‹ Correspondance inédite de BuffonChapitre 60 sur 133 · AUX BEFUCSE.NT.V.NTS DU PEUPLE , MEUBRES DU COMITE DES FINANCES · texte numérisé non relu

AUX BEFUCSE.NT.V.NTS DU PEUPLE , MEUBRES DU COMITE DES FINANCES

« La citoyenne Élisabetli-Gcorgette Daubenton, veuve de Georges- Louis-Marie Leclorc-Bulhin, résidant à Paris, expose que son mari a péri le 22 messidor dernier, victime de la tyrannie qui désolait alors la république; qu’elle fut elle-même arrêtée avec tous les réfugiés de Neuilly, et qu’elle gémissait dans les cachots au moment même où son mari perdait la vie. A l'époque du 9 thermidor l'exposante fut mise en liberté; mais elle se trouva sans aucune ressource, parce que tous les biens de son mari avaient été séquestrés.

* Il résulte cependant de son contrat de mariage en date du 8 octobre 1793 (vieux style) qu’elle a apporté à son mari cent mille livres, et que, lui ayant survécu, elle est donataire universelle du ses biens, donation qui fut stipulée pour lui tenir lieu de douaire.

€ La fortune du citoyen Leclerc-Bufîon était considérable. Le seul mobilier de la maison de Montbard a été vendu au delà de deux cent mille livres; mais le produit en a été versé dans la caisse du district. L’exposante manque de tout, et même elle ne pourvoit à ses premiers besoins qu’à l'aide d'amis généreux dont elle craint d'abuser et qui ne sont pas en état de continuer longtemps leurs secours.

c En conséquence, l’exposante implore la justice de la Convention et celle du comité pour que ses droits résultant de son contrat de mariage aient leur effet, et demande un secours provisoire de la somme de trente mille livres, tant pour pourvoir à ses plus pressants besoins que pour acquitter les dettes qu'elle a été obligée de contracter pendant et depuis son arrestation.

c A Paris, le cinq ventôse, l’an troisième de la république «ne et indivisible.

c E. G. Daubenton, veuve Leclerc-Buffo.n. »

ET ÉCLAIRCISSEMENTS

A sa sortie de prison. Mme de Buflbn avait trouvé un asile auprès de sa tante Marguerite Uaubenton, <|ui liabitail le Jardin des l’Ianles. Protégée par un nom devenn populaire, elle cessa d’ètre inquiétée. Lorsque des jours plus calmes eurent enfin succédé à la tempête, la comtesse de Buffon, dépossédée de la fortune de son mari, fut le premier exemple d'une restitution de biens confisqués au profit de l'État. Cependant, malgré ses réclamations successives, elle ne put jamais rentrer dans les avances considérables faites par son beau-pere pour l'embellissement du Jardin du Roi. Sans cesse troublée dans sa tranquillité et dans son repos par les difficultés que lui suscitait l'administration d'une fortune importante, mais bien gravement compromise par les événements politiques, elle se retira de bonne heure dans sa terre do Uontbard, où elle ne songea qu'à répandre des bienfaits autour d’elle.

Note 3, p. 2. — M. de Carnegie, ou plutôt le chevalier Carneghi, était venu passer quelques mois à Semur, près do Gucncau de Montbeillard, qui annonçait ainsi cette visite à sa femme : t'Le chevalier Carneghi doit partir vendredi et arriver dimanche à Semur, peutêtre samedi soir; il a un valet de chambre et un laquais : il faut tâcher de faire coucher son monde à portée de lui, par exemple le valet de chambre, qui me parait un homme propre, dans le second lit de la chambre, et le laquais dans le cabinet de toilette, à côté. Tu lui donneras (à M. de Carneghi), la clef du cabinet d’Hi.stoire naturelle, qui sera le sien. Il faudra peut-être faire rebattro sur-le-champ les matelas. Tu lui porteras les livres qu'il demandera, tu lui feras boire pour ordinaire le vin de Sanlenai ; tu lui feras boire pour extraordinaire, aussi souvent qu’il voudra, l’ancien vin de Beaune que j’ai fait renouveler par la Bureau, et qu’il faudra encore renouveler; un peu do notre meilleur vin de Gênai, s’il en a besoin ; et pour extraordinaire plus distingué, le vin do Beaune qui file, mélé par moitié avec le nouveau vin de Beaune qui est encore trop neuf. La Bureau sait tout cela ; il faut aussi qu’elle mêle le vin blanc de Meursault qui file avec environ un gobelet de vin blanc nouveau de Chevigny, en transvidant le vin de Meursault et laissant ce qui est épais, afin que le mélange soit bien clair. On n’aura guère de temps pour faire tout cela; mais il faut toujours commencer, et quand on sera au courant il n’y aura qu’à suivre. Peut-être arriverai-je avec M. Carneghi pour l’établir. »

( La lettre dont est extrait ce passage est conservée dans les manuscrits de la Bihliuthè<iue de Semur.)

Note 4, p. 2. — On lit dans les gazettes du temps : « Un rhume épidémique qui a commencé à Londres et y cause actuellement do

l’inquiétude, au point qu'on voit arriver beaucoup d’Anglais pour se soustraire à ce fléau, a sauté dans nos provinces méridionales, accablé presque tous les habitants de Toulon et de Marseille, et s’est étendu à Paris, où il régne actuellement d’une façon assez bénigne, sauf aux Invalides, où il devient catarrheux et fait* périr dix ou douze de ces pauvres vieillards par jour. On l’a d’abord nommé la yrippe, de l'ancien nom d'une pareille épidémie, il y a huit ans. On l’a ensüite

nommé la puce, et c’est aujourd’hui la follette. » »

Note 5, p. 2. — La marquise de Florian était nièce de Voltaire ; son mari était l’oncle de Jean-Pierre de Florian, qui devint membre de l’Académie française.

Mme de Florian, qui habitait Semur et allait souvent à Ferney rendre visite à Voltaire, négocia, on le sait, son rapprochement avec

Buffon. Gueneau de Montbeillard, dans une lettre écrite de Dijon à la date du 1" novembre 1 11b, parle de Mme de Florian et de son mari en ces termes : « J’ai dîné ce matin chez M. l’Intendant, dont je ne suis sorti qu’à .six heures, et je vais y retourner pour souper avec M. et Mme de Florian qu’on attend ce soir; à leur départ je les vis sortir de Dijon, je les y vois rentrer à leur retour, sans aller à Ferney; on ne peut les moins perdre de vue.... M. et Mme de Florian sont arrivés, je les trouvai hier à mon retour à l’intendance, accompagnés de Mlle Joly. Vous les aurez demain au soir. Ils se portent très-bien, un peu fatigués de leur route; mais ils vont se reposer aujourd’hui. Je les ai quittés à minuit, et j’ai rendez-vous avec M. de Florian ce matin à neuf heures, Comme je connais mieux la ville qu’eux, si je puis leur être utile, j’en serai charmé. »

(La lettre dont est eitrait ce passage est conservée dans les manuscrits de la Bibliothèque de Semur.)

Note 1, p. 3. — Abel-François Poisson de Marigny, né en 1727, mort le 10 mai 1781, fut pourvu fort jeune, ainsi qu'on l’a déjà dit (Voy. la note 2 de la lettre xxix et la note 1 de la lettre xxxv, 1. 1, p. 25 1 et 267), de la charge d’ordonnateur général des bâtiments du Roi, et présida durant trente années, en celte qualité, aux beaux-arts. Il fut cordon bleu en 1755 ; ce qui Gt dire que c'était un bien petit jmisson pour être mis au bleu. Buflbn, ayant occasion de citer son nom dans l’IIistoire naturelle, dit t que son goût s’étend également aux objets des beaux-arts et à ceux de la belle nature. > A la mort de la marquise de Pompadour, sa

ET ÉCLAIRCISSEMENTS

sœur, il hérita d’elle de la terre de Ménars et en prit le nom; son cabinet renfermait un grand nombre d’objets d’art et de morceaux précieux.

Note 1, p. 3. — Frédéric-Henri-Richard de Ruffey, l’alné des fils du Président, né à Dijon le 29 mai l'ISO, y mourut sur l’échafaud révolutionnaire le 10 avril 1794. Le 25 juillet 1768, il entra au Parlement, et vint y occuper la charge de conseiller, dont Jean-Bapliste-CIaude Suremain de Flamarans s’était démis en sa faveur. Le 4 mars 1776, il devint président à mortier dans la même compagnie, à la place de Marc-Antoine-Bcrnard-Claude Chartrairo de Bourbonne, qui, fatigué de ses fonctions et attristé par le spectacle des dernières luttes du Parlement, avait traité do sa charge à vil prix. Henri do RuITey était entré fort jeune au Parlement et avait eu besoin d’obtenir, en même temps que ses lettres de provision, des dispenses d’âge. 11 fut pareillement revêtu de la dignité de président, sous la condition expresse qu’il ne remplirait cette charge qu’après avoir exercé pendant dix ans celle de conseiller, dont il était alors pourvu. A la Révolution, durant la Terreur même, il ne voulut pas quitter une ville où il avait toujours fait le bien cl où se conservait le souvenir de la bienfaisance de son père. Il fut victime de sa confiance; il n’avait point voulu abandonner la France, et il fut dénoncé comme émigré. Son procès fut court, et il paya de sa tête un crime (la loi d’alors était ainsi faite) qu’il n’avait pas commis.

Note 2, p. 3. — La marquise de Thiard est la femme de Claude de Thiard, plus connu sous le nom de comte de Bissy, qui fut lieutenant général, gouverneur du Languedoc, puis gouverneur du palais des Tuileries et en même temps de la ville et du château d’Auxonne, et membre de l’Académie française. (Voy. la note 6 de la lettre xxxv, t. I, p. 269.)

Note 1 , p. 4. — Cette lettre est une réponse de BuObn à la lettre suivante, qui lui avait été adressée sous le nom de Mme L. B. D. V. et avec les initiales mystérieuses que voici : T. E. S. A. V. L. M. O. R.

« Le 10 mars 1776.

t Ayez pitié de mon ignorance, monsieur le comte; vous allez rire

NOTES

de mes observ» lions; mais enfin, elles me laissent des donles que je ne puis résoudre. Ils me tourmentent, et je ne puis être éclairée d'une manière qui me satisfasse, que par vous-même. On ne peut vous honorer, vous respi'Cter, vous aimer, plus que je ne le fais ; et cela est bien juste, car personne no m’a fait autant de plaisir, et il n’eiiste personne à qui je doive autant do reconnaissance. Je vous dois, monsieur le comte, le désir que j’ai acquis do m’instruire ; il est né de votre immortel ouvrage. La puissance de votre génie, qui m’élevait au-des.sus de moi-tm'me, qui m’entraînait dans une carrière si peu faite pour moi, m’a donné le courage et la force de la parcourir. J’oserai peut-être vous demander dans peu la [lerniission de vous offrir les premiers essais de mes travaux ; mais j’ose bien plus aujourd'hui : j’ose vous proposer, monsieur le comte, non pas des objections, mais quelques diflicultés qui m’arrêtent. .\ycz compassion do moi, venez au secours de ma faiblesse, soutenez votre ouvrage; fille de l’aigle, je ne me crois pas un aiglon; mais daignez me soulever un instant sur vos ailes, pour fixer le père de la lumière. Je vous ai vu planant audessus de lui, pénétrant sa nature; mais je vous ai perdu de vue. Vous allez lire ce qui m’arrête : j’invoque votre complaisance et votre bonté. A peine ai-je eu la force d’énoncer mes doutes; ma timidité ne m’a pas permis de les développer; je me suis d’t : < Le maître c m’entendra, et, s’il daigne m’instruire, il ri'soudra les difficultés que « je ne puis encore pressentir. » J’ai l'honneur d’être, avec la plus vive reconnaissance et l’estime la plus respectueuse, monsieur le comte.... Permetlez-moi de garder l’incognito; tout m’en prescrit la loi. » (Ce morceau a été publié par Sonnini dans son édition des Ût’uvres de Buffon.)

L’auteur de cette lettre qui, tout permet de le penser, est une femme, outre ensuite dans de longs développements au sujet des objections qu’il a cru devoir soumettre à Buffon. La partie de l’Histoire nalm^lle qui y donne lieu, est l'Introduction à VHitloire des minéraux, dans laquelle Buffon recherche les causes du refroidissement de la terre et des planètes. Une seconde lettre lui fut adressée; mais cette fois il garda le silence, répugnant à engager une discussion scientifique avec un adversaire qui ne croyait pas devoir se faire connaître. Ces deux lettres parurent au mois de janvier 1777 dans le Journal de physique de l’abbé Rozier: « J’ai eu recours à mon maître, disait leur auteur anonyme ; je n’ai osé lui proposer que quelques-unes des difficultés qui m’arrèUient ; il a daigné me répondre, mais sa réponse n’a pus suffi pour m’instruire; j’ai récrit : ce commerce ne l’a pas assez intéressé pour qu’il s’y soit prêté.... i

ET ÉCLAIRCISSEMENTS

Note 1, p. 5. — Gaspard-Pontus de Tliiard-Bragny, né au chileaif de Juilly, en Bourgogne, le 26 mars 1123, mort à Sciuur-cn- Auxois, le 28 avril 1786, cultiva les lettres avec succès. Les Recueils de l’Académie de Dijon, qui le comptait au nombre de ses associés ordinaires, renrerment plusieurs mémoires lus par lui, morceaux, où la science s'allie à un style sobre ot concis et en parfaite harmonie avec le sujet. Appelé à faire partie des étals généraux de sa province, il fut nommé aux im|)orlanlcs fonctions d'alcade de la noblesse pour la triennalité de 1769 à 1772, commissaire pour l'examen des preuves des genliLhommes qui voulaient entrer aux États. Il fut choisi pour orateur de la chambre de son ordre pendant trois sessions consécutives, en 1775, en 1778 et en 1781. 11 a laissé plusieurs manuscrits, et dans le nombre une Histoire de la ville de Semur.

Le 19 octobre 1785 il écrit à M. Joly de Saint-Florent, conseillermaître des comptes à Dijon ; « Vous avez su la mort de M. Thomas, homme d’e.sprit, très-éloquent, connu par divers ouvrages en prose et en vers.... Son fauteuil à l’Académie est envié, sollicité par bien des prétendants.... On avait jugé à propos, dans le public, do tuer trois autres des Quarante, .M. de Buffon, M. de Boismont, M.Watelet.

Le premier a été effectivement assez mal d'une de ses coliques de gravelle. On craint, à la forme des petites pierres qu’il a rendues, qu’il ne s'en forme une réelle. Il a déclaré qu’en ce cas il ne se soumettrait pas à l’opération. Il est mieux à pré.-ent. Je ne sais où Ton avait été chercher qu’il avait été frappé d’apoplexie. Détrompez-en Mailly, qui avait mis celte apoplexie dans son gazetier. Les deux autres membres de l’Académie ne sont pas morts non plus. » Le marquis de ' Thiard était fort lié avec Queneau de Montbeillard et venait souvent visiter Buffon, qui aimait son esprit et eut plus d'une fois recours à la riche bibliothèque qu’il avait ^ris soin de former. H mourut Sans avoir été marié, laissant pour unique héritière sa sœur aînée, Anne- Jacqueline de Thiard.

Nccen 1712, elle épousa en 1731 Charles-François de la Hagdelaine- Bragny. On trouve dans les œuvres de Cocquard, avocat au parlement de Dijon, plus adonné an culte des Muses qu’aux arides travaux du barreau, un épilhalame sur cette union :

Partez, allez trouver cette aimable mortelle;

Elle est digne de vous, vous êtes digne d'elle.

C’est la jeune Bragny, qui parait ignorer

Tous les attraits divers qui la font adorer.

Je nÿ TOUS Tante point son rang ni sa noblesse :

Ce mérite étranger charme peu la sagesse.

Mais pour être assuré des vertus de Bragny,

Apprenez qu'elle sort du sang de Marigny.

Noie 2, p. 5. — L’abbé Félix Fontana naquit dans le Tyrol le 15 avril 1730, et mourut à Florence le 9 mars 1805. Son dernier ouvrage a pour litre : Principes raisonné.» sur la génération. Il se proposait de publier, avec le concours de Spallanzani, un Traité sur la résurreclion des animau.r, à l’occasion d un phénomène qu'il avait observé dans les anguilles microscopiques que produit le seigle ergoté. 11 crut avoir fait le premier celle découverte, et écrivit à Buffon pour la lui signaler.

Noie 3, p. 5. — Dans scs Suppléments à l’Histoire naturelle, Buffon, revenant à son système favori pour expliquer les mystères do la génération par des molécules animées préexistantes et répandues dans toute la nature, dit que ses recherches et ses expériences t prouvent que la corruption, la décomposition des animaux et des végétaux, produisent une infinité de corps organisés vivants et végétants; qu’il y en a d’autres, comme ceux du blé ergoté, qu’on peut faire vivre et mourir aussi souvent que l’on veut; que l’ergot ou le blé ergoté, qui est produit par une espèce d'altération ou de décomposition de la substance organique du grain, est composé d’une infinité de filets ou de corps organisés, semblables pour la figure à des anguilles.... Voilà ce que j’ai dit au sujet de la décomposition du blé ergoté, continue-t-il plus loin. Cela me parait assez précis, et même tout à fait assez détaillé; cependant je viens de recevoir une lettre de M. l’abbé Luc Magnanima, datée de Livourne, le 30 mai 1775, par laquelle il m’annonce, comme une grande et nouvelle découverte de M. l’abbé Fontana, ce que l’on vient de lire, et que j'ai publié il y a plus de trente ans Il faut que à^M. les abbés Magnanima et Fon-

tana n’aient pas lu ce que j'ai écrit à ce sujet, ou qu’ils ne se soient pas souvenus de ce petit fait, puisqu'ils donnent cette découverte comme nouvelle : j’ai donc tout droit de la revendiquer, et je vais y ajouter quelques réflexions. »

Voltaire, trop souvent porté à critiquer Buffon, ou plutôt à plaisanter sur toutes choses, dit dans une Épttre au Roi do Danemark :

Non, grand Dieu! dans ce monde où ta sagesse brille.

Jamais du blé pourri ne fit naître une anguille.

Thémis dut mépriser ce système nouveau :

C'est au savant d’instruire, et non pas au bourreau.

ET ÉCLAIRCISSEMENTS

Note 1, p. 7. — Le livre dont il est ici question a pour titre : « Maflufl du Naturaliste, ouvrage utile aux voyageurs, et à ceux qui visitent les cabinets d’IIistoire naturelle et de curiosités, en forme de dictionnaire, pour servir de suite à l’ilistoire naturelle, par M. de Buffon, de l’Académie française, etc., etc., et Intendant du Jardin du Roi. » (Paris, do rimprimerio royale, 2 vol. in-12, 1771). En tète du premier volume se trouve un Avertissement commençant ainsi : » Deux amis, liés par le goût des connaissances autant que par la sympathie du caractère, ont conçu le projet de partager avec leurs concitoyens les plaisirs que leur procure l'étude de l'iiistoire naturelle. Sous ce point de vue, ils ont cru ne pouvoir mieux réussir, que de réunir dans deux petits volumes portatifs ce que l’histoire naturelle offre de plus piquant et de plus intéressant, t

Note 1, p. 7. — Je trouve dans les papiers de Buffon au sujet do cette affaire une lettre de M. Morel de Villiers, où on lit les passages suivants :

t M. de Montigny a vu une partie des marchands de bois avec lesquels vous êtes en difficulté au sujet de leur flot que vous avez arrêté au-dessus de votre forge. Ils lui ont beaucoup parlé de cette affaire, et se croient autorisés à vous demander de gros dommages-intérêts à cette occasion.... Il a été aussi beaucoup question entre eux de la juste demande que vous êtes dans l’intention de faire au Conseil, de l’indemnité qu’ils vous doivent pour la suspension du travail de vos forges pendant le temps que leur bois y passe. Ils prétendent n’en pas devoir pour deux raisons : la première est fondée sur ce que l’ordonnance ne parle pas de dédommagement dû aux forges, et que par conséquent le Roi n’a pas entendu leur en accorder; la seconde, qu’ils jugent encore plus victorieuse, est la gêne et la dépendance que ce dédommagement, s’il avait lieu, mettrait sur le commerce des bois do moule destinés pour Paris, qui empêcherait les marchands de bois do Paris d’approvisionner la métropole ; motifs qu’ils comptent bien qui seront appuyés par la ville et le Prévôt des marchands, et auxquels le Conseil ne peut pas, selon eux, s’empêcher d'accéder sans exposer l’approvisionnement de Paris. »

258 NOTES

Note 2, p. 8. — M. de La Tour était membre du grand Conseil, et homme d'une grande expérience dans les questions de cette nature.

CLXXVIIl

Note J, p. 9. — Au mois do mai 1776, Bernard de Clugny fut nommé contréleur général à la place de Turgot. Il quittait l'intendance de Bordeaux, où il avait laissé les meilleurs souvenirs. Dès son entrée en fonctions, le nouveau contréleur général sut, par quelques sages mesures, se concilier les esprits; il mourut avant d’avoir pu réaliser ses plans. On lui doit deux institutions, dont la première surtout a soulevé de justes critiques. Il établit la loterie royale et la caisse d’escompte, dont la ruine donna lieu à la mode de certains chapeaux sans fond qui se nommèrent à la caiss* d'escompte. Voltaire, partisan des économistes, grand admirateur de Turgot qui avait donné quelques articles à V Encyclopédie, avait coutume de dire : c Si M. Turgot quitte le ministère, je me fais moine. > Le jour où la nomination de M. de Clugny fut connue, on lui rappela son serment, c Volontiers, dit Voltaire, je me fais moine de Clugny. *

Note 2, p. 9. — Antoine-Jean Amelot de Chaillou fut appelé au ministère en même temps que Bernard de Clugny. L'un succédait à Turgot; l’autre prit la place de Malesherbes au département de Paris. M. Amelot apporta une attention minutieuse dans les différents services de son département. On doit lui savoir gré d'avoir été le premier à encourager Parmentier dans scs essais pour l’acclimatation et la panification do la pomme de terre, à laquelle on a si maladroitement enlevé son nom primitif de Parnienfiéra. Il présenta au Roi le nouveau légume apporté par Parmentier, contre lequel étaient déchaînés les chimistes et les savants, qui prétendaient que la plante dont on cherchait à répandre l'usage était dangereuse et contraire à l'hygiène publique. Un soir cnQn, Louis XVI parut au bal de la reine, donnant le bras à M. Amelot , et une fleur de pomme de terre à la boutonnière ; le procès de Parmentier fut gagné, et le ministre de Paris lui abandonna la plaine des Sablons pour faire ses expériences.

'■t M. Amelot apporta dans l'administration de rO()éra d'utiles réfor-

mes et de sérieuses économies. En 1783, il remit son portefeuille au baron de Breleuil. Voyant sa santé gravement atteinte, il avait demandé au Roi un successeur. Retiré dans ses terres , il fut arrêté en 179ti et enfermé dans la prison du Luxembourg, où il mourut A un âge avancé.

"ffigilijed 1^ Cî<xiglc

ET ECLAIRCISSEMENTS

Note 1, p. 10. — H. de Maurepas avait eu la plue grande part à la disgrâce de Turgot. Le vieux ministre, qui avait toute la confiance du Roi , voulait que les autres membres du Conseil fussent soumis i sa volonté; Turgot essaya de résister, et fut renvoyé. Pour éviter à à l’avenir toute opposition de la part du contrôleur général, dont la charge était devenue une des premières de l'Êtat par suite de l'importance qu’avait récemment acquise ce département, le comte de Maurepas se fit nommer chef et président du Conseil des finances.

Note 1, page 11. — Buffon avait déjà pu réaliser on partie ses bonnes intentions pour M. Melin ; il l’avait fait entrer dans les bureaux du contrôleur général, et M. de Vaines, premier commis, avait, sur sa recommandation, mis M. Melin à la tête d’une partie importante de son administration.

Note 1, p. 13. — Le 5 août 1773, jour de l’inauguration de la salle de ses séances publiques, Buffon présida l’Académie de Dijon. En 1776, Renvoya à l’Académie son buste en terre cuite par Pajou, avec les creusets nécessaires pour eu tirer de nouvelles épreuves, et le 18 août de la même année on inaugura solennellement le buste de Buffon, placé dans la salle des séances de l’Académie. M.Baillot, l’un de ses membres, lut, à cette occasion, les vers suivants :

Dans les airs, d’une aile rapide L’aigle échappe à nos faibles yeuxj Ainsi , son génie intrépide S’élance par delà les cieux ;

Là, justifiant son audace,

Des mondes semés dans l’espace Majestueux observateur,

Il pl.ine.... et sa main ferme et sOra Dessine à grands traits la nature Sous les regards du Créateur.

Lorsque l’Académie de Dijon fut supprimée, ainsi que toutes les sociétés littéraires, en vertu du décret du 8 août 1793, le buste de Buffon fut, comme tous ceux des grands hommes de la province qui déco-

NOTES

raient la salle des séances, transporté dans la bibliothèque de la ville. Les creusets ont disparu.

Ces solennités étaient dans le goût du temps. On lit dans les Mémoires de Bachaumont, à la date du 7 novembre 178lè : t En attendant le 1" janvier, le charlatan Pilâtre a ouvert son Musée dans les nouveaux bâtiments du Palais-Royal avec beaucoup d'appareil, et entre autres choses, avec une illumination en feux de couleur. Deux illustres personnages ont bien voulu se prêter au spectacle, et l’on a vu dans l'assemblée M. de Suffren couronner le buste de M. de BuOTon. Mme Saint-lluberty devait chanter une espèce d'hjTnne d’inauguration en l’honneur de l’historien de la nature; mais les dames n’ayant pas voulu admettre cette actrice dans leur cercle, elle s’est piquée et n’a pas chanté. C’est un musicien do Notre-Dame qui l’a remplacée avec beaucoup de goût. Quant au |K)ëmo, il était médiocre. >

Note 1, p. lè. — Le comte do Maurepas, effrayé du désordre et de la pénurie du Trésor, dans un moment où l’intervention de la Franco en faveur de l’indépendance américaine venait d’étro résolue, fit entrer en 1776 M. Necker dans l’administration des finances. 11 fut d’abord directeur du Trésor et conseiller adjoint au contrôleur général Taboureau, qui avait succédé à M. de Clugny. En 1777, il remplaça le contrôleur général sous le titre nouveau de directeur général des finances.

Note 2, p. 14. — Jean -Étienne Bernard de Clugny mourut le 28 octobre 1776, six mois à peine après avoir pris possession de la charge de contrôleur général des finances. Il fut regretté, et les quelques mesures financières prises par lui durant sa trop courte administration furent généralement approuvées. Pendant la maladie qui précéda sa mort, Bernard de Clugny, qui avait apporté au contrôle général un ensemble de plans sur la réalisation desquels il comptait pour diminuer la dette publique en consolidant le crédit, s’écriait, dans son délire, qu’il voulait vivre jusqu'au jour où il aurait accompli la tâche qu’il s’était imposée. Cet amour pour le bien public donna lieu à une épitaphe ainsi conçue :

O-glt un contrôleur digne qu’on le pleurât.

Aimant beaucoup la France et point du tout la vie,

Consentant de bon cœur qu’elle lui fût ravie.

Lorsqu’il aurait éteint les dettes de l'Etat

( Voy . sur le même personnage la note 1 de la lettre CLXX'VUi, p. 2ô8.)

Olgitizedby C

ET ÉCI-AIRGISSEMENTS.

Noie 1, p. 15. — Buffon, qui s’occupait alors de la rédaction des noies jointes aux Époque» de la Nature, et destinées à leur servir de preuves, rassemblait les faits historiques témoignant de l’existence des géants. Il avait prié Gueneau de Montbeillard de l’aider dans ses recherches. Ce dernier lui envoya un jour l’os d’une mâchoire monstrueuse, qu’il pensait avoir appartenu à la race humaine. BuiTon n’eut pas de peine à se convaincre que son ami s’était trompé; il lui renvoya l’os qui avait causé son erreur, et lui écrivit une lettre dans laquelle se trouve le passage que nous avons reproduit.

Note 2, p. 15. — Les erreurs de ce genre étaient communes, elles étaient excusables aussi; un grand nombre de cabinets d’histoire naturelle conservaient alors avec un soin tout particulier des os gigantesques attribués à quelque géant fameux. Le garde-meuble de la Couronne possédait une de ces curiosités, sur l’authenticité de laquelle aucun doute n’était permis ; Daubenton faillit se repentir d’avoir démontré que cet os précieux n’était qu’un radius de girafe.

Il est ici une remarque utile à faire, et qui porte sur le caractère de Buffon. Les descriptions que renferme l’Histoire naturelle furent faites, pour la plupart, d’après les récits des voyageurs. Buffon no put s’assurer de l’exactitude que d'un très-petit nombre de ces descriptions, et cependant, dans son livre, les inexactitudes sont rares ; jamais on ne le voit adopter quelqu’une de ces grossières erreurs si nombreuses dans les ouvrages qui lui servaient de guide.

C’est que Buffon, malgré son penchant à la confiance, qui avait sa source dans son amour pour la vérité, malgré une imagination ardente et facile à séduire, portait sur toute chose un esprit d’examen et une attention minutieuse qui empêchaient sa raison de s'égarer. Souvent même on le vit se révolter contre des préjugés que sa grande autorité était seule capable d’attaquer et de détruire ; il combattait par le raisonnement des superstitions populaires dont on lui avait signalé le danger. En 1765, les journaux du temps retentirent soudain des funestes exploits de la béte du Gévaudan L’effroi se répandit dans les campagnes, et dans l’une des nombreuses enquêtes qu’avait ordonnées la vigilance des magistrats, un paysan déposa, sous la foi du serment, qu’un soir qu’il revenait du bois, la bête avait passé près de lui en faisant un saut qui tenait du prodige; en même temps elle lui avait dit à l’oreille : « Convenex que, pour un vieillard de quatre-vingtdix ans, ce n’est point iqal sauter. * Cette fable ridicule fut répétée

NOTES

par les journaux, et les esprits ne se calmèrent que lorsque BufTon eut assuré que les dégâts trop réels qui avaient été commis étaient dus à une troupe de loups-cerviers qui disparaîtraient au printemps. Mieux informé dans la suite, il prouva que l’animal qui avait causé une si grande frayeur et donné lieu à des fables aussi singulières,était une hyène d'Afrique, échappée d'une ménagerie de Montpellier. Une chanson de Mme Deshouliores a rendu célèbre la béte du Gévaudan :

Elle a tant mangé de monde,

La béte du Gévaudan I

Note 1, p. IS. — Mme Allul habitait Châtillon-sur-Seine avec son mari; elle était de la société intime do Buflbn. Antoine Allut, son beau-frère, né en 171i3, fut député du Gard à l'Assemblée nationale. Il mourut sur l’échafaud révolutionnaire le 25 juin 1794.

Note 2, p. 15. — M. Dupleix de Bacquencourt, intendant de la province de Bourgogne de 1774 à 1780.

Note 3, p. 15. — Voy. la note 1 delà lettre cxxxiv, 1. 1, p. 430.

Note 4, p. 16. — Parmi les nombreuses qualités qui distinguaient Queneau de Montbeillard,il ne faut pas compter l'exsctitude. Mme de Montbcillard, dans la notice qu’elle a consacrée à son mari, fait observer avec beaucoup de flnesse que le premier besoin de son esprit étant l’indépendance, il se soumettait dirQcilement à fournir un travail obligatoire et parcourait à regret une ligne tracée à l’avance. Son amitié pour Buiïon, auquel il savait rendre service, le détermina à donner de temps à autre un certain nombre d’articles destinés à 6gurer dans l'Iiistoire naturelle des oiseaux. Bientôt cependant il se fatigua de ce genre de travail , et cessa de s'en occuper. En 1772 et en 1773, on le trouve à Paris travaillant avec ardeur à l’Histoire des oiseaux. Il écrit h Mme de Montbeillard le 22 janvier 1773 : t Je travaillai hier six heures d’horloge aux oiseaux, et tous les jours j’en ferai autant jusqu’à mon départ. > Ailleurs encore, lui rendant compte de l’emploi de son temps, il lui dit t t C'est la poste qui a tort, mon cher Mouton, ou mon laquais, ou quelque autre, mais ce n’est pas moi : car toutes mes lettres sont toujours faites, cachetées et mises à la poste avant dix heures; pendant ce

ét

ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 263

temps Fin-Pin, qui a fait la veille ses petites dépêches, va prendre sa leçon de violon ; il revient à dix heures, nous déjeunons ensemble, et je vais à un rendez-vous que j'ai avec les oiseaux jusqu’à une heure et demie. Je reviens dîner; après dîner nous faisons quelques visites, nous allons au spectacle lorsque nous devons y aller, nous rentrons toujours avant neuf heures du soir, nous commençons nos dépêches, soupons, causons et nous couchons pour recommencer le lendemain à sept heures du matin. Je t’écris aujourd’hui mercredi matin à la lumière d’une chandelle. Il n’y a pas beaucoup de latin dans tout cela, comme tu vois, mais on ne peut pas tout faire, s

Note 5, p. 16. — Philibert-Charles-Marie Varenne de Fenille, second flis de Jacques Varonne, succéda en 1757 à son père dans une charge de receveur des inscriptions de Bresse et Bugey, que Jacques Varénne tenait lui-méme de son père et qu’il n’exerça pas. Cette charge mettait Varenne de Fenille en fréquents rapports avec l’intendant de la Province. Tout en remplissant cet emploi de Cnance, il s'adonna à des études agricoles et fil faire à cette science d’immenses progrès. Il s’occupa en même temps de sylviculture, et continua, en les complétant, les travaux de Duhamel et de Buffon. Son traité sur l'administration fortstiér» et l'aménagement des forêts et taillis, est devenu un ouvrage classique. Il mourut en 1794 sur l’échafaud révolutionnaire.

CLXXXVIl

Note 1, p. 17. — Lazare Spallanzani, né le 22 janvier 1729, mort le 5 février 1799, publia des travaux importants sur l’histoire naturelle. Il est surtout connu par son système sur la génération et par les nombreuses expériences auxquelles il se livra pour le démontrer. En 1796, Saliceti, alors commissaire de la Convention près de l’armée d'Italie, lui offrit au nom de la République française la chaire d'histoire naturelle au Jardin des Plantes, qu’il refusa.

Note 2, p. 17. — Albert de Haller, né au mois d’octobre 1708, mort le 19 décembre 1777, flt d'importantes recherches sur la génération et en publia les résultats. La doctrine de Haller, contraire au système soutenu par Buffon, repose sur la préexistence des germes, et s’appuie des observations faites sur le poulet et sur les fœtus des quadrupèdes.

Note 3, p. 17. — Charles Bonnet, né à Genève le 3 mars 1720.

NOTES

y mourut le 20 mai 1793. Il fît des recherches et des expériences sur la génération, et publia en 1762 et en 1768 ses Considérations sur les corps organisés (2 vol. io-8). Bonnet, qui défend dans son livre la préexistouce des germes, soutient son opinion à l’aide d'expériences nou* velles et combat le système de Buflbn sur les moules intérieurs et les molécules organiques. Lorsque parurent les Considérations sur les corps organisés, le président de Brosses, que des rapports d'amitié et d'études unissaient à Bonnet, lui écrivit une lettre dans laquelle se trouve ce passage ; c J’attends votre traité et vos expériences avec autant d'impatience que do curiosité. Je serais bien fâché qu’elles vous missent en dispute avec M. do BulTon. C'est mon intime ami. C'est sans prévention que Je le regarde comme le plus beau génie, l'esprit le plus sublime, le plus net, le plus métaphysique, qui voit et saisit le mieux les choses dans le grand et dans l’ensemble, et qui excelle à générali.-er les idées, comme l'écrivain le plus éloquent et le plus clair qu'il y ait aujourd'hui en France; mais je voudrais (et je le lui ai dit) qu’il se livrât moins à sa riche imagination et qu'il fét moins ambitieux d’étro chef de secte. » Charles Bonnet , parlant des différends scientifiques qu'il eut avec BulTon, s’exprime ainsi : « M. de BufTon disait un jour à feu M. Philibert Cramer, qui me l’avait rapporté, qu'il présumait que j’avais été excité à le critiquer parce qu'il avait attribué à Lcuwenhoéck la découverte de la génération des pucerons, que je croyais m'appartenir. Le meilleur de la chose est que, lorsque je relevais M. de BufTon dans les Considérations sur les corps organisés, j'ignorais entièrement qu'il eét fait ce cadeau à l’observateur hollandais, et à l’heure que je vous écris, j'ignore encore dans quel endroit de son Histoire naturelle se trouve cet article singulier sur les pucerons. Il est au moins bien certain que Leuwenhoëck ne s’était point assuré par des expériences que ces petits insectes multipliaient sans accouplement; il n’avait eu là-dessûs que de simples conjectures, comme l’a remarqué M. de Réaumur dans ses âfémotres sur les insectes. M. de BufTon s’était donc trompé sur ce sujet, et il no se trompait pas moins assurément sur le motif secret qu'il prêtait à ma critique, et qui contrastait autant avec mon caractère qu’avec les sentiments qu’il m’avait lui-mème témoignés, s (Ces deux lettres sont tirées d’un article sur Charles Bonnet , par André Sayous, Revue des Deux-Mondes, année 1855.)

Charles Bonnet était membre correspondant de l’Académie des sciences. Malgré des titres incontestables, il frappa longtemps aux portes de l’Académie, et on accusa fort à tort BufTon d’avoir cherché à lui nuire dans l’esprit de ses confrères. Loin'de témoigner du mauvais vouloir pour un homme qui l'avait si vivement attaqué, BufTon donna

Digitizex: n . C

ET ÉCLAIRCISSEMENTS

sa voix à Charles Bonnot en 1783, lors de son élection à l'Académie. On lit dans les Mémoires de Bachaumonl, au sujet de cette élection : c Depuis longtemps le savant Bonnet de Genève était sur les rangs pour entrer à l’Académie des sciences. Dès qu’il y avait une place vacante parmi les associés étrangers, il était proposé et rejeté. La cabale prépondérante du comte de BulTon, contre lequel il a écrit, lui donnait l'exclusion. M. Bonnet était si dégoûté de se voir ainsi ballotté, qu’il avait pris le parti d'écrire à ses amis de ne plus faire mention de lui. Cependant, à la mort du docteur Pringle, ils ont fait un nouvel effort, et enGn l’ont emporté. Il a été élu à la pluralité, et le Roi vient de confirmer sa nomination, s

Note <1, p. 18.— Jean-Baptiste Fortis, né en 1740, mort le 21 octobre 1803, entra de bonne heure dans les ordres et se distingua par des recherches et des publications variées, notamment sur l'histoire naturelle.

Page 1