‹ Correspondance inédite de Condorcet et de Turgot 1770-1779: publie?e avec des notes et uneChapitre 4 sur 29 · INTRODUCTION XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIX

collège des jésuites de Reims; à quinze ans, il commençait ses études mathématiques au Collège de Navarre. Ses succès furent brillants. Clairaut, d'Alembert et Fontaine l'encouragèrent. Ses études terminées, il vint, contrairement aux vœux de sa famille, s'établir chez son ancien maître, M. Giraud de Kéroudon, et il se consacra avec ardeur à la science. A vingt-deux ans, il présentait à l'Académie son premier ouvrage : Essai de calcul intégral) à vingtsept ans, en 1770, il en devenait associé (i). Mais les mathématiques n'étaient déjà plus son unique objet. Cette même année, il était allé avec d'Alembert voir Voltaire et l'exemple de d'Alembert était tentant. Il fréquentait le salon littéraire de madame GeofTrin, et sa fille, madame de la Ferté-Imbault, l'avait présenté dans le monde. Il aspirait à la gloire littéraire. En entrant à l'Académie, il trouva pour secrétaire perpétuel un vieillard, à qui l'obligation de louer les académiciens morts pesait. Grandjean de Fouchy songea immédiatement à s'adjoindre son jeune confrère. En 1773, Condorcet publia ses éloges des Académiciens morts de 1666 à 1699, c'est-à-dire avant l'entrée en fonctions de Fontenelle. Il a bien jugé son ouvrage dans cette lettre inédite : « Parmi les imitateurs de Fontenelle je suis un de ceux qui le suivent de plus loin. J'ai tâché de donner à. mes ouvrages les seules qualités qui dépendent de la volonté de l'auteur et non de ses talents, la simplicité et la clarté ; et si j'ai quel-

(1) Arago écrit & tort dans son Éloge: «Condorcet fut reçu en 1769. • (Œuvres de Condorcet, tome i, Éd. Arago et O'Connor p. xxxj) : notre lettre XVIII prouve qu'il fut élu en décembre 1770 (p. 27 -de ce volume).

XX LETTRES DE CONDORCET A TURGOT

ques succès, c'est à ces deux qualités que je les dois. » (i) Ce travail lui valut la survivance de la place de secrétaire. Une fraction de TAcadémie à laquelle appartenait Buffon eût préféré Bailly. Elle ne se découragea pas et pendant toute Tannée 1775 elle chercha, par des tracasseries dont on verra l'écho dans cette Correspondance (2), à le dégoûter de sa charge.

L'entrée de Turgot au Ministère redoubla les ambitions littéraires de Condorcet et fit naître ses ambitions politiques : il put défendre ce qu'il croyait le bien et le faire en une certaine mesure. En Juin 1774 il lançait son premier pamphlet : la Lettre d'un théologien à Tauteur du Dictionnaire des Trois- Siècles, Il mit au service du nouveau ministre de la Marine ses connaissances mathématiques. C'est lui qui inspira à Turgot l'excellente idée de faire traduire en français les écrits d'Euler sur la marine et l'artillerie ; il se chargea de corriger les épreuves de la traduction et rédigea même le brouillon d'une lettre de Turgot à Euler. (3) Il lui recommanda Bernardin de Saint-Pierre et Turgot songeait à l'employer, sans doute comme gouverneur de l'Ile de France, lorsqu'il fut appelé à remplacer l'abbé Terray (24 Août 1774.) Condorcet voulait ausssi faire adopter au ministre une meilleure méthode de jaugeage, mais ce projet ne put jamais être, exécuté. A la marine, Turgot n'avait eu le temps que de concevoir

(1) LeUre à M. Maret. Paris, 20 janvier 1775 {V Amateur d'Autographes^ i" août 1864, p. 237).

(2) Lettres CLXV — CLXXIV (pp. 2i3-225 de ce volume).

(3) Page 245 jde ce volume.

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