suffoqué ; et, au lieu d’une nuit de repos , je l’ai passée tqut entière à me faire monter un autre lit dans mon galetas de l’année passée, et j’ai été incommodé lé lendemain; en sorte que je ne suis pas encore sorti. Cette aventure n’a pas diminué mon rhume, et je me trouve logé d’une manière si incommode, qu’indépendamment d’un motif plus pressant , j’abrégerai mon séjour autant qu’il me sera possible. J’attends Buffonel dimanche , et j’ai arrangé toutes ses petites affaires. Il aura une chambre particulière et un cabinet pour lui, et une autre petite chambre pour son domestique. Je lui donne un gouverneur pris dans le collège même, et un, petit camarade de son âge; je vois qu’il ne sera point du tout malheureux. Le tendre intérêt que vous avez la bonté d’y prendre m’oblige à vous en rendre compte. Donnez-moi , je vous supplie, de vos nouvelles; ne perdez pas de vue votre voyage d’Auxonne, et songez quelquefois au projet de celui de Paris.

Je vous embrasse , bonne amie , bien tendrement et de tout mon cœur.

.Mes amitiés et compliments à toute votre maison.

Büfton.

(Inédite. — De la collection de M. Henri Nadault de BufTon.)

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