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Note I, p. 63. — Auguste-Lonis Brongniard se fit connatlrc par des cours particuliers de physique et de chimie. II fut professeur au collège de pharmacie, et premier apothicaire du roi. En 1779, à la mort d’Hilaire-Marie Rouelle, il fut nommé à sa place démonstrateur de chimie du Jardin du Roi, et attaché en cette qualité au cours de Fourcroy. Lors de la réorganisation du Muséum, il devint titulaire de la chaire de chimie appliquée aui arts, et mourut le 2k février 1804. llilaire- Harie Rouelle avait remplacé en 1770 son père, Guillaume-François Rouelle, dont la réputation fil tort à la sienne. Rouelle était le voisin de Buffon au Jardin du Roi. C'était l’homme le plus singulier et en même temps le plus distrait que l’on pùl voir. Buffon, que Rouelle attaquait publiquement dans ses cours, pailant avec mépris de son beau partage, se permit un jour vis-à-vis de son voisin une plaisanterie dont on a conservé le souvenir : < Si grave et si consciencieux que fût perpétuellement le comte de Buffon, il avait pourtant fait à M. Rouelle une fameuse espièglerie ; mais c'était pour la première et la dernière fois de sa vie sans doute, et c'était d’ailleurs une mystification scientifique, ainsi que vous allez voir. Il écrivit donc un Essai sur l'organisation présumable des jeunes centaures, dissertation qu’il adressa par la poste à son voisin, M. Rouelle ; et celui-ci ne manqua pas de crier au voleur. « 11 n’est pas, disait-il, une seule observation de ce plagiaire inconnu c qui n’ait été pillée , effrontément pillée dans mes discours ou mes c écrits ! ï {Souvenirs de la marquise de Créqui, t. V, chap. iv.)
La plus grande injure dont pùl se servir Rouelle était le mot plagiaire.... « Pour exprimer l'horreur que lui inspirait le crime de Damiens, il avait dit que c’était un plagiaire ; et comme il était grand patriote, il ne manqua pas d'appliquer la même épithète au maréchal de Soubise, après la bataille de Rosbach. t Mais, lui disait M. de Buff fon,ce n’est pas un plagiat que de s’èire laissé battre par des Prust siens; c’est, au contraire, une invention toute nouvelle de M. do « Soubise. — Allonsdonc, monsieur, ne le défendez pas! s’écriait le chif miste; c’est un animal infime, un double cochon borgne, un mulet c cornu I Je suis sûr qu’il a quelque chose de vicié dans la conforma- * tion.... Enfin c’est un être obtus; il est indigne do porter le nom de t Français 1 Je vous dis que c’est un ignare, un criminel, un plagiaire ! » (W , .-6.).
NOTES
Note 1, p. 6(i. — BufTon a dit que « le génie n’est qu'une plus grande aptitude à la patience. i Après l'amour de l’ordre, la persévérance et la constance dans la tâche entreprise furent ses plus essentielles vertus. Du jour où Buiïon se consacra à une élude suivie, poursuivant sans relâche le but un instant entrevu, il donna à sa vie cette régularité sévère qui , durant quarante années de recherches et de travaux, ne s’est pas un seul instant démentie. Dans la comptabilité compliquée du Jardin du Roi , dans l'administration parfois dilBcile de sa fortune particulière, on retrouve cet esprit d’ordre qu'il porta à un si haut point dans tous les actes de sa vie. Ayant choisi les heures qu’il voulait consacrer chaque jour à l'étude, il ne les changea jamais. Il travaillait le matin, au moment où l'esprit est libre et l'intelligence reposée, et il avait réglé, d'après les exigences de sc>s travaux, les habitudes de sa maison. Au Jardin du Roi, la règle fléchissait parfois devant des nécessités de société; mais à Paris, il travaillait peu, et bientôt il n'y vint plus que le temps indispensable pour administrer les intérêts et régler les affaires du Cabinet. A Montbard, Buffon vivait vraiment de la vie de son choix. Maître de son temps, il en avait à son gré distribué l’emploi. Chaque malin, il se levait à cinq heures. (Voy. la note 3 de la lettre xv, 1. 1, p. 221.) Enveloppé dans une robe de chambre, il quittait sa maison et se dirigeait seul, à l'extrémilé de ses jardins, vers la plate-forme do l'ancien château; la distance était grande, plusieurs terrasses y conduisaient; il avait soin, sur son passage, de fermer successivement les grilles de chacune d’elles, afin de protéger sa solitude contre les curieux ou les im|K>rtuns. Arrivé au sommet, il s’arrêtait; dans son cabinet d’étude, modeste et simple, un secrétaire l’attendait; aussitôt on so mettait au travail. Sur une petite table, placée près de la cheminée, le secrétaire écrivait. BuQ'on dictait, sans livres, sans mémoires, sans papiers; il dictait souvent d'un seul trait des pages entières de ses immortels écrits. Durant l’été, la porte du cabinet demeurait ouverte; BufTon, la tête levée vers le ciel, les bras croisés derrière lo dos, se promenait dans les allées voisines, rentrant par instants, et dictant à son secrétaire les passages sur lesquels il venait de méditer. A neuf heures, arrivaient un valet de chambre et un barbier ; le travail était interrompu. Le valet do chambre apportait sur un plateau le déjeuner do son maltro, c'était un repas frugal cl toujours lo mémo : un esrafon d’eau et un pain dont
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la Forme ne variait jamais. Bufibn déjeunait, et pendant ce temps il so faisait coiffer, habiller parfois, lorsqu’il y avait à Montbard quelque étranger de distinction. Une demi-heure tout au plus était consacrée à la toilette et au déjeuner. Le valet de chambre et le barbier, leur service achevé, se retiraient en fermant les grilles, et Buffon reprenait son travail, qu’il ne quittait plus que pour aller se mettre à table. Il était alors deux heures.
Le manuscrit de M. Humbert confirme pleinement les détails qui précèdent, et que nous avons recueillis dans les souvenirs des anciens serviteurs de la maison.
« Les jours où M. de Buffon, dit M. Humbert dans ses mémoires manuscrits, ne montait pas à son cabinet do travail, une heure apres son lever, Brocard, un do ses valets de chambre spécialement attaché à mon service, entrait chez moi. Je me levais et je descendais de suite dans la chambre de M. de Buffon. Je le trouvais assis devant son secrétaire placé près de la cheminée , et occupé à parcourir un grand nombre de petites feuilles de papier de toute dimension , qu'il me remettait pour les transcrire suivant leur numéro d’ordre. Puis on passait à la correspondance qu’il me dictait, ou dont il me donnait seulement le sujet; le tout lui était lu par moi et souvent corrigé, puis recommencé. S’il n’y avait point de correspondance, après avoir écrit les lettres d’invitation à diner, pendant que M. de Buffon méditait et prenait des notes, assis à mon bureau, voisin du sien, je copiais ses manuscrits. A huit heures entrait Mlle Blesseaii, qui venait rendre ses comptes, puis Limer, le premier valet do chambre, qui du service de M. de Voltaire avait passé à celui de M. de Vilette, son neveu, et qui avait quitté ce dernier pour entrer au service de M. de Buffon. M. de Buffon se faisait raser tous les jours. Drouard, à Montbard, et Pierrelet, à Paris, étaient chargés de ce soin. Tel fut, durant tout le temps que je restai près de lui, l’emploi invariable de sa matinée. «
Pendant quarante ans, il suivit cette règle sévère, et il ne manqua pas un seul jour à l’exécution rigoureuse de ce programme qu’il avait lui-méme arrêté. S’il aimait l’ordre dans le travail, il aimait aussi l’ordre dans les papiers. Chaque fois qu’un manuscrit lui devenait inutile, il était aussitôt brûlé, cl on ne voyait sur sa table que celui auquel il travaillait. L’esprit d’ordre donna à sa vie une grande unité; il a contribué aussi à imprimer à sa pensée cette logique absolue et à son raisonnement cette exacte précision qui font la force et le charme de ses écrits.
Note 1 , p. 64. — Le journal de l’abbé Grosier.
Note 2, p. 64. — Dupleix de Bacquencourt était intendant de la province depuis l'année 1774.
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Note 1, p. 65. — L’hôtel de Magny et scs dépendances formaient une enclave dans le Jardin du Roi. Le l" avril 1777, les héritiers du marquis de Magny avaient loué l'hôtel à un sieur Verdier, maître de pension; puis, en 1779, ils en opérèrent la vente à la Compagnie des fiacres de Paris. Un instant la Compagnie eut l’idée de transporter dans sa nouvelle acquisition son immense matériel. BufTon s’effraya et fit solliciter les ministres pour empêcher la réalisation d’un projet qui devait porter un préjudice réel au Jardin- du Roi. Cos démarches furent inutiles , car la Compagnie renonça d’elleméme à son dessein, et le sieur Verdier fut maintenu par elle en Jouissance de l’hôtel Magny, Jusqu'au Jour où Buffon en 6t l’acquisition (10 Juin 1787) pour l'agrandissement du Jardin et la con- Btruclion d'un nouvel amphithéâtre.
Note 1, p. 65. — Guillaume-François Berthier, né le 7 avril 1704, mort le 15 décembre 1782, entra de bonne heure chez les Jésuites. En 1745, il fut mis à la tète du Journal de Trévoux, et rédigea cette feuille Jusqu’à la dissolution de la société. Il fut en outre garde de la Bibliothèque du Roi et attaché à l’éducation des enfants du Dauphin père do Louis XVI.
Note 2, p. 65. — Journal de littérature, des sciences et des arts, par l’abbé Grosier, année 1779, n® 18.
Note 3, p. 65. — Nicolas Gobet, né en 1735, mort en 1781, garde
des archives de Monsieur, et secrétaire du comte d'Artois, a écrit difTérents ouvrages sur la chimie et l’histoire naturelle. Il était lié d’une grande amitié avec Faujas de Saint-Fond , dont il partagea parfois les travaux.