‹ Correspondance inédite de BuffonChapitre 79 sur 133 · CCLXXVIII · texte numérisé non relu

CCLXXVIII

Note I, p. 116. — On aime à trouver dans le programme des fêtes données à Dijon en l'honneur de la naissance du Dauphin, une pensée de bienfaisance. Les Etats de la province dotèrent douze jeunes filles, et une médaille fut frappée pour conserver le souvenir de cette solennité.

Note 2. p. 116. — Joly de Fleury, qui remplaça Necker en 1781, au contrôle général des finances, fut remplacé i son tour en 1783, par d'Ormesson.

Note 1, p. 117. — Butfon, qui travaillait alors à l'^fi'.^totre des minéraux, envoyait à Muntbard ses manuscrits, que Trécourt,son se crétaire , devait recopier. Buffon n’avait pas le travail facile. Il concevait avec peine, et ce n’est qu’après des retouches successives que sa pensée devenait nette et que sa phrase prenait cette élégance de forme et cette savante harmonie qui sont un des charmes les plus attrayants de son style. Buffon écrivait peu, sa vue était mauvaise; il dictait à son secrétaire des pages qu'il se faisait relire ensuite et qu’il revoyait lui-même en les corrigeant avec un soin minutieux. Lorsque les ratures rendaient la lecture du manuscrit difficile , le manuscrit était recopié et aussitôt brûlé. C’est ainsi que le manuscrit des Époques de la Nature fut, dit-on, recopié jusqu'à dix-sept fois. Il aimait à laisser reposer, à oublier pour un temps certains manuscrits qui lui avaient beaucoup coûté ; il occupait son esprit d'autres pensées, puis, un jour, il assemblait quelques amis, leur donnait lecture de l’œuvre mise en réserve, recueillait avec soin leurs remarques et leurs critiques, et reprenait son travail interrompu.

Note 2, p. 117. — On comprendra sans peine qu’au milieu des occupations et des travaux qui se partageaient sa vio, Buffon ne pût trouver le temps de lire. 11 avait besoin cependant, pour se tenir au courant des découvertes nouvelles, de connaître les différentes relations des voyageurs, et devait, dans l’intérêt de scs travaux mêmes, consulter on grand nombre d’ouvrages. Ses secrétaires étaient chargés de parcourir les livres, soit anciens soit nouveaux, dont il pouvait tirer quelque parti, et avaient ordre d’en extraire ce qui pouvait lui être utile.

ET ÉCLAIRCISSEMENTS

Ud grand nombre de brocburea et d’ouvrages lui étaient sans cesse adressés. Lorsque le titre do quelqu’un d’entre eux l’avait intéressé, il en parcourait les tables et se faisait donner lecture des chapitre^ qui l’avaient frappé. Le plus souvent il envoyait les livres dont on lui faisait hommage à ses secrétaires, qui en prenaient connaissance et copiaient par extraits les passages qui leur paraissaient dignes de quelque attention.

Note 1, p. 118. — Dos les premiers temps de l’arrivée de Necker aux affaires, Mme Necker avait ouvert son salon aux membres épars de la société de Mme Geoffrin. (Yoy. à ce sujet la note 1 de la lettre ccyt , p. 284). Une fois par semaine elle réunissait à sa table les hommes éminents dans les lettres, auxquels venaient se joindre quelques femmes recherchées pour leur beauté ou leur esprit. Aux soirées do Mme Necker s’agitaient des questions de littérature et de critique; on y faisait à haute voix des lectures d'ouvrages nouveaux, sur le mérite desquels cet auditoire de choix était appelé ensuite à se prononcer. Un soir que la réunion était complète, on annonça dans le salon du contrôleur général un nom inconnu. C’était celui d'un jeune auteur arrivé depuis peu d’un long voyage, et qui venait donner lecture de son premier roman. La lecture commença. Buffon était au nombre des auditeurs. D’abord on écouta en silence, quelques marques d’ennui succédèrent bientôt à l’attention générale, puis on n’écouta plus. Buffon se montra distrait, regarda sa montre, demanda ses chevaux et partit; Thomas dormait. La lecture achevée, on conseilla à l’auteur du manuscrit, un peu troublé par le froid accueil qui venait d’être fait à son œuvre, de la retoucher et d’attendre; puis on parla d’autre chose, et le nouveau venu fut oublié. Le livre ainsi dédaigné était cependant Paul et Virginie; il devait faire à lui seul la réputation de Bernardin de Saint-Pierre, et le désigner à Louis XVI comme un digne successeur de Buffon. Les lectures en petit comité n’ont pas toujours été favorables aux ouvrages destinés à agir puissamment sur les masses. On sait que le Polijeucte de Corneille eut à peine un succès d’estime dans le salon de Mme de Rambouillet. L’échec de Paul et Virginie est un nouvel exemple de l’inaptitude d’une société do beaux esprits, eussent-ils le goût le plus exercé, à juger sainement de l’avenir de ces ouvrages qui ont le privilège de laisser, dans l’histoire littéraire une trace ineffaçable.

C’est dans le salon de Mme Necker que prit naissance, en 1770, le projet d’une souscription pour élever une statue à Voltaire ; démarche

NOTES

assez étrange de )a part de Mme Necker, sur qui la philosophie moderne n'avait ou aucune prise, et qui ne partageait pas l'engouement ^ des contemporains pour Voltaire. Pigalle fut chargé d'exécuter la statue du philosophe. Le sculpteur fit Voltaire entièrement nu. La délicatesse de Mme Necker en fut offensée, mais le public ne fit qu'en rire et composa des épigrammes dans le genre de celle-ci :

Voici l’auteur de l'fngi'nu;

Monsieur Pigalle nous l’offre nu.

Monsieur Fréron le drapera.

Alléluia. ».

Un sujet bien digne de remarque, c’est que le même honneur, décerné dans le même temps à Buffon, d’une manière plus éclatante encore, ne souleva aucune contradiction, et que sa statue fut élevée de son vivant au Jardin du Roi avec l'approbation publique, qui s’associa sans réserve à cette éclatante distinction.

Note 2, p. 118. — Avant de devenir la propriété du prince de Soubise, Saint-Ouen, que Necker acheta des créanciers de ce dernier, appartenait au duc de Gesvres. Lorsque Louis XV, redoutant le mécontentement des Parisiens, eut cessé de passer par Paris pour se rendre à Compiègne, le château de Saint-Ouen fut choisi pour être la première couchée de la cour.

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