ACTE TROISIEME
SCÈ^'E I.
ALZIRE, seolt.
Mânes de mon amant, j*ai donc trahi ma foi ! C'en est fait ! et Gusman règne à jamais sor moi. L'Océan, qui s élève entre nos hémisphères, A donc mis entre noas d'impuissantes barrières! Je suis â lui : l'autel a donc reçu nos Tœux, Et déjà nos serments sont écrits dans les deux. O toi, qui me poursuis, ombre chère et sanglante, A mes sens désolés ombre à jamais présente. Cher amant, si mes pleurs, mon trouble, mes remords. Peuvent percer ta tcHnbe et passer chez les morts; Si le pouvoir d'un Dieu (ait survivre à sa cendre Cet esprit d'un héros, ce conir fidèle et tendre. Cette âme qui m'aima jusqu'au dernier soupir. Pardonne à cet hymen on j'ai pu consentir! Il fallait m'immoler aux volontés d'un pà«. Au bien de mes sujets dont je me sens la mère, A tant de malhenreux, aux larmes des vaincus.
Au soin de l'univers, — hélas.! où tu nés plus * ! — Zamore, laisse en paix mon àme déchirée Suivre l'afFreux devoir où les cieux m'ont livrée. Souffre un joug imposé par la nécessité. Permets ces nœuds cruels. Ils m'ont assez coûté !
Il faut commencer par admircf ce monologfue, qui est rempli de tendresse et de sentiment ; dire que ni l'éloquence du cœur ni réléçancc de l'expression ne peuvent aller plus loin.
Mais aussi, excepté les fanatiques de M. de Voltaire, tous les gens sensés et les connaisseurs doivent convenir que toute vraisemblance manque ici. Par quel hasard est-il j.ossible qu'AIzire puisse se tix>uver seule, exactement seule, le jour de ses noces, au moment précis où elle sort de la cathédrale? Où sont donc son mari, son père, son bcau-pèrc? sa cour espagnole et sa cour américaine? ses dames d'honneur, ses duègnes?
Il faut être aussi consommé dans son art que M. de Voltaire pour avoir su ménager ce miracle des monologues. Jamais on n'en a vu un semblable. Voilà du neuf. Vous en chercheriez en vain des exemples dans Corneille et dans Racine. Ce monologue est à lui.
On pourrait encore lui demander dans quel endroit AIzire débite ce soliloque inouï , où est le lieu de la scène?
Au soin de l'univers, hélas! où tu n'es plus.
Cet hémistiche est un beau trait de passion. C'est une imitation de Virgile.