‹ Correspondance inédite de BuffonChapitre 74 sur 133 · CCXLVIII · texte numérisé non relu

CCXLVIII

Note 1, p. 83. — Buffon veut parler de l'abbé Terray, que Turgot, avec lequel il avait des rapports d’ancienne amitié, remplaça au ministère des finances, le 2k août 1774.

CGLIX

Note 1, p. 84. — André Tliouin, né le 10 février 1747, mort le 27 octobre 1824, entra au Jardin du Roi par la protection de Bernard de Jussieu, qui l’avait recommandé à Buffon. Le 28 janvier 1764 il fut nommé jardinier en chef, et devint en 1786 membrede l’Académie des

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sciences. On lit au sujet de son élection , dans les Mémoires de Bachaumont ; « 25 mars 1786. — Le 8 de ce mois, l’Académie royale des sciences a élu, avec l'agrément du Roi, le sieur Thouin, jardinier en chef du Jardin du Roi, pour remplir la place de botaniste, vacante par la mort du docteur Guettard. Celte élection est fort critiquée dans le public ; elle a essuyé de grands débats dans la compagnie, et déplaît surtout à M. le comte de Buflbn, qui voit ainsi son infé- ^ rieur, une espèce de domestique, devenir son égal. i Bachaumont, qui recueillait, sans aucun esprit de critique, les bruits de la cour et de la ville, nous parait très-mal informé des véritables sentiments de Buffon, en ce qui concerne son subordonné André Thouin. Notre recueil contient quelques lettres adressées par Buffon au jardinier en chef du Jardin du Roi, après son élection à l’Académie des sciences.

Le ton en est constamment affectueux, et l’intendant du Jardin témoigne à son inférieur la môme confiance, non pas seulement pour les affaires du Jardin du Roi, mais pour les détails les plus intimes de sa vie privée. « Soyez sobre, je vous supplie, lui écrit-il le 27 septenobre 1787, à déférer aux demandes que mon Qls pourrait vous faire, connaissant trop votre bonne volonté dont il pourrait abuser. > Est-ce là le langage d’un homme blessé que son inférieur, un* espèce de domestique, soit devenu son égal? La vérité est que Bulfon tenait André Thouin dans une grande estime, et qu’il l’avait très-franchement associé à ses travaux d'administration. André Thouin a eu ainsi l’honneur d'étre un des plus utiles et des plus intelligents collaborateurs de Buffon.

Professeur à l’École normale, membre de l’Institut lors de sa fondation, Thouin fut chaîné en 1794 et en 1796 de différents voyages à l’étranger dans un intérêt agricole. En 1806, il fonda une école d’agriculture pratique. II avait été, en 1788, et on est en droit do le lui reprocher, au nombre des membres fondateurs de la Société linnéenne. On voit avec peine, en effet, le nom d’André Thouin figurer sur les listes d’une société fondée en haine de l’école de Buffon, et instituée pour en combattre les progrès. Il prit part, dit-on, à ces promenades bruyantes sous les beaux ombrages du Jardin du Roi, dans lesquelles le buste de Linnée était porté en triomphe et où on ne craignit pas d’outrager la mémoire de Buffon dans ces lieux mêmes embellis par ses travaux et illustrés par son génie. — Les quelques lettres de Buffon à André Thouin que nous avons recueillies, ont trait à l’administration du Jardin du Roi, dans un temps où Buffon ne reculait devant aucun sacrifice personnel pour en augmenter l’étendue, et lui donner une plus grande utilité. On verra avec quelle activité il surveillait, même de loin, des travaux difficiles, et avec quelle énergie il les poursuit, malgré Il 23

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les obstacles de toute nature qui viennent Varrèter; on comprendra alors quelle tâche laborieuse il avait entreprise, et combien il fallut de gacritices et d’elTorts pour conduire le Jardin au degré de perfection auquel il est aujourd’hui parvenu.

Voici les appréciations de M. Humberl-Bazile sur André Thoum (t.‘ II de son manuscrit inédit, p. 497).

€ M. Thouin, chez lequel je me plaisais à passer mes soirées, me fit toujours souvenir do ces hommes do bien do l’ancienne Grèce, qui poussèrent jusqu’à l’exagération la rigoureuse pratique des verti^ domestiques D’une modestie sans exemple, il n’assista jamais aux séances solennelles de l’Académie, et il vit à regret et avec une sorte de résignation son nom inscrit sur la liste des chevaliers de la Légion d’honneur; il ne voulut pas consentir à porter une décoration sans objet, disait-il, sur la poitrine d’un jardinier. Qu’on taxe, si 1 on veut, cette dàcrminalion de singularité, mais on se tromperait si l’on soupçonnait M- Thouin de misanthropie. Nul n’était plus accessible, nul n’apportait dans le commerce intime plus de douceur et d aménité; son temps, scs connaissances, ses plantes môme étaient à la disposition de ceux qui savaient les lui demander. M. Thouin ne se maria pas- il fut le soutien de sa famille, qu’il accoutuma de bonne heure i compter sur lui. Orphelin à dix-sept ans, l’alné de six frères en bas â -e il intéressa à son sort Bernard de Jussieu, aussi distingué par les Qualités du cœur que grand dans la science par ses immortels écrits. M de Jussieu vint trouver BulTon et lui dit ; * Ces orphelins, si vous , le voulez deviendront nos enfants; no nommez pas a la place de ( iardinier’qui est vacante; je veillerai aux affaires du Jardin durant * la minorité de mon protégé. Je le prends avec moi, je l’instsuirai ( moi-môme soir et matin, je le bourrerai de connaissances, et un jour

c vous en serez content. »

Note 2, p. 84. — Le nom de La Touche no figure sur les états du Jardin du Roi, ni pour cette année (1780), ni pour l’année précédente. Il est à croire que, de môme que Guillotte, dont on rencontrera le nom dans les lettres qui suivent, JL de La Touche occupait dans l’administration du Jardin un emploi subalterne. La façon dont Buffon en parle montre qu’aucun des nombreux employés placés sous scs ordres M lui était indiffèrent, et que les mérites de chacun d’eux lui étaient personnellement connus.

Note 3. p. 85. — Presque toutes les grilles qui se voient encore au Jardin des Plantes ont été fabriquées dans les forges de Buffon. On trouvera plus loin (note 1 de la lettre ccxcvii, p. 465) un passage ex-

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trait d'une feuille du temps, dans lequel on en fait malicieusement la remarque. Quelques personnes en ont tiré la conséquence que ces fournitures n’ont été pour BulTon qu’une spéculation. Singulière spéculation que celle qui devait aboutir à une perte sèche de plus de trois cent mille livres I Buflbn, avait la prétention, peut-être mal fondée, de fabriquer dans ses usines des fers qui pouvaient rivaliser avec les meilleurs produits delà Suède et de l'Espagne; (Yoy. la note 3 de la lettre xcvm, t. 1, p. 359), le prix de ces fers était en outre fort inférieur à celui qu'avaient adopté les autres maîtres de forges de Bourgogne, ses confrères. En se chargeant des fournitures du Jardin du Roi, il avait donc en vue l'avantage de rétablissement, bien plus que son intérêt personnel. J'ai sous les yeux un des nombreux cahiers sur lesquels BulTon inscrivait avec une grande régularité sa comptabilité du Jardin; ce. document précieux renferme la preuve manifeste de son désintéressement. En effet, en comparant le prix des fers fournis par d'autres usines à celui des fers tirés des forges de Buffon, on reconnaît une notable différence. Les fers venus.de Buffon, malgré les frais énormes de transport, sont taxés à un prix bien inférieur.

Note k, p. 85. — Claude-Louis-François Delaulne était alors prieur de l'abbaye de Saint-Victor de Brai, et chargé à ce titre de représenter les intérêts de sa communauté. (Voy. au sujet do l'abbé Delaulne, la lettre cccvi, p. 160.)

Note 5, p. 85. — Depuis le jour où il était entré au Jardin du Roi, Buffon avait conçu le dessein d'en reculer les limites. De vastes terrains séparaient le Jardin de la Seine, mais ils appartenaient aux moines de Saint-Victor et ne pouvaient être vendus, étant biens de mainmorte. A une autre de ses extrémités, il avait pour limite de vastes marais connus sous le nom de Clos Patouillet, dont Buffon s'était, dès 1778, rendu acquéreur pour son propre compte.

Pour réaliser ses plans d'agrandissement, il était nécessaire que Buffon pût comprendre dans l’enceinte du Jardin les terrains do l'abbaye ; on ne pouvait y parvenir que par un échange, et y faire consentir de tels voisins n’était point chose facile. Il ne fallut pas moins de dix années de prévenances, d’attentions et de soins, pour amener la comqiunauté de Saint- Victor à entrer en arrangement, et il fut décidé en principe qu% le prieur de l’abbaye échangerait les terrains néce»saires à l’agrandissement du Jardin du Roi , contre une égale contenance prise sur les terrains qui appartenaient personnellement à BulTon. On dut ensuite faire agréer cet arrangement au mii^tre.

NOTES

Buffon et M. Delaulne s’y employèrent sans relâche jusqu’au jour oh cette affaire fut définitivement réglée. Les lettres de Buffon à M. Thouin, que nous donnons dans ce recueil, ont trait surtout aux négociations entamées pour parvenir à cet échange, auquel Buffon attachait le plus grand prix.

Note 1, p. 87. — M. Lenoir et le comte de Maurepas.

Note 2, p. 87. — Les demoiselles Bouillon tenaient en location des moines de Saint-Victor une partie des terrains compris dans l’échange intervenu entre Buffon et le prieur de l’abbaye. Leur bail fut cassé parunarrétdu 21 octobre 1780, pourcaused’inexécutiondes conditions, et le 2C octobre 1781, le terrain qu’elles occupaient fut transmis à Buffon en échange d'une partie de son clos Patouillet. Sur le terrain ainsi échangé, les demoiselles Bouillon ou leurs auteurs avaient établi quelques constructions peu importantes ; ces constructions furent rasées, pour approprier les terrains de Saint-Victor à leur nouvelle destination. Les demoiselles Bouillon, qui prétendaient à des indemnités considérables, portèrent leur réclamation devant le lieutenant général de police Lenoir, commissaire du conseil institué pour régler les indemnités dues au sujet de l'agrandissement du Jardin du Roi. * Vous ne me dites rien du jugement de M. le lieutenant général de police au sujet des indemnités prétendues des demoiselles Bouillon, » écrit Buffon à Thouin, le 28 octobre 1781. « Les demoiselles Bouillon, écrit-il au même’ le i décembre 1782, ne peuvent prétendre aucune indemnité pour les deux bâtiments que nous allons détruire, puisque d’abord ils ont été construits en contravention, et qu'en second lieu ils m’ont été cédés avec le reste du terrain ; ainsi elles n’ont rien à me demander, ni au Roi, et elles ne peuvent attaquer que MM. de Saint- Victor; il y a donc tout lieu de croire que M. Lenoir mettra néant sur leur demande à notre égard. »

En effet, par sentence rendue le 17 avril 1783, le lieutenant général de police déboula les demoiselles Bouillon et leurs sous-locataires de leur demande en indemnité. Ce jugement était motivé sur un arrêt du conseil du 26 octobre 1671, qui, présageant l’agrandissement futur du Jardin du Roi, avait défendu, sous peine de 3000 livres d’amende, de bâtir aucune maison ou d’établir aucun chantier entc| le Jardin et la rivière. A différentes époques, depuis cet arrêt, le Conseil ordonna la démolition, sans indemnité, des constructions faites contrairement à

ses prescriptions.

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Après la mort de BuiTon, les demoiselles Bouillon, soutenues par un sieur Verdier, mattre de pension et ancien locataire de l'hôtel de Magny compris dans la nouvelle enceinte du Jardin , saisirent tour à tour l’Assemblée nationale et les tribunaux de leurs réclamations. Ces demandes injustes eurent pour résultat de frapper d’une sorte de séquestre les créances de Buffon sur l’État , résultant des avances qu’il avait faites pour les travaux du Jardin. En effet, lorsque le Roi ou ses ministres ne pouvaient fournir immédiatement les fonds consacrés en principe à cette utile entreprise , Buffon empruntait en son nom personnel les sommes nécessaires. A sa mort, son fils se trouva en présence d'engagements, auxquels le retard apporté dans le payement de ce qui lui était dû l’empécha de faire honneur. 11 vendit des immeubles importants pour s’acquitter envers les créanciers do son père. La Révolution venait d’éclater ; le crédit avait disparu, et les immenses sacrifices' que dut s’imposer le jeune comte de Buffon pour payer des dettes exigibles, portèrent le premier coup à une fortune si glorieusement acquise.

Note 3, p. 88. — Edmo Verniquet, né à Chètillon-sur-Seine, le 9 octobre 1727, mort à Paris, le 26 novembre 1804, connut de bonne heure Buffon, dont il était le voisin, et dirigea les nombreuses constructions entreprises soit à Montbard, soit à Buffon. En 1774, Buffon l’emmena à Paris, où il lui fit acheter la charge de commissaire-voyer de la ville. Devenu, grâce à son nouvel emploi, architecte en titre du Jardin du Roi, Verniquet so consacra, sous la direction do Buffon, à l’embellissement et à l'agrandissement du Jardin, qui lui dut ses plus importantes constructions.

Note 4, p. 88. — Van Spaëndonck, peintre hollandais, avait été, en 1774, appelé par Buffon au Jardin du Roi. En 1780, il succéda à Mlle Basseporte, àlaquelle ilavait été donné poursnrvivancieren 1774, et continua la riche collection des cartons du Cabinet du Roi. Lors de la réorganisation du Muséum, on créa une chaire d’iconographie dont Van Spaëndonck fut le premier professeur; il mourut en 1821. c 11 peignait les plantes, a dit Cuvier en prononçant son éloge, dans le lieu même où Jussieu en parlait ; il peignait à côté de Buffon, cet autre peintre si brillant aussi. Il a ennobli le genre qu’il avait embrassé, et dans ses tableaux étonnants, l’imagination se croit toujours prête à trouver autre chose que des fleurs. i

Noie 1, p. 88. — Le premier volume des Minéraux parut en 1783.

Note 1, p. 89. — DufTon fait allusion à Necker, contre lequel le Compte rendu au Roi avait ameuté une cabale puissante , et qui était menacé d’une prochaine disgrâce.

Note i, p. 89. — Charles Gravier, comte de Vergennes, né le 28 décembre 1717, mort le 13 février 1787, fut, de tous les hommes successivement appelés aux affaires dans les derniers temps de la monarchie, celui qui sut le mieux comprendre les besoins de l’époque et servir les intérêts du roi..,. Il fut appelé au ministère des affaires étrangères en 1774, lors de l’avéneraent de Louis XVI, par le comte de Maürepas , chargé de constituer un nouveau cabinet. A la mort du premier ministre, le comte de Vergennes devint à sa place président du conseil des finances, et hérita près de Louis XVI de toute la faveur dont avait joui le comte de MaurepaS. 11 mourut au moment où le Roi avait le plus besoin de ses services. Le comte de Vergennes fut généralement regretté , et M. de Sancy fit pcftir lui l’épitaphe suivante :

Ci-gît un grand ministre, un sage, un citoyen;

L’Europe entière a su le reconnaître ;

Au milieu de la cour il fut homme de bien ,

‘ Et mérita les larmes de son maître.

Note 1, p. 90. — Pendant le séjour de Buffon au Jardin du Roi, le Cabinet s’enrichit d'un grand nombre de collections et d’objets curieux. Quelques-unes de ces collections furent achetées avec les fonds bien restreints destinés à cet usage; les plus précieuses et les plus chères furent données par Buffon. C’était sa propriété cependant; elles lui étaient envoyées comme un juste hommage rendu à sa gloire. Il aurait pu, sans encourir la critique des plus sévères censeurs, se faire un cabinet d’un grand prix. Le roi do Danemark, le

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roi de Suède, et surtout l’impératrice Catherine, lui adressèrent, à diverses époques, des curiosités d'histoire naturelle, dont la valeur était proportionnée à la puissance du souverain qui lui en faisait hommage. Sur les derniers temps de sa vie, il arriva souvent au Jardin du Roi, des contrées les plus lointaines, des caisses remplies d’objets rares et précieux, adressées par une main inconnue à l’éislorien de la nature. Pendant la guerre de l’indépendance, à la suite d’une rencontre dans laquelle un vaisseau anglais fut pris par un corsaire américain, on trouva dans la cargaison du vaisseau capturé des caisses à l’adresse du roi d’Espagne et d’autres à l’adresse de Buffon ; les caisses du roi d'Espagne ne furent pas respectées, celles de Buffon restèrent intactes et lui furent fidèlement expédiées. Dom Gentil, prieur de l’abbaye de Fontenay, près de Montbard, homme de science et d’érudition , fort lié avec Buffon qui entretenait avec les moines de celte abbaye les meilleurs rapports, admirait fort, un jour, des minéraux d’un grand prix, que l’impératrice Catherine II venait de lui envoyer, c C’est on présent de souverain, dit le prieur, faisant allusion au prix que Buffon pouvait en tirer. — Oui, répondit ce dernier, c’est une attention digne de cette grande souveraine, qui prend à cœur d’enrichir le Cabinet de Sa Majesté. > Un jour qu’un prince étranger, qui l’était venu visiter à Montbard, s’étonnait de ne point trouver dans la maison d’un aussi grand naturaliste un cabinet d'Histoire naturelle : « Je n’en ai point d’autre que celui de Sa Majesté. > Son désintéressement à cet égard fut sans bornes. Souvent, lorsqu’il se présentait dans la vente de collections particulières des acquisitions utiles, et que le Cabinet manquait d’argent, il achetait avec ses propres fonds, c C’est une manie, disail-il souvent, mais elle ne fera aucun tort à mon fils; je n’y emploie que mes économies. » Il ne voulut jamais permettre qu’on louât devant lui cette manière désintéressée d'enrichir le Cabinet d’Histoire naturelle. c C’est pour moi, disait-il lorsqu’on le mettait sur ce sujet, un devoir et en même temps un plaisirl > ,

Note 2, p. 90. — Buffon est en ce moment uniquement occupé de son Histoire des minéraux. C’est une étude qu’il aime pour les grandes vues dont elle est susceptible ; mais c'est en même temps un travail qui exige des connaissances spéciales qu’il n’a pas et des expériences qu’il no peut se résoudre à faire d’une manière exacte et suivie ', aussi est-il souvent mal k l’aise et arrêté à chaque pas. En 1772, à l’époque où il se mit à l’œuvre, il appela à lui Guyton de Morveau (Voy. la note 4 de la lettre exxv, t. I, p. 419j, dont la collaboration lui fut du plus grand secours. Aujourd'hui qne l’ouvrage s'avance

NOTES

et que, de son travail même, Buffon a tiré des connaissances qu'il n'avait pas en le commençant, il sent néanmoins encore le besoin d'ètre aidé et réclame le concours de Faujas de Saint-Fond, dont il a précédemment encouragé les premiers travaux minéralogiques.

Note 1, p. 91. — Claude-Hugues Lelièvre, un des héritiers du sieur Lelièvre, né le 28 juin 1752, mort le 19 octobre 1835, fut inspecteur général des mines et membre de l'Institut. Le Journal des mines et les Mémoires de l’Institut renferment plusieurs comptes rendus de ses travaux en chimie.

Note 2, p. 91. — Jean-Louis Aubert exerça sa charge depuis le 11 juin 1776 jusqu’au 22 octobre 1783. Amable Boursier, son successeur, entra plus avant encore dans l'intimité de Buffon, à cause des nombreuses affaires qui l'intéressaient dans l’Ëlude dont il venait de se rendre acquéreur; il fut plus que son conseil, si fut son ami. On trouvera, dans les notes qui suivent, quelques lettres de M. Boursier au jeune comte de Buffon, qui prouvent toute la confiance dont il jouissait auprès de la famille. Un fait me parait important à constater: c’est que, si les archives du Muséum sont fort pauvres en pièces relatives au Jardin du Roi durant l’administration de Buffon, c’est-à-dire à l’époque la plus importante de son histoire, les minutes de l’ancienne Élude de M. Boursier, dont M. Pascal se trouve aujourd’hui le titulaire, renferment au contraire, sur ce point, les documents les plus précieux et les plus complets. Je possède moi-même quelques-uns des titres originaux des différents traités passés par Buffon pour l'agrandissement de l’établissement confié à ses soins.

Note 3, p. 92. — Leschevin était alors premier commis de la maison du Roi. Dans l'organisation des bureaux, telle encore à cette époque qu'elle avait été réglée sous Louis XIV, le premier commis était le directeur général du service. Son infiuence était souvent plus grande que celle du ministre, qui, nouveau venu, n’était pas toujours au courant des affaires de son département.

Note 4, p. 92. — Grâce aux soins intelligents de Thouin, puissamment aidé par le crédit de Buffon, le Jardin se peupla, tant en Oeurs nouvelles qu’en arbres étrangers, d'une foule d'espèces variées, dont on put successivement opérer l’acclimatation. Du Jardin

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du Roi sortirent à cette époque un grand nombre de fleurs, le dalhia entre autres, et quantité d’arbres forestiers, à la tète desquels on doit placer le chêne à glands doux. Chaque fois qu’une plante ou un arbre était envoyé du Jardin du Roi pour être transplanté soit dans les colonies, soit dans des climats où son espèce n’existait pas encore, Thouin l’accompagnait des instructions les plus précises concernant la manière dont il devait être traité durant la route, et les soins à donner à sa culture. De plus, les questions qui lui étaient sans cesse adressées par les horticulteurs étrangers exigeaient de sa part une correspondance longue et fatigante. Les services qu’André Thouin a ainsi rendus à la culture, sont immenses. Ses leçons du Jardin du Roi, suivies par un grand nombre d’auditeurs, et les élèves qu’il forma , ont puissamment contribué à imprimer à cette science un nouvel élan.

Note 5, p. 92. — Jacques-Martin Cels, né en 1743, mort le 15 mai 1806, entra dans le bureau des fermes, et devint receveur à l’une des barrières de Paris. Son bureau ayant été pillé dans une émeute, il fit un état de ce qui n'avait été jusqu’alors pour lui qu’un plaisir. Il se consacra à la botanique, fonda un Jardin dans lequel il rassembla des échantillons variés de toutes les plantes soit étrangères, soit indigènes, et en fit un important commerce. Il fut membre de l’Institut et de la Société d’agriculture.

Note 6, p. 92. — Anne-Roberl-Jacques Tuigot, né le 10 mai 1727, mourut le 20 mars 1781, d'une attaque d’apoplexie. À l'âge de dixhuit ans,/il adressa à Buflon une lettre au sujet des erreurs sur la théorie de la terre contenues dans le prospectus de l’Histoire naturelle. Il fut conseiller au parlement de Paris le 30 décembre 1752, puis maître des requêtes le 28 mars 1753. Intendant de la généralité de Limoges le 8 août 1761, il fut appelé par Maurepas au ministère de la marine le 20 juillet 1774. Le 24 août de la même année, il remplaça l’abbé Terray au contrôle général des finances, et fut, en 1776, remplacé à son tour par Clugny. Nous avons précédemment (Voy. la note 5 de la lettre clvii, et la note 2 de la lettre CLxm, t. I, p. 483 et 492) apprécié les actes de Turgot comme ministre et expliqué les causes de sa chute qui était inévitable , parce que les intentions les plus droites et les plus patriotiques no suffisent pas à un' réfonnateur, s’il n’a pas pour lui l’opportunité. Turgot a voulu devancer le progrès du temps et les leçons de l’expérience ; il a échoué. Aujourd’hui que les vrais principes de l'économie politique sont à la portée de tous, il ne trouverait pas un contradicteur.

NOTES

Turgot, qui refusa, on ne sait trop pourquoi, de faire partie de l’Académie française, entra, en 1776, à l’Académie des belles-lettres, et fut un des fondateurs de la Société d’agriculture.

Note 7, p. 92. — Buffon parle ici de l’une des deux belles avenues de tilleuls qui furent plantées par ses soins en 1740, et qui conduisaient alors de la cour de l'Intendance à la Pépinière, limitée par la petite rivière de Bièvre. Les premiers travaux de Buffon au Jahlin du Roi eurent pour résultat la suppression de la Bièvre dont on détourna le cours, et le prolongement du Jardin, par suite d'acquisitions successives, jusqu’au quai Saint-Bernard. Les deux avenues de tilleuls vinrent alors aboutir aux grilles de la nouvelle enceinte; en 1781, elles étaient telles qu’on les voit encore aujourd’hui.

Note 8, p. 92. — Louis-Anloine do Gontaut, duc do Biron, né le 2 février 1701. mourut en 1788. Colonel du régiment des gardes françaises depuis l’année 1745, et maréchal depuis le 24 février 1757, il eut une carrière militaire longue et bien remplie. Sa charge de colonel des gardes françaises le Qxa à Paris, où il eut à réprimer les premiers troubles de la Révolution. On accusa le duc du Châtelet, son successeur, d’avoir provoqué par sa négligence l’indiscipline dont le régiment des gardes françaises donna le premier exemple. Le duc de Biron fut un dos familiers du Jardin du Roi. Le 31 décembre 1783, il écrivait à Buffon au sujet du mariage de son Gis :

c Je suis bien fâché, monsieur, que le temps qu’il fait m’empêche d’aller savoir par moi-méme des nouvelles de votre santé. Elle m’intéresse on ne peut davantage. Je souhaite que la satisfaction que vous avez du mariage de M. votre Gis avec Mlle de Cepoy, contribue â la rendre meilleure. C’est avec bien du plaisir que j’y donne mon agrément. J’en aurai toujours beaucoup à faire ce qui peut vous être agréable et vous prouver la sincérité des sentiments avec lesquels j’ai l’honneur d'étre, monsieur, votre trës^humble et très-obéissant serviteur.

I Le Maréchal duc de Biron. >

Notel, p. 93. — Le marquis de La Billarderie, frère du comte d’Angeviller, succéda à Buffon dans l’intendance du Jardin du Roi, son frère n’ayant point osé faire valoir pour son propre compte les

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lettres de soirvivance dont il était pourvu. Le marquis de La Dillarde* rie demeura peu de temps à la tête do l’administration du Jardin. Dès le début de la Révolution, il quitta la France, et eut pour successeur Bernardin de Saint-Pierre, auquel Louis XVT dit en le nommant : t J'ai choisi en vous un digne successeur de M. de Buffon. >

Note 2, p. 93. — Le marquis de La Billarderie no fut pas le seul qui fil compliment à Gueneau de Montbeillard sur le réel savoir et la parfaite tenue de son fils. En 1773, Montbeillard en recevait un plus flatteur encore, et auquel la bouche qui le prononça donnait un grand prix.

f La fille de M. Diderot, écrit-il à Mme de Montbeillard, le 24 janvier 1773, est mariée au fils d’un ancien ami de la maison; c’était un très-bon parti; il a vu mon fils, il m’a dit avec la chaleur que lu lui connais ; * Je trouve votre enfant charmant, mais je serais au déses- « poir si, au lieu de treize ans, il en avait eu vingt-trois : je ne me « consolerais pas d’avoir marié ma fille, i

Note 3, p. 94. — Ce paragraphe, ainsi que plusieurs autres lettres qui vont suivre, est relatif au mariage de Mlle Lestre avec M. de Chazelle. De ce mariage est issue une fille mariée au comte Perrault. MM. Perrault de Chazelle, dont l’alné vient d’épouser Mlle de Baranle, sont fils de ce dernier.

Mlle Lestre, dont Bullon cite dans l’Histoire naturelle (ÇutKlrupèJes , dernier volume des Supplémenta) une lettre renfermant des observations sur les habitudes et les mœurs de la belette, était orpheline. Son nom rappelle une des bonnes actions de Gueneau de ' Moulbeillaril et une des plus essentielles vertus de son noble cœur, la compassion. L’abbé de Piolenc avait recueilli chez lui Mlle Lestre, sa nièce, qui était orpheline et sans appui. L'abbé était vieux, de mauvaise santé; il* mourut à son tour, et Mlle Lestre se trouva de nouveau sans asile et sans ressources. Elle avait seize ans à peine. Gueneau de Montbeillard , pwur qui elle était une étrangère , n’hésita pas cependant à s’en charger, suivant en cela les conseils de son excellent cœur, et s’étonnant parfois qu’on donnûl des éloges à une action qui lui paraissait toute naturelle et toute simple. Il avait l’habitude de conserver la date de tous les actes importants de sa vie et d’en noter le souvenir. Composant les vers avec une étonnante facilité, il avait recours à la poésie pour traduire et rendre ses plus intimes pensées. J’ai entre les mains un livre-journal, sur lequel il avait coutume de consigner, soit le matin, soit le soir, ses impressions les plus fugitives. Le jour où Mlle Lestre entra dans

sa maison, il inscrivit snr son livre quelques vers que je transcris textuellement :

Sainte amitié, je t’entcn.Is, ah! c'est toi.

C’est toi qui me remets ta victime chérie.

Dépôt cher et sacré pour mon âme attendrie.

Avec transport je la reçois.

Oui, dans mon sein qu’elle se réfugie. '

J’adoucirai son sort; je le veut, je le dois.

Cette victime, hélas! parla douleur flétrie.

De larmes abreuvée et de douleur nourrie,

N’avait que nous deux seuls, la Providence et moi :

Et la Providence l’oublie I

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