‹ Correspondance inédite de BuffonChapitre 77 sur 133 · CCLXXIII · texte numérisé non relu

CCLXXIII

Note 1, p. 111. — Joly de Fleury, troisième Gis de Guillaume- François Joly de Fleury, procureur général au parlement de Paris, avait été nommé contrôleur général des Gnances, lors de la retraite de Necker.

Note 2, p. 111. — Débonnaire de Forges, maître des requêtes en 1768, était alors conseiller d'Ëtat et membre du conseil des Gnances.

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Note 1, p. 112. — Catherine II, née en 1729, morte le 9 novembre 1796, monta sur le trône de Russie le 9 juillet 1762. Elle avait épousé Pierre III le 1" septembre 17S<i, et dut la couronne à une conspiration qui précipita du trône son mari, étranglé quelques années après dans sa prison. « Le seul grand homme qu'il y ait aujourd'hui en Europe depuis la mort de Frédéric II, a dit Rivarol, est la femme extraordinaire qui gouverne la Russie. ■

Note 2, p. 112. — On lit à ce sujet dans les Mémoires de Bachaumont, à la date du 5 février 1782 ; c M. le comte de Buffon ayant eu occasion d'envoyer ses œuvres à la czarine, cette magni- Gque souveraine lui a fait donner en échange la collection des médailles de son règne, en or, présent d'environ 40 000 livres. Elle y a joint une lettre charmante, et le philosophe très-galant a répondu par

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une de remercîment, dans le genre de celle qu’on a vue il y a un an adressée à Mme la comtesse de Genlis, mais proportionnée toujours à l’illustro héroïne. ï Avec ces médailles et les riches fourrures qui les accompagnaient, l’impératrice avait envoyé à Buffon, sur une tabatière d’or, son portrait enrichi de diamants. M. Humbert-Bazile posséda un instant ce précieux bijou ; il en avait fait l’acquisition lors de la vente des biens du jeune comte de Buffon.

Pour célébrer la munificence do l’impératrice, M. de La Ferté adressa à Buffon la pièce de vers suivante, insérée dans les journaux du temps et rapportée par Grimm dans sa Correspondance (t, XI p. 69) :

A M. DE BUFFON

Sur le présent de fourrures que lui a envoyé Sa Majesté Impériale de Russie, accompagné des médailles d’or frappées sous son règne, et sur la demande qu’elle lui a faite de son buste, par M. de La Férié, avocat au Parlement.

Quelle louable jalousie Semble animer les souverainsl Tributaire de ton génie,

Catherine sur toi répand à pleines mains Les richesses de la Scylhie :

Elle se signale en ce jour,

Catherine la Magnifique,

Des Russes la gloire et l’amour.

De la Sémiramis antique Ne me vantez plus la splendeur,

Les jardins merveilleux , d’où fuyait le bonheur.

Apprécier Buffon, ajouter à sa gloire.

C’est avec lui s’inscrire au temple de Mémoire;

C’est se recommander aux siècles à venir.

. Rappelle, dans ton doux loisir.

Avec quelle grâce touchante Catherine daigne embellir Les dons que sa main te présente.

D'un règne glorieux ces nombreux monuments,

Qui peuvent attester un siècle de lumière,

Ces médailles dont l’art surpasse la matière.

Et ces riches toisons, l’orgueil des vêtements.

Ne valent pas d’une majesté fière Les instances, le vœu pressant Pour obtenir la ressemblante image.

Les nobles traits d’un grand homme et d’un sage.

Houdon, elle a fait choix de ton ciseau savant.

NOTES

La souveraine, amante des prodiges.

Pour toi ce n’est qu’un jeu de surprendre nos sens Par tes innombrables prestiges.

Renouvelant l’audace des Titans,

Veui-tu ravir la céleste étincelle?

Transmettre au bloc l’Ame do ton modèle?

Ne tente pas de coupables efTorts.

Puise la dans ses yeux, cette flamme immortelle;

Tu seras à la fois et sublime et fidèle. *

L’Envie, en frémissant, tourmentera son mors.

BufTon, tu n’as jamais aperçu la Furie,

Tu plains les envieux, tu dèlaignes l'Envie;

Ton laurier, toujours vert, toujours chéri des dieux,

N’a rien à redouter des autans furieux. ,

Note 3, p. 112. — Outre les médailles, les fourrures et le portrait, l'impératrico avait envoyé à BufTon une chaîne en or massif, trouvée dans des fouilles faites en Sibérie. « Les cultures, les arts, les bourgs épars dans cette région, dit Pallas, sont les restes encore vivants d'un empire ou d’une société florissante, dont l’histoire même est ensevelie avec scs cilés, scs temples, ses armes, ses monuments, dont on déterre, à chaque pas, d’énormes débris. » Cet envoi fut un hommage d'autant plus flatteur rendu à BufTon, que c’est dans le Nord qu’il plaça, dans ses ÉpcK/ufs de la Nature, le berceau du monde, et qu’il signala les premiers bienfaits de la civilisation. Ces restes d’une civilisation détruite, ces vestiges d’un monde évanoui, dont la tradition même n’a (lU conserver le souvenir, donnaient pleinement raison à scs hypothèses et é ses systèmes. La chaîne d’or trouvée en Sibérie et les médailles du régne de Catherine ont disparu. Nous avons lieu de penser cependant que ce riche médaillier est actuellement on Angleterre. Les fourrures servirent à BufTon beaucoup moins qu’à sa bellc-Qlle ; le peu qu’il en reste appartient aujourd’hui à Mme de Yaulgrcnant, née Nadault de BufTon.

Note 4, p. 112. — La correspondance de 'Voltaire avec l’Impératrice de Russie renferme des vœux semblables. Aucune flatterie, on doit le dire, ne pouvait être plus agréable aux oreilles de la czarine, la politique russe ayant constamment en vue la conquête de Constantinople.

Note 5, p. 113. — Jean-Antoine Houdon, né le 20 mars 1741, mort le 15 juillet 1828, excella surtout dans les bustes. Le buste de Buflon est cité comme une de ses meilleures productions. Outre celui qui fut emporté en Russie par le jeune comte de BufTon, il y en eut un autre

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du même artiste qui fut placé à Montbard, dans le salon du château. H. Gatteaux, membre de l'Académie des beaux-arts, en est aujourd’hui possesseur.

Note 1, p. lUt. — L'élection dont il s'agit est celle qui devait avoir lieu pout remplacer Saurin. Buffon, fort lié avec Bailly, et qui ne cachait pas l'estime dont il honorait son caractère et ses écrits, l'avait porté comme son candidat à la place vacante; il avait vu ses amis et s'était assuré du nombre de voix nécessaire pour cette élection. « L’Académie, dit Grimm, suivant l'usage de tous les corps, est partagée en deux partis ou factions : le le parti dévot , qui réunit aux prélats tous les académiciens mincemcnt pourvus de mérite, et d'autant plus empressés par conséquent à faire leur cour avec bassesse; et le parti philosophique, que les dévots appellent encyclopédique.... Il y a, au reste, dans ces doux partis, comme entre deux armées opposées, un fonds de déserteurs qui se rangent, suivant la fortune, de l'un ou de l'autre côté, et dont l’un ou l’autre se fortilie en les méprisant également. Il y a aussi du ces âmes fières et libres qui dédaignent d’être d’aucun parti, comme M. de Buffon, par exemple, et que leur neutralité expose à la calomnie des deux factions. » (Correspondance littéraire, t. Vil, p. 252. Mai 1771.) Tel était encore, eu 1782, l’état de l’Académie, et, comme BulTon tenait beaucoup à l’élection de Bailly, il ne négligea rien pour en assurer le succès. Le nombre de voix nécessaire lui était promis, et cependant il ne croyait pas encore la cause de Bailly gagnée, car il n'assista pas à la séance de l’Académie , afin d'éviter beaucoup de choses désagréables. Cette défiance se comprend sans peine , si l'on considère la position tout exceptionnelle que Buffon s’était faite. En effet, il se tenait à l’écart et ne dirigeait aucune faction dans celte compagnie, dominée alors à un si haut point par l’esprit de parti ; c’est ce qui l’exposait, comme le fait très-finement observer Grimm, aux calomnies de toutes deux. On alla aux voix, un suffrage manqua à Bailly, et Condorcet, le candidat du parti encyclopédique, fut élu. L’histoire de cette élection est curieuse; Qrimm et La Harpe en ont rendu compte dans leur Correspondance littéraire.

c L’élection de M. le marquis de Condorcet à la place vacante à l’Académie française par la mort de M. Saurin,, dit Grimm, est une des plus grandes batailles que M. d’Alembert ait gagnées contre M. de Buffon. Ce dernier voulait absolument qu’on donnât la préférence à H. Bailly, auteur de rifisloire de l'astronomie ancienne, des Lettres

NOTES

*ur r Atlantide et iur l'origine des sciences; M. de Chamfort, à la dernière cicclion , ne l’avait emporté sur lui que de trois ou quatre voix.... Il n’en est pas moins vrai que M. d'Alcmbert a eu besoin de toute l’adre.'.se do son esprit , de toute l’activité de sa politique, on l’assure même, de toute l’éloquence de ses larmes, pour décider le triomphe de son client; et sans une petite trahison de M. de Tressan, tant d’efforts, tant de soins étaient encore perdus; car M. de Condorcet n’a eu qu’une seule voix do plus que M. de Bailly, seize contre quinze ; et voici l'histoire assez curieuse de cette voix , bien digne assurément d'étre contée. M. de Duffon, à qui M. do Tressan doit sa place à l’Académie (Voy. la note 1 de la lettre clxi, t. I, p. 486), crut bonnement pouvoir se Ger à la parole qu'il lui avait donnée de servir M. Bailly. M. d’Alembert avait obtenu de lui la même promesse en faveur de M. de Condorcet; mais beaucoup meilleur géomètre que le Pline français, il jugea très-bien qu’une promesse verbale ducomte do Tressan n’était pas d’une démonstration assez rigoureuse; en conséquence, il se lit donner la voix dont il avait besoin dans un billet convenablement cacheté, et ce petit tour de passe-passe a décidé le succès d’une des plus illustres journées du conclave académique. »

« M. de Condorcet, dit La Harpe rendant compte à son tour de cette élection si vivement débattue, a été enffn élu pour remplacer M. Saurin à l’Académie française. On ne se souvient point, de mémoire d’académicien, qu’il y ait jamais eu pour une élection une assemblée si nombreuse, ni un semblable partage de voix. Nous étions trente et un; Bailly a eu quinze voix, cl M. de Condorcet seize, cil a frisé la t corde, » disait M. d’Alembert; et l'on peut juger de l’intérêt qu’il y mettait par ces propres paroles qu’il dit tout haut après le scrutin ; c Je suis plus content d'avoir gagné celte victoire que je no le serais c d’avoir trouvé la quadrature du cercle. » Un géomètre ne peut rien dire de plus fort. Cependant il faut avouer qu’il n’y a pas trop de quoi se gloriGer d’une pareille victoire. Il est triste de ne l’emporter que d’une voix , et dë couper ainsi par la moitié une compagnie où l’on veut entrer. M. de Condorcet, savant, philosophe et homme d’esprit, secrétaire de l’Académie des sciences, aurait dù naturellement trouver moins d’obstacles, si ses méchancetés connues, scs libelles anonymes n’eussent indisposé contre lui, d’autant plus qu’il se présentait en concurrence avec un homme qui avait eu douze voix à la dernière élection, et à qui l’on ne faisait aucun reproche personnel. Quoi qu’il en soit, le zèle dévorant de M. d’Alembert l'a emporté, et M. de Condorcet sera reçu le 21 de ce mois. »

Ce choix était bien fait pour blesser Buffon. En effet, sa liaison avec

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Necker était fort connue, et Condorcet s'était toujours montré l’ennemi acharné du contrôleur général des finances. Au livre de Necker intitulé : De la législation et du commerce des grains, il avait répondu par les Lettres d'un laboureur, pamphlet dans lequel l'attaque est plus vive que loyale. A compter de ce jour, BulTon cessa de paraître aux séances de l’Académie. Dn soir il rencontra le comIe de Tressan dans le salon d’un ministre. L’académicien vint à lui avec politesse, se plaignant doucement de s’être plusieurs fois présenté sans succès au Jardin du Roi. c Je le sais, répondit BulTon avec hauteur, j’étais chez moi et vous avez trouvé ma porto fermée; j’ai donné ordre qu’elle le fût désormais toujours pour vous. ï Et sans même le saluer il lui tourna le dos.

Deux années plus lard, le 26 février 178<i, Bailly entra à l’Académie; l’homme dont le manque de parole avait retardé son élection lui en ouvrit celte fois les portes. Bailly succéda au comte de Tressan, et Condorcet, alors directeur, le reçut dans cette compagnie où , deux ans auparavant, il était venu occuper, un peu par surprise, la place promise à Bailly.

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