CC.X.XI
Note 1, p. 57. — On a vu plus haut (p. 311) les vers que BufTon trouve d'un corur sublime. Les vers d'un esprit charmant ont été composés dans les circonstances suivantes ; Lorsque le volume do l'Ilistoiro naturelle qui renferme les Époques de la nature fut prêt à paraître, Bullon communiqua ses épreuves à Gueneau de Montbeillard. Au bout de quelques jours, elles lui furent renvoyées. Une lettre les accompagnait ; Gueneau de Montbeillard relevait un oubli, prétendant qu'une huitième et dernière époque avait été omise. Buffon ressentit de l’humeur de cette critique qui se justifiait si peu; mais en parcourant les feuilles de l’ouvrage, il trouva, à la suite de la septième époque, ces quatre vers écrits de la main de Montbeillard :
O jour heureux qui vis naître Buffon,
Tu seras è jamais, chez la race future.
Pour les amis du beau, de la raison.
Une époque de la Nature.
A Semur on connut l’heureux à-propos de Montbeillard. Mme de Florian, que nous avons précédemment vue s'entremettre dans le rapprochement ménagé entre Voltaire et Buffon, fit part des vers de Gueneau à son neveu, qui, sous la protection du duc de Penthièvre, débutait alors dans les lettres. Le jour où Florian entra à l’Académie française, il voulut rajeunir à son profil cet heureux ë-propos. t On peut lui reprocher, dit La Harpe en rendant compte du discours académique de Florian , de l’exagération dans ce qu’il a dit de M. de Buffon , que sa vie peut être comptée au nombre des époques de la nature. L’auteur de l’Histoire naturelle a été un écrivain éloquent, il a
Digitif
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fait honneur aux sciences et à noire langue, par la beauté do eon style; mais il n’a fait époque dans la natureen aucun sens; il n'a point ajouté aux connaissances humaines. Les expressions de M. do Florian ne peuvent s’appliquer qu’à ceux qui ont eu une influence marquée sur les progrès de l’esprit humain, à un Descaries, à un Newton. Les Époques de la nature de M. de Buflbn ont probablement fourni au jeune récipiendaire l’idée d'un rapprochement ingénieux ; mais les esprits mûrs ne sacrifient point la vérité à la prétention de ces petits ornements.... 1
Hivarol a dit en parlant des Époques de la nature : i Un morceau encore sans reproche, c’est le début des Époques de la nature. Il y règne de la pompe sans emphase, de la richesse sans diffusion et une magnificence d’expression, haute et calme, qui ressemble à la tranquille élévation des cieux. Buflbn ne s'est jamais montré plus artiste en fait de style. C’est la manière de Bossuet appliquée à l'histoire naturelle. >
Note 2, p. 57. — Deshayes, député pour le commerce de la Guadeloupe et ami de Gueneau de Montbeillard, avait fait solliciter par lui un brevet de correspondant du Cabinet du Roi. Celle faveur que Buflon ne fit pas difûcullé de lui accorder élail jiislifiée, du reslo, par des communicalions inléressanlcs , donl .M. Deshayes était l’auteur. Le Cabinet, auquel le rattacha par la suite un titre officiel , lui doit quelques échantillons curieux.
Note 1 , p. 58. — On trouve dans les notes manuscrites d’Humbert- Bazile , les détails suivants sur Mlle Hélène Bexon : « Mlle Hélène Bexon fut présentée par l’abbé Bexon, son frère, à M. de Buflon, qui la prit en amitié. Elle était simple et possédait les plus rares vertus. Sans fortune et entièrement dévouée aux soins que réclamait une mère infirme, elle consacra sa jeunesse à l’accomplissement sévère des plus rigoureux devoirs. »
Note 1, p. 58. — Jean-Frangois do Tolozan, chevalier-conseiller du Roi en ses conseils, maître des requêtes ordinaire de son hôtel, intendant du commerce, remplaça en 1780, au tribunal des maréchaux de France, M. de La Colle, maître des requêtes, et fat chargé des fonc-
NOTES
lions (le rapporteur des alfaires concernant le point d'honneur. A complerdecejour.onle ne nomma plus, pourledistinÿuerde ses frères, que Tolozan-point-d'honneur. DulTon, |>arlant de scs tentatives pour encourager l’acclimatation du lama en France, ajoute : c J'en Cs part àmondigneet noble ami, M. de Tolozan, intendant du commerce, qui, dans toutes les occasions, agit avec zèle pour le bien public. >
Note 2, p. 59. — Le fils de M. de Grignon épousa, malgré son père, une jeune personne du nom de Caillel, dont les parents habitaient Rougemont. M. de Grignon üls dirigea pendant quelque temps les forges deDufîon; mais son caractère bouillant et emporté lui fît perdre un poste auquel BulTon l’avait ap|ielé par suite de la considération et de l’amitié qui le liaient à son pèro. M. de Grignon est mort en 1815, à Rougemont, atteint d’aliénation mentale; il était âgé de quatrevingt-quatre ans.
Note 1, p. 59. — Polol de Montbeillard , la-au-frère de Gueneau do Montboillard, mourut au mois de décembre 1778. Lieulenanl^jolonel au régiment royal d’artiilerie, il fut, pendant plusieurs années, chargé de l’inspection des manufactures d’armes à Charleville, Maubeuge et Saint-Étienne, et a donné sur la fabrication du foret la manière d’améliorer les armes à feu des mémoires estimés. Dans le temps où il se livrait à des études sur les fers, Buffon eut recours à scs lumières et profita de son expérience. Polol de Montbeillard mourut sans laisser de fortune, et Bulfon, qui avait déjà contribué à lui attirer la faveur du ministre pendaut sa vie, plaida la cause de sa veuve et de ses enfants, et obtint pour eux une pension. Gueneau de Montbeillard, profondément aflligé de sa perte, ne put cependant résister à son pencbanljnaturel, et fit sur la mort de son beau-frère les vers suivants :
Un déluge de pleurs de tous côtés nous presse ;
Ta mort, ô cher Polot, en fait verser sans cesse A l’hymen, à l’amour, à l’amitié surtout.
Comme les méchants vers qu'à ton ombre on adressa ICn font verser au dieu du Goût.
Note 2, p. 60 . — Le fils de Montbeillard, ami d’enfance du fils de Buffon. souvent désigné dans res lettres sous le nom de Fin-Fin.
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Note 1, p.61. — Bnffon vint en effet passer quelques jours à Saint- Ouen, près de Mme Necker. Saint-Ouen est à une fort petite distance de Paris, et bien souvent, durant le temps de son séjour au Jardin du Roi, lorsque ses travaux lui laissaient quelque loisir, Buffon se faisait conduire pour dîner à Saint-Ouen; mais il revenait toujours le soir.
Note 1, p. 62. — Duchemain était le procureur chargé des intérêts de Buffon.
Note 2, p. 62. — A la page 72 du livre manuel des revenus annuels de Buffon, tenu par lui et écrit en entier de sa main, se trouve la mention suivante : t II m’est dù par M. Claude Moleure, prêtre dans l’évêché d’Autun, professeur d’humanités à Nolay, un principal de onze cent soixante et six livres treize sols huit deniers.... Reçu par les mains de M. Rigoley les deux années d’arrérages de cent seize livres treize sols quatre deniers.... Remis parM. Duchemain la même somme. » Au bas de la page est écrit do la main d’un homme d’affaires : « On ne peut rien tirer do cette rente; le prêtre qui la doit est émigré, et d’ailleurs il est pauvre au delà do tout ce que l’on peut dire. »
La veuve Moleure, dont il est ici question , était la mère de Claude Moleure.
Note 3, p. 62. — En 1777 (voy. note 1 de la lettre cxcvii, p. 272), Buffon avait amodié ses forges, qu’il avait seul dirigées jusqu’alors. M. de Lauberdière en fut le fermier. Son administration ne fut pas heureuse ; il fit perdre des sommes importantes à Buffon, et on verra par la suite (note 1 de la lettre cccxzxii) combien la liquidation de cette malheureuse affaire lui causa de peine et d’ennuis.
Note 4, p. 62. — A cette époque, la fabrication du fer se faisait uniquement au charbon de bois, procédé d’autant plus coûteux que le prix du bois augmentait en proportion de sa raretA En Bourgogne, spécialement, par suite de l’orçanisation d’une compagnie de flottage, le bois était devenu rare et cher. Buffon fut un des premiers à penser
NOTES
que le charbon do terre pouvait être utilement employé pour cette fabrication. Voulant en juncr par lui-méme, il fit faire des recherches ; mais je ne sache pas qu elles aient été couronnées de succès et que la mine dont il parle ait jamais été euploitéc.
Il n’en devina pas moins les puissantes ressources que l’on devait tirer par la suite do l'exploitation des mines do charbon. « Bientôt, dit-il, on sera forcé de s’attacher à la recherche de ces anciennes forêts enfouies dans le sein de la terre, et qui, sous une forme de matière minérale, ont retenu tous les principes de la combustibilité des végétaux, et peuvent les suppléer non-seulement pour l’entretien des fours et des fourneaux nécessaires aux arts, mais encore pour l’usage des cheminées et des poêles de nos maisons, pourvu qu’on donne à ce charbon minéral les préparations convenables, i {Hist. des uUnéraur. — Du fer.) U Les détriments des substances végétales sont donc le premier fond des mines do charbon ; ce sont des trésors que la nature semble avoir accumulés d’avance pour les besoins à venir des grandes populations. Plus les hommes se multiplieront, plus les forêts diminueront ; les bois ne pouvant plus suffire à leur consommation, ils auront recours à ces immenses dépôts de matières combustibles, dont l’usage leur deviendra d’autant plus nécessaire qtie le globe se refroidira davantage; néanmoins ils ne les épuiseront jamais, car une seule de ces mines de charbon contient peut-être plus de matière combustible que toutes les forêts d’une vaste contrée.» {Époques de la nature.— Troisième époque.) Peut-on se défendre, en lisant les lignes qui précèdent, d’un sentiment profond d’admiration pour le génie de BulTon, qui soulève d’une main si hardie le voile de l’avenir et prophétise les merveilles de l’industrie, plus d’un siècle avant qu’elles éclatent?
En 1783, le Roi, frappé du peu de progrès qu’avait fait en France l’exploitation des mines, fit rechercher par son Conseil les causes de notre infériorité dans ce genre d’industrie par rapport aux peuples nos voisins, et notamment à l’Angleterre. On reconnut que, parmi ceux qui avaient obtenu des concessions, les uns avaient dépensé sans fruit de grosses sommes d’argent, les autres n’avaient pas tiré de leurs mines un sérieux produit, faute d’hommes spéciaux et intelligents pour en diriger l'exploitation. A la suite do cet examen, parut un édit du Roi qui créait une École des Mines, placée sous l’inspection de M. Douci de La Boullay, intendant général des mines, minières et substances terrestres de France.
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