‹ Correspondance inédite de BuffonChapitre 38 sur 133 · OFFICIER ADX GARDES FRANÇAISES · texte numérisé non relu

OFFICIER ADX GARDES FRANÇAISES

Hontbard, le 12 juillet 1782.

Je n’ai pas reçu de vos nouvelles , mon cher fils , depuis votre lettre datée de Memel le 19 juin; cependant, comme vous n’aviez d’argent que bien juste pour vous rendre à Riga, je m’attendais à recevoir dès le commencement de juillet un avis et une lettre de change remboursable à M. Tourton, et je crois toujours que cela ne tardera pas. Je ne vous écris donc aujourd’hui que pour le plaisir de m’entretenir avec vous, et pour vous dire encore combien j’ai de regrets de n'avoir pu faire ma cour à M. le comte et à .Mme la comtesse du Nord. Voici ce que m’en écrit Mme Necker ;

« Jugez, mon sublime ami, du plaisir que j’ai dû goûter en apprenant les marques d’admiration que le comte et la comtesse du Nord vous avaient données à la séance de l’Académie française'. La comtesse dit tout haut avec chagrin : » Puisque j’ai le malheur de ne pas voir ce grand homme, « j’irai du moins lui faire ma cour en visitant le Cabinet qu’il * a formé. » Elle m’a parlé longtemps de ses regrets sur votre absence dans une course qu’elle a daigné faire à Saint-Ouen • avec le comte du Nord. « Les Époques de la nature ont été, » me dit-elle, non-seulement le sujet de toutes lesconversa- « tions, mais celui des disputes les plus vives et les plus con- « tinuelles. > Vous voyez que même dans le Nord l'on ne peut vous aimer modérément. »

Vous voyez, mon cher fils , combien je dois être désolé de n’avoir pu leur faire ma cour. Ils ont vraiment enlevé tous les suffrages et se sont fait adorer partout où ils ont passé. Faites bon usage de tout ceci auprès de notre grande Impératrice. Je serais fort d’avis que, quand vous aurez fait le

voyage de Moscou, vous revinssiez à Pétersbourg, et que vous y attendissiez l’arrivée de ce prince et de cette princesse, quand même ils retarderaient leur retour jusqu’à la fin de septembre. Je n’ose leur écrire, malgré tous les témoignages de bonté que vous venez de voir; vous me feriez grand plaisir de leur montrer, par vos assiduités respectueuses , combien j’y suis sensible. M. le comte du Nord est déjà un homme et deviendra un grand homme , du moins il en a bien l’étolTe , puisqu’il tient cette étoffe de la plus grande des femmes. Renouvelez-lui toutes mes adorations et ma reconnaissance; je ne me lasserai jamais de les lui témoigner. Adieu , mon très-cher fils , je vous embrasse du meilleur de mon cœur.

Le comte de Buffon.

(Inédite. — De la collection de M. Henri Nadault de DulTun. M. Flourens en a publié un extrait.)

CGXCII

A M. LE COMTE DE BARRUEL*

Juillet 1782.

J’ai reçu, monsieur le comte, et j’ai fait lire en bonne compagnie, quoique en province, votre Ultre sur le poème des Jardins. .Nous autres habitants de la campagne, et qui ne nous piquons pas d’être poètes, l’avions jugé comme vous pour le fond, et nous avons admiré votre manière d’analyser la forme.

Cette critique est non-seulement de très-bon goût , mais d’un excellent sens; et, si vous ne savez pas encore faire des vers mieux que .M. l’abbé’, votre prose vaut mille fois ses vers. Ce petit écrit est plein d’esprit ; le style est naturel et facile, et la plaisanterie est du meilleur ton.

Je vous en fais mon compliment, en attendant l’honneur de vous revoir à Paris. C’est peut-être de moi que vous

coimEsroxnANCE

aurez à dire que je suis meilleur à connaître de loip que de près.

J’ai l'honneur d’étre, avec un respectueux attachement, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Iæ comte de Buffon.

(Tirée ilo la Correspondance de Grimm, t. XI, page 403, reproduite par M. Fluurens.)

CCXGIII

A -MADAME NECKER

Montbard, le 16 juillet 1Î82.

Je n’écris jamais de sang-froid, dèsqu’unefois mon cœura prononcé le nom de ma grande amie; mais aujourd'hui c’est une émotion, un transport, par l’espérance qu’elle me donne d’une faveur prochaine qui mettrait le comble à mon bonheur.

» J’irai en |)èlerinage à cette tour*. » Mais quand, mon adorable amie? Bientôt .sans doute. Fixez, de grâce, monôme incertaine qui vole au-devant de votre volonté. Je voudrais, par ma prière ardente,vous dédommager un peu de ma froide gazette de lundi dernier. Je vous supplie donc à genoux, ma divine amie, de venir en elïet illuminer de vos rayons célestes de gloire et de vertu cette vofitc antique où je réside et rêve huit heures chaque jour. Elle n’a rien de recommandable que sa situation et la pureté de l’air; mais elle deviendra le plus noble des temples, si vous daignez vous y arrêter. Vous rirez sans doute, en y entrant, de ma pauvre simplicité; il n’y a que les quatre murs*; mais à cinq cents pas de distance j’ai une maison* où notre grand homme aura un appartement commode, et une autre pour ma noble amie, sa très-chère fille et Mlle Geof*- . froyh 11 y a aussi de quoi loger vos gens. J’y suis seul et libre, je vous ferai hommage de ma liberté ; vous serez la maîtresse, et j’aurai le bonheur de Vesdave romain, car je sentirai tout ce que vous direz.

La poste peut vous amener, en prenant à Joigny la route de Tonnerre; il ne faut que deux jours, ou plutôt deux nuits, si la chaleur est trop grande. Que ne puis-je, comme vous le dites, faire des talismans! je vous éviterais au moins la fatigue du voyage; je cherche aussi ce qui pourrait le déterminer. Vous irez peut-être de Montbard à votre terre en Suisse*. Voilà Genève en paix ou en servitude, ce qui est égal pour ses grands voisins*. Enfin je suis à vos pieds et à ceux de .M. Decker en vous suppliant tous deux d'exaucer ma prière.

Connaissez-vous, ma trop indulgente amie, une assez bonne et plaisante critique du Poème des Jardins, par le comte de Barruel ? Je ii’y trouve qu’une méprise, c’est qu’il met Saint- Lambert’ fort au-dessus de l’abbé Del il le’ et de Boucher*, tandis que tous trois me paraissent être de niveau. Je ne suis pas poète ni n’ai voulu l’être, mais j’aime la belle poésie; j’habite la campagne, j’ai des jardins, je connais les saisons, et j’ai vécu bien des mois; j’ai donc voulu lire quelques chants de ces poèmes si vantés des Saisons, des Mois et des Jardins. Hé bien, ma discrète amie, ils m’ont ennuyé, même déplu jusqu’au dégoût, et j’ai dit, dans ma mauvaise humeur : « Saint-I.amhert, au Parnasse, n’est qu’une froide grenouille, Delille un hanneton, et Boucher un oiseau de nuit. » .\ucun d’eux n’a su, je ne dis pas peindre la nature, mais même présenter un seul trait bien caractérisé de ses beautés les plus frappantes. » Quel blasphème! » dirait l’ami Chabanon’®; je me recommande néanmoins à .Mlle Nccker, pour lui faire passer ce doux jugement. 11 sera furieux et cela l’amusera, et s’il se fâchait tout de bon, et pour toujours, nous pourrions aussi habiller sa muse d’une forme voisine, mais au-dessous de celle de la grenouille.

Buffon.

(Inédite.)

uo

GGXCIV

A M. RIGOLEY

Monlbanl, dimanche soir, 1" août I78Î.

M. de BufTon a reçu la belle truite, et en fait tous ses remerctments à M. Rigoley; il le prie de venir dîner k la forge de Buffon, demain lundi, non pas pour manger la truite, car elle a été mangée ce matin, et elle était excellente, mais pour manger une carpe; M. l’intendant y sera', et nous causerons du procès-verbal des expériences*.

• Buffon.

(Inédite. — Appartient à Mme Morel.)

GGXGV

A M. LE COMTE DE BUFFON

OFFICIER AUX GAHDES FRA.NÇAISES.

Montbard, le 7 août 1782.

J'ai reçu, mon très-cher fils, votre lettre datée de Riga, et peu de jours après , deux autres de vos lettres datées de Pétersbourg. J’attendais que M. Tourton m’eût envoyé votre lettre de change de 2300 livres, niais jusqu’à présent il ne m’en a pas demandé le remboursement. Je n’en suis pas inquiet; mais peut-être a-t-il trouvé que vous aviez eu les ducats à trop bon marché. Je vois que votre dépense est fort considérable, et je sens en môme temps que vous ne pouvez guère faire autrement; je ferai donc en sorte d’y subvenir, et, supposé que votre lettre de crédit de 12 000 livres ne vous suffise pas pour vous ramener ici, vous m’en avertirez d’avance, afin que je puisse vous envoyer une lettre de crédit en supplément sur telle ville que vous jugerez à propos. Mais il ne faut pas, comme vous le projetez, arriver

en France avant le commencement de janvier, ou tout au plus tôt sur la lin de décembre. Je vais à Paris passer les mois d’octobre, de novembre, et peut-être jusqu’à Noël; je reviendrai alors à Montbard, où je compte avoir le plaisir de vous recevoir, et où il ne faut pas arriver à moins que je n’y sois; et si vous arriviez directement à Paris, vous ne pourriez venir à Montbard , parce que vous seriez obligé de reprendre votre service. J’adresse cette lettre à M. le marquis de Vérac', en le priant de vous la faire passer, ainsi que celles que je vous écrirai dans la suite. Je lui témoigne toute la reconnaissance que je lui dois pour les bontés dont il vous a comblé. Je suis persuadé que vous vous serez fait une bonne réputation, et que, quand vous prendrez congé de notre grande Impératrice, vous pourrez obtenir un mot pour M. le maréchal de Biron ; ce serait le plus grand bienfait qu’elle pût nous faire. Je vois que vous voyagez actuellement dans l’intérieur de son empire, et vous auriez bien fait d’aller jusqu’à Tobolsk, puisqu’elle a paru approuver votre projet. Je joins ici une petite lettre de remercîments pour M. le baron de Campen Hausen, au sujet des hirondelles gelées’; vous aurez soin de la lui faire passer. J’attends vos réponses aux dernières lettres que je vous ai adressées à Pétersbourg. Mlle Blesseau vous a aussi écrit une longue lettre il y a douze jours, et elle a reçu celle de La Rose, qui nous a fait plaisir. Tâchez de vous défendre du froid et des fluxions; restez le plus longtemps que vous pourrez dans les États de Sa .Majesté Impériale, en finissant par Pétersbourg, où il serait très-important de vous trouver après le retour de .M. le comte et de Mme la comtesse du Nord , qui se sont ■ fait partout également aimer, et je puis dire adorer. J’aurai toute ma vie regret de ne les avoir pas vus; mais ma santé ne me l’a pas permis. Elle se soutient assez, en prenant beaucoup de ménagements et de précautions contre l’intempérie des saisons. Nous avons eu grand froid pendant tout le mois de nSai, et des pluies continuelles jusqu’au 10 de juin; après

quoi des chaleurs excessives, qui ont occasionné beaucoup de maladies. Gela n’a pas fuit grande place dans votre régiment, et l'on m'écrit que la promotion n'est pas encore faite.

Je verrai souvent .M. le maréchal à mon retour, et je tricherai d’entretenir sa bonne volonté pour vous. .M. Guillebert est bien content, et entrera au 1" octobre! prochain dans son nouveau bureau; j’en ai écrit une lettre de remercîments à M. Gojard. Toutes les personnes que vous connaissez se portent bien. .Mlle de La üillarderie l’aînée doit se marier sur la fin de ce mois avec .M. de La Valette’, égé de trente-six ans , et alfligé de cent mille livres de rentes. C’est une très-grande fortune, et j’en suis bien aise; car c’est une bonne personne qui fera le bonheur de son mari , et le bonheur vaut encore mieux que la fortune, .\dieu, mon très-cher fils, je sens que je vous aime de plus en plus, et je voudrais que vous m’aimiez autant. Mme Nadault entre auprès de moi ; elle aime son neveu, et elle mérite que vous l’aimiez.

Le comte de Buffon.

(Inédite. — De la collection de M. Henri Xadaultde liulTon.)

CCXGVI'

AU MÉ.ME

Montbard, le 18 août 1782.

J’ai reçu, mon très-clier fils, votre gros mémoire de dépense, et, quelque forte qu’elle soit, je ne suis point du tout mécontent; car Mlle Blesseau m’ayant lu attentivement tous les articles, j’ai vu que vous n’aviez pas fait la plus petite fausse dépense, et je suis d'ailleurs très-satisfait de l’exactitude avec laquelle vous avez fait ce mémoire et de l’attention que vous avez eue de m’écrire ou de nous faire écrire tous les huit jours par La Rose. Je consens très-volontiers que vous repreniez vos 21 louis sur les 1500 livres que vous ve-

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nez de tirer à Pétersbourg, et de plus je vous permets d’en prendre encore 21 autres sur l’argent de la première lettre de change que vous tirerez. Ainsi ce sera 42 louis dont vous pouvez disposer pour acheter les choses qui vous plairont. Je vous donne ces seconds 21 louis comme une petite marque de ma satisfaction de votre bonne conduite. Je vous exhorte, mon très-cher enfant, à continuer de même, et vous ferez le bonheur de ma vie et de la vôtre.

Vous ne me dites pas si vous avez remercié M. de Scho- •waloff des trois beaux morceaux de malachite qu’il a eu la bonté de m’envoyer dès le mois de février dernier, et que je n’ai reçus qu’au mois de juin. Je vous ai marqué, il y a six semaines ou deux mois, de lui témoigner tous mes sentiments de reconnaissance de son souvenir et du respect qui lui est dû. Je ne crois pas que ce M. de SchowalotT soit le même que celui dont vous me parlez dans votre dernière lettre du 22 juillet et que nous avons vu chez .M. le maréchal de Biron; je crois que c’est celui qui a demeuré plusieurs années à Pa ris et qui a é*té rappelé il y a cinq ou six ans, et que j’ai vu plusieurs fois, qui m’a môme fait l’honneur de venir dîner au Jardin du Roi'.

Vous me ferez plaisir aussi de dire des choses obligeantes de ma part à M. de Domacheneff, président de l’Académie, et à mes autres confrères dans cette savante compagnie, M. Euler* est, à ce qu’on m’a dit, aveugle et bien âgé; mais c’est encore le plus grand géomètre de l'Europe ; j’estime aussi beaucoup M. Pallas’, M. Mayer*, et plusieurs autres membres de cette Académie. Vous me feriez plaisir de leur faire une visite pour le leur témoigner.

M. le duc de La Rochefoucauld' m’a communiqué une réponse aussi spirituelle que flatteuse pour vous et pour moi, qu'il a reçue de .M. Gaillard*. Le bien qu’il dit de vous et de votre conduite m’a fait le plus grand plaisir, et je vous prie de l’en remercier de ma part, en lui disant que votre oncle le chevalier de Saint-Belin connaît M. son frère, qui demeure à

Aignay-le-Duc dans notre voisinage, et que je serais enchanté si je pouvais lui être de quelque utilité.

M. le marquis de Vérac a aussi écrit à M. le duc de La Rochefoucauld, et lui a marqué qu’il était très-content de vous. Vous avez très-bien fait, mon cher ami, d’avoir cherché à plaire et de vous être attaché à un aussi excellent homme, qui a la plus grande réputation de noblesse d’âme et de bonté, et (jui de plus est très-spirituel et très-aimable’. Je lui ai écrit il y a quinze jours pour commencer à lui témoigner ma reconnaissance des bontés infinies dont il vous comble. Tâchez de vous faire un ami de M. son fils, et je ne doute pas que son digne père ne vous protège même i la cour de France, où il jouit de la plus grande considération, et, puisqu’il est assez bon pour vous loger, prenez garde de souiller les meubles et n’oubliez pas de gratifier ses gens, et surtout n’abusez pas de ses grandes bontés. Je vous approuve lorsque vous dites qu’il ne faut pas être mesquin, et je ne regretterai jamais l’argent tant que vous ne le dépenserez pas mal à propos. Je retourne dans un mois à Paris; j’y passerai octobre, novembre et décembre, et je reviendrai à Montbard au commencement de janvier, pour vous y attendre dans le courant de ce même mois ou au commencement de février, et je pourrai vous envoyer pendant mon séjour à Paris une nouvelle lettre de crédit de 4000 livres sur telle ville que vous m’indiquerez. J’espère qu’avec ce supplément vous aurez assez pour achever votre voyage.

Vous trouverez ci-joint une lettre de mon ami M. Gueneau de Montbeillard* et une autre de M. de Lacépède*, par laquelle vous verrez que M. le margrave d’Anspach aurait bien désiré vous voir, et vous feriez bien de passer dans ses États à votre retour.

En vérité, nous devons tous deux une reconnaissance éternelle à cette grande Impératrice, qui me donne des témoignages aussi éclatants de son estime et qui vous traite avec tant de bonté. Je ne mérite pas d’être mis au rang des grands

hommes de son empire, si ce n'est par mon dévouement et par la connaissance intime que j’ai de ses hautes lumières et de son profond discernement. Les questions qu’elle m’a faites et la lettre dont elle m’a honoré me suffisent pour juger de la supériorité de son esprit et de l’admirable bonté de son cœur. Je suis persuadé qu’elle n’est point fdcbée que vous restiez à Pétersbourg, et je veux en effet que Sa Majesté Impériale voie que vous n’avez fait ce voyage que pour lui faire ma cour et la vôtre. Je vous dirai même que je suis presque honteux de ses bienfaits, et que, quoique je serais bien aise d’avoir les minéraux, je ne voudrais pas que vous insistiez sur cela auprès de M. de Scliowalof, dont vous me parlez. Au reste, je suis tranquille à cet égard comme à tous autres, parce que je vois, mon très-cher fils, que vous vous conduisez très-bien et que votre âme ne peut prendre que des sentiments encore plus nobles et plus élevés en vivant avec M. le marquis de Vérac. •

J’ai oublié de vous marquer, en parlant de buste et d’effigie, qu’on a mis par ordre du Roi au bas de ma statue l’inscription suivante :

MAJESTATI NATURÆ PAR INGE.NIUM.

Ce n’est pas par orgueil que je vous l’envoie, mais peutêtre Sa Majesté Impériale la fera mettre au bas du buste Voici la quatrième lettre que je vous adresse à Pétersbourg, et il faudrait m’accuser réception de chacune en rappelant les dates. Je vous ai déjà marqué que M. Gojard a donné une place à M. Guillebert, qu’il doit occuper au 1" octobre prochain. Ainsi, mon très-cher ami, vous avez déjà la noble récompense que vous me demandiez et qui me fait l’éloge de votre bon cœur.

Je vous remercie de ce que vous avez fait pour .M. de Virli ; il est ùn peu sérieux, mais il est instruit et peut vous aider dans la connaissance des minéraux. Vous ne me parlez pas du cabinet d’Histoire naturelle de l’Académie de Pétersbourg; n 10

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VOUS me feriez plaisir de m’en donner un aperçu. Je sais que Mlle Clairon" a envoyé d’assez beaux madrépores, et, si je savais ce qui manque dans ce cabinet, je me ferais un devoir de l’offrir h Sa Majesté Impériale.

I.,es honnêtetés que vous recevez de tous les grands méritent toute ma reconnaissance, et je vous prie de témoigner mes sentiments de respect à M. le prince de Potcmskin**, à M. le prince Repnin", grand chancelier, à M. le comte de StroganotT, et à ce digne gouverneur de Livonie qui vous a reçu si amicalement à votre passage à Riga. Témoignez aussi à M. le baron do Copenzcl ma respectueuse sensibilité pour le mot qu’il vous a dit si à propos au sujet de la belle boîte de pierre bleue que vous montrait l’Impératrice. Vous ne me dites jias si c'est un lapis-lazuli : je le crois, parce que les plus belles de ces pierres, qui sont du p>lus beau bleu et qui paraissent veinées d’or, se trouvent dans son empire.

La dernière lettre de change que j’ai payée à M. Tourfon s’est trouvée de 2372 livres 10 sous, au lieu de 2300 livres, comme vous me l’aviez annoncé. Ainsi vous voyez que vous n’avez pas eu les ducats cordonnés de Hollande à aussi bon marché que vous pensiez. Je vais envoyer à Lucas les 1500 livres que vous venez de tirer à Pétersbourg ; cela fait déjà 6872 livres que j’aurai payées sur votre lettre de crédit, et vous n’aurez plus que 5200 livres à tirer de cette lettre, et c’est pour cela que je vous enverrai une seconde lettre de crédit de 4000 livres, que j’espère néanmoins que vous ne dépenserez pas en entier. Je m’en rapporte entièrement à vous ; mais vous devez sentir combien cette dépense me gène. Cependant je veux que vous preniez les 21 louis sur le premier argent que vous tirerez, afin que vous ayez 42 louis dont vous ne me rendrez point de compte, pour acheter tef mille choses dont vous avez envie.

Je vous ai parlé, dans mes dernières lettres, de M. le comte et de Mme la comtesse du Nord; ils ont laissé dans toute la France une excellente réputation et même beaucoup de re-

grets.' Ils se sont répandus en éloges magnifiques sur mon compte, et je regretterai toute ma vie de n’avoir pu leur faire ma cour. M. le comte du Nord est un prince qui a nonseulement beaucoup d’esprit et d’instruction, mais un grand caractère de fermeté et de bonté ; tous ceux qui ont eu l’honneur de l’approcher et de converser avec lui m’en ont écrit sur ce ton, et vous ne pouvez pas mieux faire, mon trèscher fils, que d’attendre son retour et de me représenter auprès de lui, en lui témoignant ma respectueuse sensibilité et les grandes obligations que je lui ai de la manière dont il a eu la bonté de parler de moi.

Notre ami M. de Tolozan me parait un peu féché de ce que M. Guillebert va le quitter, et le pauvre Guillebert paraît lui-môme en être affligé ; cependant je lui conseille de prendre le plus utile et le plus certain , et il a donné sa parole à M. Gojard. Ainsi je regarde cette affaire comme terminée.

Il faut que j’envoie encore mille francs à Paris pour achever de payer le prix de votre voiture au maître sellier, et je ne suis pas surpris qu’après un aussi long voyage elle ait eu besoin de réparations. Il faut que vous me fassiez une petite emplette qui ne sera pas fort chère : c’est un exemplaire de la grande carte géographique de l’empire des Russies, qui a été publiée en 1777. C’est sur cette carte que j’ai réduit la petite carte polaire qui est dans mes Époques de la nature; mais le graveur m’a perdu cette grande carte, et je n’ai pu en trouver une autre à Paris. Vous me ferez donc plaisir de me la rapporter, et, si l’on avait publié à Pétersbourg quelque autre carte depuis 1777, il ne faut pas manquer de tes acheter et de me les rapporter.

Tous vos parents et amis se portent bien et demandent chaque jour de vos nouvelles. Vous devriez écrire au moins à quelques-uns de vos parents ; vous en serez quitte pour trois ou quatre lettres à vos oncles et à l'ami Gueneau. Le pauvre abbé du Rivet est forcé de plaider au sujet de son

énorme pension, et je crains fort que les inquiétudes au sujet de cette affaire ne lui soient funestes. Il me paraît qu'il a envie de donner la démission de son abbaye; mais il ne veut point de celui pour lequel vous aviez né^jocié auprès de la comtesse de Malain, et je ne le désapprouve pas.

On m’a écrit hier que Gibraltar s’était enfin rendu le 2 de ce mois ; cette nouvelle mérite confirmation, car elle n’est encore dans aucun papier public. J’ai vu sur la gazette que M. le comte de La Torré'* est arrivé à Pétersbourg : je suis persuadé que cela vous aura fait plaisir, et je vous prie de lui faire mes hommages.

J’ai pensé , mon cher fils , que je devais un bien plus grand hommage à M. le marquis de Vérac, et, ne sachant comment lui témoigner ma respectueuse reconnaissance, je voudrais que vous pussiez lui faire agréer un exemplaire de la nouvelle édition de mes oeuvres complètes. Je vous envoie ci-joint le mandat sur M. Panckoucke, que vous donnerez h M. le marquis de Vérac, pour peu que vous croyiez que cela puisse lui faire quelque plaisir. Il retrouvera ces livres lorsqu’il reviendra en France, ou bien il les prendra à Pétersbourg en donnant mon mandat au libraire qui a correspondance avec M. Panckoucke; mais je doute que ce libraire de Pétersbourg ail cette belle édition, qui, comme vous savez, n’est encore que de 16 volumes in-4“, et qui ne sera entièrement achevée que dans un an ou deux.

Voilà aussi une lettre de Mlle Blesseau pour La Rose, qui lui a écrit bien régulièrement et qui fera bien de continuer. Le P. Ignace a peuplé de lapins la garenne de Buffon, et ils sont excellents dans ce terrain qui n’est couvert que de serpolet. Adieu, mon très-cher fils, je vous écrirai de nouveau dès que j’aurai reçu quelque autre lettre de vous. IjO. dernière qui m’est arrivée hier est datée du 22 juillet, et c’est celle qui est venue en moins de temps.

Le comte de Büffon.

Je dis un mot à M. le marquis de Vérac au sujet de l’hommage que vous lui ferez de ma part de la nouvelle édition de mes ouvrages.

(Iiiidite. — De la collection de H. Henri Nadault de Buffon.)

GGXGVII

AU MÊME

Hontbard, le 9 septembre 1782.

Je suis en général très-content de vos lettres, mon trèscher fils; mais la dernière, du 13 août, me satisfait encore plus que toutes les autres. Je vois que votre jugement et votre raison se perfectionnent, et ce que vous me dites de votre satiété du grand monde et de la vie que vous êtes forcé de mener, me donne bonne opinion de votre esprit et de votre cœur. Vous verrez, mon cher ami, comme je vous l’ai toujours dit, que le vrai bonheur ne consiste pas dans le faste , et je ne suis pas fâché que vous ayez essayé de bonne heure cette espèce de jouissance qui fait l’objet des désirs de tous ceux qui ne la connaissent pas. Vous reviendrez donc avec plaisir auprès de moi, mon très-cher fils, et je vous recevrai avec la plus grande joie ; mais voici ma marche, qui n’est décidée que depuis quelques jours, parce qu’il n’y a que quelques jours que ces malheureux moines, qui m’ont fait tant de chicanes, sont enfin enchaînés'. Le contrat d’échange de mon terrain vient enfin d’être signé. Il reste beaucoup de formalités à remplir, tant au Parlement qu’au Conseil , avant de pouvoir toucher le prix de mon terrain , et le Parlement esten vacance jusqu’au 1 1 novembre. Je partirai de Montbard dans quinze jours ou trois semaines au plus tard, afin d’avoir le temps de préparer les voies, et je resterai à Paris jusqu’au commencement de janvier. Si vous voulez donc arriver à Montbard, prenez vos mesures de manière

à n’arriver que vers le 20 ou le 25 do ce môme mois , car vous ne seriez pas sûr de m’y trouver auparavant. Dès que je serai arrivé à Paris, je vous enverrai à Pétersbourg une seconde lettre de crédit. Je croyais que trois ou quatre mille francs de supplément vous auraient suffi; mais, puisque vous me demandez deux mille écus , je vous les enverrai , bien persuadé que vous ne les emploierez pas mal, et que vous en rapporterez peut-être quelque chose.

Depuis mes lettres du k et du 12 juillet, dont vous m’accusez la récejjtion , vous devez en avoir reçu une de Mlle Blesseau et ensuite deux des miennes, que je vous ai adressées sous le couvert de M. le marquis de Yérac, comme il a bien voulu le permettre. Vous ferez très-bien de gratifier ses gens ; je m'en rapporte sur cela à votre prudence , car il ne faut pas faire aussi tout ce que pourraient faire des gens pins riches que nous, et il me semble que cent pistoles est une forte gratification, quelque grands seigneurs que soient les domestiques. Cependant vous ferez comme vous jugerez à propos.

Je viens de recevoir une lettre de M. le baron de Grimm , qui me marque que vous lui avez écrit deux fois, et que vous avez pris les plus grands soins possibles de ses paquets, qui sont tous arrivés à bon port. Il a joint à sa lettre un fragment d’une lettre de Sa Majesté Impériale, datée du 29 juin, qui dit qu’elle vous a reçu comme le fils d’un homme illustre, c’est à dire sans aucune façon, que vous avez dîné avec elle à Czarskozelo, 'que mon buste est placé à l’Ermitage. Celte grande souveraine ajoute : « A’ous pouvez dire à M. de DulTon que je ne trouve rien à reprendre à son fils, et que, par conséquent, je ne crois pas avoir l’occasion d’user des droits qu’il m’a donnés sur lui de le gronder. Remerciez-le en môme temps de la continuation de scs ouvrages ; je serais bien fichée s’il vérifie ce que M. son fils m’a dit, qu’il ne voulait plus rien écrire; j’espère qu’il se ravisera. » Mais, mon très-cher fils, vous ne deviez pas lui dire que je ne

DE BÜFFON.

voulais plus écrire*. Vous m’avez peut-être entendu dire à moi-même qu’après avoir aclievé l’histoire de mes minéraux, je pourrais cesser mes ouvrages; mais cette histoire des minéraux, à laquelle je travaille assidûment, ne sera pas achevée de deux ans : on achève l’impression du premier volume , qui doit être suivie de trois autres , et cette besogne n’est pas moins dificile que toutes les autres. J’espère que j'aurai occasion de parler de notre grande Impératrice lorsque je décrirai les minéraux de Russie et de Sibérie *.

Vous prendrez telle route qu’il vous plaira pour revenir, et vous ne passerez pas à Varsovie, puisque rien ne vous y attire ; mais une chose très-essentielle, et dont je vous prie de ne pas vous dispenser, c’est d’attendre à Pétersbourg l’ar- • rivée de .M. le comte et de Mme la comtesse du Nord, et d’y rester môme assez de temps pour leur faire votre cour et leur témoigner le regret infini que j’ai de ne leur avoir pas fait la mienne. Je leur dois d’ailleurs la plus respectueuse reconnaissance, car ils se sont répandus partout en grands éloges sur mon compte, et il faut que vous tâchiez de m’acquitter envers eux de toutes mes obligations. Si cela vous retardait de quinze jours ou trois semaines , vous auriez encore le temps d’arriver à Montbard vers le 15 ou le 20 de février. Vous serez encore plus sûr de m’y trouver , et je pense qu’il suffira que vous soyez rendu à votre régiment dans le courant de mars. Si même les circonstances ne vous permettent pas de faire le voyage de Moskou, vous pourrez vous en dispenser. Je tiens beaucoup plus à. ce que vous preniez tout le temps nécessaire pour vous faire connaître à M. le comte et à .Mme la comtesse du Nord.

Vous me parlez du gros jeu qu’on joue à Pétersbourg. Je suis persuadé que vous ne faites aucune de ces parties ; je crois même que vous êtes assez sage pour ne point jouer du tout. Les pauvres lettres de crédit n’auraient pas b(;au jeu , et la bourse serait bientôt épuisée. Mais je vous en parle

sans inquiétude, parce que je crois connaître votre façon de penser à cet égard.

Votre oncle le chevalier de Saint-Belin et Mme sa femme entraient auprès de moi au moment queje dictais cette lettre : ils vous font tous deux leurs amitiés, et attendent incessamment leur fils*, qui doit arriver de son régiment dans huit ou dix jours. Je serai très-aise de le revoir; il se conduit à merveille, et vous le trouverez dans ce pays-ci, où il doit rester jusqu’au 1" de mai. Le chevalier de Saint-Belin vous recommande La Bose ; vous savez qu’il l’a servi, et il y prend toujours intérêt*.

Adieu, mon très-cher fils, je vous embrasse avec toute tendresse; mille respects ù M. le marquis de Vérac.

Le comte de Buffon.

(Inédite. — De la collection de M. Henri Nadault de Buflbn. H. Flourens en a publié un extrait.)

CGXCVIII

AU MÊME

Paris, le 30 septembre 1782.

J’arrive à Paris, mon très-cher fils, et je me sers de la main de votre bon ami, pour vous annoncer les 6000 livres que vous m’avez demandées; vous en trouverez ci-joint la lettre de crédit sur les villes de Pétersbourg, Riga, Berlin et Francfort, parce que vous m’avez marqué que vous préfériez de prendre la même route pour revenir que vous aviez prise pour aller. Mais il ne faut pas arriver à Montbard au 1" de janvier, comme vous le projetez ' : il faut vous arranger de manière à retarder d’un mois, t je vous en dirai les raisons. Je ne veux pas que le maréchal de Biron sache que vous êtes de retour en France. J’aurai l’honneur de le voir au premier jour, et je lui dirai, comme je le dis à tout le monde, que vous n’arriverez qu’au mois de mars. Ce n’est pas, mon très-

cher ami, que je ne sois bien sensible à l’empressement que vous me marquez de venir m’embrasser le premier jour de l’année; mais il y a une seconde raison, c'est que je ne suis point sûr que mes affaires soient alors terminées, et il est très-possible que je sois encore à Paris dans le mois de janvier, et dans ce cas vous seriez obligé d’y arriver vous-méme, et de reprendre votre service tout de suite, au lieu qu’en arrivant à iMontbard au 1" février, vous êtes sûr de m’y trouver et vous y resterez avec moi jusqu’au 1 5 ou 20 de mars.

Une troisième raison, c’est que vous ne pouvez pas me faire plus de plaisir que de chercher à faire votre cour à M. le comte et à Mme la comtesse du Nord, qui ne doivent arriver à Pétersbourg que dans les derniers jours d’octobre, ou dans les premiers de novembre. J’aurai regret toute ma vie de ne leur avoir pas fait la, mienne, car je leur ai de très-grandes obligations des témoignages de leur estime, et ils se sont môme répandus en éloges magnifiques sur mes ouvrages, en plusieurs occasions. Je vous prie donc de faire tout ce qui dépendra de vous pour leur témoigner ma vive et respectueuse reconnaissance.

Si vous faites le voyage de Moscou, vous ne pourrez pas être en meilleure ni plus honorable compagnie qu’avec votre excellent ami et protecteur, M. le marquis de Vérac, pour lequel j’ai moi-môme et j’aurai toute ma vie les sentiments du plus tendre respect et de la plus profonde reconnaissance des insignes bontés qu’il a eues pour vous. Adieu, mon trèscher fils, je laisse à votre bon ami un peu de blanc pour qu’il vous dise un mot pour son compte.

Le comte de Buffon.

(Celle lettre a été écrite, sous la dictée de BufTon, par Gueueau de HonVbeUlard, qui y a ajouté le paragraphe suivant).

Je suis bien fâché, mon tendre ami, de voir encore votre retour éloigné de quatre mois. J’aurais eu le plus grand

plaisir à vous voir et à vous embrasser au 1" de janvier; mais mallieureusemcnt les raisons de votre papa sont trop fortes pour qu’il soit possible de rien clianger à ce qu’il vient de vous marquer. J’ai reçu votre dernière lettre, qui m’a fait, comme toutes les autres, le plus grand plaisir, et je vous en remercie. Continuez, je vous prie, à m’aimer et à m’écrire, et soyez persuadé, mon tendre ami, de toute l’amitié que j’ai pour vous, et c’est pour la vie. Je vous embrasse.

(Iii6JUe. — De la collection de M. Henri Nadault de DuRbn.)

C’est avec joie, mon très-cher abbé, que nous apprenons votre nouvelle dignité’. J’aime cette bonne et si belle princesse’i et j’ai regret de n’avoir pas eu occasion de lui faire ma cour. A'ous ferez très-bien de l’accompagner dans son voyage et de venir vous rabattre à Montbard, après avoir fait un tour dans vos grandes montagnes*. Ce projet me fait grand plaisir, et nous eu causerons plus d’une fuis quand je serai de retour à Paris.

Je n’ai pu, depuis mon arrivée, m’occuper d’autre cliose que de mes affaires économiques; j’ai seulement corrigé le texte des épreuves que j’ai l’honneur de vous envoyer cijointes; je n’ai pas lu les notes, que je renvoie à vos bons soins. Vous trouverez dans ce môme paquet le reste de la copie de mon travail sur les pierres. Vous me ferez plaisir de faire un paquet des quatre cahiers de la copie du fer, et de le remettre à Lucas, pour qu’il ait l’attention de le faire contresigner lui-même et sans passer par les mains d’un autre commissionnaire. Je verrai avec satisfaction les observations que vous avez jugées nécessaires. Je n’ai encore reçu aucune

A L’ABHÉ BE.XOïN

Uontbard, le 4 décembre 1782.

épreuve des matières volcaniques; il m’est seulement arrivé l’épreuve de la dernière feuille de la table des matières du premier volume des minéraux, et j’ai eu l’honneur de vous la renvoyer il y a huit ou dix jours.

Faites agréer à vos dames mes très-humbles compliments et ceux du chevalier de Buffon ; il a pris, comme moi, la plus grande part à la distinction flatteuse qui ne peut en effet manquer de vous faire beaucoup d’honneur en Lorraine et partout. Continuez à nous donner de vos nouvelles, et ne doutez pas de mon tendre et très-sincère attachement.

Le comte de Buffon.

(Publiée par François de NeufcbSiteau et par H. Flourens.)

CGC

A M. DE FAUJAS DE SAINT-FOND

Montbard, le 16 décembre 1782.

Je ne pourrai, monsieur, terminer notre affaire pour le Cabinet qu’à mon retour à Paris, dans le courant de mars. Cela ne vous retardera pas pour le payement, car ce sera toujours de ce mois-ci en deux ans que je m’obligerai de vous faire payer la somme convenue ; mais il faut auparavant que vous ayez la bonté de faire un inventaire exact et par numéros de tous les morceaux dont cette collection sera composée, et c’est au bas de cet inventaire que je mettrai mon estimation et que vous écrirez votre quittance. Cette forme est nécessaire pour ma comptabilité'. Ainsi vous pouvez garder cette collection jusqu’à mon retour, ou, si vous l’aimez mieux, vous pourrez mettre tous les morceaux bien étiquetés et numérotés dans des caisses scellées de votre cachet et que vous remettriez au sieur Lucas, auquel je donnerai ordre de les placer en lieu de sûreté, et vous m’enverriez dans ce même temps l’inventaire relatif à tout ce qui serait contenu dans

ces caisses , dont je vous accuserai la r<^ception pour votre sûreté.

J’espère que vous serez de retour d’Angleterre avant le mois d'avril. Je serai enchanté de vous revoir alors et de vous renouveler tous les sentiments d’estime et de respectueux attachement avec lesquels J’ai l’honneur d’étre, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Le comte de Buffon.

(Inédite. — De la collection de H. de Faujas de Saint-Fond.)

GGCI

A L’ABBÉ BEXON.

Montbard, le 16 décembre 1782.

Je reçois les quatre cahiers du fer, et je remercie mon trèscher abbé des courtes remarques qu’il a cru devoir y joindre et que je n’ai pas encore eu le temps d’examiner, mais que je crois bonnes comhae tout ce qui vient de lui. Je joins ici une lettre d’avis pour les cristaux qu’on voudrait vendre. Le Cabinet n’est pas trop en état d'acheter ; néanmoins, si c'était chose unique ou très-rare, je pourrais m’y déterminer. Faites-moi donc le plaisir, mon cher monsieur, d’aller à votre loisir voir ces morceaux, et de me dire ce que vous en pensez, ainsi que le prix qu’on en demanderait'. Mes tendres amitiés et respects à vos dames.

Le comte de Buffon.

(Publiée par François de Neufcb&teau et par M. Floorens.)

CCGII

AU PRÉSIDENT DE RL'FFEY

Montbard, le 13 janvier 1T83.

Votre vieille muse, mon cher Président, sera toujours jeune et fraîche dès qu'il s’agira de célébrer la vertu ; l’àme, comme vous le savez, ne vieillit pas, et c’est dans la vôtre que vous puisez ces nobles sentiments si bien exprimés dans vos stances à notre digne Intendant*, digne en effet de nos hommages par ses vertus, par ses lumières et par le bon usage qu’il fait de son autorité. Vous avez très-bien fait d’envoyer cette pièce de vers à votre Académie. Elle la fera sans doute imprimer; sinon, vous pourriez la donner pour le Mercure ou à quelque autre journal. Cela ne peut pas blesser la modestie de M. de Brou, parce que rien n’y est exagéré, et en même temps cela peut faire grand bien et engager messieurs ses confrères intendants à imiter son exemple, et il aura toujours l’honneur de l’avoir donné, ce grand et bon exemple. Quand viendrez-vous donc, mon très-cher ami, visiter votre vieux château de Montfort, que vous ne voulez ni vendre ni garder ? Je reste ici jusqu’au 15 de mars; j’y reviendrai passer l’été. Prenez un moment pour venir ici. J’aurais la plus grande joie de vous renouveler, en vous embrassant, tous les sentiments de ma tendre amitié et du respectueux attachement que je vous ai voué pour la vie.

Buffon.

(Inédite. — De la collection de H. le comte de VesTrotte.)

CGCIII

AU MÊME

Montbard, le 21 février 1783.

Je vous envoie, mon cher Président, la lettre d’un homme qui a confiance en moi et qui a quelque envie d’acheter votre terre de Montfort. Si vous êtes toujours dans l’intention de la vendre, il faudrait dire votre dernier mot et me marquer en même temps si les bois sont compris dans le bail et combien en tout il y en a d’arpents, et de quel âge. Je crois que je pourrai vous négocier cette affaire pendant mon premier séjour à Paris, où je compte retourner peut-être avant quinze jours. Je serai enchanté d’avoir cette occasion de vous servir et de vous donner une nouvelle marque de l’inviolable et tendre attachement avec lequel je serai toute ma vie, mon cher Président, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Buffon.

(Inédite. — De la collection de M. le comte de Vesvrotte.)

GGCIV

A L’ABBÉ BEXON.

Montbard, la 24 février 1783.

Mon fils vient d’arriver', etj’ai cru vous faire plaisir, mon très-cher abbé, de vous en faire part. L’Impératrice et le grand-duc l’ont très-bien traité, et nous aurons de beaux minéraux, dont on achève actuellement la collection.

J’ai reçu votre lettre du I6 , et je vous en remercie, mon très-cher monsieur, ainsi que le chevalier de Buffon, qui m’a paru très-sensible aux marques de votre amitié.

Ce ne sont pas de grandes lettres que je vous demande par mes billets instants; je ne voudrais que de petits mots, mais plus fréquents et uniquement sur les objets courants. Par exemple, j’ignore si vous et votre ami avez trouvé bonne la petite addition que j’ai mise à la première page de l’article du soufre*. J’ignore où en est l’impression du neuvième volume des oiseaux in-4*, et du septième volume in-folio. J’ignore si l’on doit bientôt mettre en vente le premier volume des minéraux *. Je ne sais pourquoi on ne m’envoie ni bonnes feuilles, ni bonnes épreuves du second volume, que l’on imprime actuellement : voilà ce que j’appelle les affaires courantes. Je ne suis pas inquiet du travail à venir, et je suis persuadé que vos recherches sur les belles pierres les rendront encore plus brillantes; mais vous saurez que je ne m’en suis point du tout occupé. J’ai fait tout autre chose: c’est un article sur l’aimant *, qui est encore imparfait, quoiqu’il m’ait pris beaucoup de temps ; et d’ailleurs, j’avoue que l’inquiétude sur le retour de mon fils m’avait ôté le sommeil et la force de penser. Il me charge de ses compliments pour vous et pour vos dames, et je ne crois pas que nous tardions beaucoup à nous rendre tà Paris. Je serai enchanté de vous revoir et de vous embrasser, mon très-cher monsieur.

Buffon.

(Publiéo par François de Neufchâteau et par M. Flourens.)

CGCV

AU MÊME

Montbard, le 5 mars 1763.

J’ai l'honneur de renvoyer à mon très-cher coopérateur les deux épreuves ci-jointes, en le priant de lire les notes, que je n’ai pas relues.

J’ai aujourd’hui reçu sa lettre , qui m’a fait un extrême

COnRESPONDANCE

plaisir. J’en ai fait part à mon fils , qui m’a chargé de ses compliments pour vous, et de ses hommages pour vos dames. Il compte partir lundi pour Paris, et je le suivrai quelques jours après. Il a couru d’assez grands hasards dans son dernier voyage, et mes inquiétudes étaient assez fondées.

J’ai reçu de bonnes épreuves des minéraux, jusque et compris la page cent quatre-vingt-quatre.

Depuis l’arrivée de mon lils, ma maison ne désemplit pas de monde, et je n’ai que ce moment pour vous assurer de toute mon amitié et de la sienne.

Buffon.

(Publié par François de Neufchùtcau et par M. Floureus.)

CCGVI

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