‹ Correspondance inédite de BuffonChapitre 55 sur 133 · A MADAME LA COMTESSE DE GENLIS · texte numérisé non relu

A MADAME LA COMTESSE DE GENLIS

Au Jardin du Roi, le 21 mars 1787.

Ma noble fille, je viens de lire votre nouvel ouvrage ‘ avec tout l’empressement de l’amitié et cette curiosité qui se renouvelle à chaque article d’un livre fait de main de maître. Prédicateur aussi persuasif qu’éloquent*, lorsque vous présentez la religion et toutes les vertus avec le style de Fénelon et la majesté des livres inspirés par Dieu même, vous ôtes

COnRESPOXrtANCE

un ange de lumière; et lorsque vous descendez aux choses du monde , vous êtes la première des femmes et la plus aimable des philosophes. J’ai lu avecattendrissemeiU les éloges dont vous me comblez, et j’accepte avec bien de la reconnaissance cette place que vous avez créée pour moi seulement. .Mais j’en rends l'hommage tout entier à cette amitié qui fait ma gloire et le désespoir de mes rivaux. Lorsque vous avez peint certains prétendus philosophes ’ , vous n’avez pas échappé un seul des traits qui les caractérisent; vous avez joint la linesse des couleurs à la vigueur du pinceau , et vous avez mis dans l’ombre tout ce qui doit y être. Voilà , mon adorable et noble lille, ce que je pense de votre ouvrage. Je vous en félicite avec cette sincérité et cette tendre et respectueuse all'ection que je vous ai vouées pour la vie.

Le comte de Buffon.

(Publiée diins les Mémoires du temps.)

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A M. LA.MBERT,

MAÎTRE DES REQlftTES, CONSEIIXER UONORAIRE AO PARLEMENT.

.Vu Jardin du Roi, mai 1787.

M. de BufTon a reçu la lettre que .M. Lambert lui a fait l’honneur de lui écrire'. 11 convient qu’il n’a jamais étudié la grammaire'; mais il pense qu’un verbe neutre peut quelquefois devenir actif, surtout quand il sert à bien exprimer une pensée. 11 est vrai que cela n’est pas du ressort de la grammaire, qui ne s’est jamais occupée que des mots, comme on le voit par une innnité de livres qui n’expriment rien, quoique trèscorrectement écrits.

M. de llutfon remercie M. Lambert de toutes les honnêtetés qu’il veut bien lui dire à ce sujet , et il l’invite à ne plus pa-

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rier sur sa parole, parce qu’il est toujours dangereux de plaider devant des juges pour qui la forme est tout, et le fond très-peu de chose.

Le comte de Buffon.

(Tirée d’une brochure ayant pour titre ; Le comte de Bulfon, publiée sans nom d’auteur à Amsterdam, en 1788, in-8*, de 185 pages.)

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A. .M. LE LO.MTE DE BUFFON

CAPITAINE DE REMPLACEMENT DANS LE RÉGIMENT DE CIIARTHES (INFA.'ITEHIE).

Au Jardin du Roi, le 22 juin 1787.

M. de Faujas, par amitié pour moi et pour vous, mon cher fils, a bien voulu vous porter mes ordres, auxquels il faut vous conformer.

1° L’honneur vous commande avec moi de donner votre démission et de sortir de votre régiment pour n’y jamais rentrer*.

2" Vous quitterez tout de suite en disant que les circonstances vous y obligent, et vous ferez cette même réponse à tout le monde sans autre explication.

3° Vous n’irez point à Spa, et vous ne viendrez point à Paris avant mon retour.

4“ A'ous irez voyager où il vous plaira, et je vous conseille d’aller voir votre oncle à Bayeux. Vous le trouverez instruit de mes motifs.

5“ Ces démarches honnêtes et nécessaires, loin de nuire à votre avancement, y serviront beaucoup.

6° Conformez-vous en entier pour tout le reste aux avis de M. de Faujas, qui vous fera part de toutes mes intentions et vous remettra vingt-cinq louis de ma part; et si vous avez besoin des trois mille livres que vous devez recevoir le 4 août, je les donnerai à .M. Boursier* dès à présent. Vous savez

qu’il doit remettre quinze cents francs dans ce môme temps à feu voire femme*.

Ce sont 1 1, mon très-cher fils, les volontés absolues de votre bon et tendre père.

I>e comte de Buffon.

(Inétlile. — De la coUection de M. Henri N'adault de BufTon.)

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A M. DE MAbESHERBES *,

MISISIRË d’état.

Au Jardin du Roi, le 12 juillet 1787.

Monseijjneur ,

Recevez, je vous prie, tous les remercîments que je vous dois, du vif intérêt que vous avez eu la bonté de prendre à la position de mon fils. Je viens d’écrire à M. le maréchal de Ségur’, en le priant de rendre compte au Roi du sacrifice volontaire que mon fils fait aujourd’liui par honneur; et ce sacrifice est grand, car .il perd la promesse du grade de colonel. Je n’ai pas craint de demander au Ministre un équivalent, et en attendant on pourrait l’enijiloyer dans l’état-major des troupes qu’on rassemble à Givet’. Daignez, monseigneur, appuyer ma prière ; rien ne me sera plus glorieux que votre recommandation, et l’on sentira que c’est la vertu môme qui, par votre bouche, plaide aujourd’hui la cause de l’honneur.

Je suis avec autant de dévouement que de respect. Monseigneur,

A’otre très-humble et très-obéissant serviteur.

Buffon‘.

P. S. — .M. le comte de Mercy®, ambassadeur de l’empereur, qui a (les bontés pour moi, a prévenu la Reine sur ma demande et l'a trouvée favorablement disposée.

(inédite. — De la collection de M. Henri NadauUde Buffon.)

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A M. DE FAUJAS DE SAINT-FOND

Montbard, le 9 août 1787.

Votre lettre datée du 3 a été retardée, mon très-cher monsieur, et ne m’est arrivée qu'aujourd’hui 9, quoique mon fils en ait reçu une de vous de plus nouvelle date. .M. Thouin ni M. Lucas n’ont actuellement d’argent, parce qu’on a retardé au trésor royal un payement de 20 000 livres que je devais recevoir dès le 25 juillet. Je vous envoie donc directement un billet de caisse pour les mill^ livres que vous désirez, et vous voudrez bien m’en envoyer quittance sur une feuille de papier assez grande et conçue dans les termes suivants ;

T ai reçu de M. le comte de Buffon la somme de mille livres pour les premiers six mois de cette année 1787 de mes appointements, comme chargé des correspondances du Cabinet du Roi. A Paris, ce août 1787.

Mon fils est bien impatient de recevoir son brevet' ; il est désespéré que vous partiez si tôt, et il craint, peut-être avec raison, qu’après votre départ on ne lui laisse attendre ce brevet encore du temps. Cependant il ne peut pas se présenter à son régiment sans ce titre.

Si vous pouviez aussi , mon cher monsieur, faire encore un effort auprès de ces financiers pour me faire payer les 12 000 livres qu’ils me doivent, cela viendrait bien à propos dans les circonstances présentes. Enfin, s’il vous était possible de venir à Montbard depuis Roanne, vous combleriez nos vœux. Mme Nadault le désire autant que mon fils, supposé qu’il soit encore ici.

Ma santé est un peu meilleure depuis quelques jours. Je prends du caillé trois fois par jour, et je bois très-peu de U 15

COnnESPONDANCE

vin; mais le sommeil n'est pas encore revenu, et les douleurs, quoique sui)portables, sont continuelles.

Adieu, je vous embrasse du meilleur de mon cœur.

IjO comte de Buffon.

(lii&iita. — De la coUeàlioa do de Kaujas de Saint-Fond.)

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A M. THOUIN

Monlbard, la 27 septembre 1787.

Je vois, par l’exposé net et circonstancié que vous me faites de la situation de nos travaux, mon cher monsieur Tliouin , que ces malheureuses fondations ne sont point encore partout k niveau de terre, et je crois que j’arriverai avant que ce bâtiment soit exhaussé de quelques pieds de hauteur'. C’est cependant là , mon cher monsieur, qu’il faut porter toutes nos forces, afin que les cours des écoles ne soient point interrompus, et qu’on puisse faire cet hiver les leçons d’anatomie dans ce nouvel amphithéâtre.

Je vous remercie de nouveau de tous vos bons soins, et je vous prie de porter en dépense les frais de vos voyages à Versailles pour M. do La Chapelle, à Passy pour M. Gojard *, etc.

Soyez sobre, je vous supplie, à déférer aux demandes que mon fils pourrait vous faire, connaissant trop voti’e bonne volonté dont il pourrait abuser, comme on vient d’abuser de la mienne dans les réparations de l’hôtel de Magny, où ces messieurs me disaient qu’il n’y avait que pour huit ou dix jours d’ouvrage à leurs appartements’.

Laissez aussi cette fenêtre que demande M. Lucas; je verrai à mon retour ce qui pourra se faire. Ne changez rien, je vous prie, d’ici à ce temps

DE BÜFFON.

C’est tonjoors avec les mêmes sentiments d’estime et d’attachement que je suis , mon cher monsieur, votre très-affectionné serviteur.

Le comte de Buffon.

(laédite. — Tirée des arcIiiTes du Muséum.)

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