‹ Correspondance inédite de Grimm et de DiderotChapitre 20 sur 45 · LETTRE DE MADAME LECLER , A GRIMM · texte numérisé non relu

LETTRE DE MADAME LECLER , A GRIMM

ttoirsiEnxy

Je sui dan le demie desespoir sur ce jai tapri de ma fille Manon qui vous satecri par ou elle condes-

I. Ces letlrtt adressées à GrniiDi ont tin caractère de vérité qui repousse toute idée de supfkosition. L'expression des sentimens de ces correspondantes ne nous a pas semblé moins curieuse que la singularité de leur orthographe.

DE GRIMM ET DIDEROT. l55

sandoit a des proposition de libertinage dont au quel une honeste famille a lieu â^être bien sensible sur tou quan vous saurés monsieux que deffiin mon mari et ' moi lui avon toujour remontré la crainte de Dieu et de conservé son honesteté pour Dieu monsieux sy elle ne la pas encor fait je vous demande votre miséricorde pour une jeunesse. Tiré la du vice au lieu de ly mettre, je peu attandre ca dun seigneur come vous qui a sune ausi chatmante reputatioù , car je me suis laissé dire que vous zétié un ïilosofe de graha esprit et que cetoit rapor a ca que les messieux de ÎFranquefor vous zavoit fait minisse voU voiré que ces a cause de ca aussi que ma fille Manon ces amouraché de votis, car pour ce qui est de lesprit jai toujour vue quel aimoit les plus gran , malgé quelle a un petit air modesse , quan que Ion ma dit quelle était au zopéra , allé monsieur jai bien pleuré , car quoique je n'ai qu'un rouoit pour gaigner ma vie , jay de lonneur et jaimerai mieu voir Manon ravaudeuse que dans le chemain de perdition ou elle est. Mais jespere monsieu qun home qui a tant desprit aura ausi de la pitié pour une povre inocente qui ne sa voit guère ce qui se pratique a Paris quan con y entre, je me dis don monsieux, en vous prometan mes prière pour votre prospérité, avec un vénérable respect ,

Votre très liumbe servante la veuve Le Cler.

Je demeure au Puy des Banc , quartier St. Etienne à Chinon.

l56 CORRESPONDANCE INÉDITE

LETTRES AU MlÊRIE DE MADEMOISELLE MANON LECLER , DANSEUSE DE l'oPERA.

Ce 3 férrier 1760. .

MONSIEUX ET CHER MINISTE ,

J'ai zoui dir le bruit de votre réputassion, zet que vous ëtiaiz fort amoureux de ma persone , charme que vous ete content de mon petit sçavoir faire , zainsi que de ma legeretë. Je sis trais sansible à votre ressouvenire , je ne le sis pas moins de vous avoir pour mon cher zamant, aianz appris que vous étîais fort savant , je ne doutte pas de votre constance , car zon di que vous ete plein de centimens, les miens seront fort touchés de votre amitiëe que je ne doutte pas qui soit cinserre. J'accepte donc les offres de votre cœur et me bornerez au simple necessere aiant de la filosofie et préférant un filosofe come vous à tous les princes de la terre.

Tattens donc votre réponse et votre excellensé cette nuit au bal de l'Opéra et je sis d'avanse contente de tout ce que vous m'i proposerés. Ne serai-je pas trop heureuse d'avoir un envoie come vous. En Tattendant je suis de votre excellenze la très humble et très obHgée et très tendre. Manon Lecler.

Je vous avertis qu'il y a sur le palais roial un petit appartement à louer qui ne nous coûtera que 3ooo fr. par an. Adieu mon petit ange je t'embrasse. Qu'il me tarde de te tenir, A ce soir. Je t'embrase encor.

DE GRIMH ET DIDEROT. l5'J

Ce lO février 1760.

L'as tu dû penser, monsieur et cher ministe , qu'un cœur tout à toi put changer, et qu'attachée à zunlilosofe , je lui préfère jamais ces êtres machines qui tourbillonnans, bourdonnans sans cesse autour de moi sans cesse m'obsèdent? Leurs idées, leurs propos vagues et cahottans ne séduiront jamais une ame que tu as charmée ; la volupté de mes pas, leur expression , mes yeux ne te le jurent-ils pas quatre fois par semaine ? Ah incomparable et cher amant, que ma figuré et mes talens me deviendroient odieux , si j'oubliois qu'ils m'ont fait distinguer de mon ministe, si tu ni attachois ton bonheur, et s'il m'en restoit d'autre enfin que celui de te plaire ! Avec quelles délices j'ai présentes encore tes dernières caresses, que je leur dois d'intéressantes découvertes ! Tant d'idées sublimes et nouvelles pour moi m'attachent encore plus à ton excellence, l'intérêt ni les honneurs n'ont jamais flattés ta maitresse , ce n'est point zune queue trainante qu'elle ambitionne , c'est son cher ministe tendre , élevé, charmant et sans cesse enchanté : oui , ame de ma vie, charme de mon cœur. Saxon sans pareil, ta petitte qui ne veut que toi pour toi, t'attend cette nuit au bal, après le bal, toujours et toujours te deffie d'y arriver plus amoureux qu'elle; si elle t'égalle en sentimeris, elle te surpasse en transports en yvresse : tous les feux du monde entier ont je crois, passés dans le cœur de ton amante, ne les y laisse jamais éteindre : elle t'en conjuré, pour un empire elle ne voudroit pas t'aimer moins : elle t'attend et t'embrasse mille mille et cent fois.

l58 CORRESPOND AICCE INIÉDITE

Ce dimanche , lo février 1760.

f^erfide z^\s ce de U I^agI^eres doni on zefi use avec Tjune personne doQt (a tendresse t'a tetee si zingeiMW^t prouvée! il me reyi^çnt d,^ tqutt^s parts, \ugv^i% qute p£ir tout y dans tputf;çs le^ m^ispAs tu &is des gorges, chaudes ^e mes lettres ^ de ces^ lettres si tendre^ , e\ q^ie jç çrpioisi ^dre^ser sm pli^s ^^crçt de^ aman^ : si tu ^e tes^pa^ plus £^vec ta villç, q^e 4^ chagrins tu lui pr^re^ et que jç 1^ plains.

Me^ çpmpfignes ^^jourd'hui se uioque^t de moi de leur avoir rçfu^é des i;niqistres ^e toutte couleui;'. le pr^erpij^ t?. tienne Ipfî^rhf^re ziphumain et me vl^ bien chiaiieçu^*.. Va t^n i^ tpipi. pays 4?sSax;pn§ et ue viens plu^ me ^her fn^lheur a zuue yictini^e iappçfixite de tes ^ri^ef, qu? j'fthjur^ et déteste a, jaip^,

MalhWfeufte qu^ t'^YOÎs-rje <ait ,^ mais ppurquoi m etpûper. f apprepd^ quç ÎU ^A m erçtique ^çpçe si tu avpis 4^ t^lens tvrçs je te p^^serpis peu,^-^tre tes m^oieresi s^ la fr^uçaise^et pouirqupi,u\'avait-«pfl ?^ssiur^ qu'uu fijlp^fe rfgardle Tan^pur çpmppiç chp;^ei S^çréei, cç ^'eftt pa^ Vaiu^ que tu pejft?^ prpfap^, Iraçaissier zinapud^nt. 3Ee çis ^ peu t'açcp^tui^çz ^w^, noirceurs au^ iîPU^cindîces qucj la maiu m'eft t^eçatle d'hpi:reur , Cfittepiain que je ft€; deveisj, ^ifJPÂHUji d^tî^Çr qu'àt^ plai^rs et qu^ tu mépriSjesap^es. A^ieu,^ aexçpu^iuunié que te^ Saj^onues te trqrapent. Je u'eu pw!u4r^i plws la pei^e» llegrçttesuu PPPUr çoçin^e leiuiçn ,, tu mérites tou par4pu si ti^ losps, Il p'çst plus de baj ppur moi cette uuit, l'iugrîlt ir?^-til, n'ir^rtil pa$ j, exuploira-tij des violences ordinaires ppur mappaiser, eu aurait il

PE GBIMM CT PIOEKOT. iSQu

eu hesoio »'il eut sçu se taire. Il sçavoit si bien qu^ mes portes ne feraient poiut^ il aura tout opUie. Nqq il n'est plus rien pour moi ni bal ni ognwlatiQnJl m'ep feudça mourir. Estait œde cette magniere. Jei m'egarr^, adieu perfide et bavard petit maître.

AU MJÊMEy DB MJLDEDK^l^KLLfi ]}|46I>fii«mN« WMÉ y DANSEUSE DE l'oPJÊRA.

Le II février 1760.

Jappran an se moman que ma bonne amie le Clair vient de mourir , j'ai su la tendre amitié quelle avoit pour vous , je lai vu peu dheur avan sa fin. Elle demandoit can çea$e $on cbair saoson et dans son transpore elle voulait partire avec $on ehair meioiste pour aller à Franqore » et je i^e sai combien dautre diseour qui vous aupet fandu lame. O milieu de sette triale sÎt tuatioB on ea venu anonser moncieur le curé de sint Ustacbe^ on a fet aortir tout le mondde ea moi come lais autres. Je foadez an larnae , es je nai pu diner de la journée, A la fin pourtant je fet r^ec^ion que la filoaofi cQnsolet de tou) je santi que vote exquellanse auret besoin de consolasion , et je me crérai traize beuruse si vous me permettais di eontribuer. On ma fet lirre le petit pronfete y et depuy ce maman je santi paurre l'oteur les cantiman lais plus tandes, qdle gloare pour mai sij'avoislhonneurde devenir profetesse. Come profete vous savois tou se qui oe passe dan le queur , que ne lisais vou dan le mien toutte la tandraise que

l6o CORRESPONDANCE INÉDITE

je pourre vous ! Que je serez hureuse si je pouvës remplacer ma chère le Claire , a qui Dieu face pai ! Mon chagrin mampeche dan dirre davantage. Adieu chair et adaurable meniste. Personne na jamés aime votre exquellance ossi cinsserement que

Magdeleine Miré.

Jëme la filosoficome la povre défunte ^ e je me contanteré dais mai mes condissions.

LETTRES de DIDEROT SUR LES ATLANTIQUES ET l' ATLANTIDE.

A Paris, ce 1 5 octobre 1755.

Je vais vous parler cette fois, mon ami., de ces temps innocens où le ciel était encore en commerce avec îa terre, et ne dédaignait pas de visiter ses enfans ; de ces premiers et vénérables agriculteurs qui n'habitèrent presque jamais des villes, qui vécurent sous des tentes et dans les champs, qui eurent de nombreux troupeaux, une grande famille, un peuple de serviteurs; qui épousaient quelquefois les deux sœurs ensemble, et qui faisaient des enfans à leurs servantes ; qui furent pâtres et rois, riches sans or, puissans sans possessions^ heureux sans lois. Alors la pauvreté était le plus grand vice des hommes , et la fécondité la vertu, principale des femmes. De grandes richesses et beaucoup cl'efifans éta^içnt les marques dWe bénédiction spéciale Me la Diviiriité, qui ne promit jamais à ses fidèles adorateurs que des* biens temporels.

DE; GRIMM ET DIDEROT. l6l

M. Baer ^ aumônier de la chapelle royale de Suède à Paris y prétend que les habita ns de l'Atlantide et les pa^ triarcbes sont lesmêmes hommes. Cette idée luiestvénue à la lecture du Timée et du Critias de Platon. J'aime cet aumônier hérétique , puisqu'il lit le Timée et le Critias\ il n'y a pas un de nos prêtres catholiques qui sache ce que c'est.

Platon introduit Critias dans ui^ de ses dialogues^ racontant l'histoire de cette contrée dont il dit que la plus grande partie avait disparu sous les eaux.

Critias, grand-père de Platon, tenait cette histoire de son grand-père, qui la tenait de son oncle , Solon, qui la tenait des prêtres de Sais en Egypte oii il avait vqyagé. C'était donc, comme vous voyez, une tradition moitié orale', moitié écrite, qui avait passé par six géné^ rations.

. Platon proteste que son récit n'est point une fable. Si les noms des chefs des provinces , des frontières, des villes principales et des peuples voisins, sont grecs dans sa description, il en apporte pour raison queSolon, se proposant d'insérer dans son poëme ce qu'il avait appris des prêtres égyptiens sur l'Atlantide et ses habitans , avait traduit littéralement les noms égyptiens selon le sens qu'ils avaient dans cette langue, contmo les Égyptiens les avaient traduits littéralement selon le sens qu'ils avaient dans la langue atlantique.

D'après cette réflexion de Platon, de quoi s'agit-il donc, sinon de comparer les noms propres répandus dans les deux dialogues de Platon , avec les noms propres correspondans répandus dans l'histoire des Israélites, ^^ juger, d'après cette comparaison , s'il est possible ou

iGti. CORRESPONDAN^CE INlÉDÏTE

non que l'Atlantide et la Palestine aient été des contrées différentes ?

Platon dit que l'Atlantide fat premièrement occupée par un nommé Évenor et par sa femme Leucippe; qu^ils eurent une fille appelée Clito ; et que Clito épousa Neptune et en eut Atlas et neuf autres fils, auxquels Neptune distribua la contrée. Atlas l'aîné occupa la capitale , et eut l'empire sur tous ses frères qui régnèrent chacun souverainement dans leurs provinces.

Diodore fait descendre les Atlantiques d'un Uranus; il leur donne Atlas pour fondateur.U dit qu'Atlas n'eut qu'un frère appelé Saturne , mais qu'il eut plusieurs fils.

Qu'est-ce que cet Urànus? C'est, répond M. Baèr, Abraham , ainsi appelé , par les Égyptiens et par Diodore, du pays d'Ur dont il était originaire.

Et Atlas? C'est Jacob. Lorsque Jacob eut lutté contré le Seigneur, il lui fut dit : a Tu ne t'appelleras plus Jacob, mais Israël ou le Lutteur, d Et que signifie Atlas en grec? l'athlète ou le lutteur.

Et Saturne? C'est Esaû. Que veut dire Esaû en hébreu? Le velu, celui qui est né vêtu. Et d'où vient Saturne ? De Satar qui signifie la même chose.

Selon Platon , le successeur d'Atlas, celui qui occupa la contrée qiti touche les Colonnes d'Hercule, s'appela Eumélus ou Gadir, et sa province Gadirica. Mais un des enfans de Jacob a nom Gad. Eumélus est un composé de la proposition eu^ caractéristique de bonté, et de melos , brebis; et Gadah en hébreu signifie bélier. De plus , la partie de la Palestine occupée par la tribu de Gad touchait à la province de l'Arabie appelée le Désert deGades, ou le Gadirtha, ou leGadara.

DE GRIMM ET DIDEROT. l63

Le troisième chef des Atlantiques s'appela , selon Platon ou Solon, Amp\kerès,â* anafero, qui signifie en grec qui s'élève ; et Joseph signifie aussi, en hébreu, qui a été élevé ou qui s'élève.

Le quatrième eut nom Eudémoh , le bienheureux, qui se rendrait exactement en hébreu ps^r Ascher, itom d'un des fils de Jacob.

Mœscus fut le cinquième. Mnescus signifie en grec qui donne des arrhes de mariage, et Isaschar a le même sens en hébreu.

Le nom du sixième, Autochthon , né de la terre ou demeurant sur la terre, se traduirait en hébreu par Sabulon.

Élasippus ou le Vainqueur, nom du septième, est la même chose que Nephtali en hébreu.

Le huitième s'appela Mestor , homme sage , et Dan a la même signification.

Azaès, le Loué , fut le neuvième , et ta mère de Juda, en mettant cet enfant au monde , s'écria : « Je louerai le Seigneur, » et l'appela Juda ou le fils de la Louange.

Le dixième fut nommé Diapreprès, l'Éminent, qui se rendrait en hébreu par Ruben, sens auquel Jacob fit allusion lorsqu'il dit à ce fils : Ruben j primogenitus meus , tu fortitudo mea ; prior in donis ; major in imperio.

Considérez, avant de nous enfoncer davantage dans ces broussailles étymologiques , quel moment c'était pour les pères el pour les mères , chez le peuple d'Israël, que la naissance des enfans.Les mères sentaient arriva» les douleurs de l'enfantement avec joie ; leurs cris , étaientmêlés de louange$, de prières, de remarci^mens,

,1<>4 CORRESPOJNDANCE ISTEDITE

d'invocations; et les pères nommaient presque toujours le nouveau -né d'après quelque circonstance de sa naissance.

On objecte à M. Baer que les inductions étymologiques sont suspectes , et il en convient en général ; que les langues orientales nous sont peu connues , et il en est assez fâché , et qu'un même mot susceptible de plusieurs seqs donne beau jeu à l'étymologiste^ et il faut encore ici tendre les épaules.

On [objecte encore à M. Baer que Jacob eut douze enfanS) qu'il y eut douze tribus , et qu'en confondant •Atlas avec Israël ou Jacob , il lui manque trois frères de cette famille. Pourquoi n'y a-t-il dans Platon rien qui réponde à Lévi, à Manassès, à Ephraïm, à Benjamin et à Simépn? C'est, répond M. Baer , que la tribu de Lévi n'eut point de district; que celles d'Éphraïm et de Manassès, fils de Joseph, furent comprises sous la dénomination de leur père , et qu'après le massacre de la tribu de Benjamin , ses restes se fondirent dans celle de Juda, qui engloutit encore les enfans de Siméon , selon la prédiction qui leur en avait été faite.

Il faut convenir qu'ici l'histoire sert l'auteur assez heureusement. Je tire aussi bon parti de la date des expéditions des Atlantiques , de la contrée dont ils sont venus , et de celle où ils se sont arrêtés.

^Critias dit dans le dialogue de Platon , d'après les prêtres de Sais , que depuis l'expédition des Atlantiques jusqu'au temps du voyage de son oncle, il s'était écoulé neuf mille ans. « Entendez, dit M. Baer, ces années de mois lunaires; divisez neuf mille par douze, et le quotient ySo diflerera d'un trèsr petit nombre d'années de

I»E GRIMM ET DIDEROT. l65

l'intervalle de temps qu'il y eut vraiment entre l'entrée des Israélites dans la terre promise, et le voyage d^ Solon en Egypte. »

Et pour vous assurer que les années égyptiennes ne sont que des mois lunaires, divisez par douze les vingttrois mille ans que les Égyptiens comptaient depuis leur premier roi, le Soleil, jusqu'à l'expédition d'Alexandre, et les 191 6 ans que vous trouverez pour quotient, seront, à très-peu de chose de près, la dis-^ tance réelle de ces deux époques. »

L'Egypte s'appelle aussi la terre de Cham. I^ Soleil fut, disent les Égyptiens, leur premier roi; et, selon Moïse ^ Mitzraîm, qui signifie en hébreu chaleur, ar^ deur du soleil , fut fils de Cbam , fondateur du peuple égyptien.

D'où Critias ou Platon fait-il venir les Atlantiques? De la mer de ce nom ; et il ajoute que pour atteindre la contrée qu'ils avaient à conquérir, ils avaient dépassé les Colonnes d'Hercule. Qu'est-ce que ces Colonnes d'Hercule ? Nous n'avons jamais entendu parler que de celles qui se sont trouvées dans le voisinage de Gibraltar; et la mer qui baigne les côtes du Portugal , de TEspagne et de l'Afrique , est la seule mer Atlantique que nous connaissions.

Pour satisfaire à ces questions, l'auteur vous fait lire dans Strabon , que l'Arabie Heureuse est située sur les bords de la mer Atlantique, et occupée par les premiers cultivateurs que la terre ait eus après les Syriens et les Juifs; dans Hérodote , que la mer Atlantique dont il s'agit , est la même que la mer Rouge; dans Denis le Périegète,que les Éthiopiens habitent l'Erylhrie , proche

l66 CORRESPOI^DANCB INÉDITE

de la mer Atlantique ; dans le premier lexicon , qu'Erythros, en grec, signifie rouge, et qu'Edom , en hébreu, a la même signification ; et dans la Bible, que le pays d'Edom était situé entre la Palestine et la mer Rouge.

Gritias raconte qu'au temps de l'expédition des At* lantiques , la mer de ce nom était guéable , et Diodore assure que, de son temps, les habitans voisins de la mer Rouge disaient, d'après leurs ancêtres, que les eaux de cette mer atlantique s'étaient un jour partagées endeux, de manière qu'on pouvait en voir le fond.

' «Donc, conclut M. Baer, il y a une autre mer Atlan* tique que celle que nous connaissons ; et cette mer était oertainement la mer Rouge. »

Cela se peut , M. Baer. Point de dispute. Mais nous prouverez- vous aussi qu'il y a eu d'autres Colonnes d'Hercule que les nôtres ? Sans doute, je vous le prouverai, dit M. Baer. Voyons , M. Baer.

Hercule fut un des dieux de la Phénicie. L'hercule Phénicien s'appelait Chonos, et la Phénicie Chna; ce qui rappelle à Thomme le moins attentif le Chenaan ou Chanaan de la Bible. Partout les Phéniciens élevaient des temples à leur Hercule , et dans tous ces temples il y avait deux colonnes, l'une consacrée au fai, et l'autre aux nuées et aux vents. Il ne s'agit donc plus que de trouver entre la mer Rouge et la Palestine quelque temple fameux dédié à l'Hercule de Hiénicie. Or, l'histoire nous apprend qu'il y en avait un ; elle fait même mention des colonnes^ de ce temple , et il est écrit que le partage de Gadir, l'un des chefs atlantiques, commençait à l'extrémité de la contrée, et s'étendait jus-

qu'aux Coloiines dUereule; t'éinbouchure du Nii voisine de ces Colonnes s'appelait même rembouchure Herculéenne. Voilà donc d'autres Colonnes d'Hercule que les nôtres , et M. Baer bien joyeux.

 Paris , ce 1er noTembre 1762.

Les prêtres de Sais dirent assez impoliment à Solou : « Voua autres Grecs, vous n'êtes que des enfans , et « il n'y a jamais eu un Grec vietUiird. L'x^tlantide , ce avant l'arrivée des Atlantiques , était occupée par vos a aneêtres , qui furent les restes d'un petit nombre (c d'hommes échappés à une grande calamité ; c'était a k patrie commune des Athéniens et des Égyptiens. « La contrée voisine du fleuve Éridanus et de la ville ^ Ëlîssus fut subfnergée , et là il se forma un lac bour*- « beux, innavigable, et dont les exhalaisons sont mor- « telles. Vous ne savez pas cela, parce que, malgré ^ votre vanité, vous n'êtes que des ignorans. »

£tM. Baer, qui a écouté avec une avidité incroyable ce discours des prêtres de Sais, dit : «Qu'est-ce que cçtte grande calamité , sinon le fer destructeur des Israélites ? Et ce lac bourbeux, inuavigable^ et dont les exhalaisons sont mortelles , sinon le lac de Sodome et de Gomorrhe, ou Asphaltide ? Et ce fleuve Éridanus, sinon le Jordanus, en changeant seulement la tête ? Et cette ville Élissus, dont Solon a fait le nom du verbe grec eUssOj. je roule, sinon la ville de Gilgal, dont le nom signifie en hébreu roue , et qui fut située sur la rive du. Jourdain , proche de la mer Mqrte?» Que j'aime cp^ prêtres de Sais qui disent des choses si dures et si bien

■l68 CORRESPOND AlfCE UtÉDITE

placées aux Grecs , et qui suggèrent de si belles conjectures à M. l'aumônier de la chapelle de Suède!

Mais ce n'est pas tout. L'Atlantide avait , selon Platon et son interlocuteur Critias y 3,ooo stades en longueur, sur deux mille en largeur vers la mer; elle s'étendait du nord au midi ; elle était au nord bordée de mon-* tagnes ; sa forme était presque carrée , mais plus longue que large.

« Qui est l'homme assez ignorant en topographie , s'écrie- M. Baer, pour ne pas reconnaître ici la Pales-» tine ?»

Gar 1** le degré était de 774 stades, donc 3,ooo stades équivalent à 3 degrés 5a minutes. C'est la longueur de la Palestine. Donc a,ooo stades équivalent à a degrés 34 minutes. C'est à peu près la largeur de la Palestine, la distance du Liban à l'Ëuphrate; et en ajoutant les conquêtes de Salomon , c'est la vraie distance du port de Gaza au lac de Tibérias. Ma foi , cela est bien séduisant, et pe|i s'en faut que je ne sois de l'avis. de M. Baer.

a^ Platon dit que l'Atlantique touchait à l'Egypte , du côté de la Libye, et à Tyrrhenia du côté de l'Eu-» rope. Or , il y avait une Libye sur les bords de la mer Rouge; le pays d'Ammon était situé au milieu d'une Libye; cette Libye était voisine deGerar, et partant de l'Arabie et des côtes de la mer Rouge. Permettez ensuite à M. Baer d'entendre par Tyrrhenia , le district de la ville de Tyr, et tout ira bien. Les Grecs ont appelé Tyr ce que les Orientaux appelaient Tsok* , et par conséquent Tyriens ce que ceux-ci appelaient Tsorins, Voilà qui est clair.

Examinons à présent si les noms des villes de la Palestine, compares aux noms des villes de l'Atlantide j ne nous fourniront pas quelque nouvelle preuve.

On lit dans Diodore de Sicile, que les Amazones, filles des Atlantiques , bâtirent une grande ville proche du lac Triton, à laquelle, à cause de sa situation, elles doqpièrent le nom de Chersonèse, ou pays désert et sablonneux.

Vous allez dire : Qu'ont à faire ici les Amazones , les filles des Atlantiques , leur ville , le lac Triton et la Chersonèse ? Piano di grazia. Vous allez voir.

Dans l'idiome oriental, les villes dépendantes d'une capitale s'appellent ses filles.

Dans Diodore , les filles des Atlantiques sont appelées Amazones , mot composé de am , qui signifie peuple en hébreu, et de tzon^ qui signifie troupeau dans la même langue ; et voilà les femmes fabuleuses à une mamelle, restituées à l'histoire sous la dénomination d'un peuple pasteur.

Et cette Chersonèse, que croyez- vous que ce soit ? C'est la ville de Sion. Oui, mon ami^ la ville de Sion. Sîon en hébreu, veut dire précisément terre sablonneuse et déserte , comme Chersonèse en grec. Levez donc vos mains au ciel , et écriez-vous : La bella cosa che la scienza eùmologica ! et ne parlez pas de ces merveilles à notre ami l'abbé Galiani, car la tête lui en tournerait.

Des gens difficiles à contenter objectent que Platon dit en cent endroits que l'Atlantide était une île , et que la Palestine n'en est pas une; mais ces gens-là ne savent pas que le mot J en hébreu , signifie indistinc-

170 CORRESPOIfi^A-KCE INÉDITE

tement île et demeure , et qu'on dit même aujourd'hui l'île des Arabes.

Platon dit qu'au milieu du pays^ il y a une plaiae belle et fertile qui décline en s'abaissant vers la mer , et proche de cette plaine une petite montagne. M. Baer voit là exactement la situation de Salem , et à sa place vous verriez comme lui.

Le palais du roi et le temple des Atlantiques étaieqt sur cette montagne; cela convient aussi aux Israélites.

Les Atlantiques n'avaient que trois ports, et leslfiiraéUtes non plus, Gaza, Joppé, et un autre sur U paer Rouge.

M. Baer voit dans le récit de Platon et celui que Moïse fait de la fertilité du pays, des conformités étonnantes.

Platon dit pourtant que l'Atlantide abondait en éléphans , et il n'y en eut jamais en Palestine. C'est que le mot elephas , qui n'est pas grec , vient de l'hébreu elaphim , qui signifie bœuf. Les Phéniciens donnaient aux bœufs le nom d'élaphim; et les Grecs et les Romains quelquefois aux éléphans le nom de bœu&.

M. Baer voit le temple de Jérusalem dans celui de» Atlantiques; il voit les sacrifices des Hébreux dans les leurs. Il est parlé d'une solennité générale et annuelle, c'est la pâque; d'une colonne sur laquelle les lois étaient écrites , ce sont les tables mosaïques ; d'une imprécatiop contre les transgresseurs. Moïse avait ordonné la même chose.

Le temple des Atlantiques était consacré à Neptune et à CUto. Ce Neptune, c'est l'ineffable Jehovah. Celle Clito dont le nom vient de cleosy qui veut dire g^'e>

Page 1