INTRODUCTION XXI
quelques bonnes idées et de faire quelques bonnes actions.
En même temps que Turgot était nommé Contrôleur Général, Maupeou était renvoyé et les sceaux étaient confiés à Hue de Miromesnil, ancien premier président du Parlement de Rouen. C'était décider le rappel des anciens magistrats et fermer la porte aux réformes. La nouvelle de la disgrâce de Maupeou fut accueillie avec étonnement à l'Étranger ; mais le peuple confondit dans les manifestations de sa haine le Chancelier énergique et habile qui avait affermi la Monarchie et le Contrôleur Général qui avait fait banqueroute.
Le programme de Turgot était : point de banqueroute, point d'augmentations d'impôts, point d'emprunts. Un de ses premiers soins fut de se renseigner exactement sur Tétat des finances. Le budget présumé de Terray pour 1775 présentait 399,445,163 francs de dépenses contre 377,287,637 francs de recettes, soit un déficit de 22,157,526 francs. Le déficit vrai était de 37,157,526. Turgot put le réduire à 36,498,710 francs en améliorant de plus, soit par des diminutions d'impôts, soit par des remboursements, soit par des économies, les finances, de 34,429,447 francs, (i) Le 13 Septembre, il faisait rendre
(i) Voici un tableau justificatif de ces améliorations : Dép»* évaluée -414.445.163. Dép»« réduite =: 406.669.108. DifiF" =: 7.689.055 Recette éval. zz 377.287.637. Recette réd. — 370.167.398. Difif^ 11:7. 120.239 Déficit évalué zz 37.157.526. Déficit réduit = 36.498.710. Difif*;z 658.8i6 Deduct. éval.n 137.742.015. Déduct. aug. zz i59.:o3.352.
Surplus zz 18.991. 337
Total zz34.429.447
V. les Comptes-Rendus des Finances^ deMathon de IsiCouTQiV Essai sur le ministère de Turgot , par P. Foncin. Paris Germer-Baillière 1877.
XXII LETTRES DE CONDORCET A TURGOT
par le Conseil d'État un arrêt décidant rentrée des blés étrangers en France, défendant Texportation des blés français et permettant leur circulation de province à province. Uédit était précédé d'un préambule clair et simple, comme le seront toutes les lois de Turgot ; il voulait mener les hommes par l'évidence et la conviction. Le lendemain il écrivait aux Fermiers-Généraux qu'il ne tolérerait plus les engagements pris par eux avec les croupiers ou croupières , grands seigneurs, qui leur étaient associés pour des sommes plus ou moins fortes. Ces réformes et d'autres aigrirent la Ferme qui en somme n'eût point à se plaindre puisque les profits du Bail sextuplèrent. Il s'occupait ensuite des octrois, distribuait aux curés de Paris pour les ateliers de charité le pot de vin donné au Contrôleur Général, supprimait les ordonnances au porteur, dont on avait tant abusé sous le dernier règne.
Pendant ce temps Maurepas cabalait le retour des anciens Parlements. Aucun de ses mouvements n'était ignoré ; on comprend la fâcheuse influence que devaient exercer sur l'autorité de la justice de semblables manœuvres. Malgré les représentations de Vergennes, qui céda le premier, de Turgot et du comte de Muy, qui se retirèrent ensuite, malgré les objections du comte de Provence, les anciens magistrats étaient mandés en lit de justice pour le 12 Novembre. Le roi les rétablissait dans leurs prérogatives avec quelques restrictions qui succombèrent au bout de quelques mois. C'était là une maladroite concession à une fraction de l'opinion populaire, une pensée de conservation malentendue, une regrettable contradiction donnée à la volonté monarchique.