SOS CORRESPONDANCE
précautions : car je ne puis rouler sur le pavé sans douleur , et je suis forcé de me tenir chez moi. M. de La Cliapelle est venu me voir hier; l'affaire des charbons n’est pas encore entièrement terminée. Nous désirons tous les deux que vous reveniez à Paris le plus tôt qu'il vous sera possible, et il vous prie en grèce de passer par Mont-Genis , pour examiner la qualité du charbon et savoir s’il peut fournir du bitume. J'attends aussi de vous, mon cher monsieur, l’article en addition que je veux imprimer sur le charbon de terre, d’après vos belles expériences. Si vous retardez seulement quinze jours à nous revenir, ayez assez de bonté pour m’adresser cet article avec votre réponse, sous le couvert de .M. Rigoley de Juvigny, conseiller honoraire au parlement de Metz, à l’Intendance des Postes à Paris ’. Je prends la liberté de vous faire cette instance , parce que l’imprimerie me presse et que je ne voudrais pas l’arrêter. C’est avec la plus grande satisfaction que je vous reverrai , monsieur, et que je vous renouvelle aujourd’hui les sentiments de toute l’estime et du véritable attacliement avec lequel j’ai l’honneur d’être, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Le comte de Buffon.
(Inédite. — De la collection de M. de Faujas de Saint-Fond.)
GGCXLVIII
A M. RIGOLEY
Au Jardin du Roi, le 4 janvier 1*86.
Je vous fais, monsieur,' de très-sincères remercîments de toute l’attention que vous avez apportée dans votre visite de mes forges et bois. Je viens d’en recevoir le procès-verbal , que j’ai lu avec satisfaction. Il m’a été envoyé par M. Labbé fils , mon procureur à Semur, et il m’est aisé de voir que le juge aurait pu-taxer vos honoraires plus haut qu’il ne l’a fait;
et quelque désintéressement que vous vouliez, monsieur mettre dans cette affaire, il ne m’est pas possible d’accepter vos offres trop obligeantes, et je ne croirai pas même que vous soyez dédommagé de la perte de votre temps par la somme de six cents livres, dont je joins ici la rescription à votre profit, et que je vous prie de recevoir et d’agréer comme chose qui vous est plus que due.
J’ai l’honneur de vous envoyer aussi ma procuration au sujet du sieur abbé .Moleure, et vous trouverez de plus, monsieur, votre mémoire à M. le baron d’Ogny ‘, que j’ai communiqué à mon ami M. de Juvigny , qui m’a dit qu’il fallait lui donner une autre forme en mettant comme il suit :
A M. h baron d'Oijny , grand' croix, prh'ôt de l'Ordre de Saint-Louis , intendant général des postes de France.
Représente très-humblement le sieur Rigoley, maître des forges et fourneaux d'Aisy, gu en 1722 le sieur Claude Antoine Rigoley son père fut pourvu*, etc.
Le reste du mémoire est bien ; et, lorsque vous me l’aurez renvoyé signé de vous, monsieur, je ferai tout ce qui dépendra de moi pour en obtenir le succès. Tous pouvez en être assuré, ainsi que de tous les sentiments de ma reconnaissance et du véritable attachement avec lequel j’ai l’honneur d’étre, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Le comte de Buffon.
(Inédite. — Communiquée par Mme Morel.)
CCGXLl.X
A .M. DE FAUJAS DE SAINT-FOND
Au Jardin du Roi, le 18 janvier 1780.
Vos lettres, mon très-cher monsieur, sont charmantes et remidics de la plus aimable sensibilité. J’en suis bien rccon-
SIO
CORRESPONnANCE
naissant ; mais on même temps je suis un peu fôclié de ce que vous ne revenez pas, et que vous dilî'érez encore votre retour jusqu’à la lin du mois prochain. Vous n’imaginez pas combien ces linanciers de la nouvelle compagnie murmurent de votre longue absence. Vous les jetez, disent-ils, dans l’inaction, vous les plongez dans l’apatliie; ils croient que vous les avez abandonnés, et que c’est pour votre propre compte que vous vous occupez des mines de charbon.
Le bon M. Bergen ‘ les a bien assurés du contraire, sans pouvoir les tranquilliser absolument; d’ailleurs ils tiennent toujours leur argent, et ne le donneront peut-être pas de si tiM. Tâchez donc, s’il est possible, d’abréger votre séjour. J’aime encore mieux votre personne que vos lettres, et je ne veux pas que vous en doutiez; et vous pourriez en douter, si je ne vous vois pas aussi têt et ensuite aussi souvent que je le désire.
Mais vous êtes donc fou, mon tout aimable ami, de vouloir me faire une redevance des vins de votre cru de l’Ilermifage? Je ne vous en ai parlé que comme d’une commission pour cette année seulement, et je n’accepterai certainement ce bon vin qu’à ce titre de commission, en vous en remboursant le prix. Je n’ai pas besoin de cette preuve de votre généreuse amitié; je la connais depuis longtemps et j’y ai toujours été sensible ; mais ceci serait un excès auquel je ne consentirai pas.
Comme je n’ai reçu qu'hier votre dernière lettre, je n’ai pu m’occuper encore de ce que vous avez la bonté de m’écrire au sujet du charbon. J’en ferai certainement usage dès que j’aurai reçu la suite, comme vous voulez bien me l’annoncer.
M. de La Boullaye’ et M. Bergen viennent dîner avec moi samedi 21 ; nous vous y regretterons, mais au moins j’aurai le plaisir de parler de vous selon mon cœur.
M. de La Chapelle est aussi imijatient que moi de vous voir arriver, et tous les gens qui vous connaissent me dcu’.andent de vos nouvelles.
Le pauvre Daubenton , auquel M. de Lacépède a succédé, est mort dans le mois dernier*. Il n’a pas joui plus de dix mois de la retraite qui lui avait été accordée.
M. Dombey ‘ doit me remettre ces jours-ci la collection d’histoire naturelle qu’il a rapportée du Pérou, et il m’en arrivera bientôt une autre, par M. Polony, de tous les minéraux du Mexique.
Adieu, mon très-clier monsieur; c’est avec une véritable satisfaction que je vous réitère les sentiments de la tendre amitié et du respectueux attachement que vous méritez, et avec lesquels j’ai l'honneur d’étre votre très-humble et trèsobéissant serviteur.
Le comte de Buffon.
(Inédite. — De ta collection de M. de Faujas do Saint-Fond.)
CGGL
AU PRLSIÜENT DE RUFFEY.
Au Jardin du Roi, le 23 janvier 1786.
Les témoignages de votre bonne amitié, mon cher Président, me seront en tout temps sensibles et précieux, et je suis bien persuadé de l’intérêt que vous avez pris à l’état malheureux où je me suis trouvé cet automne. J’ai passé dix-huit jours et dix-huit nuits sans fermer l’œil, et toujours en convulsions. La douleur est un mal, et sans doute un grand mal, et cependant ce n’est point une maladie ; car, à un peu de faiblesse près, ma santé s’est soutenue la même, et je vois avec grande satisfaction que la vôtre est encore plus ferme et qu’elle vous permet le plus libre exercice des facultés du cœur et de celles de l’esprit et de la main, car vous écrivez comme il y a quarante ans, et même avec plus de feu, surtout en parlant des troubles académiques, dont je n’entends parler qu’avec peine. Ce n’est pas que j’excuse
Morveau ' ni Maret; mais leurs parties adverses ont aussi quelque tort, et, si vous n’étiez pas si fâché, vous pourriez peut-être les concilier. Cette bonne œuvre serait digne de vous, mon cher Président. Songez que c’est un édifice que vous avez bâti, et qu’il est presque de votre honneur de ne pas le laisser tomber en ruine.
Je compte retourner à Montbard au commencement de juin. Puis-je espérer que, tant pour moi que pour votre terre de Montfort, vous y viendrez dans le cours de cet été ? Vous ne pouvez douter du plaisir que j’aurais à vous recevoir et à passer avec vous tout le temps que vous voudrez m’accorder. Je ne puis vous offrir, en attendant, que mes vœux et les sentiments de l’inviolable et respectueux attacliement avec lequel j’ai l’honneur d’ètre, mon cher Président, votre trèshumble et très-obéissant serviteur.
Buffon.
(Inédite. — De la collection de M. le comte de Vesvrotte.)
GCGLI
A MADAME DALBENTON.
Au Jardin du Roi, le 9 mars 1786.
Vous pouvez, mon aimable amie, disposer de mes chevaux lorsque vous irez à Beaune ; vous pouvez même prendre auprès du chevalier de Buffon de l’argent pour ce voyage, supposé que les vilains créanciers vous en laissent manquer.
Je me flatte que vous m’aimez assez pour ne pas faire de façons avec moi. Je sais bon gré à feu votre cher oncle et à votre vertueuse tante ' de la remise qu’ils vous ont faite de cette somme, qu’ils paraissaient ne vous avoir que prêtée*. Elle fera bien de garder l’ouvrage sur les insectes et de ne le point envoyer à M. Mauduit ’, jusqu’à ce que je l’aie examiné ; car peut-être y aura-t-il moyen d’en tirer meilleur