‹ Correspondance inédite de BuffonChapitre 93 sur 133 · CINQUIÈME MATINÉE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME MATINÉE

De la politique particulière.

Un prince ne doit jamais se montrer que du bon côté; c’est à quoi, mon cher neveu , il faut vous appliquer sérieusement. Quand j’étais prince royal , j’étais fort peu militaire; j’aimais mes commodités, la bonne chère et le vin, et j’étais à deux mains pour l’amour. Quand je fus roi, je parus soldat, philosophe et poète ; je couchai sur la paille, je mangeai du pain de munition à la tête de mon camp , je bus fort peu de vin devant mes sujets , et je parus mépriser les femmes. Voici comme je me conduisis dans toutes mes actions.

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ET ÉCLAIRCISSEMENTS

SLXIÈME MATINÉE.

De mes voyages.

Je marche toujours sans garde, et je vais nuit cl jour sans appareil militaire; ma suite n'est point nombreuse, mais bien choisie; ma voiture est toute simple, elle est en revanche bien suspendue, j'y dors comme dans mon lit.

Je parais faire peu d'attention à la façon dont je vis; un laquais, un cuisinier et un pâtissier, sont tout l'équipage de ma bouche. J'ordonne moi-méme mon dîner, et ce n'est pas ce que je fais de plus mal, parce que je connais le pays et que je demande en gibier, poisson ou viande de boucherie, ce qu'il produit de meilleur.

Quand j'arrive dans un endroit, j'ai l'air fatigué, et je me montre au peuple avec un surtout et une perruque mal peignée. Ce sont des riens qui font souvent des impressions singulières.

Je donne audience à tout le monde, excepté aux prêtres, moines et ministres. Comme ces messieurs sont accoutumés à parier de loin, je les écoute de ma fenêtre, un page les reçoit et leur fait mon compliment à la porto.

Dans tout ce que je dis, j'ai toujours l'air de ne penser qu'au bonheur de mes sujets. Je fais des questions aux nobles, aux bourgeois, aux artisans, et j'entre avec eux dans les plus petits détails.

Vous avez entendu, ainsi que moi, mon cher neveu, les propos flatteurs do ces bonnes gens : rapi>elez-vous celui qui disait qu'il fallait que je fusse bien bon pour me donner autant de peine cl de mai après avoir fait une guerre si pénible et si longue; et souvenez-vous encore de celui qui me plaignait de tout son cœur en voyant mon mauvais surtout, et les petits plats qu'on servait sur ma table. I.e pauvre homme ne savait pas que j'avais un bon habit dessous, et croyait qu'on ne pouvait pas vivre, si l'on n'avait jias un jambon et un quartier do veau à son dîner.

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