CCCXXXVIII
\U MÊME
, Montbard, le 10 juin 1786.
Je reçois, mon très-cher monsieur Thouin, votre lettre du 8 de ce mois, et je vous remercie beaucoup des démarches que vous avez faites et de toutes les peines que vous avez prises pour joindre M. de I.a Chapelle et me donner des nouvelles certaines de l’expédition de notre arrêt. Je ne doute pas que le cher M. Lenoir ne m’aide de toute sa bonne volonté; cependant, si vous jugiez qu’il fût néce.ssaire de le presser, je lui écrirais dans quelque temps, et, si je ne le fais pas à présent, c’est parce que j’imagine que l’affaire peut aller toute seule, et que ce serait peut-être l’importuner prématurément.
J’ai aussi été très-satisfait en lisant l’exposé que vous m’avez fait de la situation de nos travaux; je crois que le Jardin est actuellement fermé, et que les grilles sont entièrement achevées dans cette partie. Vous savez que je destine la grille qui était au bout de la terrasse sur la rivière, à être transportée pour fermer la nouvelle cour de l’Intendance. Il faut donc prévenir le sieur Mille de travailler ;i la continuation de cette grille, afin que cette cour puisse être fermée.
Comme j’ai donné des lettres de correspondant à M. l’abbé Mongez*, chanoine de Sainte-Geneviève, qui accompagne M. de La Pérouse’ dans son voyage autour du monde, vous me ferez plaisir de lui remettre, ou à M. le comte de Lacépède, qui est son ami , une liste des plantes et graines que
DE BÜFFON.
VOUS pouvez désirer*. Bonjour, mon très-cher monsieur 'fhouin; ma santé est passablement bonne, et je jouis un peu de mes jardins. Je serais même assez content de mon jardinier Saunier; mais il voudrait prendre mon jardin à l’entreprise, il me demande 1800 livres par an ; c’est trop. Cependant je lui en ai offert 1600, et je crois qu’il y a du bénéfice pour lui, et s’il n’accepte pas ces 1600 livres, il continuera sur le pied qu’il est actuellement.
Le comte de Buffon.
(Inédite. — Conservée dons les archives du Muséum.)
GCGXXXIX
Aü MÉ.ME.
Montbard, le 12 juillet 1785.
Je" vois par votre seconde lettre, mon cher monsieur Thouin , que vous avez maintenant remis à M. Guillemin toutes les pièces nécessaires pour le contrat de rétrocession ; je serai bien s.itisfait s’il ne perd pas de temps pour terminer enfin cette dlïaire, et je voudrais bien faire d’avance un cadeau à ces messieurs, auxquels elle a donné et donnera encore beaucoup de travail et de soin.
J’ai écrit à M. Verniquet que les ouvrages de serrurerie étant fort avancés et le mur du sieur Mille achevé, il ne nous convenait plus qu’il eût sa forge dans l’intérieur du Jardin, et qu’il fallait lui dire de la transporter ailleurs ou de faire travailler chez lui les ouvrages qui nous restaient à faire , d’autant que ses compagnons se sont permis de faire dans le Jardin des dégâts qui mériteraient punition. Voilà plusieurs motifs de nous défaire de ces gens, dont nous n’avons que faire.
J'ai toujours été surpris que vous m’ayez envoyé les tailles des fournisseurs; vous savez, mon très-cher monsieur Thouin,
COnnESPONDANCE
que je m’en rapporte entièrement à vous, et que je n’ai nul l)esoin de ces sortes de pièces justificatives, que je vous prie instamment de ne me jioint envoyer dans la suite. Ma santé se rétablit peu à peu , mais j’ai .souffert pendant trois semaines des douleurs continuelles et très-vives; et cependant je n’ai rendu qu’un gros gravier et quelques petits avec beaucoup de sable. Voilà trois ans que le mois de juin m’est fâcheux, car mon premier accident m'est arrrvé ie 1" de juin il y a deux ans, le second au 17 de mai de l’année dernière, et le troisième au 18 juin de cette année. Ainsi la clialeur de la saison influe sur cette incommodité, qui me donnera probablement du relâche, du moins pour quelque temps.
Pressez autant que vous pourrez notre affaire cliez M. Lenoir, et témoignez-lui en toute occasion la reconnaissance infinie que nous lui devons de tout ce qu'il a fait pour le Jardin du Roi. Donnez-moi aussi des nouvelles de .M. deFaujas de Saint-Fond et de ce que vous ferez de scs fourneaux, que je crois qu’il est temps de détruire.
Adieu, mon très-cher monsieur Thouin, soyez toujours bien assuré do toute mon estime et de mon attachement.
Le comte de JIuffon.
(Inédite. — CuDservée dans les arctiiros du Muséum.)
CfiCXL
A M. DE FAUJAS DE SAINT-FOND
Montbard, le 1" août 1785.
Vous aviez bien voulu , monsieur, me promettre de me donner de vos nouvelles, et même de passer quelques jours à Montbard. Je devrais donc vous gronder de ne m’avoir pas donné signe de vie depuis mon départ ; mais l’amitié pardonne tout, et je serai content si vous vous arrêtez auprès de moi en allant en Dauphiné.
Vous voulez bien que je vous recommande avec couflance M. Camper, qui vous remettra ma lettre. C’est le fils du célèbre Camper’, l’un des huit associés étrangers de l’Académie des sciences. Vous le trouverez très-instruit et trèshonnête. Il vient de passer huit jours avec moi , et j’en ai été fort satisfait à tous égards. Il a mieux vu que M. Duluc’ tous les volcans du Bas-Rliin, et j’ai cru pouvoir lui promettre que vous lui laisseriez voir votre belle collection volcanique.
Apprenez-moi aussi, je vous prie, si vous êtes toujours content de nos ministres au sujet de vos expériences *, et si vous vous êtes arrangé avec .M. Verniquet pour l’estimation des matériaux de votre fourneau.
J’ai riionneur d’être, avec une sincère estime et un res|iectueux attachement, monsieur, votre très-humble et trèsobéissant serviteur.
(Inédite. — De la collection de U. de Faujas de Saint-Fond.)
CCGXLI
A M. THOUIN
Montbard, le 9 août 178S.
Je suis extrêmement satisfait, mon cher monsieur Thouin, de la manière dont vient de se terminer cette grande et longue affaire qui complète mes projets pour 1a perfection du Jardin du Roi '. Je sens non-seulement tout ce que je dois à la bonne volonté de M. Lenoir, de M. Guillemin et de M. Spire, mais auss itout ce qui est dù à votre zèle, à votre activité et à votre intelligence. C’est aussi è la considération que méritent votre caractère et vos talents, qu’est due l’espèce de distinction avec laquelle M. Lenoir a cru devoir vous traiter en vous faisant signer avec lui. Je lui eu sais très-bon gré, et vous
pouvez l’en assurer en le remerciant; c’est un excellent homme, pour lequel je conserverai toute ma vie la plus respectueuse estime et la plus tendre amitié.
A l’égard des petits cadeaux , je croirais être mesquin , après toutes les peines que s’est données et que se donnera encore M. Guillemin, si je ne lui offrais qu’une boîte de dix louis; il faudrait, mon cher monsieur Thouin, faire mettre mon portrait* sur une boîte d’or; celle en écaille vous coûterait cinq louis , et celle d’or pourrait vous en coûter vingt. Il ne faut pas que cette différence vous arrête.
A l’égafd de M. Spire, vous lui donnerez de même mon portrait sur une boîte à gorge et cercles d’or, la plus belle que vous pourrez trouver en cegeni*e, et enfin les trois louis aux valets de chambre et comme vous l’indiquez. Nous aurons ensuite à récompenser M. Boursier’ ; mais ce sera lorsqu’il me donnera l’état des frais , et, comme sa quittance sera au bas de cet état , je pourrai passer cette dépense dans mes comptes sans la porter sous une autre dénomination , comme nous le ferons de celle des articles de M.M. Guillemin , Spire, etc.
Il faudra prendre incessamment possession du terrain de MM. les entrepreneurs des voitures. On doit nous donner copie de leur contrat de vente, et je crois qu’il faudrait comprendre cet objet avec les autres dans les lettres patentes.
J’ai écrit à M. Verniquet de faire cesser les travaux des carrières dès que les bêtiments seraient en sûreté, et de remettre à un autre temps ce qui reste à faire sous la cour, et il faudrait porter une partie de ces ouvriers à construire le mur qui sépare votre terrain du mien. .M. A'erniquet me presse de lui donner des ordres pour le rétablissement du mur de la terrasse qui donne sur le terrain des nouveaux convertis. Je voudrais bien, s’il était possible, différer cette réparation jusqu’à l’année prochaine; car notre dépense pour cette année est déjà bien considérable, et je ne pourrais y subvenir au delà de ce que je vous ai marqué. Je compte
que M. Lucas vous remettra incessamment 12 000 livres; c’est tout ce qu’il m’est possible d’avancer d’ici à mon retour, à moins que, par les bontés de M. Lenoir, je ne puisse obtenir une partie du remboursement de la dépense faite dans les carrières. Pressez, je vous prie, M. Verniquet de m’en envoyer le mémoire, afin que je puisse former cette demande.
Recevez, avec autant de plaisir que j’ai à vous en assurer, les sentiments de mon estime et de mon attachement.
Le comte de Butfon.
(Inédite. — Conservée dans les archives du Muséum.) ^
CCGXLII
A M. DE FAUJAS DE SAINT-FOND
Monthard, le 16 août 1785.
Je n’ai reçu, mon très-cher monsieur, votre lettre du 8 qu’hier 14, et je m’empresse de vous faire ma réponse et mes reinercîments, pour qu’ils puissent vous parvenir avant votre départ de Paris. Je vois,' par le détail que vous avez la bonté de me faire, combien j’ai d’obligations à votre amitié au sujet de cette malheureuse affaire des charbons ', dont je crois que M. de La Chapelle ne se serait pas retiré sans votre secours; et je suis persuadé qu’il sera comme moi très-reconnaissant des services que vous nous avez rendus. Cependant je crains encore que l'affaire ne soit pas terminée, puisque vos gros et lourds financiers n’ont pas encore donné l’argent qu’ils ont promis, et vous me ferez bien plaisir, mon cher monsieur, de m’écrire encore un mot lorsqu'on aura passé l'acte ; et même j’oserais vous conseiller de ne pas quitter Paris que cela ne soit fait. C’est quelques jours de plus que vous sacrifierez à cette bonne œuvre , ou plutôt à votre amitié pour nous, et je suis persuadé que ces jours no oùteront rien à
YOtre belle âme. Ensuite vous viendrez à Montbard, après avoir vu les mines du Nivernais et de Moiit-Cenis. Je serai enchanté, non-seulement de vous recevoir, mais de vous posséder le plus longtemps que vous pourrez m’accorder. J’avais eu riiomieur de vous écrire il y a quinze jours , et j’avais remis ma lettre à M. Camper, lils du célèbre anatomiste Camper, l'un des huit associés étrangers de l’Académie des sciences. J’avais mis votre adresse rue Thévenot, et, comme vous avez changé de demeure et que vous ne me parlez pas de M. Camiær dans votre lettre, je soupçonne que la mienne ne vous a pas été rendue. Cependant ce jeune homme, qui est plein d’éme et d’amour pour les sciences, désirait infinient faire votre connaissance. 11 demeure rue de Tournon, chez un fripier, vis-à-vis l’hôtel de I.aval, et je suis persuadé qu’il vous cherche peul-r'tre sans pouvoir vous trouver.
Comme M. de Lacépède a bien voulu se charger de me faire quelques extraits sur le magnétisme et rékH:tricité, je vous serais très-obligé, mon cher monsieur, si vous aviez la bonté de lui confier l’ouvrage qui contient le recueil d’expériences faites à Harlem. Cela vous dispenserait d’apporter ici ce livre, dont .M. de Lacépède saura tirer ce qui peut m’ètre utile pour mon travail sur l’aimant.
Les ministres ont fait ce qu’ils devaient en vous faisant accorder iiar le roi une honnête pension, et, à l’égard de la place de commissaire, je crois qu’il est bon et même utile pour l’État que vous l’exerciez pendant un an ou deux, et, malgré votre noble désintéressement, s’il se présentait une place qui pût nous rapprocher ’, je ne soulTrirais pas que ce fût sans émoluments. Comptez, je vous supplie, sur ma bonne volonté et sur les sentiments du tendre attacliement et de toute l’estime que vous méritez, et avec lesijuels j’ai l’honneur d’ètre, mon très-cher monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Le comte de Buffon.
(loédiie. — De la collection de H. de Faujas de Saint-Fond.)
DE DUFFON.
GCCXLIII
A M. THOUIN
Monlbard, le 8 septembre 1785.
Il semblait, mon très-cher monsieur Thouin, lorsque je vous ai écrit ma dernière lettre, que je prévoyais l’heureux succès de vos représentations auprès de M. Lenoir, et je suis très-content du prompt effet de sa bonne volonté. Comme je dois à M. Verniquet une somme de 1950 livres, je vous prie de la lui compter, en retirant la reconnaissance que je lui en ai donnée. Il ne vous restera donc que 8050 livres des 10 000 livres que vous avez reçues. Vous joindrez cette somme de 8050 livres à ce que vous avez entre les mains , et je pense qu’avec ce supplément vous pourrez payer les fournisseurs jusqu’à ce jour et faire achever les travaux des carrières sous les bâtiments du Cabinet. Nous nous en tiendrons là; car il faut laisser faire à .M. Guillaumot le travail sous la cour et le jardin, comme M. Verniquet en est convenu avec lui, pour diminuer la mauvaise humeur de sa jalousie*. J’écris la même chose à M. Verniquet, en le priant de toujours se concerter avec vous. Je suis persuadé que vous n’oublierez pas de remercier M. Spire de ma part du service qu’il vient de nous rendre, et dont je n’ai pu lui parler dans la lettre que je vous ai adre.ssée pour lui. J’écrirai à M. Lenoir, si vous le jugez convenable, pour obtenir le second et le troisième payement. Je ne puis guère m’adresser à M. de Crosne*, n’ayant pas l’avantage d’étre en relation avec lui. Je vous fais tous mes remercîments, en *vous assurant de ma satisfaction et de tout mon attachement.
Ijc comte de Buffon.
Inédite. — Dota collection de M. Chasles, de l’Académie dos sciences.)
CCGXLIV
AU MÊME
Montbard, le 3 oclobre 178â.
Je vous envoie ci-jointe, mon cher monsieur Thouin, la lettre que j’écris à M. Guillemin et dont j’ai fait copier cidessus la teneur; je vous prie de ne pas perdre de temps à la lui remettre et à conférer avec lui, pour que vous puissiez me rendre compte du parti qu’il prendra, ce qui réglera celui que je prendrai moi-même.
Nous avons eu ici le même ouragan qu’à Paris ; il a rompu plusieurs de mes arbres et a dépouillé les autres de leurs fruits, en sorte qu’il ne reste ni pommes ni poires sur tous les arbres en plein vent, ni même sur ceux qui sont en buisson.
Enfin, après dix -sept jours d’insomnie et de douleurs cruelles, qui ne m’ont pas permis de jouir d’un instant de repos ni de sommeil, j’ai rendu tout à la fois six graviers', dont deux sont plus gros que des balles de pistolet, et ce n’est que de cette nuit, le surlendemain de ma délivrance, que j’ai commencé à jouir d’un peu de sommeil par quart d’heure; et je me trouve déjà moins faible, mais j’ai maigri assez considérablement pendant ces trois semaines de douleurs atroces et continuelles. J’espère néanmoins, quoique les irritations soient encore bien vives, que j'aurai la force de les souffrir, et que, reprenant du sommeil, le grand ébranlement des nerfs se calmera.
C’est toujours avec le même plaisir que je vous réitère , mon très-cher monsieur Thouin, tous mes sentiments d’amitié, d’estime et d’attachement.
Le comte de Büffon.
(Inédite, — Conservée dans les arcbives du Muséum.)
AU MÊME
Montbard, le 17 octobre 1785.
J’ai reçu votre lettre avec les états de dépense, mon trèscher monsieur Thouin. Je vois qu’après avoir payé au sieur Mille les 2000 livres qui lui sont dues suivant ma reconnaissance , il ne vous restera guère que pour satisfaire au payement de la quinzaine courante, et tout au plus de la suivante. Je vois d’ailleurs que nous ne pouvons pas obtenir un second à-compte sur la dépense des carrières, à moins que M. Verniquet ne fournisse le mémoire de cette dépense, comme il a été convenu chez M. Guillemin. J’écris donc par ce même ordinaire très-pressamment à M. Verniquetdene pas perdre un moment à fournir ce mémoire, et je vous prie de le suivre de si près, qu'il ne pourra s’y refuser. Vous sentez, mon cher monsieur Thouin, que je ne puis pas faire l’affaire de ma rétrocession avant que celle des carrières ne soit terminée, et, dans la vérité, je manquerais absolument de fonds', et je serais forcé, comme je le marque à M. Verniquet, de faire cesser au Jardin du Roi tous les travaux de maçonnerie. Au reste, je suis très-satisfait de l’exposé que vous m’en avez fait, et je vois que vous dirigez tout pour la plus haute perfection et la plus grande économie. Je ne suis pas encore remis du cruel assaut que j’ai souffert; je me lève souvent avant quatre heures du matin , ne pouvant pas regagner du sommeil et ne dormant encore que par quart d’heure ; mais cela ne m’étonne pas, après avoir passé dix-huit nuits et dixhuitjourssans fermer l’œil. Cependant je reprends mes forces, et je commence à aller beaucoup mieux. Faites-moi le plaisir de me donner des nouvelles de ce mémoire de M. Verniquet, dès qu’il l’aura mis en ordre ; vous savez qu'il faut que ce soit de concert avec M. Guillaumot, auquel, s'il fait des diffi-
cuUés, VOUS feriez bien de rendre compte du nombre d’ouvriers qu’on a été obligé d’employer pour tirer les terres de ces malheureux souterrains. Recevez les assurances de tous mes sentiments d’estime et d’attachement.
Le comte de Buffon.
(Inidite. — Conservée dans les .archives du Muséum.)
•’ CCGXLVI AU MÊME.
Monibard, le Î6 octobre 1785.
Je reçois votre lettré et vos papiers, mon très-cher monsieur Thouin, le tout rédigé avec votre exactitude ordinaire.
Je vois avec regret qu’il ne vous reste plus que la somme de 2992 livres 9 sous 3 deniers, et qu’il ne m’est pas possible de vous en donner davantage; car j’ai épuisé toutes mes ressources, et je me trouve forcé de vous prier de faire cesser tous les travaux de maçonnerie à la fin de cette semaine, sauf à les reprendre lorsque nous pourrons obtenir de l’argent, soit sur la dépense des carrières, soit sur ce qui m’est dû pour ma rétrocession. Car, quoique mes avances soient très-considérables, je voudrais pouvoir continuer, et je ne le puis aujourd’hui, à moins de faire un nouvel emprunt d’argent, ce que je voudrais éviter. J’ai écrit par le dernier ordinaire à M. Verniquet, de ne pas perdre un instant à finir ses mémoires , et si, comme vous me le marquez , il les remet demain ou après à M. Guillaumot, vous pourrez peutêtre obtenir quelque à-compte en exposant notre état de pénurie; mais je crains que ce M. Guillaumot ne nous retarde encore et ne dispute avec M. Verniquet. Il faut donc, mon cher monsieur Thouin , que vous soyez la pierre angulaire entre ces deux hommes, et que vous fassiez entendre à M. Guillaumot qu’il a fallu vider tous les souterrains des carrières et
que cela a coûté peut-être autant que la maçonnerie. Vous ferez bien de voir en même temps M.'Guillemin et le prier de parler à M. Guillaumot , afin qu’il ne fasse pas de mauvaises difficultés.
Je ne suis pas encore bien remis du cruel assaut que j’ai essuyé, et je vois qu’il ne me sera pas possible d’aller à Paris avant trois semaines’, car je souffre encore et mon sommeil est interrompu huit ou dix fois par nuit. Cependant mes forces reviennent, et je me trouverais en tout as.sez bien, si mes nerfs n’étaient pas ébranlés au point de ne pouvoir reprendre mes occupations ordinaires*. Dites à M. Dombey* que je lui fais mon compliment, et que je serai très-enchanté de le voir peu de jours après mon arrivée.
Il est bien juste de porter sur le compte du Roi les deux murs de clôture dont vous me parlez. Vous mériteriez au delà de cette petite faveur par le zèle et l’assiduité que vous mettez à la perfection de son Jardin*. Je vois que votre logement est presque entièrement achevé ; cependant je ne vous conseillerais pas de l’habiter tout de suite, si les mortiers et les plâtres ne sont pas bien secs. Adieu, comptez toujours sur tous les sentiments de mon estime et de mon attachement.
Le comte de Buffon.
(Inédits. — Conservée dans les archives du Muséum.)
CCGXLVII
A M. DE FAUJAS DE SAINT-FOND
Paris, le 7 décembre 1785.
Je n’ai pu , monsieur, répondre dans son temps à la lettre pleine d’amitié que vous m’avez adressée à Montbard; mais ma sœur* a dû vous témoigner ma sensibilité en vous rendant compte de l’état de ma santé , qui m’a permis de revenir à Paris , néanmoins à très-petites journées et avec de grandes