‹ Correspondance inédite de BuffonChapitre 59 sur 133 · CCCLXXVIII · texte numérisé non relu

CCCLXXVIII

A M. THOÜIN.

Montbard, le 31 août 1785.

Mon cher monsieur Thouin, vous faites toujours très-bien tout ce que vous faites , et peut-être trop bien les choses qui me regardent, car je comptais payer séparément les cadeaux qu’il était convenable de faire’; mais je ne changerai rien à l’honnête disposition que vous avez faite, et je vois par votre arrêté qu’il ne nous reste plus que 14 310 livres 15 sous 1 1 deniers, ce qui me paraît bien court pour toute la dépense que vous serez obligé de faire d’ici à mon retour, c’est-à-dire jusqu’au commencement de novembre. J’espérais que M.Lenoir pourrait nous aider en faisant passer sur les fonds destinés à la dépense des carrières le mémoire de M. Verniquet; mais vous verrez par la lettre ci-jointe de M. Guillaumot

que ce dernier n’a pas voulu allouer ce mémoire, et je pense qu’il n’y a que vous qui puissiez les concilier et faire réussir cette affaire en en rendant compte directement à M. Lenoir. Il a toute confiance en vous, et je suis persuadé qu’il vous croira de préférence à M. Guillaumot, qui ne met ici des obstacles que parce que je ne l’ai pas employé. Vous savez, néanmoins , que ç’a d’abord été mon intention et qu’il y a quatre ans qu’il s’était chargé de ces réparations , mais qu’au lieu de les avoir faites solidement , ses ouvriers n’ont fait que masquer par de la terre amoncelée tous les endroits périlleux, au lieu de les avoir soutenus par de forte et bonne maçonnerie * ; et c’est cette seule raison qui m’a forcé à employer M. Verniquet, dont M. Guillaumot parait ici jaloux mal à propos. Je le répète, vous êtes prudent et très-avisé; vous seul pouvez terminer cette grande affaire avec succès. Je suis aussi bien persuadé que vous ne négligerez pas l’obtention de nos lettres patentes ; c’est encore de nouvelles démarches pénibles et peut-être dispendieuses.

J’ai vu dans l’exposé des travaux un article que je n’entends pas bien. Vous dites que la partie du mur qui doit séparer mon terrain du vôtre, qui est dr 16 toises de long sur 1 8 pouces de large et 12 pieds de haut, y compris chaperon et fondation, a été faite par les ouvriers de Thouin. Mais, mon cher monsieur 'Thouin, je ne prétends pas qu'il vous en coûte un sol pour cette construction, et, par conséquent, il faut porter sur votre état de dépense ce que vous avez payé à vos ouvriers.

Recevez les assurances sincères de tout mon attachement.

(Inédite. — Tirée des archives du Muséum.)

GGCLXXIX

AU MÊME

Montbanl, le 12 septembre 178'.

J’ai reçu, mon cher monsieur 'Thouin, vos lettres avec les mémoires et pièces justificatives, ainsi que ceux de l’emploi du temps, que vous exposez avec une si grande clarté qu’il me semble être présent à vos travaux. Je vois que, malgré l’augmentation des ouvriers, notre nouvel amphithéâtre n’avance guère. C’est cependant l’objet le plus essentiel et auquel il faut porter toutes nos forces'. Suivant votre dernier arrêté du 9 courant, il vous reste entre les mains 5212 livres 19 sols 10 deniers, et j’envoie par ce même ordinaire huit billets de 1000 livres à M. Lucas avec ordre de vous les remettre. Cela fait en tout 13 212 livres 19 sous 10 deniers, ce qui sera suffisant pour la prochaine quinzaine, dont l’échéance est au 23 de ce mois. Cependant, vous aurez peut-être à payer les quatre bateaux de pierre meulière que M. Verniquet demande; mais ce serait pour la quinzaine suivante, et je ne laisserai pas manquer tout l’argent nécessaire , quoique je sois forcé d’emprunter, car voici ma position actuelle :

1° Je suis en avance d’environ 40 000 livres du restant de ce qui m’est dù pour l’hôtel de Magny.

2° Mon état de dépense sur mon plumitif depuis le 1" de janvier 'monte à 81 367 livres 18 sous 5 deniers.

3° 11 m’est dù par le Iloi le montant de l’ordonnance que M. de La Chapelle devait faire expédier de 92 380 livres. Cela fait en tout une somme de 213 747 livres 18 sous 5 deniers, sans compter les 13 212 livres 9 sous 10 deniers que vous avez entre les mains. Je vous prie donc instamment, mon cher monsieur, de choisir votre jour pour aller à Versailles voir M. de La Chapelle et lui dire que j’ai attendu jusqu’ici des nouvelles de l’ordonnance qu’il avait bien voulu vous

ikl

promettre d’expédier promptement, que j’ignore si cette ordonnance a été expédiée et envoyée en finance, et que je le supplie de n’y pas perdre de temps; car, entre nous, j’en aurais grand besoin, et peut-être l’ordre du payement au Trésor royal sera-t-il encore plus difficile et plus long que l’expédition de l’ordonnance*. Vous voudrez bien me dire en confiance si je serai obligé de faire solliciter le principal ministre pour être payé de mes avances. Quoi qu’il en soit, je m’arrange ici pour faire passer à Paris tout l’argent que vous pourrez dépenser, quand même vous augmenteriez encore le nombre de vos ouvriers ; ainsi , pressez les travaux autant qu’il vous sera possible, surtout ceux du nouvel amphithéétre, car j’ai fort à cœur que cet édifice soit construit avant le mois de janvier. Je n’attendrai pas cette mauvaise saison pour me rendre auprès de vous, et je compte pouvoir faire le voyage sans inconvénient vers le 20 du mois prochain. '

Adieu, mon très-cher monsieur, mille amitiés et mille remerclments de tous vos bons soins.

(Inédite. — Tirée des archives du Muséum.)

CCGLXXX

AU .MÊME

Montbard, le 23 septembre 1787.

Je VOUS suis très-obligé, mon très-cher monsieur Thouin, de la diligence que vous avez mise à prendre des informations auprès de .M. de La Chapelle : il m’aurait épargné quelques inquiétudes s’il m’eût instruit plus tôt de l’envoi de mon ordonnance en Jinance ; et comme je l’ignorais et que je craignais de manquer d’argent pour la continuation de nos grands travaux, j’ai emprunté 30 000 livres, que M. Lucas vous remettra le 29 ou le 30 de ce mois. Cela nous donnera ■le temps de solliciter le payement de l’ordonnance. Nous

Il IG

242 CORRESPONDAKCE DE BUFFON. [1787]

sommes actuellement arrivés à 55 000 livres de dépense depuis mon départ, savoir : 11 000 livres que je vous avais laissées en partant, 4000 livres d'un billet à mon ordre, 18 000 livres remises par M. Lucas venant du Trésor royal, ce qui fait déjà 37 000 livres; ensuite 10 000 livres en billets de caisse et ensuite 8 autres mille livres en mêmes billets, ce qui fait en tout 55 000 livres; et en y ajoutant les 30000 livres que M. Lucas vous remettra le 29 ou le 30 de ce mois, cela fera 85 000 livres, ce qui sera peut-être sulTTisant d’ici à la fin de l’année. Mais, quand même cette somme ne suffirait pas, je trouverai le moyen d’ajouter tout ce qui .sera nécessaire pour ne pas suspendre l’activité des travaux, car j’ai surtout fort à cœur d’achever le nouvel amphithéâtre, et j’ai écrit à M. Verniquet d’en accélérer la construction autant qu’il serait possible; et vous me ferez plaisir de lui renou- ' veler sur cela mes instances et d’y tenir la main. .\u reste, je ne tarderai pas jjlus de trois semaines à retourner auprès de vous, et je me réjouis d’avance de vous revoir et de vous renouveler de vive voix tous les sentiments d’estime et d’attachement que vous méritez et que je vous ai voués.

Le comte de Büffon.

(Inédite. — Tirée des archives du Muséum.)

NOTES

ET

ÉCLAIRCISSEMENTS

NOTES

ET

ÉCLAIRCISSEMENTS

Note 1, p. 1. — Il s’agit de deux exemplaires en plâtre, moulés sur l’original, du buste de BufTon, par Pajou. Il fut achevé par cet artiste, en 1776, la même année que la statue en pied que lui commanda le comte d’Angeviller. Ce buste se trouve aujourd’hui au musée du Louvre (Sculpture moderne). Saurin composa l'inscription suivante :

Heureux confident d't'ranie,

II sut à la Nature arracher son bandeau;

Sur son front brille le génie,

Dans ses mains Michel-Ange a remis son pinceau.

J’ai eu occasion de voir un exemplaire en plâtre d’un autre buste du même sculpteur, qu’on prétend à tort être celui de la fille de Buffon, morte à l’âge do deux ans. Ce doit être bien plutôt le buste de Betzy Daubenton, seconde femme du jeune comte de Buflbn. J’ignore ce que peut être devenu l'original, je n’en ai vu aucun moulage à Montbard, et je n’en ai jamais entendu parler à celle qu’il intéressait le plus.

Note 2, p. 1. — Élisabeth-Georgctte Daubenton, qu'on n’appelait pas dans sa famille autrement que du petit nom àe Betzy, née à Montbard le 28 mars 1775, mourut le 17 mai 1852. Elle perdit fort jeune son père (février 1785), Georges-Louis Daubenton, neveu du collaborateur de BufTon, et qui laissa des affaires très-embarrassées. Sa mère, dont Buffon appréciait au plus haut point l’eeprit et le cœur, comme

NOTES

le témoignent scs nombreuses lettres, s’occupa de son éducation avec le plus grand soin. Betzy Daubenton montra de bonne heure les plus heureuses qualités, et le fils de BulTon, qui avait pu en connaître le prix dans la société intime du Jardin du Roi, épousa Betzy Daubenlon, des que la loi lui permit de le faire. Elle n’avait alors que dix-huit ans. Un jugement avait prononcé, le 28 juillet 1791, la séparation de corps et de biens du jeune comte de Buffon et de sa première femme; le 14 janvier 1793 ils avaient divorcé; le 2 septembre suivant, Betzy Daubenton devint Mme de Buffon.

Le 21 août 1793, le comte de Buffon écrit do Brienno au P. Ignace :

( Soyez content, Ignace, je me marie, tout est prêt; depuis un mois, j’ai tout fait mettre en ordre, et sous quinze jours je serai marié; faites-en votre compliment à ma petite femme.... » Le 5 septembre, il lui fait part de son mariage en ces termes ; t De jeudi dernier, Ignace, me voilà marié, heureux, content et tranquille; Betzy l'est aussi, et c’est là mon plus grand bonheur. A dix heures nous avons été à la municipalité avec M. Daubenton, M. de Montbeillard, M. Hérault de Séchelles et M. de Morveau. Ils ont été nos quatre témoins, et, de là, nous sommes venus à la paroisse du Roule, sur laquelle nous demeurons; et là, le curé, honnête cl brave homme, nous a mariés, tout comme cl avec les mêmes cérémonies que si je no l'avais été jamais auparavant. A l’église, poêle, anneau, pièce de mariage, tout a été fait. Je demeure maintenant rue du Matignon, n° 9, faubourg Saint- Honoré ; adressez-y vos lettres. Vous en avez écrit une à Betzy, je lui laisse à y répondre; mais vous faites bien mon éloge, et peutêtre vous êtes trop indulgent. »

Sur la dernière feuille de 1a lettre de son mari, la nouvelle comtesse de Buffon a écrit ce qui suit :

« J'ai reçu votre charmante lettre, mon re.'|>cclablc ami; elle m’a fait un grand plaisir. Il est bien doux pour moi de voir que mon bonheur a l’approbation et fait la satisfaction de mes amis; je suis à présent parfaitement heureuse. M. de Buffon a l'air content, il mo comble de bontés; je suis parfaitement réconciliée avec mes parents du Jardin des Plantes; je ne regrette que de ne pas avoir pour témoins de mon bonheur nos amis qui y prennent autant de part que vous. Je suis bien sensible aux marques d’amitié que vous me donnez dans votre lettre; vous avez toujours regardé M. de Buifon comme votre enfant; je vous demande maintenant de reporter et partager un [leu l’amitié que vous avez pour lui sur nous deux. J’espère que nous vous verrons dans quelque temps. Lorsque les scellés de M. de Buffon seront levés, il ira peut-être à Monlbard quelques moments pour fiuir ses affaires; alors nous aurons un bien grand plaisir à vous voir.

ET ÉCLAIRCISSEMENTS

H. de BufTon vous a mandé la manière dont nous avons été mariés ; j'aurais Lien désiré que c’eut été par vous, et je suis sûre que cela vous aurait fait plaisir aussi. Maman me charge de vous faire mille amitiés et rcmerciraents de tout ce que vous lui dites d'aimable; et moi, mon cher et digne ami, je vous prie de recevoir l’assurance des sentiments d’amitié et de respect que je vous ai voués. > •

Ce second mariage semblait promettre au comte de BulTon le bonheur qu’il avait en vain demandé au premier (Voy. la note 1 de la lettre cccxxij; il fut encore plus malheureux cependant. Quelques mois à peine après une union qui paraissait si bien assortie , M. de BufTon était arrêté, et, moins d’un an après, condamné [lar le tribunal révolutionnaire. Une lettre écrite par lui quelques semaines avant sa mort à Mme Daubenton, mère de sa femme, mérite de trouver place ici ; elle est ainsi conçue :

« Paris, 2 floréal, l’an second de la République française, une et indivisible.

c Depuis quatre ans passés, ma chère amie, vous savez qne mon plus ardent, mon unique désir, était do rendre votre chère fille heureuse, que j’ai cherché tous les moyens de le faire, et do le faire d'une manière qui pùt, si elle venait à me perdre, lui laisser un sort agréable, ou qui au moins la mit au-dessus des inquiétudes de fortune. Enfin est arrivée la loi du divorce, et j’ai pu devenir libre et unir mon sort à votre enfant. Je l’ai fait, j’étais parfailement heureux, et je puis dire ivre de joie et de bonheur; en effet, si jamais il y a eu sur la terre un bonheur parfait, je l’ai goûté pendant quatre mois. Vous connaissez les détails de mon arrestation, et la suite de cette singulière affaire qui, du sein du bonheur, m’a plongé dans le fond d’une prison où je suis depuis deux mois et deux jours. J’y souffrais avec patience, sûr de mon innocence et espérant de revenir au bonheur aussitôt qu’on voudrait c.\aminer mon affaire. Pendant ce temps, les événements ont amené le décret qui chasse de Paris tous les ex-nobles et leurs femmes. Me voilà donc frappé moi-méme, et bien pis, voilà votre malheureuse fille, qui avait le bonheur de n’étre pas ex-noble, qui se trouve frappée pour avoir épousé un ci-devant noble. La voilà, cette enfant charmante, si douce, si bonne, tant faite pour être heureuse, la voilà marquée au sceau de la réprobation, mise dans une caste à part et chassée. Et voilà le fruit de mon amour, et voilà la récompense de ses soins pour moi; c’est là le service que je lui ai rendu; et, en dernière analyse, tous mes efforts pour la rendre heureuse se réduisent à lui faire perdre son bonheur, sa tranquillité, à la faire proscrire

en un mot. Ciell quelle position que la mienne! quel désespoir s'ern* pare de moi, lorsque je pen^e que c'est à cause de moi qu'elle se trouve dans ce cas et hors de l’honorable classe des citoyens I Funeste effet des passionsi hélasi si elle ne m'eût pas aimé, elle serait tranquille; quel présent je lui ai fait en lui donnant ma maint Combien je me repens d’avoir cédé à ses instances, et de n’avoir pas été assez maître de moi pour résister au charme, irrésistible il est vrai, qui m’entraînait vers elle! Et si dans quelque temps la république triomphante, comme elle le sera sans doute, vomissait de son sein toute cette caste de ci-devant nobles et les condamnait à la déportation pour prix de leurs sottises et de leur orgueil incorrigible ; si les vrais amis de la chose publique qui , comme moi, ont le malheur d’élre entachés de cette souillure, y étaient compris, ce qui peut arriver, les exceptions étant difQciles dans do telles circonstances, voyez-vous votre enfant, victime de son amour pour moi, languir en terre étrangère, sur un sol inhospitalier, sans fortune, sans amis, sans appui? La voyez-vous, privée de sa fortune propre, tendre la main et demander sa subsistance? me voyez-vous, moi, mourant à chaque instant de douleur, de désespoir et de rage d’étre cause de ses malheurs et de les avoir attirés sur elle? Il me serait impossible de soutenir un pareil spectacle; j’en aurais la force pour moi, mais de l'y avoir entraînée me tuerait. Sans doute il n’est pas sùn que cette loi soit portée, je le sais; il n’est pas sûr même que nous y fussions compris, je le sais encore ; mais cependant cela pourrait être ; eh bien I il faut mettre votre chère fille en sûreté là-dessus. Il est un moyen qui me brise l’âme, qui me désole, qui me tue; mais enfin j’achèterai à tous les prix la certitude de sa tranquillité. Qu’elle divorce, et alors, quelques événements qui arrivent, elle sera tranquille. Je lui en ai parlé; cet ange n'y veut pas consentir, elle me répond ; f A quoi bon? si tu c étais déporté, je te suivrais toujours, divorcée ou non. » Faites-lui des représentations sur le danger qu’elle court. F.st-il possible que ce soit moi qui vous donne cette commission, qui vous demande de l’engager à rompre, à briser les liens qui font tout mon bonheur, qui vous demande cela pour sa tranquillité? J’ai écrit ce matin à sa tante là-dessus, j’attends sa réponse. Vous voyez que je me sacrifie en entier pour elle, que je m’immole entièrement ; mais je crains tant de voir 80 réaliser la peinture que je vous fais, que non-seulement j’y donnerai mon consentement, mais que je l'en presse.

« Peut-être cependant serait-il encore un moyen bien meilleur, s'il pouvait réussir. 11 faudrait faire proposer au comité de salut public cette question-ci ;

t Une fille non noble qui a épousé un ci-devant noble divorcé d’avec

ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 249

une femme ci-devant noble, et qui lui-méme est bon patriote, ne peut-elle pas être exemptée du décret?

f L’bomme est le Gis de Buffon, la femme est la nièce de Daubenton,qui tous deux ont rendu de grands services à la France, fondé le Muséum national, où Daubenton continue à éclairer et à instruire , ■ l'humanité.

€ Si le comité répondait oui, quel bonheur pour moi et pour ellel Il faudrait en avertir .Morveau, qui, non pas pour moi, mais pour vous qu’il aime, pour votre enfant que vous rhérissez, pourrait appuyer cela auprès de ses amis. J’enverrais aussi cette question avec une note de dix lignes. J’attends votre réponse là-dessus.

c Et moi, si jamais je vous ai causé quelque peine, ne conservez au moins aucun mécontentement contre moi. Si jamais j’ai eu des vivacités, ne les attribuez qu’à de longues et réitérées contrariétés. Au reste, mes malheurs doivent vous toucher, et sûrement vous n’y êtes pas insensible; le plus grand mal est qu’ils retombent sur Betzy, et c’est elle surtout qu’il faut tâcher d’en sauver/ Vous êtes bonne mère, et vous sentez bien l’importance dont cela est. Puissiez-vous guérir, et puissions-nous jamais nous réunir à la campagne et vivre pauvres, mais heureux et tranquilles I

f Leclerc-Buffon. »

A cette lettre, écrite de la prison du Luxembourg, j’ai joint dans ma collection le billet suivant, envoyé par le comte de BuGon à sa femme la veille de sa mdrt :

c Le citoyen BulTon est enchanté de savoir que sa chère femme se porte bien.

c II lui recommande bien de prendre garde à sa santé. La sienne est très-bonne, à l’exception do la douleur bien vive qu’il ressent de son arrestation. »

Dans le papier, sur lequel sont tracés d’une main assurée ces quelques mots, SC trouve une mèche de cheveux ; sur un pli extérieur du papier, est écrit d’une main lourde et inhabile :

t A la citoienne lorance grand cotidur A” 3. — je vous direz que Ion ne ma rien douez pour ma commision.

c Le Roy, commisionaire ;jalans la réponse. »

Après la mort de son mari, Mme de Buffon, donataire universelle de sa fortune par contrat de mariage et dont les biens libres représentaient encore une somme assez importante, se trouva cependant réduite à un état de gène voLsin de la misère. Veuve d’un condamné, elle ne pouvait toucher aucun de ses revenus. La bourse de quelques

NOTES

amis, générouseinent ouverte, l’aida à vivre durant la 6n du régime de la terreur. Cette situation difficile so prolongea même après le 9 thermidor. Mme de Buffon ne put que bien tardivement rentrer en posaession d'une fortune qu’une suite de circonstances malheureuses devait anéantir entre scs mains.

Un document, dont M. Boutron a bien voulu nous donner communication, et qui se rattache à cette époque funeste de la vie de la seconde comtesse du Bulfon, retrace d'une manière saisissante la misère do ces temps désastreux , où les survivants étaient peut-être plus à plaindre que les victimes. La pétition suivante de Mme de Buffon à la Convention nationale est d'un intérêt historique :

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