CCLVII
Note 1, p. 94. — Guillolte, ancien sous-ofRcier dans les armées du Roi, pensionné sur la cassette privée de Sa Majesté, était chargé de la police du Jardin et avait dans son service tout ce qui concernait la surveillance des plantes et des collections.
Note 2, p. 94. — L'atné des frères d’André Thouin, Jean Thouin, fut, à la réorganisation du Muséum en 179b, jardinier en chef, à la place de son frère, nommé professeur de culture.
Note 3, p. 95. — La veuve du sabotier reçut un secours important, et BulTon lui constitua une pension. Son coeur généreux ne laissait passer aucune occasion de faire le bien, et, si on le trouve parfois rigoureux et inflexible lorsqu’une opposition déloyale ou une résistance mal fondée contrariait ses projets, on reconnaît dans les actes de sa vie deux vertus qu’il exerça toujours, sans eu parler jamais ; la bienfaisance et la générosité. Parmi les'maisons expropriées pour l'agrandissement du Jardin du Roi, se trouva celle d’un pauvre homme du nom de Bernard. Lorsque sa maison lui eut été payée, il demanda permission d’emporter quelques-uns des matériaux pour s'en construire une nouvelle. Thouin écrivit à BulTon pour lui soumettre la demande de l’artisan, et Buflbn lui répondit à la date du 31 janvier 1783 ; < Vous pouvez laisser enlever au sieur Bernard sa maison tout entière, puisqu’il veut l'emporter; cela ne fait pas une grande différence pour les intérêts du Roi, et cela peut faire du bien à cet homme. >
ET ÉCLAIRCISSEMENTS
Ceux
Note 1, p. 96. — L’avis favorable de l’avocat Labbé devait décider le mariage auquel s’intéressaient Buffon et Gueneau de Montbeillard. L’abbé Berthier, ami de tous deux, fut à son tour consulté, et son opinion sur le mariage projeté ne pouvait être douteuse; c'est ce qui fait dire à Buffon, jouant sur les mots : t Nous avons maintenant deux abbés. * '
Note 2, p. 97. — Le Prieur de Précy est le frère de Louis-François Perrin, comte de Précy, né le 15 janvier 1742, mort le 25 août 1820, si connu par son dévouement aux Bourbons et par sa défense héroïque de Lyon , que les troupes républicaines assiégeaient en 1793.
Note 2, p. 97. — Jean-Baptiste-Pierre-Antoine de Monet, chevalier de La Marck, né en 1744, mort en 1829 à l’âge de quatre-vingt-cinq ans, a publié sur la physique et sur l’histoire naturelle un grand nombre d'écrits; mais on lui doit surtout des découvertes nombreuses et importantes en botanique, science à laquelle il se consacra de bonne heure, à laquelle aussi scs travaux ont fait faire de sérieux progrès. Le clievalier de La Harck était destiné par sa famille à l’état ecclésiastique; son père étant mort en 1760, il prit congé des jésuites , qui s’étaient jusqu’alors occupés de son éducation , et partit pour l’armée d'Allemagne. Il avait alors dix-sept ans. A la bataille de Willinghausen , où les Français furent battus, le chevalier mérita son premier grade ; six mois après il était lieutenant. Une maladie grave, suite d’une imprudence, le força i se retirer du service. Il vint à Paris, où, vivant dans la retraite, presque dans l'indigence, il composa sur la botanique un ouvrage qui était destiné à avoir un grand succès. La Flore française, tel était le titre de cet ouvrage, fut présentée à Buffon, qui obtint pour l'auteur la faveur de faire imprimer son livre à l’Imprimerie royale. Il lui fit obtenir en outre une pension du gouvernement ainsi qu’une commission de botaniste du Roi. Le chevalier de La Marck était entré à l’Academie des sciences en 1779. En 1781, Buffon lui confia son fils, et le lui donna pour compagnon dans son voyage en Hollande, en Allemagne et en Hongrie, le chargeant en même temps de visiter les Cabinets et les Jardins étrangers, et d'éta-
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blir avec eux des correspondances utiles au Cabinet du Roi. Apres la mort de Buffon, le chevalier de La Marck, âgé de cinquante ans, fut nommé à la chaire de zoologie, vacante par la rciraite de Lacepéde. Le nouveau professeur se fit une grande réputation dans une science à laquelle il était jusqu'alors demeuré étranger. Il laissa en mourant, soit imprimés, soit manuscrils, un grand nombre d’ouvrages qui, s’ils ont contribué au progrès do la science, n’ont point fait, et c’est la commune règle, la fortune de celui qui les a composés. Le chevalier de La Marck a rédigé toute la paitie Ixilanique de V Encyclopédie métho'lique, travail qui forme à lui seul un important ouvrage.
J’ai sous le.s yeux diverses lettres des ministres du roi de Franco près des cours étrangères relatives à co premier voyage du jeune comte de BulTon dans le nord de l’Europe. A Vienne, il fut reçu, en l’absence de l’ambassadeur, le comte do la Torre, par le marquis de Barthélemy, premier secrétaire de l’ambassade , le mémo qui devint membre du Directoire. Quelques fragments de sa correspondance, soit avec Buiïon, soit avec son fils, me paraissent dignes d’étre conservés.
Le marquis do Barthélemy écrit à Buffon :
« Vienne, le 3 octobre 1781.
c Monsieur,
€ Je n’ai aucun titre pour vous témoigner mes regrets que M. votre fils n’ait pas trouvé ici M. l’ambassadeur; mais son nom et ses ma-, nières ont promptement suppléé à ce que mon zèle et ma bonne volonté ne pouvaient pa.s jmur lui. M. le prince de Kaunitz l’a parfaitement bien accueilli, et l’Empereur l’a distingué au camp de Prague d’une manière qu’il est impossible que M. votre fils l'oublie jamais. Il désire que j’aie l’honneur, monsieur, de vous confirmer tout ce qu’il vous mande à cet égard. J’éprouve un grand plaisir de vous assurer que l’Empereur l’a reçu et traité avec toute la bonté et toutes les grâces imaginables, et qu’il est très-satisfaisant pour les Français employés au dehors d’avoir à produire leurs compatriotes, quand ils réunissent comme M. votre fils les avantages qui méritent et donnent les succès.... c Barthélémy. i
11 écrit au jeune comte de Buffon :
« Vienne, le 16 février 1782.
x M. l’ambassadeur a reçu avec grand plaisir, monsieur, les assurances de votre souvenir. Il me charge de vous en remercier et
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de vous faire mille compliments do sa part. Je vous ed dis autant de la part de M. de Burrkaus, du Nonce, de M. Poitevin et de toutes les personnes qui ont été charmées de vous connaître. M. de Burckaus s’est chargé de parler de vous à M. le prince de Kaunilz. Pour moi, monsieur, je ne puis que me féliciter d'avoir eu l’occasion de vous produire ici et d’être témoin de vos succès Ce début dans vos voyages est d’un bon augure. Vous trouverez les mêmes avantages partout où vous porterez les attentions et les prévenances que vous avez marquées ici. Je vous prie, monsieur, de présenter mes hommages à M. votre père. Je suis in6niment flatté des choses qu’il vous a chargé de me dire. Je m’estimerais heureux d'avoir des occasions fréquentes de le convaincre de l’étendue de mon zèle et de mon' dévouement. Il ne se passe rien ici dans la société qui puisse intéresser votre curiosité. Voici, monsieur, la réponse que*M. de Kaunitz a faite à la demande que vous avez désiré que M. l'ambassadeur lui adresse. Je vous prie de me rappeler au souvenir de M. le chevalier de La Marck.
c Barthéleut. I
Le général comte de Burckaus écrivait, de son côté, à la date du 3 septembre 1782, au comte de Buflon, la lettre suivante :
K Monsieur le comte,
f Les qualités aimables et distinguées de M. votre fils , si bien faites pour vous faite espérer que, dans la carrière qu’il a embrassée, il se rendra digne de son illustre père, m'ont inspiré pour lui un bien vif intérêt. J’ai pris sur moi de le décider à retourner sur ses pas pour aller à Prague y voir manœuvrer par S. M. l'empereur 45 000 hommes, me chargeant de justifler près de vous cette démarche qui m’a paru utile. Il a été comblé de grâces et do faveurs par Sa Majesté; il a eu l'honneur de dîner à sa table, et à toutes les manœuvres l’Emirereur s’est constamment entretenu avec lui. Il est revenu du camp, après avoir mérité les éloges de tous les généraux à qui je l'avais adressé; tous lui prédisent une brillante carrière; et comme je ne doute pas que, dans ses lettres, il ne vous ait donné tous les détails de la réception qui lui a été faite, je veux vous laisser tout entier au charme d’en entendre le récit de sa bouche. »
On peut encore placer ici une lettre adressée au jeune comte de Buflon par le marquis de Bombelles, alors ministre du Roi près la Diète de l’Empire, dont la vie a été [agitée par de si étranges destinées. Diplomate, puis soldat de l’armée de Condé, il entra dans les
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ordres après la mort de sa femme, devint évèqae d’Amiens et aumônier de la duchesse de Berri. Il officia, dans la chapelle du château, le jour du mariage de sa fille, devenue Mme de Castéja, et eut trois fils, qui occupèrent en Autriche des positions élevées; l’un d’eux, de l'aveu de la cour d’Autriche, a épousé l’impératrice Marie-Louise.
« Ratisbonne, le 15 décembre 1781.
€ J'al reçu, monsieur, la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire de Munich, et le paquet de M. le baron de'Breteuil qu’elle renfermait. Je suis bien fâché que vos affaires m’aient privé de la satisfaction de vous recevoir ici ; tout ce que me mande M. le baron de Breteuil ajoute beaucoup à ce r^ret. J’aurais mis de l’amourpropre à présenter le fils d’un homme universellement révéré, et j’aurais cherché à mériter l’amitié d’un jeune homme qui marche sur les traces du plus respectable père, s
(Ces différentes lettres sont inédites et font partie de la collection de H. Henri Nadault do Duffun.)
Note 1, p. 98. — Mirande est un village situé à un kilomètre de Dijon; il fait partie de la ville et doit è son heureuse situation la création d’élégantes maisons de campagne ; celle qui appartenait à M. Hébert paratt avoir été détruite pendant la Révolution.
Note 3, p. 93. — BufTon fait allusion aux fêtes et aux cérémonies célébrées à l’occasion de l’ouverture des États, que le prince de Condé était venu présider. Les fêtes habituelles étaient, cette année, rendues plus brillantes par l’inauguration du musée et du cabinet des gravures, que les États avaient fondés le 15 mai.
Note 3, p. 98. — Les receveurs généraux des provinces ne furent pas supprimés, mais des réformes importantes eurent lieu dans cette administration financière. Les attributions des receveurs généraux s’augmentèrent de plusieurs perceptions particulières jusqu’alors séparées. La recette d'Angers, autrefois divisée en trois branches, les traites et gabelles, les tabacs et les aides, venait d’étre reconstituée en une seule perception.
Note k, p. 93. — Buffon ne partageait pas toutes les illusions de ses
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contemporains au sujet de la révolution pacifique que devaient accomplir prochainement, suivant eux, les progrès de l'esprit philosophique; il pensait qu’un gouvernement ne se modifie pas du tout au tout sans soulever des tempêtes, et il s’inquiétait de voir avec quelle facilité les hommes sages se laissaient entraîner vers les trompeuses perspectives de l'avenir. Il n’appartenait pas cependant à cette fraction, trèsrestreinte alors, qu’on pouvait appeler le parti de la résistance; son âme généreuse n’était pas demeurée étrangère aux idées de son temps. Avec cette merveilleuse faculté qu’il possédait au plus haut point de généraliser les faits particuliers, il avait pressenti que les institutions bonnes pour le passé seraient insuflisantes pour l’avenir. Il avait compris que les vieilles formes de la monarchie inspiraient d’autant moins de respect, que ceux mêmes qui étaient chargés de les défendre cherchaient tous les moyens do les frapper d’impuissance. Chacun sentait alors la nécessité d’approprier les formes du gouvernement aux intérêts! d’une société où s’étaient développés outre mesure l’esprit de discussion et le besoin de liberté; mais on espérait en même temps que l’opinion amènerait sans secousse ces grands changements. Buffon les appelait de tous ses vœux , sans cesser de jeter sur l'avenir, qui lui paraissait chargé d’orages, un regard inquiet. Il s’attendait à une crise prochaine. La Révolution, il ne faut pas s’y tromper, n’est pas l’ouvrage des quelques hommes qui l’ont déshonorée par leurs excès ; elle a dévoré presque tous ceux qui en ont été les plus fervents apôtres. BufTon ne dissimulait guère scs inquiétudes en entendant propager sans mesure des maximes imprudentes, il s’attristait en voyant la grande loi de l’obéissance sourdement attaquée cl faiblement défendue; et chaque jour il voyait avec douleur contestés et battus en brèche les deux principes devant lesquels il s’inclina toute sa vie : l’ordre et la règle. Qui oserait révoquer en doute son patriotisme? Sa correspondance, qu’il ne pensait certes pas devoir être un jour publiée, en renferme d’éclatants témoignages. S’il parle de la prospérité de la France , des heureuses combinaisons des ministres, des succès de nos armes, c’est avec une joie intime, avec une émotion vraie; les malheurs publics, les revers de l’Ëtat ne le trouvent pas non plus insensible.
Habituellement il ne faisait pas rouler l’entretien sur les événements de la politique ; il était en cela d’une réserve extrême, ayant coutume de dire : t Ces matières ne sont pas de mon ressort. i Parfois cependant, dans le cercle étroit de la famille, il laissa deviner sa pensée.
La guerre en faveur de l’indépendance des Ëtats-Unis d’Amérique lui parut une imprudence, la politique rncorlaine et changeante du gouvernement une irréparable faiblesse. Le jour où il apprit la convocau 14
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lion des notables , que devait bientôt suivre la convocation des états généraux, on l'entendit s'écrier: t Je vois venir un mouvement terrible, et personne pour le diriger. >
Avant de rendre le dernier soupir, il regarda longtemps son Gts; il sentait que ce jeune homme à l'imagination ardente, au cœur géné' reux, était menacé d'un grand danger, et sa pensée s’attristait en songeant qu'il le laissait seul pour tenir tète à l’orage qui approchait, et dont il avait depuis longtemps prévu et annoncé l'explosion.
Note 5, p. 98. — Le Compte rendu au Roi et l’édit portant convoca*, tion des administrations provinciales furent les derniers actes du pre> mier ministère de Necker. Si, d'un côté, ces mesures hardies por> tèrent sa popularité à son comble, d’un autre elles soulevèrent contre lui une opposition puissante à la cour et dans le Parlement. Necker, se sentant appuyé par l'opinion publique, se crut assez fort pour imposer ses conditions ; il demanda son entrée au conseil et un lit de justice pour l'enregistrement de son édit ; à ce prix seulement il consentait à rester aux affaires. Pendant huit jours le Roi hésita ; la Reine supplia le ministre, qui demeura inQexible. Ces négociations, connues dans le public, préoccupaient vivement les esprits. Chaque jour donnait en même temps naissance à dos brochures qui faisaient l'apologie do Necker et à des pamphlets qui décriaient son système ou attaquaient sa personne. Des couplets, qui furent alors chantés dans les rues de Paris, montrent que, malgré l’incertitude des esprits, on prévoyait un prochain changement ; voici les doux premiers :
Pourquoi présenter un Mémoire Qui fait sa fin?
Chacun glose sur cette histoire.
Sur ce Martin.
C'est que dans cette œuvre célèbre.
Modestement
Il fait son oraison funèbre,
De son vivant.
Il n’est point de cour étrangère Oui pour de l’or
Ne voulût dans son ministère Un tel trésor.
« Ah! que n’est-il, dit l’Angleterre,
Mon chancelier?
— Ah! que n’est-il, dit le saint-père.
Mon moutardier? » ’
Note 6, p. 98. — Ce que chacun avait prévu arriva enGo. Necker quitta le ministère des Goances le 25 mai et Joly de Fleury de La
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Valette, ancien intendant de Bourgogne, lui succéda. (Voy. ci-après, sur l'impression causée par la retraite de Necker, la note 2 de la lettre cclxiv, p. 372.)
Note 7, p. 99. — La gravure dont il est ici question, a été placée par Panckoucke en tète de l’une des dernières éditions de l'Histoire naturelle. Elle reproduit la statue élevée è Bulfon au Jardin du Roi, avec quelques ornements accessoires qui complètent la pensée de l’artiste. On voit dans le lointain le génie de la Nature, qui d’une main écarte le voile dont ses mystères sont enveloppés, et de l’autre tient un cercle d’or suspendu sur la tête de son historien. Au bas de la gravure sont tracés ces mots, qu’on put lire quelque temps sur le socle de la statue : Naturam ampUctitur omnem. (Voy. à ce sujet la note 10 de la lettre ccxcvi, p. 460.)
Cette gravure fut dessinée par Pajou, l’auteur de la statue, et gravée par Martini.
J’ai rassemblé les divers portraits de Buffon gravés, soit en France, soit à l’étranger, soit de son vivant, soit depuis sa mort; la collection que j’ai ainsi formée, et qui n’est pas complète encore, comprend plus de cent trente portraits.
Note 8, p. 99. — Mme de Saint-Marc, proche parente de M. Hébert, était la femme de M. Colin de Saint-Marc, receveur général des fermes. C’est à cette parenté que M. Hébert dut la recette des fermes de Dijon, dont il fut titulaire jusqu’à la Révolution.
Note 1, p. 99. — Le 61s de Guenean de Montbeillard était d’une santé délicate et sujet à des accidents qui donnaient à son père les plus vives inquiétudes. Buffon l’aimait comme son 61s et reconnaissait par mille attentions les tendres soins que Gueneau de Montbeillard et sa femme n’avaient cessé de prodiguer au jeune Buffon, Le 61s de Montbeillard achevait ses études au collège du Plessis avec son petit camarade, et, durant le temps de ses courts séjours à Paris, Buffon le faisait venir avec son 61s au Jardin du Roi, où les deux enfants recevaient les mêmes soins et prenaient part aux mêmes plaisirs.
NOTES
Note 1, p. 100. — Nocker venait de quitter le contrôle général des Gnanres. c M. Necker, rapportent les Mémoires de Dachaumont, à la date du 13 juin 1781, comme on l’avait prévu, rongé de chagrin de se voir arrêté au milieu de la carrière où l'avait fait entrer son ambition, vient enfin de tomber malade ; on juge qu’il l’est gravement, puisque le docteur Tronchin, ne pouvant l’aller voir à Saint-Ouen aussi fréquemment que l’exige son état, l’a déterminé à venir à Paris. Comme il n’a pas de logement arrêté en ce moment, son ancien ami M. Fournier, qu’il avait négligé durant ses projets de grandeur, lui a offert un asile et l’a reçu. On prétend que M. Tronchin, vu la cause de l’état fâcheux de M. Necker, craint qu’il n’y succombe, à moins qu’on ne vienne à bout de lui inspirer plus de résignation, plps de calme et de repos dans l’imagination, t
Note 2, p. 101 . — Dès que la retraite de Necker fut connue à Paris, l’opinion se manifesta hautement en sa faveur. Le soir, aux Français, pendant la représentation de la Partie de chasse d'Henri IV, à ce passage où le roi, pardonnant à Sully, s’écrie : Les malheureux, ils m’ont trompé I on cria du parterre: Ouil oui! et la représentation fut interrompue. La pièce du ifisontArope donna encore lieu, les jours suivants, aux mêmes manifestations. Parmi les nombreux couplets qui inondèrent Paris à cette occasion, celui-ci, qui était plein d’à-propos, fut beaucoup remarqué :
North et Necker dans leurs puissantes mains De leur Etat soutiennent les destins :
, Voità la ressemblance.
North triomphant, élève les Anglais,
Necker tombant, entraîne les Français :
Voilà la différence.
Note 1, p. 101. — La famille dont il est ici question est la famille Lestre de Semur. Le mariage de Mlle Lestre avec M. Perrault de Chazelle, négocié par Buffon et par Gueneau de Montbeillard, était arrêté, et le jour de la célébration fixé par les deux familles. M. Perrault de Chazeîle était le neveu de Mme Charrault, parente de Buffon, et se
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trouvait alors avec celte dernière à Montbard. (Voy. la note 2 de la lettre clxvi, t. I, p. 495).
Note 2, p. 101. — A Montbard, on dînait à deux heures; c’était l’heure à laquelle Buflbn quittait son cabinet d'études. Avant deux heures, personne, quel que fût le rang du visiteur, ne pouvait le voir. C’était une règle absolue, que ses gens avaient ordre de ne jamais enfreindre. L’accueil que l’on recevait à Montbard était simple, mais cordial et généreux ; il y avait au château, toujours dressée, une table de vingt-cinq couverts. Le personnage le plus important de la maison, le plus considérable et le mieux payé, était le cuisinier. ButTon y mettait de l’amour-propre ; c’était son seul luxe. Au reste fui-méme mangeait beaucoup. Son dîner était son seul repas ; c’était aussi le seul instant de la journée où il fut entièrement à la compagnie qui l'était venu voir. On demeurait longtemps à table ; la soeur de BufTon, Mme Nadault, en faisait les honneurs avec une grâce et une prévenance du meilleur ton. La conversation prolongeait le repas. Hors des heures consacrées à l’étude, BufTon n’aimait pas à s’occuper de choses profondes; il laissait son esprit au repos. Sachant mettre chacun à son aise, il était chez lui accueillant et affectueux. Simple dans ses discours, aimant à causer et parfois un peu à rire, il ne cherchait l’effet en rien. Sa conversation était alors familière , mais jamais négligée. < La conversation de M. de Buffon, dit Mme Necker, a un attrait tout particulier.... Il s’est occupé toute sa vie d’idées étrangères aux autres hommes; en sorte que tout ce qu'il dit a le piquant de la nouveauté. > Pour lui une question de littérature ou de science, fortuitement soulevée dans la conversation , devait se discuter sérieusement. Aussi évitait-il avecsoin, lorsqu’à table la discussion s'élevait sur des sujets de cette nature , d'y prendre part. Il se taisait et laissait dire. Mais que la discussion s’animât, qu’elle prit une tournure neuve, capable de l’intéresser, on voyait soudain se réveiller le savant et l’homme de génie; c’était alors, pour me servir d’une expression qui, dit-on, lui fut familière , une autre paire de manches I On se taisait autour de lui, on l’écoutait parler. Lorsque Buffon s'apercevait de l’attention qu’il avait éveillée, il s’arrêtait à son tour, mécontent de lui : Pardieu! disait-il, nous ne sommes pas ici à F Académie I Et la conversation reprenait ce ton facile et léger dont le naturaliste aimait si peu, pendant ces heuresconsacrées au repos, à la voir s’écarter. Après le dîner chacun se dispersait. Buffon rentrait chez loi et s’occupait jusqu’au soir de ses affaires domestiques, do règlement de ses comptes, de l’administration du Jardin du Roi, dictant tour à tour à son secrétaire des lettres d’affaires ou des réponses à ses nombreux correspondants, au
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nombre desquels furent, on le sait, Catherine II et le roi de Prusse. Le soir on se réunissait de nouveau au salon, grande pièce lendueen soie verte, décorée dans toute sa hauteur par les dessins des oiseaux décrits dans l'Histoire naturelle. Un secrétaire apportait le manuscrit auquel il avait travaillé le matin; souvent on choisissait un morceau pris au hasard dans l'Histoire naturelle; parfois on se recueillait pour entendre Butfon, dont la mémoire était prodigieuse, réciter de souvenir un passage de ses œuvres.
Note 1, p. 102. — En ce temps, le Trésor était obéré à ce point que les payements les plus nécessaires étaient indéCniment suspendus, parfois même entièrement supprimés. On se souvient encore des différentes opérations financières tentées sans succès, depuis Tabbé Terray, par les divers contrôleurs généraux des finances, pour ranimer le crédit public. Quelques-uns essayèrent de restreindre la dépense en ne rcconnais-sant pas les engagements de l'Étal; de ce nombre fut le contrôleur général Joly de Fleury, qui refusa un jour à Buffon le remboursement de ses avances pour les travaux du Jardin du Roi. M. Humberl-Bazilo raconte ainsi, à la page 84, tome I, de son intéressant manuscrit, et le refus du ministre et l’Ordre qui lui fut donné de payer désormais sans retard les mémoires présentés au Trésor par l’intendant du Jardin du Roi.
f Voici, dit-il, une anecdote qui montre jusqu'où allait l’infiuence du comte de Buffon, ht combien son crédit à la cour était solidement établi. Un jour que je m'étais présenté, par son ordre, à l’hôtel du contrôleur général, l'audience du ministre me fut pour la première fois refusée. Il s'agissait d’ordonnancer des états de dépenses faites au Jardin du Roi, et dont M. le comte attendait avec impatience je remboursement; j’insistai près de M. Charpentier, intendant des Finances, et mon introducteur habituel près de M.. Joly de Fleury; M. Charpentier se rendit près du ministre, qui se refusa de nouveau à m’entendre. Je revins au Jardin du Roi, et je rendis compte du peu de succès de ma démarche. « Allez à votre bureau , me dit M. de c Buffon, et écrivez la lettre que je vais vous dicter. » Dans cette lettre adressée à M. Âraelot, il était dit que le refus du contrôleur général mettait l’intendant du Jardin'du Roi dans l’impossibilité de solder les mémoires d'ouvriers ainsi que de payer le prix de ses acquisitions, et qu’il lui était extrêmement pénible de se voir ainsi réduit à la triste nécessité de manquer à ses engagements.
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« Le soir même, un courrier extraordinaire apporta au Jardin du Roi une copie de l’ordre qui venait d’être donné au contrôleur général des Finances, de payer désormais à vue les lions du comte do BulTon et de lui remettre, sans nul retard, tes sommes réclamées pour la continuation des travaux entrepris au Jardin du Roi.
< Le lendemain, je me présentai de nouveau au contrôle général, et je fus aussitôt reçu. M. Joly de Fleury me dit qu’il n’avait point eu l’intention de désobliger M. de BulTon, mais qu’un travail urgent avait seul provoqué son refus de me recevoir. Il me remit une note dans ce sens, et montra par la suite un grand empressement à satisfaire aux demandes d’argent qui lui furent faites. »
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Note 1, p. 104. — c L’oie, dit BulTon qui savait donner de la noblesse aux moindres détails, et relever par une grande pensée les sujets les plus vulgaires, l’oie nous fournit cette plume délicate sur laquelle la mollesse se platt à reposer, et cette autre plume, instrument de nos pensées, avec laquelle nous écrivons ici son éloge, t
Mme Necker, si bonne à consulter lorsqu’il s’agit de Buffon, dit, en rapportant celte gracieuse pensée : « Quand on est obligé de dire une chose commune, il faut tâcher d’y jeter toujours un peu d’interét. C’est ainsi que M. de Buffon, dans son histoire de l'oie, ne nous a pas appris platement qu’elle donne les meilleures plumes ; mais il dit ; Cette plume avec laquelle j’écris son histoire. » {Mélanges, t. II, page 342.)
Note 2, p. 104. — La partie de Paris qui s’étend sous la montagne Sainte-Geneviève, et notamment tout le quartier Saint-Jacques, sont bâtis sur les catacombes. Avant les importants travaux de consolidation entrepris par le gouvemement dans ces anciennes carrières, il était fréquent de voir dans les quartiers les plus exposés des elTondrcraents et des éboulemenis dont plusieurs furent causes de graves accidents. Déjà, en 1774, les gazettes annonçaient un accident de ce genre : « On sait que plusieurs quartiers do Paris sont placés au-dessus des souterrains formés par des carrières qui, malgré les précautions prises pour assurer le sol , menacent d’une ruine plus ou moins reculée tous les édifices bâtis dessus. Une excavation considérable, formée à la barrière de la rue d’Enfer par un éboulement subit, ne peut que confirmer ces craintes. Heureusement elle s’est formée dans un lieu isolé ; une seule maison voisine en a souffert. On est
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occupK- à réparer ce désordre et à prendre les précautions que la prudence et l'art pourront fournir, i Quelques années plus lard, au mois de juillet 1778, sur le chemin de Mesnil-Montant, proche la barrière de ce nom, sept personnes furent englouties, sans qu'une seule ait eu le temps de prendre la fuite. On ne put retrouver, malgré les travaux de sauvetage entrepris par la police, les cadavres des victimes. On ne trouva pas non plus trace d'un gros orme sous lequel elles étaient assises au moment de l'accident.
Les premiers travaux de consolidation des catacombes furent entrepris sous l'administration de M. Lenoir, en 1778, et poursuivis avec activité les années suivantes. Ce magistrat, à l'administration duquel Paris est redevable d'un grand nombre de mesures utiles, y fit transporter les débris humains retirés du cimetière des Innocents qui venait d'élre supprimé. Sous l'Empire, des sommes importantes furent dépensées, et les travaux de consolidation, continués sous la Restauration, sont aujourd'hui entièrement achevés et mettent les quartiers de Paris, autrefois exposés, à l’abri de tout éboulement.
Note 3, p. 104. — J’admire dans Buffon deux vertus qui ont dominé sa vie : la patience et lu force. 11 faut certes une foi bien robuste dans l’œuvre entreprise, pour poursuivre sans jamais se lasser une tâche qui demande le sacrifice de la vio tout entière. Les dernières années de Buffon furent éprouvées par des souffrances non interrompues, causées par la' plus cruelle et la plus douloureuse des maladies; son travail ne s’en ressentit pas: on eût dit au contraire que, dans la lutte entre le corps qui souffre et l’âme qui veut agir, son génie trouvait une puissance nouvelle. I>es Époqites de la nature, dernière production d'une plume puissante, ouvrage souvent interrompu par la violence du mal qui minait sa santé, sont sans contredit cependant son chef-d’œuvre, la pièce capitale de l’édifice qu'il a construit; c'est ce que sa plume a écrit de plus correct, ce que son imagination a créé de plus sublime, ün jour cependant il est arrêté par la maladie, celte fois plus forte que sa volonté; il ne se décourage pas néanmoins, et s’il en parle, c’est pour regretter le temps enlevé à l'étude et ses travaux un instant interrompus. (Voy. lanote7 delaleltrecixxviii, 1. 1, p. 443.)
Note 4, page 104. — Buffon n’était jamais satisfait de ce qu’il avait écrit. Quelque peine que lui eût coûté l’ouvrage qu’il venait d’achever, quelques nombreuses qu’eussent été les retouches auxquelles il l’avait successivement soumis, il pensait qu’il pouvait se perfectionner encore, et l’envoyait à ses amis pour le lire et le juger. C’est une remarque curieuse à faire que cette extrême défiance de lui-même, qui
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n’abandonna jamais l’écrivain le plus correct cl le plus pur du tiixbuitième siècle. Mais on peut dire que cette défiance modeste est un des traits qui caractérisent l’homme de génie. Pascal qui, lui aussi, savait écrire, ne s’élevait à l’expression sublime de sa pensée qu’après d’innombrables essais.