‹ Correspondance inédite de Condorcet et de Turgot 1770-1779: publie?e avec des notes et uneChapitre 3 sur 29 · INTRODUCTION XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XVII

montra quelque goût pour la musique italienne : « Passe encore de se quereller pour les principes de l'Économie, mais pour les chansons, quelle frivolité ! je me trouve bien raisonnable et bien grave » écrit Condorcet à propos des discussions musicales suscitées par Gluck (i). On ne trouve pas dans leur correspondance mention d'un tableau ou d'une statue ; ils étaient gens pratiques, Turgot prudent, Condorcet violent. Ils étaient unis par les mêmes opinions sur la liberté du commerce, de l'industrie et de l'agriculture ; les maîtrises, les jurandes et les corvées les indignaient également ; ils flétrissaient avec tous les cœurs sensibles la traite des noirs. Ils admettaient l'un et l'autre les droits des hommes à la liberté de penser et d'écrire, à la liberté religieuse, à l'égalité civile et politique, ils voulaient l'abolition du privilège. Ils méconnaissaient tous deux l'importance de la tradition, la force de l'hérédité. Dans son Mémoire sur les municipalités^ terminé vers la fin de 1775, Turgot écrit: « Les droits des hommes réunis en société ne sont point fondés

dialogues sur le commerce des Blés) ; 3® Véritable utilité de la guerre par les frères Paris (ils avaient volé dans la fourniture des armées) ; 4® Du pouvoir de la Musique par M, Sedaine (il doit beaucoup aux compositions de Grétry et de Monsigny); 5*» De V emploi des images en poésie par M, Dorât (les illustrations d'Eisen aidèrent beaucoup aux succès de Dorât) ; 6* Histoire complète des Néréides, ouvrage posthume de Poinsinet (il s'était noyé dans le Guadalquivir en 1769); 7» Histoire naturelle des Bœufs- Tigres avec figures (les parlements). Sur cette Bibliothèque voyez une brochure de M. Tenant de Latour : Un cabinet de M. Turgot. Nouvelle lettre à Madame la Comtesse de Ranc,,, Paris 1843. La plaisanterie de Condorcet est souvent grossière : voyez les lettres CXXVII et CXXX de ce volume.

(i) Page 166 de ce volume.

XVIII LETTRES D!: CONDORCET A TURGOT

rur Isur histoire, mais sur Isurnnture. > Ils croyaient à 1 influence absolue de l'éducation et de Tinstruction. Turgot fut toute sa vie un monarchiste pur. Dans sa jeunesse, un jour, chez le docteur Quesnay, il défendait Louis XVentermes si chaleureux que Madame du Hausset, présente à l'entretien, en parlait à Madame de Pompadour et le roi disait à la favorite : « C'e^t une bonne race. » Il ne songea jamais à limiter le pouvoir central par le contrôle d'une assemblée représentative et législative. Pour mettre fin à l'anarchie des pouvoirs il proposait des assemblées consultatives de paroisse et de cité, de district, de province et enfin d'État, issues les unes des autres qu'il appelait municipalités, et il ne leur laissait que le, soin de répartir l'impôt : mais il est peu probable que les municipalités se fussent contentées longtemps de ce rôle. Déjà à cette époque, Condorcet était sans doute républicain ; dans sa Vie de Turgot il préconisera le gouvernement d'une seule Chambre, avec une Constitution renfermant en elle-même le moyen légal d'améliorations successives.

Né le 17 Septembre 1743 à Ribemont, Condorcet était lui aussi un remarquable exemple de l'influence de l'hérédité. Il descendait d'une ancienne famille du Dauphiné dont la devise était Caritâs, Il perdit à quatre ans son père, M. Caritat de Condorcet capitaine de Cavalerie. Sa mère, Mademoiselle de Gaudry était très dévote : elle le voua à la Vierge et au blanc et lui fit porter pendant huit ans le costume de jeune fille. Cette bizarrerie nuisit beaucoup à son développement physique et dut augmenter sa timidité naturelle. A onze ans, il fut placé au

Page 1