‹ Correspondance inédite de BuffonChapitre 61 sur 133 · CLXXXVIII · texte numérisé non relu

CLXXXVIII

Note 1 , p. 20. — L’ouvrage qui provoqua cette lettre de Buffon ne fut pas publié. Il avait pour litre ; Les phénomènes de la nature expliqués par le système des molécules organiques vivantes. M. de Burbure a laissé sur le mémo sujet un autre manuscrit ayant pour titre : Les transmutations de la matière, prouvées par la décomposition des corps organisés, ou suite du développement des phénomènes expliqués par le système des molécules organiques vivantes.

Note 1, p. 20. — Necker, qui a publié, après la mort de sa femme, cinq volumes extraits de ses manuscrits, nous a conservé quelques traits de sa pensée intime. Chaque fois qu’elle parle de Buffon et qu’elle porte sur son caractère ou sur ses écrits quelque court jugement, on est étonné de la justesse de son appréciation et de la vérité de scs aperçus. On voit que son cœur l'emporte, et sa grande affection pour l'auleur de l’ilistoiro naturelle lui fait rencontrer quelque rapprochement heureux ou quelque pensée neuve et délicate ; parfois même elle semble traduire la pensée intime du grand écrivain, tant elle a su se pénétrer do sa nature et en comprendre tous les secrets.

Mine Necker écrivait beaucoup ; dès les premiers temps de son mariage, elle avait consulté son mari sur le dessein oû elle était de publier

NOTES

quelque»Hine8 de ses appréciations et de scs idées sur les hommes de son temps. Necker la détourna de cette pensée, en lui Taisant comprendre d'une façon délicate, mais ferme, qu'il se croirait moins nécessaire au bonheur d'une femme dont l'amour-propre serait sans cesse exalté par des succès littéraires. Mme Necker se soumit , et jamais on ne la vil revenir sur un semblable sujet ; mais ce sacrinrc lui coûta. Elle écrivit en secret bien des pages presque aussitôt déchirées. Necker nous a donné les traits saillants do celles qui sa trouvèrent è sa mort parmi scs manuscrits. Le style apprêté qui dépare sa correspondance a peut-être pour cause celte contrainte qui lui fut imposée dès le jour où elle commença à écrire, et ses lettres, qui manquent presque toujouis des charmes du style épislolairo, paraissent parfois des pages arrachées à un livre. Dans sa retraite de Coppel, elle écrivit un ouvrage qui parut en I79ti, le lendemain de sa mort. Il a pour titre : Des inhumations précipites et du divorce.

Bulfuii, s’élevant contre les inhumations précipitées, a dit dans sou Uisloire de l'homme : « Uien no serait plus raisonnable et plus selon l'humanité, que do se presser moins qu’on ne fait d'abandonner, d’ensevelir et d’enterrer les corps ; pourquoi n’allendre que dix, vingt ou vingt-quatre heures, puisque ce temps ne. sufflt pas pour distinguer une mort vraie d’une mort apparente, et qu’on a des exemples do personnes qui sont sorties de leur tombeau au bout de deux ou trois jours? Pourquoi laisser avec indifférence précipiter les funérailles des personnes mêmes dont nous aurions assurément désiré de prolonger la vie? Pourquoi cet usage, au changement duquel tous les hommes sont egalement intéressés, subsislo-l-ilî Ne sufül-il pas qu’il y ait eu quelquefois de l’abus par les enterrements précipités, pour nous engager à les différer ?... *

Mme Necker, dans son Traité sur les inhumations précipitées, se fait l’écho de la pensée de Buffon, et bien souvent, dans les pensées qui nous sont venues d'elles, on sent qu'elle est inspirée par scs souvenirs, et que l'esprit do Buffon, dont elle aimait en tout à connaître l’opinion et à consulter le goût, a conduit sa plume et dominé sa raison.

Jamais elle n’est aussi nette dans son stylo, jamais son expression n’est aussi juste que lorsqu’elle parle de lui. Elle avait beaucoup étudié son grand caractère et a réussi à en peindre les principaux traits. Dans ses mélanges, parmi un grand nombre do pensées, se trouvent les suivantes :

M. de Buffon ne m’a jamais parlé des merveilles du monde sans me faire penser qu'il en était une.

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ET ÉCLAIRCISSEMENTS

M. de Buffon dit que le soleil ne s’enQamme et ne conserve sa chaleur que par la multitude d’objets divers qui tournent sans cesse autour de lui. Notre âme, qui n'est qu’une petite étincelle, a besoin d’élre continuellement agitée; une conversation stérile et monotone anéantit bientôt toutes nos facultés.

* Je ne garde jamais de montre, disait M. de Buffon. — Je le crois bien, lui repondis-je ; vous êtes comme les damnés du P. Bridaine ; quand vous demandez : Quelle heure est-il ? on vous répond : L'éternité! i

On peut comparer les ]>enseurs comme Diderot à Deucalion, qui jetait des pierres derrière sa tête pour en faire des hommes, et qui ne regardait pas quelle forme ils prenaient ; mais les écrivains comme M. de Buffon, qui veulent animer leur pensée et la rendre claire et facile ù saisir, ressemblent au Prométhée do la fable qui dérobait le feu du ciel.

M. de Buffon disait ; « Les grands hommes, les gens d’un goût exquis. > Il se servait toujours du pluriel ; c’est qu’il se regardait dans un miroir â facettes.

Note 2, p. 21. — Le prince de Gonzague, de l'ancienne et illustre maison de ce nom, homme d’esprit et homme de lettres, aimait la France et faisait de fréquents voyages à Paris. Chaque fois il s’arrêtait à Fcrney, et Voltaire l’appelait familièrement le prince Zigzague. c M. le prince de Gonzague, dit Grimm dans son journal, à la date du mois de novembre 1776, le chevalier de la dame Corilla, cette célèbre improvisatrice, qu'il a fait couronner à Rome en dépit de la cabale qui s’opposait à son triomphe, est ici depuis quelques jours. Ayant demandé àM. Marmontcl, avec qui il soupait chez Mme Necker, un impromptu sur le bandeau de l’Amour, celui-ci fit sur-le-champ ces quatre vers :

L'Amour est un enlant qui vit d’illusion;

La triste vérité détruit la passion :

Il veut qu’on le séduise et non pas qu’on l’éclaire :

Voilà de son bandeau la cause et le mystère. •

Note 3, p. 21. — François de Salignac do La Motte Fénelon, né le 6 août 1651, mourut le 7 janvier 1715. Rivarol a dit en parlant de l’auteur de Télémaque : c Quand la vertu est unie au talent, elle met un grand homme au-dessus de sa gloire. Le nom de Fénelon a je ne

NOTES

sais quoi de plus tendre cl do plus vénérable que l'éclat do scs ta* lents. »

Note k, p. 21. — François Bacon, né le 22 janvier 1561, mourut le 9 avril 1626.

CXG

Notel, p. 22. — On lit dans les Mémoires de Bacliaumont, à la date du 8 juin 1777 : c Outre la statue élevée à M. do BufTon au Jardin du Koi, par M. le comte d’Angeviller, l’Académie royale des beaux-arts de Toulouse a voulu avoir son portrait. Il a été dessiné d’après nature parM. Pujos, peintre en miniature, associé honoraire de cetto compagnie, et gravé par M. Yangœlisty. M . l’abbé De Lille y a mis cos vers :

La Nature pour lui prodiguant sa richesse,

Dans son génie, ainsi que dans ses traits,

A mis la force et la noblesse :

En la peignant il paya ses bienfaits. >

Au bas d’un portrait gravé de ButTon, ji lis encore ces vers, imprimés dans les Lettres d Sophie sur la physique, la chimie et l'histoire naturelle, par Louis-Aimé Martin.

A l'étude sans cesse il consacra sa vie ;

Toujours sublime et grand dans ses écrits divers,

Il prit pour guide son génie.

Et pour modèle l’univers.

Note 1 , p. 23. — Frédéric-Hcnri-Richard de RuITey, président au parlement do Bourgogne, depuis le 4 mars 1776, avait épousé, le 25 aoét de la mémo anné«, Marie-Charlotte Hocquarl de Cuœilly, Glle d’un trésorier général do l’artillerie. Sa femme lui survécut ; le supplice de son mari dont elle fut témoin, la secousse qu’elle en ressentit, lui Orenl perdre la raison. Pendant longtemps on la vit chaque jour, à une heure qui ne variait pas, aller l’attendre à la place où elle l’avait vu pour la dernière fois. La pauvre insensée attendait une heure ; puis s’éloignant triste et abattue, elle disait; c 11 reviendra demain, s (Voir sur Frédéric-Richard de Ruffey la note 1 de la lettre lxxiv, t. I, p. 322, et la note 1 de la lettre clixii, t. II, p. 253.)

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ET ÉCLAIHCISSEMENTS.

Note 2, p. 23. — On lit dans les Mémoires de Bachaumont : c 29 mars 1777. — On commence à voir au Jardin du Roi une slatue de M. le comte de Buffon, dont l’anccdotc est curieuse à conserver. M. le comte d'Angcvillcr, lontemps avant d'étre nommé à la dignité qu’il occupe et de présider aux arts, juste admirateur du premier et son ami, avait demandé au feu roi la permission d’ériger une statue à ce grand homme. Sq Majesté voulut s’en réserver la gloire, et elle fut sur-le-champ commandée à ses frais. Mais en même temps il fut convenu avec l’artiste de garder à cet égard le plus grand secret. Le mystère n’a point été trahi, et le monument a été placé au lieu de sa destination en l’absence de M. de BulTon. s

Note 1, p. 24. — L’ouvrage du président de Brosses dont parle Buffon est sa traduction deSalluste. (Voir la note 4 de la lettre xxviii,t. I, p. 250, qui renferme quelques détails sur le Sallusle du président de Brosses.)

CXGIII

Note 1, p. 25. — La pièce de vers dont parle Buffon fut inspirée par la statue qu’on venait de lui élever au Jardin du Roi. On a précédemment vu la simplicité avec laquelle il parle de cette distinction si grande et si bien faite pour flatter outre mesure son amour-propre. Les vers du Président ne furent pas publiés, lis sont conservés parmi ses manuscrits, et M. le comte de Vesvrotte a bien voulu nous en laisser prendre une copie.

Dans le temple de la nature La France vient de t’élever Un monument où la sculpture A pris soin do nous conserver Et son hommage et ta Ggure.

On n’acquérait pareil honneur Jadis qu’en passant l’onde noire ;

Mais par un surcroît de ta gloire Tu vis.... tu règnes dans mon cœur.

D’une amitié de treize lustres II a le droit d’étre flatté.

Cher Buffon, tes destins illustres Sont pour loi l’avant-goût de l’immortalité.

NOTES

Note 1, p. 26. — Barthélemy de Faujas de Saint-Fond, né le 17 mai 1741, mort le 18 juillet 1819, dut beaucoup i Buflbn, auquel il demeura toute sa vie attaché par les liens de la reconnaissance et do l’affection. Faujaa n'élait destiné ni par la nature, ni par sa famille, à la carrière scientiQque, dans laquelle sa vocation d’abord, et les encouragements de Buffon ensuite, vont lui frayer une route » nouvelle. Ses premières productions furent des vers écrits avec une certaine élégance et, à coup sûr, avec une grande facilité ; ses premières fonctions, unecharge de président delà sénéchaussée. En 1777, il avait déjà recueilli un grand nombre d’observations, rassemblé des échantillons des diverses matières minérales, et écrit divers mémoires sur les premières révolutions du globe. Ces études, qui avaient de nombreux rapports avec le travail auquel se livrait Buffon, alors occupé à refondre sa Théorie de la terre et à écrire son livre des Époques de la Nature, furent pour Faujas de Saint-Fond un moyen tout naturel de SC mettre en rapport avec lui.

Note 2, p. 26. — Les communications de Faujas arrivèrent trop tard pour qu'il pùl en être fait mention dans les suppléments à la Théorie de la terre; mais Buffon en Gt fréquemment usage dans VHistoire des minéraux, et le nom de Faujas, ainsi que ses ouvrages, y sont fort souvent cités avec beaucoup d’éloges. C'était un honneur très-ardemment recherché et une distinction très-vivement appréciée que de voir son nom cité dans l'Histoire naturelle, faveur que briguèrent souvent les femmes de la cour. C’était en outre un puissant moyen pour faire naître et entretenir une émulation dont Buffon sut tirer parti; il était devenu le centre d’une vaste correspondance qui s’étendait dans toutes les capitales du monde policé. Do toute part les curiosités naturelles nouvellement découvertes, soit dans les fouilles, soit par les voyageurs, lui étaient aussitét adressées et venaient enrichir les collections du Jardin du Roi. Ce fut enGn une des causes qui contribuèrent le plus peut-être, tant l’amour-propre de l’homme, habilement mis en jeu, est un puissant levier, à populariser une science à laquelle les travaux de Buffon ont donné tant d'éclat.

L’influence de Buffon sur les idées do son temps fut immense. Le goût pour la science, jusqu’alors privilège unique de certaines familles de savants et d’érudits, pénétra soudain dans toutes les classes; des voyages de découverte furent entrepris, des collections amassées, des

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cabinets d'histoire naturelle établis sur le modèle de celui qu’il avait fondé.

Buffon, qui occupe une place importante parmi les grands penseurs du dix-huitième siècle, y tient un rangé part. Calme au milieu de l'égarement des esprits, son génie ne s'est pas laissé séduire par les attraits d'une popularité qu’il était si facile d'acquérir, dès qu’on savait écrire et penser et qu'on consentait à mettre sa plume au service des nouvelles doctrines.

Note 1, p. 27. — Charles-Nicolas-Sigisbert Sonnini de Manoncour, né le 2 février 1751, mort le 29 mars 1812, partit en 1772 pour Cayenne, en qualité de cadet dans le génie de la marine. Après des voyages de découverte entrepris et dirigés avec un rage courage, Sonnini revint en France, oITrit au Cabinet d’IIistoire naturelle une collection d’oiseaux rares, et repartit pour Cayenne avec le titre de lieutenant. En même temps Buffon lui avait fait délivrer le brevet de correspondant du Cabinet, et donner le titre de naturaliste voyageur.

De retour en France, en 1776, Sonnini vint à Montbard ; il y passa l'hiver près de Buffon, qui s’occupait alors de VHistoire det oiseaux. Buffon, citant son nom dans l'Histoire naturelle, dit de lui < qu’il a fait une étude approfondie sur les oiseaux étrangers, dont il a donné au Cabinet du Roi plus de cent soixante espèces. 11 a bien voulu, ajoutet-il, me communiquer aussi toutes les observations qu'il a faites dans ses voyages au Sénégal et en Amérique ; c'est de ces mêmes observations quej’ai tiré l’histoire et la description de plusieurs oiseaux. •

Sonnini a publié une édition de l'Histoire naturelle en 127 volumes; mais l'œuvre de Buffon y est noyée et perdue dans un grand nombre de suites et de suppléments qui en rhangent entièrement le caractère (Paris. 1799 à 1808, 127 vol. in-8).

Note 2, p. 27. — Buffon Gt don de cet oiseau à Mme Nadaiilt, sa .sœur, qui a fourni sur les mœurs dos perroquets des notes insérées dans l'Histoire naturelle.

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