‹ Correspondance inédite de BuffonChapitre 88 sur 133 · CC.\C · texte numérisé non relu

CC.\C

Note 1, p. 133. — Le comte et la comtesse du Nord, qui avaient prolongé leur voyage par suite de differents séjours en Allemagne, ne trouvèrent plus le comte de Buffon à Pétcrsbourg, lorsqu'ils y arrivèrent. Malgré le désir que lui en avait témoigné son père, il avait dû quitter la Russie et n’avait pu attendre le retour des illustres voyageurs.

Note 2, p. 134. — Le comte du Nord n'était pas beau, mais il en prenait gaiement son parti. A Lyon, il entendit souvent, parmi la foule empressée à le voir, des voix indiscrètes dire : t Ah ! mon Dieu ! qu’il est laid ! — Assurément, disait-il en souriant à ceux qui l’accompagnaient, si j’avais été jusqu’ici à l’ignorer, ce peuple me l'aurait bien appris. »

f C’est du ton le plus naturel et le plus aimable, dit Grimm, qu'il l’a conté lui-méme fort gaiement au premier souper qu’il fit avec le Roi, en observant que la nation française n’avait assurément pas moins de franchise que de politesse et d’urbanité. M. le comte du Nord n’a pas, il est vrai, la taille et la figure que les poêles et les romanciers n’auraient pas cru pouvoir se dispenser de lui donner; mais il a sans doute beaucoup mieux que des traits, un regard intéressant et spirituel, une physionomie remplie do finesse et de vivacité, un souris malin qui la rend souvent plus piquante encore, mais sans laisser jamais oublier le caractère de douceur et de dignité répandu sur toute sa personne. On a tant dit, tant répété, en vers et en prose, que Minerve accompagnait ce prince, sous les traits des Grâces, qu’on n’ose presque plus employer la même expression : il n’en est aucune cependant qui rende mieux tous lee sentiments qu’inspire Mme la comtesse

NOTES

du Nord ; on croirait que celle expression no fui jamais faite que pour elle, et, quelque usée que soit l’imago, la vérité de l’application semble l'avoir rajeunie. » [GintUe litléraire.)

« Les bruits qu'on avait répandus, défavorables au comte du Nord à l’orcasion de sa figure, ont très-bien opéré ; o:i l'a trouvé beaucoup moins mal qu'on ne l’avait annoncé. D’ailleurs, un caractère de bonté sur la figure d'un souverain est le plus beau à voir. Quant à la comtesse, elle a plu généralement; non-seulement elle a les traits beaux, mais sa taille haute enrpécho qu’elle ne paraisse trop grosse ; elle a beaucoup do maintien, de noblesse dans le port et d'aménité dans la physionomie. » (.Mémoires de liachaumont).

Note 3, p. 13’i. — Le comte d'Hector commanda longtemps le port de Brest, en qualité d’intendant. Pendant les orages de la Itévolution il alla chercher un refuge en Angleterre, où il fut mis à la tête d’un corps d’émigrés.

Note 4, p. 134 — Le comte de Langeron était lieutenant général des armées du Roi, depuis le 2 mai 1744. Son fils, né le 13 janvier 1763, mort le 4 juillet 1831, se trouvait alors à Brest avec son père et fut présenté par lui au grand-duc Paul et à la grande-duche.sse Marie; il servait dans le régiment de Bourbonnais, en qualité de sous-lieutenant. En 1793, son père étant mort, il passa en Ru.-isio, où l'empereur Paul 1" SC souvint du jeune lieutenant qui, dans des temps meilleurs, lui avait été présenté à Brest. Il devint successivement lieutenant général, gouverneur de province et grand dignitaire de l'Empire; en 1814, ce fut le premier général russe qui parut sous les murs de Paris.

Note 5, p. 135. — On a vu tout récemment se réaliser cette pensée, et un procédé aussi simple qu’ingénieux a permis d’arrêter les sables envahissants du golfe de Gascogne, et de métamorphoser ces plaines mouvantes en de vastes forêts do sapins.

Note 6, p. 135. — Est-il besoin de dire que l’anecdote rapportée par certains biographes sur l'arrivée du fils de BufTon à Berlin est sans vérité? Suivant eux, le Roi, en présentant le jeune officier aux dames de sa cour, aurait dit : t Mesdames, je vous présente le fils du sublime BulTun, mais je ne vous le donne pas pour sou meilleur ouvrage. » Une semblable grossièreté ne pouvait se trouver dans la bouche du grand Frédéric; elle se concilierait diOicilument, au reste, avec son admiration pour l'homme illustre dont il recevait le fils. (Biographie

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Felltr. — Biographie des Contemporains.) L’accueil distingué fait par le roi de Prusse au jeune comte de Bulîon est constaté par une lettre que lui écrivit, à la date du 26 juillet 1780, Rigoley de Juvigny, l’éditeur des œuvres complètes de Piron, qui, introduit au Jardin du Roi par Rigoley d’Ogny, son parent, était alors fort avant dans l'intimité de ButTon :

t J’étais instruit déjà, mon très-cher ami, de l'accueil (latteur que vous avez reçu du roi de Prusse et do la manière dont vous vous êtes conduit dans cette circonstance. Vous avez senti, au peu de miots que vous adressa ce grand prince, bon juge en fait do mérite, l’estime qu’il faisait de votre illustre père. Vous allez trouver, auprèsde la plus grande princesse de l’univers, un accueil plus favorable encore, lorsque vous mettrez à ses pieds le buste de l'homme immortel aui[utl vous devez le jour. Que je voudrais être témoin de votre réception à la cour de Russie 1 Que je recueillerais avec soin tout ce qui sortirait de la bouche de l'Impératrice! C'est un grand bonheur pour vous, mon cher ami, dp commencer ainsi votre carrière. Je ne suis point en peine de la sagesse et de la prudence avec laquelle vous vous montrerez digne do M. votre père et de la faveur que vous a faite l'impératrice, do vous appeler auprès d'elle pour recevoir de vos mains ce buste sur lequel Catherine laissera tomber quelques rayons de sa gloire immortelle. Je connais votre cœur, mon cher ami; il n’oubliera jamais les bontés de cette grande princesse, et vous vous plairez à en perpétuer le doux souvenir chez vos enfants et petits-enfants. J’e.spère que votre santé se soutiendra, et qu'à votre retour vous nous entretiendrez des merveilles que vous aurez vues, et surtout de l’immortelle Catherine. >

Voici une preuve de plus de la haute estime qu'inspirait au roi de Prusse l’incomparable talent de Buffon.

A son retour d’Allemagne, le comte de Buffon remit à son père un manuscrit que lui avait confié le grand Frédéric, et qui a pour titre : Les matinées de Frédéric II. A .«on neveu Frédéric-Cuillaume, son successeur à la couronne. Ce manuscrit, que Buffon fit voir à ses amis et dont les Mémoires de Bachaumont font mention, ne fut jamais publié. M. Humbert-Bazile, son secrétaire, fut chargé par lui d’en faire plusieurs copies, dont une lui est restée. Mme Bcaudesson, sa fille, a bien voulu m’en donner communication. En publiant aujourd’hui le manuscrit du roi de Prusse, je dois dire cependant qu’en 1844, M. Humbert-Bazile ayant remis ses papiers à M. Isidore-Geoffroy Saint-Hilaire, ce savant fît paraître en feuilleton quelques extraits de cette page des mémoires

NOTES

du grand Frédéric. Cette publication, incomplète du reste, n’enlèvera rien à l'intérét avec lequel sera lu ce fragment vraiment curieux. trouve d’ailleurs naturellement sa place ici.

Un passage des mémoires inédits laissé.^ par M. Uumbert-Baxile en détermine l’authcnticitc :

( Plus tard, est-il dit à la page 328, tome l, du manuscrit, M. de Buffon ûls me valut un désagrément sérieux auquel je n’avais cependant point lieu do m’attendre. M. le comte était allé passer la journée à Sainl-Ouen ; durant son absence, son fils vient me prendre pour aller rendre visite au célébré peintre Julien do Parme, qui habitait alors la rue de l'Estrapade. A mon retour, le portier de l'hôtel me prévient que pendant mon absence M. le comte est rentré et qu’il a témoigné un vif mécontentement en apprenant que j’étais sorti. Je cours â son appartement ; M. de Buffon me reçoit froidement et me témoigne son mécontentement. «M. Necker, me dit-il, est venu avec moi à Paris, pour voir c les présents do l’impératrice et prendre lecture de scs lettres et en I mémo temps du manuscrit du roi de Prusse que je vous ai donné à « copier ; qu’en avez-vous fait ? i Je ré|X)ndis avec rcsjiect : c J’ai soi- « gneusement renfermé les lettres de l'impératrice et le manuscrit du « roi de Prusse dans le meuble où je range ceux de vos ouvrages que t vous' voulez revoir; en voici la clef. Je ne pensais pas que M. le c comte fût de retour â l’hôtel avant moi ; au reste, je ne sors que « rarement, et je mets le plus d’exactitude possible à exécuter vos « ordres; mais cette fois M. votre flls m’a pressé do l’accompagner, ( et, dans la crainte de le désobliger, je suis sorti avec lui. — C’est c bien, me dit-il, tout en se promenant dans son cabinet, c’est fini, « mais no recommenc^. plus. »

Voici ce précieux fragment, dont l’authenticité, à défaut de toute autre preuve, ne pourrait être contestée. Il suffit de le lire pour qu’on soit convaincu qu’il émane de la plume qui a composé VAnti-Machiavd. 11 est superflu d’ajouter que nous laissons à l’écrivain couronné toute la responsabilité de ses opinions et que nous sommes loin d'approuver scs principes de gouvernement. Si le succès a paru justifier celte politique froidement égoïste, la morale lui donne le seul nom qui lui convienne. La postérité, plus juste que les contemporains, sans refuser au roi de Prusse les qualités qui font les grands rois, place bien plus haut dans son estime les princes qui savent subordonner les calculs de la politique au respect de tous les droits.

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