CCLXXXVIII
A M. SIGLTf,
' ABCniTECTE A PARIS.
Moatbard, le 24 juia 1782.
J’ai reçu , monsieur, les épreuves de la vue de Montbard ' ; je vous en fais tous mes remerclments , ainsi que de la dédiu «
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cace*. La vue a été bien prise et la gravure bien ex«'?aitée; elle fait l’etl’et d’un beau paysage. Seulement ce j>oint de vue ne développe ])as assez l’étendue du terrain ; mais ce n’est pas votre faute, monsieur, et tout cet ouvrage est très-bien. Recevez les sentiments de ma reconnaissance et ceux de l'estime et de l’attachement avec lesquels j’ai l’honneur d’être, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Le comte de Buffon.
(Inédite. — Communiquée par M. Boilly.)
CGLXXXIX
A M. LE COMTE DE BLFFOxX,
OFFICIKR AUX GARDBS FRANÇAISES.
Monlbard, le 4 juillet 1782.
Je reçois, mon très-cher fils, votre lettre datée de Memel du 9 juin , et j’ai reçu il y a douze jours celle datée de Dantzick le 31 mai. Mlle Blesseaua aussi reçu celle de La Rose, et je suis très-content de votre exactitude à nous donner et faire donner souvent de vos nouvelles. Je vois, par le détail que vous me faites , combien la dépense de la route doit augmenter ; mais, mon cher ami, si vous vous conduisez bien, je n’aurai regret à rien. C’est surtout à Pétersbourg où vous devez faire votre réputation ; d’ailleurs , je crois que vous dépenserez beaucoup moins que sur les grands chemins , et je vous conseille d’y rester aussi longtemps que vous vous y trouverez bien et que Sa Majesté Impériale vous le permettra. Vous pourriez seulement faire un voyage i Moscou et revenir ensuite à Pétersbourg. Je n’insiste point du tout sur le projet d’aller en Suède et en Danemark, et j’aime encore mieux que l’Impératrice voie par votre long séjour dans ses États que vous n'avez fait ce voyage que pour lui faire votre
cour et la mienne. A ous pourrez même vous dispenser d’aller à Archaugel, et, si vous êtes bien accueilli , comme je l'espère , et que Sa Majesté ne s’ennuie pas de vous voir, vous ferez bien de rester à Pétersbourg jusqu’à la fin de septembre; après quoi vous pourriez revenir tout doucement en passant par un autre chemin , c’eal-à-dire par la Pologne , si vous ne voulez pas passer par la Suède. Mais j’aimerais encore mieux que vous restassiez à Pétersbourg jusqu’à la lin d’octobre, car je voudrais concilier votre retom- avec ma marelle. Je compte retourner à Paris vers la fin de septembre, et revenir à Montbard au commencement de décembre. Je serai enclianté de vous y recevoir pour mes étreniies dans le mois de janvier. Arrangez-vous pour cela , et , comme je vous le dis, donnez le plus de temps que vous pourrez à notice grande Impératrice. .M. le comte et .Aime la comtesse du Nord sont actuellement à Brest. Ils ont emporté les regrets de tous ceux auxquels ils ont permis de les approcher; il n’y a sur cela qu’une voix à Paris, en province et à la cour. Ils ont fait en plusieurs endroits des actes de bienfaisance qui leur font beaucoup d’honneur. M. le comte du Nord s’est entretenu de l’augmentation des glaces des Alpes et de quelques autres sujets qui prouvent ses connaissances en bien des genres, et Mme la comtesse s’est acquis le respect et l’estime de tout le monde par sa grande affabilité '. On parle de paix , et je crois que c’est avec quelque fondement ’ : Gibraltar ne peut plus tenir depuis qu’il est assiégé du côté de la mer, et il est presque certain que les assiégés seront obligés de se rendre sous moins de six semaines ou deux mois*. A’ous savez peutêtre que M. le comte d’Artois est parti* pour cette belle expédition , que l’on dirige sur les plans de notre ami le marquis de Saint-Auban *.
Je viens de recevoir une lettre de M. Schowaloff, datée de Pétersbourg le 15 de février; cette lettre a été remise avec une petite boite à M. Houdon* et m’a été envoyée ici. J’y ai trouvé trois superbes morceaux de malachite , l’un cristal-
lisé, l’autre soyeux , et le troisième en mamelons; nous n’avons rien de si beau dans ce genre au Cabinet du Roi, et je vous prie d’en faire mes remerdments à M. de Schowaloff, car je suis encore plus flatté de son bon souvenir que du beau présent. C’est un homme si digne et si respectable , que vous ferez bien de le voir souvent et de lui lire cet article de ma lettre , en l’assurant de tous mes sentiments de respect et de reconnaissance.
M. de La Billarderie m’a mandé que vous lui aviez écrit, et vous avez bien fait. Vous devriez écrire aussi à notre ami M. Gueneau de Montbeillard et à votre oncle le chevalier de Bulfon, qui est avec son régiment à Brest pour jusqu’au commencement d’octobre. Votre bon ami Guillebert travaille auprès de M. de Tolozan, et celui-ci travaille auprès de l’évêque d’Autun pour votre oncle l’abbé du Rivet , et je crois qu’ils viendront enfin à bout d’obtenir la diminution qu'ils demandent. Je travaillerai moi-même pour M. Guillebert auprès de M. Gojard, auquel j’ai déjà écrit; mais il faut un peu de patience dans toute affaire. Celles du Jardin du Roi ne sont pas encore à beaucoup près finies ; mes premières lettres patentes ne sont pas même enregistrées , et il y a eu des obstacles de toute nature. M. Verniquet est actuellement ici et retourne dans deux jours à Paris pour faire continuer les travaux ; tous les gens qui peuvent vous intéresser ici se portent bien. Adieu , mon très-cher fils, portez-vous bien vous-même , ménagez votre santé et votre bourse , mais sans lésine. J’attends incessamment un troisième avis de M. Tourton, car je crois que vous aurez tiré de l’argent à Riga, et sans doute .vous allez encore en tirer à Pétersbourg. Je vous embrasse du meilleur de mon cœur.
Le comte de Bufton.
Cette lettre est la troisième que je vous écris à Pétersbourg. Je reçois dans ce moment des billets de mariage d’un de vos
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camarades, le marquis d’Ancourt, avec Mlle de Marizy, fille de M. de Marizy, grand maître des eaux et forêts de notre province.
(Inédite. — De la collection de U. Henri Nadault de BuSbn.)
CGXG
A MADAME NECKER
Montbard, le 12 juillet 1782.
Je pourrais chaque jour, et plusieurs fois par jour, écrire des billets ravissants à mon adorable amie , puisque , toutes les fois que je pense à ses tendres bontés, mon cœur est ravi et mon âme enivrée de plaisir. Tout ce qu'il dit, je le sens. Ah Dieu! ce mot plus que ravissant suffit à mon bonheur; mais ne m’impose-t-il pas la loi de n’en pas dire davantage ? Et comme je ne veux ni me répéter ni déchoir, ma généreuse amie me pardonnera et ne m’en aimera pas moins, si je ne lui écris aujourd’hui qu’une pauvre gazette.
Ce que vous me marquez, ma noble amie, au sujet du comte et de la comtesse du Nord, m’a fait d’autant plus de plaisir, que je crois être bien assuré que vous aurez encore contribué i la bonne opinion qu’ils ont de moi, et j’avoue que j’ai quelques regrets de ne les avoir pas vus , surtout à cause de mon fils qu’ils trouveront peut-être à Pétersbourg ‘ ; d’ailleurs j’ai reçu de leur part des témoignages directs d’estime et de bonté. Je vous les transcris, parce que je pense que rien de ce qui me regarde n’ennuie ma tendre amie.
« Le comte et la comtesse du Nord, m’écrit le chevalier de Buffon, sont partis ce matin 29 juin de Brest, oii^ils ont passé deux jours. Ils m’ont choisi pour leur ministre plénipotentiaire auprès de vous , mon cher frère , et m’ont chargé € de vous témoigner tous leurs regrets de ne vous avoir « point trouvé à Paris. Votre buste, qui les attend à Péters-
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134 COnRESPONDAKCE [1782]
« bourg , ne les dédommagera que faiblement de n’avoir « point vu le modèle immortel auquel ils désiraient de ren- « dre liommage. » Voilà, mon cher frère, ce que m’a dit pour vous M. le comte du Nord, avec toute l’énergie de Pierre le firand; et Mme la comtesse y a ajouté quelques mots avec toutes les grâces de son sexe. J’ai répondu en ambassadeur; c'est à vous à présent à répondre eu monarque. J’ai reçu ma mission en présence de cent cinquante officiers de la garnison assemblés pour leur faire la cour; le suffrage a été général. J’ai eu un moment d'orgueil, j’en conserve encore en m’acquittant de ma mission; elle est remplie, et je retleviens modeste par un juste retour sur moi-mème. M. le comte du Nord n'est ni grand , ni beau, ni bien fait*, mais il a du nerf dans l’esprit, il est instruit, il cherclie à s’instruire, il est poli sans affectation, affable sans rien pertlre de .sa dignité, et il paraît déjà fort avancé dans l’art de comparer les hommes et les choses. Mme la comtesse est grande, blonde, fraîche et brillante comme une rose, sans être jolie. Son embonpoint, un peu trop fort pour son âge, n’empêche point que sa démarclie et son maintien ne soient très-nobles. Elle cherche à plaire par ses manières et par ses discours, et elle y réussit. Entre autres propos spirituels ou obligeants qu’elle a tenus à tous ceux qui lui ont été présentés, elle a dit à M. le comte d’Hector*, commandant la marine, et à M. le comte de Langeron*, commandant les troupes de terre, en les remerciant, au moment de son départ, des attentions et des louanges qu’ils ont reçues à Brest : « Je ne sais pas trcjp « bien encore, messieurs, quelles sont les bornes que la ■ politique peut prescrire aux liaisons de la Russie avec la * France; mais ce dont je suis certaine et dont je vous assure « avec ^rand plaisir, c’est que .M. le comte du Nord et mai « nous aimons beaucoup et nous aimerons toujours les Fnan- « çais. » Vous conviendrez avec moi, mon chetr frère, que ce trait de coquetterie est d’un genre très-noble. *
Pour moi, ma noble -amie, comme je n’ai nulle coquet-
terie, je ne suivrai pas le conseil de mon frùre, et je ne leur écrirai pas, parce que, ne les ayant pas vus, je ne pourrais leur dire que des choses vagues et leur faire des compliments communs dont ils doivent être excédés. D’ailleurs, je ne cherche point la gloire; je ne l’ai jamais cherchée, et, depuis qu’elle est venue me trouver, elle me plaît moins qu'elle ne m’incommode. Elle finirait par me tuer, pour peu qu’elle augmente. Ce sont des lettres sans fin et de tout l’univers, des questions à répondre, des mémoires à examiner. J’ai passé mes journées hier et avant-hier à faire des observations sur un long projet présenté au Roi pour les plantations de cent mille sapins pour la mdture de la marine’. Je n’aurais pas regret à mon temps si mes avis pouvaient être utiles; mais, dans ce haut pays où vous n’avez pas voulu rester, on consulte quelquefois les gens instruits, et on se détermine toujours par l’avis des ignorants. N’en parlons plus; mon cœur se repose en conversant avec vous. J’aurais encore bien des choses à vous dire ; mais cette gazette n’est déjà que trop longue. Adieu donc, mon adorable amie; je vous proteste que je vous aime et vous aimerai toujours au delà de toutes expressions, quelque énergiques qu’elles puissent être.
Botfon.
Encore une petite gazette, puisqu’il reste de la place. .Mon lils a été bien accueilli du roi de Prusse. « Je connais beaucoup votre père de réputation ; c’est l’homme qui a le mieux mérité la grande célébrité qu’il s’est si justement acquise. — Sire, rien ne le flattera davantage que d’apprendre l’opinion que Votre Majesté a de lui. — Oui, quand vous lui écrirez, dites-lui et faites-lui tous mes compliments; mais dites-lui aussi que cependant je ne suis pas totalement de .son avis sur tous ses systèmes. — Sire, il ne fait que les ofl'rir. i> Cette conversation était en public, et finit par un propos encore plus gracieux ; * Enchanté de vous avoir vu *, » etc.
(Inédite.)
A M. LE COMTE DE BUFFON