MINISTRE DE LA MAISON DU ROI
Au Jardiu du Roi, le 24 avril 1783.
Monseigneur ,
L’opération du Jardin du Roi va se consommer par le moyen de l’enregistrement des lettres patentes qui autorisent l’échange de mon terrain avec celui que Saint-A’ictor cède. Je n’ai lieu que de vous en faire de nouveaux remercîmenls au nom de la nation*. Mais il est un homme qui a singulièrement contribué à cet échange, à qui le Gouvernement doit une récompense qui ne le chargera pas, et qui lui avait été promise par .M. le comte de .Maurepas ; c’est M. Glaude-Louis- François Delaulne, chambrier procureur général de l’abbaye royale de Saint-Victor, et prieur de Bray, diocèse de Senlis. Il s’est prêté très-honnêtement à tous nos arrangements, par le désir qu’il avait de faire ce qui pouvait être agréable au Gouvernement, et de favoriser une opération qui avait été vainement tentée depuis 1671 ; et, comme il est pourvu d’un bénéfice qui lui donne une subsistance honnête, il ne de-
mande aucune récompense pécuniaire, et se borne à demander un titre d’abbaye régulière in partibus*, distinction bien méritée par les soins infinis qu’il s’est donnés pour cette affaire depuis quatre ans, et par une espèce de nécessité pres- , santé de le mettre à l’abri des suites de la persécution et des reproches de ses confrères ‘, quoique, en tout ceci, il ait fait le bien de l’abbaye.
Je crois donc, monseigneur, devoir vous supplier de faire au Roi la demande de cette grâce et de la solliciter vousmème auprès de M. de Vergennes, à qui j’ai l’honneur d’écrire en conséquence.
J’ai l’honneur d’être , avec tout attachement et respect , Monseigneur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Le comte de Boffon.
(Inédile. — De la collection de M. Boutron.)
CGC VII
A M. DE FAUJAS DE SAINT-FOND
Au Jardin du Roi, le 29 avril 1783.
Je désirais beaucoup, monsieur, m’entretenir avec vous. 11 ne tiendra qu’îi vous de me donner cette satisfaction dès demain, ou après; car je rentre tous les jours à six heures. Vous pourriez même faire mieux ; ce serait de venir diner vendredi au Jardin du Roi. Je vous donnerai les feuilles de mon second volume des minéraux, qui n’est encore imprimé qu’au tiers. Recevez les assurances de mon estime et de tout l’attachement avec lequel j’ai l’honneur d’être, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Le comte de Boffon.
(Inédite. — De la collection do .M. de Faujas de Saint-Fond.)
n II
CORnESPONDANCE
CGCVIII
A M. DE BEAIBOIS,
ARCniTECTE, ANaEN AVOCAT AU rARLEMENT.
Au Jardin du Hoi,‘le 7 mai 1*83.
J’ai lu avec plaisir , monsieur , la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire , et il serait fort à désirer que le gouvernement se prét.lt à faire exécuter votre projet du moins en partie. Il a été question de la translation de l’hôpital de la Pitié .sur le terrain des Capucins, et je ne sais si elle aura lieu. Si cela pouvait s’effectuer, cotte première opération pourrait être suivie des autres. Votre projet est vaste, bien conçu, et serait très-utile; mais c’est parce qu’il est grand que je n’ose en espérer l’exécution. On sera certainement effrayé de la dépense, et on ne considérera pas assez les avantages qui résulteraient de cette belle entreprise. Je ne puis au reste qu’applaudir à vos vues et vous assurer de tous les sentiments de la respectueuse considération avec laquelle j’ai l’honneur d’être, monsieur, votre trèshumble et très-obéissant serviteur.
Le comte de Buffon.
(Inédite. — Sa trouve aux archive.'! de l’Empire, dans un carton consacré aux affaires du Jardin du Hoi. — Elle accompagne un Mémoire deM.de Beaubois, ayant pour titre v Projet d’embellùtement du ifuartier du Jardin du Roi et du faubourg Saint-Marcel.)
CCGIX
A L’ABBÉ BEXON.
Montbard, le 23 juin 1783.
C’est avec toute sensibilité, mon cher ami, quej’ai reçu les tendres sentiments que vous avez partagés avec mon fils
[1783] DE BDFFON.
dans le moment de votre plus grande inquiétude sur l'état de ma santé. Il est maintenant pleinement informé du cours et des circonstances de mon indisposition, qui, quoique accidentelle, m’a fait souffrir de grandes douleurs; elles sont heureusement passées depuis plusde dix jours, et je vais sen- ^siblementde mieux en mieux. Je rends encore quelques graviers, mais sans douleur, et, comme j’ai foi en ce que vous me dites des eaux de votre Lorraine *, j’ai écrit à M. Lucas d’en prendre deux bouteilles au magasin des eaux minérales à Paris, et de me les envoyer par la diligence, pour que je puisse les goûter et savoir si je pourrai en supporter le goût: après quoi je pourrai bien faire usage de la lettre que vous avez eu la bonté de ’ m’envoyer pour en faire venir directement. Je vous remercie, mon cher abbé, de cette attention obligeante , et vous , prie de remercier Mme votre mère et Mlle votre sœur de tout l’intérêt qu’elles ont bien voulu prendre à ma situation.
Vous voudrez bien aussi faire mention de moi au bon marquis , et à cette belle dame dont les yeux suffiraient pour f charmer les plus grandes douleurs.
Comme cet accident m’a déjà lait perdre trois semaines, et qu’il s’en passera bien encore autant avant que je puisse m’occuper de choses profondes, je prends le parti de remettre l’impression de l’artide de l’aimant à la tin du troisième volume des minéraux, et je vous envoie ci-joint l’article de l’or, en deux cahiers de cent sept pages, par lequel je terminerai le second voltuue. Plusieurs raisons me déterminent à ce changement.
1” Je veux donner à l’artide de l’aimant toute la perfection dont je le crois susceptible, et cela demande du temps.
2" Cet article de l’aimant, avec les tables, contiendra plus de deux cents pages. Les seules observations tirées du dernier voyage de Cook, et que M. Banks* m’a envoyées, sont en si grand nombre et d’une si grande importance , qu’on ne peut en négliger aucune ; et je vois d’ailleurs qu’il sera nécessaire
d’en reprendre encore beaucoup de celles que j’avais négligées dans les autres voyageurs récents. Ainsi toutes ces tables, avec cent vingt pages de texte, pourront peut-être faire deux cent soixante pages au lieu de deux cents, et il me faut un temps considérable pour arranger ces tables, que j’ai même dessein de faire représenter sur un globe ou sur deux hémisphères, etc. Je vous prie de porter vous-même à l’Imprimerie rojale ces deux cahiers de l’or, et de faire reprendre le travail pour achever le second volume des minéraux. Je vais travailler à faire la table des matières de ce second volume, dont je n’ai les bonnes feuilles que jusque et compris la feuille LI, page 272; encore me manque-t-il les trois bonnes feuilles L, M, N, c’est-à-dire depuis la page 80 jusque et compris la page 104, qui ne m’ont pas été fournies, et qu’il faut demander à .M. Werkaven, pour me les envoyer le plus tût que vous pourrez , ainsi que la suite des bonnes feuilles, à commencer par la feuille .Mm, et je ferai la table des matières à mesure que je les recevrai.
Je n’ai aussi sur les oiseaux que les bonnes feuilles jusque et compris Ceo, page 392, et des concordances jusque et compris la feuille P, page 120. Il faut encore que vous ayez la bonté de me faire compléter les bonnes feuilles de ce neuvième volume des oiseaux; mais cela n’est pas aussi pressé que celles du second volume des minéraux, parce que vous avez bien voulu vous charger de faire la table de ce dernier volume des oiseaux.
Adieu, mon cher ami, écrivez-moi aussi souvent que vous le pourrez, et soyez bien assuré du plaisir que j’aurai toujours à recevoir les témoignages de votre tendre amitié.
Buffon.
(Publiio par François de Neufehiteau et par M. Flourens.)
DE BÜFFON.
CGCX
A M. THOUIN
Montbaril, le 2 juiUet 1783.
Vous trouverez ci-joint, mon clier monsieur Thouin, les deux certificats pour toucher vos appointements et les 1000 livres pour la culture. Mais, comme je vous l’ai dit, il faut que vous preniez 300 livres de plus pour les six mois de vos appointements, que mon intention est de porter à 3600 livres par an à commencer du 1" janvier 1783. Ce qui vous restera servira pour les payements de la prochaine quinzaine, et, comme cela ne sera pas à beaucoup près suffisant, je manderai à M. Lucas de vous donner le surplus.
Je vous renvoie aussi le reçu que vous m’aviez laissé dans le temps de mon départ et les observations de MM. de Saint- Victor, auxquelles je ne puis ni ne dois rien répondre, parce qu’il me parait qu’il y a des faits dont je ne suis point informé et qui me parai.ssent suspects. Vous me ferez grand plaisir de m’en dire franchement votre avis ; vous pourrez dire en attendant à M. Mulot* que je ne puis lui répondre que quand j’aurai vu ce dont il est question, et que j’y donnerai mon attention dès que je serai de retour à Paris.
Je vous remercie des soins que vous avez pris de chercher les plantes du Pérou que désirait M. Banks ; je lui ai marqué qu’à mon retour à Paris nous chercherions dans nos herbiers celles dont nous ne lui avons pas envoyé les échantillons.
Je suis bien aise que les passeurs d’eau puissent obtenir la permission d’établir un bac vis-à-vis le Jardin; mais il est à craindre que le bac de M. de Bercy’ ne nuise à leur demande. Vous pourriez en parler vous-même à M. Lenoir’ comme de ma part, et je suis persuadé qu’il vous écoutera favorablement.
CORRESPONnANŒ
Je vois par la situation de nos travaux que l’emplacement de nos plantes aquatiques ne sera pas encore disposé de si tôt*; aussi je ne commanderai point encore la fabrication des tôles pour soutenir les plates-bandes, d’autant que le sieur Mille vient.de me faire une demande considérable de fer carré de 14 lignes, tant pour la grille entre les deux guérites* que" pour les arcs-boutants de la grille qui regarde l’hôtel de Vauvrai. Je vais écrire à M. Yerniquet au sujet de cette fourniture de gros fer, dont je viens d’ordonner la fabrication.
Ma santé se rétablit peu i peu, et mes forces reviendraient plus vite si l’air était plus pur et la chaleur moins étouffante; mais depuis plus de douze jours nous avons un brouillard continuel, et ce brouillard me paraît général, car on m’écrit la même chose de tous côtés.
Recevez les assurances du sincère attachement que vous me connaissez et que vous méritez à bien des titres, mon cher monsieur Thouin.
Le comte de Buffon.
(Inédite. — Consen'ée dans les archives du Muséum.)
GCCXI
A L’ABBÉ BEXON.
Monlbard, le 14 juillet 1783.
Je vous serai obligé, mon cher ami, de recommander ces feuilles de manière que les notes correspondent au texte, et de lire ces mômes notes avec soin. Comme je n’ai pas encore les forces nécessaires {tour faire de bonne besogne, je ne me suis occupé qu’à faire la table des matières; et comme je n’ai pas les bonnes feuilles que je demande par la note ci-jointe, je vous serai obligé de les demander et de me les euvoyer promptement.
Je crois que la grande chaleur que nous éprouvons depuis
plusieurs jours retarde mon rétablissement; il ne m’est pas' possible de dormir tranquillement, quoique très-légèrement couvert d’un seul drap. Je crois que vous avez été obligé d’abandonner votre petite tour, et j’aurai quelque inquiétude sur votre santé jusqu’à ce que vous m’en ayez donné des nouvelles plus fraîches; car j’ai vu par votre lettre du 30 juin que vous étiez dans un état de souffrance. Je suis aussi inquiet jiour Mme votre mère, car cette grande chaleur est très-contraire aux personnes qui ont les nerfs délicats.
Nous avons eu du brouillard, mais beaucoup moins épais que vous ne le dépeignez; nous avons eu aussi un petit tremblement de terre, le 6 juillet, à neuf heures trois quarts du matin. Il n’y a eu qu’une seule petite secousse. J’étais dans mon fauteuil, et le mouvement s’est fait comme si on l’eût soulevé d’un demi-pouce avec le plancher. Cette légère commotion s’est aussi fait sentir à Dijon, à Beaune, àChdlonsur-Saône, et peut-être plus loin du côté du midi; mais je ne crois pas qu’elle se soit étendue du côté du nord, c’est-à-dire de Montbard à Paris; du moins nous n’en avons point de nouvelles. A cette occasion, M. de Montboillard, qui est galant môme avec ses amis, m’a envoyé le petit papier que vous trouverez ici en original, parce que je serai bien aise que vous le donniez à Mme Necker, lorsque vous aurez occasion delà voir*. .M. Werkaven avait raison de vous assurer qu’il m’avait expédié la suite des bonnes épreuves. Trécourt vient de les retrouver, et nous avons jusque et compris la feuille Aaa; vous enverrez la suite quand il y en aura un certain nonibre de plus.
Je ne compte pas vous renvoyer les cahiers sur l’aimant, car j’espère travailler sur cette matière dès que j’aurai repris mes forces; ainsi, vous me ferez plaisir, mon cher ami, de m’envoyer vous-même ce que vous aurez fait sur le magnétisme animal*, ainsi que votre travail pour le Mercure au sujet du premier volume de mes minéraux; je serai bien aise de le lire avant que vous le livriez à M. Panckoucke. .\dieu,
COURESPONDANCE
mon cher ami, mille tendresses à vos dames; je vous embrasse tous bien sincèrement et de tout mon cœur.
Bufton.
P. S. — Je ne sais comment je ferai pour témoigner ma reconnaissance à MM. Gentil’ pour les richesses dont ils m’accablent ; aidez-moi, mon cher ami, à les remercier. Si je savais qu’un exemplaire de la nouvelle édition in-<i° fût un présent agréable pour eux, je me ferais un plaisir de le leur offrir; mais, en attendant, assurez-les de toute ma reconnaissance.
(I*ulili6fc r-'T Fr.inçois de Neufcliiitcau cl par M. Flourcns.)
CCGXII
A M. THOUIN
Montbard, le 19 juillet 1783.
J'ai reçu, mon cher monsieur Thouin, votre lettre avec les pièces quittancées de la quinzaine échue le 12 de ce mois, et je vois par le détail de la situation des travaux que le bassin des plantes aquatiques est achevé de trois côtés; mais je voudrais savoir si les déblais de la ville viennent assez abondamment pour que vous puissiez faire bientôt le quatrième côté. Je crois que vous aurez eu soin d’en faire déposer partie dans mon marais, pour l’exhausser où il est nécessaire.
J’ai vu par un billet que m’a envoyé mon portier les noms de M. le Prévôt des marchands' et de M. Moreau’, et je soupçonne qu’il pourrait être venu pour me parler de ce terrain, que les Saint-Victor disputent à la ville. Vous saurez en effet si leur prétention est fondée en consultant les archives de la ville.
Mlle Rle.sseau me prie de joindre sa lettre et une autre qu’elle adresse à La Rose, et qu’elle vous sera très-obligée de lui remettre.
Je suis très-sensible à toutes les marques d’attachement dont votre lettre est remplie, et vous pouvez être bien assuré, mon cher monsieur Thouin, du retour de tous mes sentiments pour vous.
Le comte de Buffon.
(Inédite. — Conservée dans les archives du Muséum.)