SCÈNE
OROSMANE, CORASMIN-
OROSMANE
Ah ! c'est trop tôt chercher ce salutaire asile,
C'est trop tôt abuser de ma bonté facile.
Et plus j'y pense, ami, moins je piiis concevoir
Le sujet si caclié de tant de désespoir.
Quoi donc ! par ma tendresse élevée à l'empire,
Dans le sein du bonheur que son âme désire.
Près d'un amant qu'elle aime et qui brûle à ses pieds,
Ses soupçons, ici, devraient acquérir uneibrce prodigieuse. Aussi, aux premières représentali(Mis, cette scène fut trouvée détestable par tout le monde. Les partisans les plus fiinatiques de IVI. de Voltaire l'avouèrent euxHnêmes.
* C'est un miracle bien sensible que, dans cette scènes;!, Orosmane oublie et se» soupçons et son caractère aussi cotnplétement. Après cette scène, si on la croit, on peut ajouter foi aux rêveries de TAlcoran.
Orosmane n'a aucunes raisons nouvelles pour cesser d'être aussi jaloux qu'il l'était à la fin du troisième acte. Au contraire., les cachoteries de Zaïre devraient rallumer davantag^e
Ses yeux, remplis d'amour, de larmes sont noyés !
Je suis bien indigné de voir tant de caprices.
Mais moi-même, après tout,'eus-je moins d'injustices?
Ai-je été moins coupable à ses yeux offensés?
Est-^e a moi de me plaindre? On m'aime : c'est assez.
Il me faut expier par un peu d'indulgence
De mes transports jaloux l'injurieuse offense.
Je me rends. Je le vois : son cœur est sans détours;
La nature naïVe anime ses discours.
Elle est dans l'âge heureux oii règne l'innocence :
A sa sincérité je dois^ ma confiance.
Elle m'aime sans doute. Oui, j'ai lu devant moi
Dans ses yeux attendris l'amour qu'elle a pour moi.
Et son âme, éprouvant cette ardeur qui me touche.
Vingt fois, pour me le dire, a i^olé sur sa bouche.
sa jalousie, et cependant il est tranquille et confiant comme un mari de la rue Saint-Denis ou un homme de la cour qui ne s'embarrasse guère d'être trompé par sa femme.
C'est une chose plaisante que l'aveugle crédulité de ce tendre soudan , et que tout le céladonnage puéril de cet Asiatique! Qu'on relise cette scène troisième et qu'on la relise encore. Orosmane y paraîtra de la simplicité d'un écolier de rhétorique qui est trompé par la femme de chambre de madanie sa mère. Un adolescent qui en serait au premier jour de sa première passion ne serait pas plus tendre et plus dupe. J'ai souligné une partie de ces fadeurs, que celle qui suit surpasse encore :
Qui peut avoir un cœur assez traître, assez bas Pour montrer tant d'amour et ne le sentir pas?
Qui peut avoir un cœur assez traître^ assez bas. Pour montrer tant d'amour et ne le* sentir pas?
Aussi la parodie a-t-elle judicieusement tourné en ridicule ce beau morceau :
On m*aime : c'est as^ez! On le dit, on le jure. Une femme n'est pas capable d'imposture. Un grand cœur à le croire est toujours engagé.