‹ Correspondance inédite de BuffonChapitre 92 sur 133 · QUATRIÈME MATINÉE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME MATINÉE

De la Politique.

Comme, parmi les hommes, on est convenu que duper son semblable était une action lâche et criminelle, on a été obligé de chercher un terme qui adoucit la chose, et c’est le mot politique qu’on a choisi : vraisemblablement , ce mot n’a été choisi qn’en faveur des souverains, parce que honnêtement on ne peut pas nous traiter de coquins ou de fripons. Quoi qu’il en soit, voici ce que je pense de la politique.

J’entends par le mot politique, qu’il faut toujours chercher à duper les autres; c’est le moyen, non pas d’avoir de l’avantage, mais de se trouver au pair , car soyez bien persuadé que tout les États du monde courent la même carrière.

Ce principe posé, ne rougissez pas de faire des alliances d’inlérét, dont vous seul aurez tout l’avantage. Ne faites pas la faute grossière de ne pas les abandonner, quand vous croirez qu’il y va de vos intérêts; et surtout soutenez vivement cette maxime ; Que dépouiller ses voisins, c’est leur ôter les moyens de vous nuire.

La politique , à proprement parler, construit et conserve les royaumes; aussi, mon cher neveu, il faut bien l’entendre et la comprendre, la concevoir dans les grands intérêts. Pour cet elTet, nous allons la diviser en politique d’Éiat, et en politique particulière.

La première ne regarde que les grands intérêts du royaume; la seconde, les intérêts du prince.

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