A M. LE BARON DE BRETEUIL
UINISTSE DE PARIS.
' Le 13 février 1788.
Je supplie Monseigneur le baron de Breteuil d’écouter et croire M. Faujas sur tout ce] qu’il lui dira de ma part, au sujet de papiers qui me concernent. Je proteste que je n’ai jamais donné ni signé de démission, et le bon du Roi donné par Louis XV fait voir qu'il ne devait être question de survivance qu’après mon décès'. On peut dire avec vérité que tout est faux dans les deux exposés. J’assure monsieur le baron de Breteuil de toute ma confiance et de mon plus tendre respect.
Le comte de Buffon.
(Inédite. — De U collection de M. do Faujas de Saint-Fond.)
GGGL.XVIII
A MADAME DE MONTBEILURD.
Le 14 février 1788.
J’emploie, madame, mes” premières forces pour vous remercier de toutes les marques d’intérêt et d’amitié que j’ai reçues de vous, et j’attends avec impatience les secondes pour avoir l’honneur d’aller vous en témoigner ma reconnaissance, en vous priant d’être convaincue du prix que j’attache aux
tendres sentiments que vous voulez bien m'accorder. Voici de l’argent, madame, que je vous renvoie avec autant de plaisir que vous avez bien voulu mettre d’honnêteté à l’attendre.
Bütton.
(Inédite. — Conservée dans les manuscrits de la bibliothèque de Semur.)
A MADAME NECKER
Au Jardin du Roi , le 11 avril 1788.
Mon père ifie dicte, madame, ce qu’il voudrait bien être en état de vous écrire de sa main ;
« Ah ! la superbe introduction*! Ce ne sont point de vains arguments, mais des vérités constantes, que l’auteur développe avec une force qui n’appartient qu’à lui. Ya-t-il, en effet, aucun ordre social dans lequel le souverain et son peuple ne doivent être de même opinion religieuse, quelle que soit cette religion? Et notre grand homme, plus attaché à la sienne, a eu toute raison de la donner pour exemple, en disant même comment il a été conduit, après le vide des affaires, à des spéculations plus élevées. Je puis lui promettre en effet trois sortes d’immortalités: la première, celle dont il ne doute pas, et qui, par un élan sublime, porte son âme dans cette immensité dont elle est propre à faire partie; la seconde immortalité sera celle que l’histoire donnera à M. Necker, comme administrateur regretté de la nation entière; et enfin la troisième immortalité de mon éloquent ami sera celle d’un écrivain qui n’a pas eu de modèle, et dont le cœur et l’âme se réunissent pour le bonheur des hommes.
« Cette partie m’a d'autant plus touché, qu’il y réunit les vertus de sa sublime amie, que je n’ai cessé de respecter et d’admirer comme un don divin, et dont elle seule avait été favorisée par le souverain Être. »
J’ai présenté la plume à mon père, et il a encore eu la force de signer *.
Buffon.
(O^tte lettre a été écrite par Buffon deux jours avant sa mort. II l’a dfctée à son fils après s’étre fait lire l’introduction du livre de Necker sur les opinions religieuses. Il n’a rien écrit ni rien lu depuis. Elle a été publiée dans les Mélanges de Mme Necker, et reproduite par M. Flourens.)