A M. CRAMER
PBOFESSEUB DE MATnÊMATIQLES, A GENÉTE.
Au Jardin du Roi, le 4 janvier l'ôü.
Je vous envoie, mon cher monsieur, le reçu de MM. Lullin *, auxquels j’ai remis, il y a d(\jà quelque temps, les 156 livres que vous avez eu la bonté d’avancer pour moi. Mes livres sont encore à Dijon, et je me suis trompé lorsque j’ai cru que je pourrais éviter, par cette route, les frais et l'embarras de la chambre syndicale’. Il faut que ces livres viennent à Paris pour y être visités. J’ignorais ce réglement, qui en effet est nouveau et n’a lieu que depuis environ deux ans. l'nc autre fois je vous supplierai de m’adresser les livres à Lyon, où il y a coinmo à Paris une chambre syndicale. Vous aurez peut-être été surpris de recevoir les trois volumes de notre ouvrage', brochés, coupés, en un mot très-mal équipés; mais je vous dirai, mon cher monsieur, que l’empresseinent que j’avais de vous le donner ne m’a pas permis d’attendre la distribution qu’on en doit faire par ordre du ministre’. C’est mon exemplaire, celui qui était à mon usage, que je vous ai envoyé. Je compte le remplacer incessamment jmr un autre, qui sera relié, et, comme j’ai mis M. Jallabert* sur ma liste, j’espère de votre amitié que vous voudrez bien faire relier ce premier exemplaire à l’instar de celui que je vous enverrai, et que vous le lui remettrez. Cette précaution pour l’uniformité des reliures est nécessaire, à cause des volumes suivants. Je compte que le quatrième paraîtra au mois de septembre. On a dit à Paris encore [dus de bien et de mal de cet ouvrage qu’on n’a pu en dire à Genève; le succès en a cependant été prodigieux, car l’édition a été épuisée en six semaines. On en fait actuellement deux autres, dont l’une in-quarto, toute semblable à la première, paraîtra avant la
fin du mois, et l’autre in-douze au commencement de mars. 11 est déjà traduit en anglais, en hollandais et en allemand, et les premiers volumes de ces traductions paraissent déjà à Londres, à la Haye et à Leipsick’. En voilà plus qu’il n’en faut pour que je sois content. 11 y a eu beaucoup de clabauderies, et cependant pas un mot de critique écrite*.
Mme du Humain, chez qui j'ai dîné aujourd’hui avec M. l’abbé Sallier ’, m’a chargé aussi bien que lui de vous faire mille compliments. J’y joindrais volontiers les miens, à cause du commencement de l’année, si je n’étais persuadé que vous voulez d’autres marques de mon amitié que celles qui sont d’un usage commun. Je vous embrasse donc, mon cher monsieur, et vous supplie de croire qu’on ne peut vous être plus sincèrement attaché que je le suis.
Buffon.
(Inédite. — De la collection de M. L. Gilbert. C’est à H. Roche-Billières que nous devons la connaissance de cette curieuse lettre.)
GCCLXXII
A M. FONTAINE DES BERTINS.
Le 10 juin 1768.
Je ne vous envoie , monsieur, que deux lettres , parce que, dans toute la liste de vos juges , je ne connais que M. de Brosses et M. Le .Mulier*. Je leur recommande votre affaire avec instance, et j’espère que vous aurez lieu d’être content du jugement. Le fond ne m’en parait pas équivoque, et il faudrait des circonstances bien singulières pour que vous pussiez succomber. J’ai l’honneur d’être, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
(Inédite. — De la collection de H. Chasles, de l’Académie des sciences.)
DE BÜFFON.
CGCLXXIII
A M. THOUIX
Montbard, le 13 juillet 1781.
Je VOUS envoie, mon cher monsieur Thouin, une lettre que je reçois de M. Vasseur, locataire actuel de la maison Lelièvre pour que vous alliez lui faire réponse de ma part et voir en effet avec lui le prix que les ptropriétaires voudraient la vendre. Je ne connais pas cet homme et je ne sais si nous devons nous y lier, d'autant que si j’achète la maison, il faudra qu’il en sorte , ce qui probablement est contre son intérêt. Cependant, je crois que nous ne risquons rien en lui disant que je lui ferais une belle main si par son entremise je pouvais avoir cette maison au même prix que je l’ai vendue, c’est-à-dire pour 12 000 livres. Vous avez toute la prudence qu’il faut et vous traiterez bien cette petite négociation. Il faut aussi voir M. Aubert; il m’a écrit aujourd’hui que la première enchère, qui, je crois, est la seule, est de 14 000 livres; mais cette première enchère pourrait être fictive*, et comme je lui ai marqué que je ne lui donnais pouvoir que jusqu’à 15 000 livres, nous pourrions manquer la maison si cette enchère était réelle. Vous aurez le temps de prendre langue sur cela, et, quand j’aurai reçu votre réponse, je donnerai pouvoir à M. Aubert pour 100 ou 200 pistoles de plus ; mais il faut aller doucement, surtout dans un moment où j’ai moins d’argent que jamais.
Je suis et serai toujours dans les mêmes sentiments d’attachement pour vous, mon très-cher Thouin.
Le comte de B,uffon.
(Inédite. — Tirée des archives du Muséum.)
* Cette lettre à M. Thouin, et les cinq autres qui la suivent, ne nous avaient pas paru d'abord assez intéressantes pour être publiées; mais en les relisant
CCGLXXIV
AU MÊME
Montbard, le 5 août 1781.
Votre visite, mon cher monsieur Thouin, auprès de M. Dufresne ' a fait un bon elfel, car je viens de recevoir une lettre de lui par laquelle il me promet de me donner incessamment de l’argent’; ainsi, nous pouvons faire l’acquisition de la maison Lelièvre. Vous voyez que mon soupçon était bien fondé lorsque je vous marquais en premier lieu que cette enchère à 14 000 livres me paraissait fictive, et je ne sais s’il ne vaudrait pas mieux traiter l’affaire à l’amiable par l’entremise du sieur Vasseur que par la voie directe de M. Aubert, d’autant que, quand je deviendrais propriétaire de cette maison, je ne l’en délogerais pas de si tôt, et il sera content de moi si je le suis de lui. Je pourrais donc déposer incessamment entre vos mains une somme de 1 0 ou 12 000 livres, que vous feriez offrir aux ci-éanciers par le sieur Vasseur, comme si c’était pour lui qu’il eût dessein d’acquérir la maison, et lorsqu’on serait convenu du prix, qui ne doit jias excéder 12 000 livres, vous conduiriez le sieur Vasseur chez M. Aubert pour faire passer l’acte en mon nom. Je ne suis point dans l’intention d’aller au delà de 12000 livres, et il faudrait bien faire en sorte, à cause du droit de vente et du centième denier, de l’avoir encore à moindre prix s’il était possible; mais il faut tâcher de ne pas manquer la maison Lelièvre, et, supposé que vous ayez besoin d’une procuration.
§lu« attentivement, nous y avons trouvé quelques détails utiles à l’intelligence es lettres antérieures, et nous nous sommes décidé à les insérer dans notre Recueil, puisque quelques autres lettres, découvertes pendant l’impression, ont obligé à faire une sorte d’appendice. Ces six nouvelles lettres, adressées au jardinier en chef du Jardin du Roi, démontrent d’ailleurs une fois de plus quelle merveilleuse sagacité Buffon aj'portait dans les affaires. 11 possédait véritablement le génie de l’administration.
je l’enverrais ou en votre nom ou en celui de M. Aubert , comme vous le jugerez à propos; il faut aussi insister pour ne point payer les frais de cette licitation.
Je suis très-content du compte que vous me rendez du travail des carriers sous mon logement. Il faudra les suivre avec attention, car vous savez qu’ils avaient fait de bien mauvaise besogne sous la cour, il y a quelques années, et qu’ils avaient mis des fagots et des bûches au lieu de faire de bons piliers pour soutenir le terrain J’ai écrit à M. Verniquet d’y regarder de prés , et j’espère que vous voudrez bien le faire aussi; je lui ai même marqué que, pour accélérer l’ouvrage, les ouvriers de M. Guillaumot pouvaient prendre des matériaux dans ceux que nous avons en réserve, et supposé que le vide de la carrière s’étende aussi sous la maison Lelièvre, il serait bon d’y faire travailler aussi.
Je suis toujours, mon cher monsieur Thouin, dans les mêmes sentiments d’attachement pour vous.
Le comte de Buffon.
(Inédite. — Tirée des archives du Muséum.)
GGGLXXV
AU MÉ.ME
Montbard, le 19 août 1781.
J’ai reçu votre dernière lettre, mon très-cher monsieur Thouin , et il me semble , par le détail que vous avez pris la peine de me faire , que nous pouvons nous confier au sieur Vasseur. Ainsi, je suis déterminé à lui envoyer ma procuration; mais comme les notaires de ce pays-ci ne connaissent pas bien les formes usitées à Paris , il faudrait m’envoyer un modèle , que je ferais copier ici par mon notaire, après quoi je vous adresserai cette procuration. J’écris par ce courrier à M. Lucas de vous remettre 6000 livres, que vous voudrez
bien garder jusqu’à ce que le sieur Vasseur soit obligé de consigner les offres réelles qu’il fera pour l’acquisition de cette maison. En relisant attentivement votre lettre , je crains que ma procuration ne vous arrive pas assez tôt ; mais le sieur Vasseur, qui a déjà offert 10 000 francs, peut être assuré que je ne le désavouerai pas et qu’il peut même aux enchères porter la maison jusqu’à 12, car je ne crois pas qu’il se trouve des enchérisseurs au-dessus. Mais , quand même il faudrait aller jusqu’à 13 000, pourvu que les frais de licitation en fussent séparés et que vous n’eussiez à payer que les droits seigneuriaux et les frais de contrat, je trouverais encore l’acquisition bonne; enfin, je m’en rapporte bien volontiers à votre prudence.
Vous connais.sez, mon cher monsieur Thouin, tout mon attachement pour vous.
Le comte de Buffon.
(Inédite. — Tirée des archives du Muséum.)
CGGLXXVI
A M. TRÉCOURT'.
Au Jardin du Roi, le 21 décembre 1781.
M. Royer vous remettra, monsieur Trécourt, un paquet en toile cirée qui contient la table des concordances des noms des oiseaux , qu’il faut transcrire et arranger par ordre vraiment alphabétique , suivant que les lettres se succèdent , comme M. l’abbé Bexon l’explique dans une page que vous trouverez au-dessus de ces mômes feuilles. Je ne doute pas que vous l'exécutiez bien *, et , pour en être plus assuré , vous n’aurez qu’à me renvoyer la lettre A , dès que vous l’aurez transcrite et arrangée.
Vous avez toute raison dans ce que vous me marquez au sujet du recépage; il faut, en effet, faire couper les jeunes chênes entre deux terres et au-dessous des doubles et triples
DE BÜFFON.
tiges, comme vous l’avez fait dans l’échantillon que vous m’avez envoyé ; vous pouvez donner cet ordre de ma part à tous mes ouvriers et vous ferez bien de les suivre aussi souvent et d’aussi près que vous pourrez.
Vous pourrez demander à M. Guérard, dans les premiers jours de janvier, le payement de votre mois de décembre, et , si vous avez fait quelques autres frais , vous lui fournirez mémoire et quittance du tout. Ne doutez pas de mes bonnes intentions à reconnaître vos services et à vous en rendre , si l’occasion s’en présente.
Le comte de Bijffon.
P. S. — Vous mettrez sur votre état le port de cette lettre.
(Inédite. — De la collection de M. Henri Nadaull de Buffon.)
CCCLXXVII
AU .MÊME
Paris, le 25 avril 1783.
J’ai reçu, monsieur Trécourt, votre lettre avec les rôles de la dépense, jusque et compris le 19 avril, et je vois qu’il ne reste entre vos mains qu’une somme de 16 livres 15 sous 6 deniers. J’écris par cet ordinaire à M. Guérard de vous remettre encore 150 livres, afin que vous puissiez subvenir à la dépense de la prochaine quinzaine. Je suis bien aise que vous ayez fait achever la plantation des pins et que l’humidité de la saison ait déjà fait pousser tous nos jeunes arbres; il faut soigneusement recommander au sieur Ganiant de ne laisser entrer aucun bétail dans ces plantations, non plus que dans le jeune taillis de ce bois. J'écris aussi à M. Guérard qu’il est nécessaire d'aller avec vous aux bois et à la plantation d’Aigremont, ainsi qu’à ceux de Saint-George et de Lucenay; ainsi, prenez jour avec lui et menez avec vous le sieur Ganiant et le garde de Buiïon.
COnRESPONDANCE
Ce n’est pas mal employer votre temps que d’aller, le plan à la main, reconnaître les cantons de mes bois, et vous avez très-bien pensé que pour plus de facilité il fallait avoir un plan réduit; je suis bien aise que vous l’ayez entrepris, persuadé que vous en viendrez à bout , et vous pourriez faire acheter à Semur les couleurs qui vous manquent pour enluminer vos plans.
Vous pouvez payer à Bréon les deux journées qu’il réclame, quoique je n’en aie aucune connaissance. Vous avez bien fait de planter dans votre jardin les deux poiriers et l’abricotier; je souhaite qu’ils réussissent, et je veux que vous les gardiez pour vous.
Vous connaissez tous les sentiments d’attachement que j’ai pour vous, et je vous prie d’en être persuadé.
Le comte de Buffon.
(Inédite. — De la collection de M. Henri N'adault de Buiïon.)