‹ Correspondance inédite de BuffonChapitre 87 sur 133 · CCLXXXIX · texte numérisé non relu

CCLXXXIX

Note 1, p. 131. — c 21 juin 1782.— M. le comte et Mme la comtesse du Nord emportent avec eux les regrets et l’admiration des Parisiens. Le premier a inspiré le plus vif intérêt à tous ceux qui ont eu le bonheur de l'approcher et de l'entendre. Affable, prévenant, sa politesse est noble et naturelle; il possède toutes les qualités qui annoncent le caractère le plus heureux, et il ne pouvait manquer de réussir dans un pays où la première de toutes est d’être aimable. Il parle peu, mais toujours très à propos, sans affectation, sans gène, sans paraître chercher ce qu’il dit de flatteur. > {Mémoires de Bachaumont.)

Le grand-duc et la grande-duchesse quittèrent Paris le 20 juin.

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aprè» avoir visité les principaux roonumenia, ainsi que loua les établissements dignes de quelque inléa't. Pour leur faciliter les moyens de se rendre partout et à toute heure, le lieutenant de police avait attaché à leur personne un exempt qui prenait leurs ordres, et était entièrement à leur sen ice. Ils virent le Palais de Justice,’ où on jugea devant eux une cause solennelle, Notre-Dame, que’ la comtesse du Nord trouva aussi belle dans son genre que Saint-Pierre de Rome dans le sien; la Sorbonne, déjà visitée par Pierre le Grand. Le docteur qui faisait voir l'église au comte du Nord lui rappela les paroles du czar Pierre qui, s’arrêtant devant le tombeau du cardinal de Richelieu, s’était écrié : c O grand homme! que ne vis-tu encore! je te donnerais la moitié de mon royaume pour m’apprendre à gouverner l’autre! — Oh! monsieur, reprit avec vivacité le prince, en l’arrêtant, cela n’aurait pas'duré longtemps, il la lui aurait bientôt reprise, s

A Chantilly, où les fêtes données aux illustres voyageurs furent célébrées avec la magnificence habituelle à la maison de Condé, le comte du Nord disait, en visitant le château, qu’il troquerait volontiers son royaume contre un pareil palais : « Votre Altesse y perdrait, reprit le duc de Bourbon, et surtout scs sujets. — J’y gagnerais beaucoup au contraire, répondit le prince, car je serais Bourbon, et, qui plus est, Condé. » La pagnificence déployée dans cette réception fit dire que le Roi avait reçu le comte du Nord en ami, le duc d’Orléans en bourgeois, le prince de Condé en souverain.

A Lyon, il répondit au prévôt des marchands, qui voulutle détourner du projet qu’il avait formé de visiter les hospices de la ville: * Plus les grands sont éloignés des misères humaines, plus ils doivent s’en approcher, afin d’être disposés davantage à les soulager. » Le Roi, en prenant congé, à Choisy, du comte et de la comtesse du Nord, remit au comte l'histoire du czar Pierre premier, en tapisseries des Gobelins, avec deux vases de Sèvres du plus grand prix, et la reine offrit de son côté à la comtesse du Nord une toilette en porcelaine de la manufacture de Sèvres, dont Grimm nous a laissé la description, t Cette toilette, dit-il, est toute en porcelaine, montée en or, fond bleu lapis, ornée de peintures dessinées d’après l’antique, et les pièces qui en étaient susceptibles, garnies d’une bordure d’émail imitant la perle et les pierres fines. Le miroir, surmonté des armes de Russie et d’une draperie infiniment riche, est soutenu par les trois Grâces ; deux petits Amours se jouent à leurs pieds, et l'un montrant la glace a l'air de dire : « Elle est plus belle encore. »

Note 2, p. 131. — La paix était impatiemment attendue: les re-

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lard» qu’éprouvait sa signature, attribués au cabinet do Saint-James, donnèrent lieu à la pièce suivante :

Sans cloute, fiers Anglais, le pas est difficile;

Il faut pourtant sortir de cet état douteux.

Votre gloire rougit d’im traité trop servile;

Mais que de maux vont suivre un refus hasardeux !

Honte ou ruine : optez des deux!

Louis doit-il encor reprendre son tonnerre,

Ou le Français chanter dans sa gaîté légère Cent vaudevilles déjà nés ?

Vous serez bien battus, si vous voulez la guerre;

Si vous faites la paix, vous serez bien bernés.

Le 25 novembre 1783, la paix fut publiée à Paris avec les solennités d'usage ;

* M. le chevalier de La Haye, disent les Mémoires du temps, roi d’armes de France, accompagné d’un détachement de six hérauts d’armes , précédés de la musique de la chambre et des écuries de Sa Majesté, du maître des cérémonies, a été prendre, de la part du Roi, le prévôt des marchands, le cor[is de la ville et du Châtelet ; après y avoir reçu l’ordonnance de la paix et en avoir l’ait faire la lecture, cos différentes compagnies et députations se rendirent dans les places publiques, où le roi d'armes de France, après avoir commandé trois chamades des cloches d’armes de Sa Majesté, a par trois fois prononcé ; « De par le roi, i et a dit : < Premier héraut d’armes de « France, au titre de Bourgogne, faites les fonctions de votre charge, » et lui a remis, en même temps, l’ordonnance do la paix, que le premier héraut d’armes a publiée. Apres quoi le roi d’armes a fait sonner trois fanfares, et a prononcé par trois fois; V’i'fe le roil ce qui a eu lieu dans quatorze places publiques. Ensuite on s’est rendu à la ville, où le roi d’armes de France et les hérauts ont soupé avec le prévôt des marchands. >

Gueneau de Monlbeillard ne pouvait laisser passer une circonstance aussi solennelle sans la célébrer par un couplet.

O paix! fille dos dieux, 6 bienheureuse paix!

Nom céleste, enchanteur et doux, si plein d'attraits.

Que nous mettons au rang des plus heureuses fêtes,

Viens enivrer nos cœurs, viens exalter nos têtes.

Jusqu’au jour du traité conclu Entre le vice et la vertu.

Noto 3, p. 131. — Gibraltar ne fut pas pris, mais la paix mit fin au siège. Dans cette campagne, on vit paraître pour la première fois Il 27

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les batteries flottantes, inventées par le chevalier d’Arçon. De retour d'Espagne, le comte d'Artois disait à la reine que la batterie qui avait fait le plus de mal durant le siège était sa batterie de cuisine; à Paris, où l’on s’occupait beaucoup do la nouvelle découverte des frères Montgolfier, on dit à propos de ce siège :

Les Anglais, nation trop flèro,

S’arrogent l’empira des mers;

Les Français, nation légère,

S'emparent de celui des airs.

Note k, p. 131. — Depuis longtemps le comte d’Artois était désigné pour prendre part à cette expédition; le duc de Bourbon l’avait précédé au camp do Saint-Roch. Le comte du Nord vint voir le prince peu de jours avant son dép.irt, et le trouva occupé à choisir des épées d’une mode nouvelle. Le prince en prit une du meilleur goût et du travail le plus fin et l’offrit au grand-duc. « Je refuse, dit le comte du Nord ; mais, en revanche, je retiens celle avec laquelle vous prendrez Gibraltar. »

Le comte d’Artois quitta Paris le 5 juillet 1782, so dirigeant sur Madrid. Il voyageait à petites journées, fêté, sur son passage, dans toutes les villes où il s’arrêtait. On remarqua qu’à Orléans, il avait couché chez M. do Cypierre, intendant de la province , qu’il était allé à Qiantcloup et avait honoré de sa visite M. do Voyer, qui habitait alors son château des Ormes. La ville de Bordeaux donna au prince des fêtes brillantes. A son arrivée à Madrid, il trouva aussi, malgré la gravité des événements, l’Espagne en fêle. On fut un peu choqué à la cour du laisser aller du prince français, qui, de son côté, s’égaya beaucoup dos mœurs et de l’étiquette espagnoles. On lit dans les journaux du temps, au sujet du siège de Gibraltar par les troupes combinées de la France et de l'Espagne : « Ce fameux siège occupe toute l’Europe aujourd’hui; ce sera certainement l’événement de la guerre le plus intéressant. Il est bien essentiel qu’il se finisse, par les dépenses énormes qu’il entraîne, la quantité d'hommes et de forces navales qu’il occupe depuis trois ans. i

Note 5, p. 131. — Le marquis de Saint-Auban, lieutenant général et inspecteur général de l’artillerie, est plus connu par la triste affaire de MM. de Bellegarde et de Monthieu, officiers généraux condamnés à mort par un conseil de guerre pour malversations, que par la part fort peu active qu’il prit au siège de Gibraltar. Lorsqu’il mourut, lê 5 septembre 1783, il comptait quarante-six ans de services, avait fait

dis-sept campagnes, et s’était trouvé à trente-huit sièges ou batailles. Après sa mort, sa famille offrit au Roi son cabinet de modèles d’artillerie. Cette collection précieuse fut longtemps déposée à Versailles dans la galerie où eut lien, dans la suite, l’exposition des produits de la manufacture de Sèvres.

Note 6, p. 131. — La petite botte qui fut remise à Houdon de la part de l’impératrice renfermait son portrait, qu’elle envoyait au célèbre sculpteur comme une marque particulière de sa satisfaction pour la belle exécution du buste de Buffon, qu’elle venait de recevoir.

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