CC.XX.WI
Note 1, p. 70. — Mathurin-Jacques Brisson, né le 20 avril 1723, mort le 23 juin 1806, fut maître de physique et d'histoire naturelle des enfants do France, censeur royal, membre de l’Académie des sciences, et, lors de sa formation, membre do l’Institut. Il a laissé sur l'histoire naturelle de nombreux écrits. Il publia en 1765 un ouvrage ayant pour titre : Ornitholoijie ou ilélhode contenant la division des oiseaux en ordres, sections, genres, espèces et leurs variétés. Cet ouvrage, avant que l'Histoire naturelle des oi'sraua; de Buffon eût paru, était le travail le plus complet que l’on conniH dans ce genre.
Note 2, p. 70. — Rivarol dit en parlant de l’histoire du cygne : « Il y a là vraiment du talent, d'habiles artifices d’élocution, de la limpidité et de la mollesse dans le style, et une mélancolie d’expression qui , se mêlant à la splendeur des imagos, en tempère heureusement l’éclat. B
Note 3, p. 71. — Le génie de Buffon le porte sans cesse vers l’étude des grands systèmes. Les détails lui répugnent, l’observation patiente et réfléchie n’est point familière h son esprit. Son imagination a besoin d’air et d’espace, et jamais elle n’est aussi brillante, jamais elle n’a autant de puissance que lorsqu’elle s’élance dans les combinaisons de l’infini. Lorsqu’il est arrêté par des questions de détail, sans cesse et malgré lui, il s’échappe cl retourne à ses sublimes contemplations. Celte lassitude et cet ennui dos petites choses se retrouvent à chaque pas dans VHistoire des oiseaux. Ce travail le fatigue, il désire en être quitte, cl ne plus travailler sur des plumes. Plus loin il se plaint de ces tristes oiseaux d'eau dont on ne sait que dire et dont la multitude est accablante. L'application aux grandes découvertes et rétude des choses profondes, tels sont les instincts de son génie. Il s’en explique, au reste, avec franchise dans l’ffi'sfoi're des quadrupèdes, annonçant qu’il coupera le fil d’une méthode qui le contraint, > par des discours dans lesquels nous donnerons, dit-il, nos réfiexions sur la nature en général, et traiterons de ses effets en grand. Nous retournerons ensuite à nos détails avec plus do courage ; car j’avoue qu’il en faut pour s’occuper continuellement de petits objets
NOTES
dont l’examen exige la plus froide patience, et ne permet rien au génie. ï Ailleurs, dans X'Uitloire des oiseaux, il annonce la collaboration de Gueneau de Monlbcillard, et parlant, à ce propos, de V Histoire des minéraux qui l’occupe depuis plusieurs années, il dit : « Me trouvant aujourd’hui dans la nécessité d’opter entre ces deux objets, j’ai préféré le dernier comme m’étant plus familier, quoique plus difficile, et comme étant plus analogue à mon goût, par les belles découvertes et les grandes vues dont il est susceptible. »
Celte tendance do son esprit se révèle à chaque pas. I! n’est bien à l’aise que lorsqu’il peut donner à son imagination une libre carrière, lorsque, se laissant aller à toute l’inspiration de son génie, il voit avec les yeux de l'esprit. Outre qu’elles répugnaient à sa nature, les sciences d'observation ne lui étaient pas familières. «J’ai appris trois fois la botanique, disait-il, et je l’ai trois fois oubliée. > Do plus il était myope. « J’ai, dit-il lui-méme dans VHistoire de l'homme, la vue courte et l’œil gauche plus fort que l’œil droit. » La nature semblait ainsi s’être rendue complice des préférences do son génie. Lorsque Buiïon n’est point contraint, il a une manière à lui de construire son ouvrage. Il ras.semblc des faits pour se donner des idées, et, prenant pour point de départ les faits qu’il a ainsi réunis, il s’élance sans guide dans les hautes régions de l’inspiration. Ceux même qui sont le plus opposés et à sa manière de faire et aux systèmes qu’il a créés, ne lui refuseront pas ce témoignage , qu’il a souvent deviné et deviné juste ce que longtemps après lui la science est venue établir cl prouver. Une phrase qu'il a souvent à la bouche est celle-ci : i J’ai eu le plaisir de voir mon opinion confirmée par une expérience. » « J’ai cru pouvoir avancer et même assurer, dit-il dans son Histoire des minéraux, que le diamant était une substance combustible.... Mon opinion a été contredite jusqu’à ce que l’on ait vu le diamant brûler et se consumer en entier au foyer du miroir ardent; la main n’a donc fait ici que confirmer ce que la vue de l'esprit avait aperçu, et ceux qui ne croient que ce qu’ils voient seront dorénavant convaincus qu’on peut deviner les faits par l’analogie, s La vue de l'esprit chez BufTon est toute-puissante. C’est à elle qu’il doit ses plus importantes découvertes, ses plus ingénieux aperçus. Se confier à elle avec tant d’assurance était hardi cependant. Écouter l’inspiration et écrire, dans un style digne des sujets qu'il traite , les vérités révélées ; consulter ensuite , pour les fortifier, l’expérience cl le calcul , telle est sa méthode. Celte façon de procéder n’est pas ordinaire. Dans toute œuvre de longue haleine, qui a pour objet l’étude des sciences métaphysiques, l’expérience et le calcul éclairent la discussion , ils la précèdent en portant la lu-
ET ÉCLAIRCISSEMENTS
mière sur les obscurités qu’elle doit dissiper; ce sont des jalons lumineux jetés sur la route non encore frayée que l'esprit doit parcourir. L’intelligence, déjà inspirée par le sujet, mais encore incertaine, les consulte pour ne pas s’égarer. Buffon adopte une autre marche, suit une autre voie. Il s’avance sans appui et sans autre guide que l'inspiration; puis lorsque fatigué il s’arrête, il songe alors à rassennbler les preuves qui viendront se ranger autour de son système pour donner raison à l’audacieuse pénétration de son esprit. S’il tombe, la voie qu’il a suivie est si hardie et si nouvelle qu’on oublie la chute pour admirer l’elTort de son génie, et rendre hommage à la puissance créatrice de sa pensée.
Note à, p. 71. — La mère 'et la sœur de l'abbé Bexon.
GCXXXVII
Note 1, p. 72. — Fils de Ferdinand Caccia, architecte et écrivain, né à Bergame le 31 décembre 1689, mort le 8 janvier 1778.
Note 2, p. 72. — Il résulte de la réponse de la comtesse de Grismondi que nous publions ci-après (noie 5, p. 342), que ces différentes lettres écrites par Buffon se sont égarées et ne sont pas parvenues à leur destination.
Note 3, p. 73. — Vers le même temps, la comtesse Fanny de Beauharnais, que Buffon nommait parfois sa chère fille, envoya à Montbard la pièce suivante :