‹ Correspondance inédite de BuffonChapitre 35 sur 133 · S6 CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

S6 CORRESPONDANCE

preadre leur logement chez moi à Montbard, s’ils eussent été informés de mon séjour. Je regrette moi-méme inGniment d’avoir ignoré leur intention et de n’avoir pu les prévenir. Ils se font aimer et respecter partout où ils vont ; mais ils sont arrivés à Paris dans une triste circonstance : notre armée navale , composée de trente-deux vaisseaux de ligne, aux ordres de M. de Grasse, a été battue avec perte de plus de 2 ou 3000 hommes, et sept de nos plus beaux vaisseaux. Celui de la Yille de Paris entre autres, de 110 canons de bronze , que montait M. de Grasse, a été pris avec lui-même, et 800 hommes d’équipage. 11 a livré ce combat aux Anglais pour faire passer les vaisseaux de transport sur lesquels étaient embarqués 15 000 hommes de nos troupes de terre. Ils ont en effet passé à Saint-Domingue pour y joindre les Espagnols qui sont au nombre de 11 000, et qui doivent attaquer ensemble les possessions des Anglais à la Jamaïque. Le Roi vient d’ordonner la construction de douze nouveaux vaisseaux du premier rang. Notre province de Bourgogne en donne un de 110 canons*. Mais il faut du temps pour les faire, et toute cette campagne nous ne pourrons être que sur la défensive dans les mers de l’Amérique ‘.

Je viens d’écrire à Paris pour qu’on remette à MM. Tourton et Baur les 1500 livres que vous avez tirées sur eux à Berlin. Je crois que vous aurez reçu dans cette même ville la lettre que je vous y ai adressée dès le commencement du mois de mai ; je vous en ai écrit une seconde le 27 du même mois, que je vous ai adressée à Pétersbourg. Votre petit journal de voyage a fait grand plaisir ici à tous vos parents et amis. M. et Mme de Alontbeillard surtout en ont été enchantés. Vous feriez bien de leur écrire, ou du moins de leur faire des compliments , ainsi qu’à vos autres amis , dans les lettres que vous m’écrivez. Le vicomte et la vicomtesse de La Rivière sont ici et vous font leurs amitiés. Le mauvais temps a enGn cessé, et voilà quatre ou cinq beaux jours de suite. Vous avez dù être bien ennuyé et bien fatigué des mauvais

DE BÜFFOIÏ.

chemins , et vous ferez bien de vous reposer à Pétersbourg aussi longtemps qu’on vous le permettra ; car il faut que Sa Majesté Impériale voie que vous n’avez fait ce voyage que pour elle , et il faut subordonner à sa volonté tous vos autres projets. Rien n’est si juste et plus convenable; d’ailleurs, vous dépenserez certainement moins à Pétersbourg que sur les chemins avec six ou huit chevaux à votre voiture.

Songez , mon très-cher bis , à ne point accepter d’argent , si cette grande princesse vous en offrait , sous le prétexte de payer les frais du voyage du buste, ou sous tout autre prétexte; ne recevez point d’argent. Je crois même quelle pense assez grandement et assez délicatement pour ne vous en point offrir ; mais si elle vous offre son portrait ou un antre cadeau en bijoux, etc., vous pouvez l’accepter en y mettant toute la modestie possible. Le plus grand cadeau qu’elle puisse vous faire serait de marquer sa satisfaction au bon maréchal de Biron , et, si elle ne voulait point lui écrire, elle ])ourrait lui faire dire quelque chose, môme avant votre départ, par son ambassadeur, M. de Baratinsky, que je crois avoir vu chez M. le maréchal de Biron. Je ne crois pas que les promotions de votre régiment soient encore arrangées. J’ai écrit à Paris pour en être informé, et j’espère le savoir et vous en donner avis dans la première lettre que je vous écrirai. J’ai fait passer à votre ami Guillebert la copie de votre dernière lettre , qui lui aura fait autant de plaisir qu’à moi. Continuez , mon cher ami , à ménager votre santé et à bien traiter vos gens ; ne craignez pas que vos lettres soient trop longues : on ne s’ennuie jamais de lire ou d'entendre les personnes qu’on aime tendrement, et je crois, mon très-cher fils, que vous ne doutez pas que je n’aie ces sentiments pour vous.

Le comte de Buïton.

(laédite. — De la collection de H. Henri Nadault de BuObn.)

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