‹ Correspondance inédite de BuffonChapitre 64 sur 133 · GUI · texte numérisé non relu

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Note 1, p. 3à. — Bulfon n’aimait point Paris, et, malgré les raisons de toute nature qui devaient l’y attirer, il y faisait chaque année un court séjour. II y passait trois ou quatre mois à peine pour les affaires du Jardin du Roi, et venait s’enfermer le reste do l’année

KT ÉCLAinCISSEMENTS.

dans sa retraite de Honlbard. < M. de Buffon, dit Mme Necker, pense mieux et plus facilement dans la grande élévation de la tour de Montbard, où l’air est plus pur ; c’est une observation qu'il a soqvent faite. >Tous les hommes dont les idées ou les écrits ont dominé leur temps, ont recherché et chéri la soUtude. Toute intelligence travaillée par une grande pensée a besoin de calme et de recueillement. Fuir le monde a été l’instinct des fortes natures. Et cependant le monde aiguise l’esprit, assouplit la pensée, lui donne le ton et la forme; bien des gens lui ont dù une sorte d'éloquence facile et légère qui leur a valu quelque renommée. Au dix-huitième siècle surtout, cette remarque peut se faire. Que d’écrivains spirituels et ingénieux ont trouvé une célébrité passagère dans la fréquentation d’une société où l’esprit était la seule royauté incontestée I Dans les salons du dixhuitième siècle raisonneurs ou spirituels , se sont faites bien des réputations; les hommes qui ont laissé un nom illustre et une renommée durable les ont fuis cependant. Buffon, qui y parut un instant, n’y vint plus, dès qu’une pensée profonde eut germé dans son esprit et qu’il eut donné à sa vie une noble et lourde lâche. Le silence et le calme, la retraite dans ses jardins de Montbard, lui étaient nécessaires pour que sa pensée pùt travailler et produire. Montesquieu, dont on vantait l’esprit d’â-propos et dont les saillies faisaient fortune dans les cercles du temps, fuyant aussi un monde qui lui offrait des succès faciles , s’enfermait à la Brcde et passait des années entières au milieu de ses vignes et de scs bois. Voltaire, le roi Voltaire, comme le nomme M. Arsène floussaye, dans un livre récemment publié, le roi de l’esprit, mais surtout le roi d’une coterie désireuse de lui ménager sans cesse de nouveaux triomphes. Voltaire fuyait Paris et se retirait à Korney pour assurer sa liberté et achever ses travaux. Rousseau lui-mème, si la fortune lui eût été moins contraire, et si la pauvreté ne lui eût point fait une loi de la solitude, l’aurait chérie et recherchée. C’est que la solitude est la mère des grandes pensées ; en séparant l’homme de ses semblables, elle le rapproche de Dieu; son intelligence s’élève et grandit ; seul, il conçoit mieux et plus vile, voit de plus loin et de plus haut. Le génie se reconnaît à l’invention. Pour éveiller et nourrir cette qualité puissante, il n'est besoin ni du spectacle du monde, ni de la science de ses petitesses et de ses misères. L’inspiration vient de Dieu; la solitude jette dans la contemplation les âmes où fermente une pensée féconde et parfois la suprême intelligence, interrogée par l’homme assez fort pour s’étre élevéjusqu’à elle, consent à l'illuminer d’un rayon divin.

Note 2, p. 3li. — Bernard de Bonnard, né à Semur le 22 octobrel744.

NOTES

mort le 13 scpteaibre 17âi>, meslre de camp d'infanterie, chevalier de Saint-Louis, sous-gouverneur des enfants du duc de Chartres, men\bre de l’académie de Dijon, débuta avec distinction dans l'arme de l'artillerie. Buffon qui, sur la recommandation de Goeneau de Hontbeiliard, lui portait un très-vif intérêt, avait demandé pour lui la charge de sous-gouverneur des enfants du duc de Chartres. Le comte de Maillebois avait aussi fait une démarche en sa faveur, et en 1777, sous le patronage de ses deux protecteurs, le chevalier de Bonnard entra au Palais-Royal, et y resta attaché à l'éducation des jeunes princes jusqu'au 15 janvier 1782. A cette époque, la comtesse de Genlis, présentée par Mme de Montesson, sa tante, fut nommée gouverneur des enfants du duc de Chartres. Le jour où le duc vint, suivant la coutume, prendre les ordres du roi, au sujet du choix qu'il avait fait d'un nouveau gouverneur pour ses enfants. Sa Majesté lui tourna le dos. Le chevalier de Bonnard quitta le Palais- Royal, et fut sur le point de suivre dans le Dauphiné le duc d'Harcourt, qui venait d'étre nommé gouverneur de cette province; mais ce projet n’eut pas do suite, et il revint à Semur, où il mourut de la petite vérole.

Ses poésies, imprimées pour la plupart dans V Almanach des Muses, furent recueillies après sa mort en un volume in-8, publié en 1791 par H. Sautreau de Marsy. Garat, son ami , a écrit une histoire de sa vie. On raconte de lui un trait qui fait l'éloge de son cœur. Il était sans fortune; une do ses tantes le Gt, en mourant, son légataire universel. I Ma tante a oublié que nous sommes trois frères, > dit-il, lorsqu'on lui donna connaissance du testament, et le partage de la succession se Gt par parts égales entre ses frères et lui. Montbeillard Gt au sujet de la mort du chevalier, son compatriote et son ami, les vers suivants :

Ci-git, que la vertu pouvait seule charmer;

Sa vie, hélas! trop courte, en sut bien exprimer Et toujours soutenir l’auguste caractère :

S’il approcha des grands, et, s'il daigna* leur plaire,

Ce fut pour la leur faire aimer.

Note 3, p. 34. — Jean-Baptiste Vaqnette de Gribeauval, né le 15 septembre 1715, mort la 9 mai 1789, entra comme volontaire dans le régiment de royal-artillerie en 1732; en 1757, il était lieutenantcolonel. A cette époque, il passa au service de l’Autriche sous les

* En province: « S’il daigna. j> A Paris : « S’il voulut. » A la cour ; « S'il osa. >( Sic sur le manuscrit.)

KT ÉCLAIRCISSEMKNTS.

auspices du comte de Broglie , ambassadeur du roi à Vienne, et fut nommé par Marie-Thérèse général de bataille, commandant le génie et l'artillerie. Il prit une part active à la guerre de Sept ans, et, en 1762, il revint en France, comblé de grâces par l'impératricereinn. Lieutenant général en 1765, et premier inspecteur de l'artillerie en 1776, il fil faire à cette arme, par ses connaissances, ses expériences et ses règlements, d'immenses progrès. Peu de temps avant sa mort, il avait été nommé gouverneur de l'Arsenal, où il avait pris l'appartement occupé avant lui par le maréchal de Biron.

Note 4, p. 34. — Louis-Paul de Rocbechouart, d'abord prince de Tonnay-Charente, puis duc de Mortemart, né le 29 septembre 1710, premier gentilhomme de la chambre, pair de France et chevalier du Saint-Esprit.

Note 5 , p. 35. — M. U Théologal était l'abbé Jacques Bertbier, théologal de l'église de Semur, homme vénéré pour la pureté de ses mœurs, en même tempsque pour la charité de son cœur et la bienveillance de son caractère. Il se lia d'une étroite amitié avecMontbeillard. Des hommes de cœur et d’esprit, lorsque les hasards de la vie les ont rapprochés, sont faits pour se comprendre et pour s'aimer; entre Montbeillard et l'abbé Bertbier, il y avait en outre de nombreux points de ressemblance. Dn soir, à la suite d'une réunion chez Montbeillard, où l'on avait donné de grands éloges aux vertus de l'abbé, et où, bien qu'il s'en défendit, on avait déclaré qu'il aurait la première place au paradis, le saint homme partit mécontent. Il se reprocha d'avoir été la cause involontaire d'un grand scandale; des questions aussi profondes ne devant point se traiter avec la légèreté que l'on apporte dans les entretiens du monde, dans ses réunions et dans ses fêtes. Le lendemain, à son réveil, il reçut de Montbeillard la pièce suivante, qui n'était pas faite pour calmer ses scrupules :

a Les (leux Boanergis* , les enfants du Tonnerre,

Enfants un peu gètés et disciples chéris,

* Boïvtjift; veut dire en grec, ou plutét en syriaque, 61s du tonnerre. C’est le nom que Jésus-Christ donna aux enfants de Zébedée et de Salomé. les apôtres saint Jacques le Majeur et saint Jean l'Ëvaugéliste, qui lui avaient demandé de faire descendre le feu du ciel et de réduire en cendres une ville de SamariUiins qui avait refusé de les recevoir. Salomé voulut obtenir un jour du Christ que ses 81s fussent assis à sa droite, lorsqu’il serait arrivé dans son royaume. L’iiomme-üieu répondit ; » Ce n’est point h moi àdonner la séance a ma droite ou à ma gauche; mais mon père la donnera à ceux pour qui elle a été préparée. »

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