‹ Correspondance inédite de Grimm et de DiderotChapitre 23 sur 45 · LETTRE DE M. DE SCHOUVALLOW A H. DIDEROT · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. DE SCHOUVALLOW A H. DIDEROT

A Saint-Pétersbourg y ce 20 AOÛt 1762.

. Monsieur, comme votre réputation est aussi étendue

> X. Ces réflexions et celles qui suivent la lettre de M. de Schouvallow, sont de Grimm.

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que la république des lettres , l'éloigueinent ne porte aucun préjudice à Tadmiration universelle que vous méritez à si juste titre. L'impératrice, ma souveraine^ protectrice zélée des sciences et des arts ^ a pensé depuis long-temps aux moyens propres à encourager le fameux ouvrage auquel vous avez tant de part ; c'est par son ordre, Monsieur, que j'ai l'honneur devons écrire pour vous offrir tous les secours que vous jugerez nécessaires pour en accélérer l'impression. En cas qu'elle trouvât des obstacles ailleurs, elle pourrait se faire à Riga ou dans quelque autre ville de cet empire. Ij' Encyclopédie trouverait ici un asile assuré contre toutes les démarches de l'envie. S'il faut de l'argent pour subvenir aux frais, parlez sans détour. Monsieur. J'attends impatiemment votre réponse pour en faire rapport à ma souveraine. Il m'est flatteur d'avoir pu être l'organe de ses sentimens , et je n'ambitionne rien tant que de pouvoir vous prouver efficacement l'estime et la considération avec lesquelles j'ai l'honneur d'êti:e, etc.

Signé J. ScHOUvALLOw.

La lettre de l'impératrice de Russie à M. d'Alembert était accon(ipagnée d'une offre de lui constituer en France un revenu de 100,000 livres de rente, de lui donner un hôtel à Pétersbourg, auquel on attacherait toutes les immunités et tous les droits des ambassadeurs, sans compter une infinité d'autres agrémens.On lui a même fait entendre que s'il craignait de déplaire au roi de Prusse en donnant la préférence à la Russie , l'impératrice se faisait fort d'engager ce monarque à solliciter M. d'Alembert de se rendre aux instances

l8Ô CORRE8POND41VCE INl^DITB *

de Sa Majesté Impériale* Ou ne saurait pousser plus loio la passion des |)hilosophes. Mais rien n'a pu 4^ter* miner M* d'Alembert à consacrer six ou huit ans de sa vie à l'éducation du grand^^duo.

LETTRE A SOPHIE , OtJ REPROCHES ADRE^SlÊS A UNE JEtrWE PHILOSOPHE.

A Paris, c« i5 août i^.

D^où VOUS vient, Sophie^ cette passion de la philosophie inconnue aux personnes de votre sexe et de votre âge? Comment au milieu d'une jeunesse avide de plaisirs , lorsque vos compagnes ne s'occupent que du soin de plaire 9 pouvez-vous ou ignorer ou négliger vos avantages, pour vous livrer à la méditation et à Tétude? S'il est vrai, comme Tronchin le dit, que la nature en vous formant , s'est plu de loger l'ame de l'aigle dans une maison de gaze, songez du moins que le premier de vos devoirs est de conserver ce singulier ouvrage.

Vous demandez le principe de tant de contradictions que vous remarquez dans l'homme , et qui ont été de tout temps Tétonnement et l'objet des ï*cchercfaes de la philosophie? Cet être si feible dans ses organes, si hardi dans ses pensées, audacieux à la fois et craintif, fier et timide, mesure en un clin d'œil l'espace et le temps, et ne sait calmer l'émotion de son sang. Un instant est accordé à son existence, et il en dispose pour s'ériger en ai^bitre de l'aveugle et inflexible loi de la nécessité , déjà prête à l'entraîner. Par une tnéditation opiniâtre , il énerve une organisation délicate et frêle , et attaque

sa vie jusque dans les sources , lorsque tout le presse dW jouir. L'illusion est le principe de ses plus douces jouissances^ Terreur et le mensonge Tenvironnent de toutes parts , et il trayo^iUe sans relâche à les dissiper. La vérité ne lui montre que doutes et incertitude j et il brûle de la connaître ; et la vanité de Tavoir osé en* viffliger semble le consoler du résultat de ses recherches , de la £sitale connaissance de son néant.

S<^ie, l'imagination est la source de tant de grandeur et de tant de misère. Cette qualité si sublime et si funeste que l'homme a reçue en partage^ dérange à toutânstant l'accord et l'harmonie de son organisation. Plus elle est vive et forte , phis des organes délicats^ souples 9 faciles à ébranler^ ntus livrent au pouvoir des objets extérieurs ^ et nous rendent le jouetde toutes les impressions étrangères. C'^t elle, Sophie^ qui nous a rendus menteurs et poètes, qui nous a apjms à exagéra toutes les idées , et à changer toutes les formes. £Ue a créé cette foule d'êtres inviûUes et chimériques avec lesquels elle nous a établi d«s relations; aux maux physiques et néoe»saires elle a 4oimé (fes causes surnaturelles et M)uleuscs; et lorsque Le devoir de l'homme se réduit à être heureux, juste et bienfaisant, eUe lui a formé un code bizarre de devoirs imaginaires et fac* tices qui ont perverti le but de son existence^ dégradé sa nature , et en ont fait par toute la terre un être religieux , cruel et absurde.

Les égaremois de l'homme ont done le même principe qui a immortalisé son génie par tant de chdsd'œuvre. Un être doué d'imagmatioua dm partout substituer la clûmère à la réalité , à la simplicité des faits

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la fable et le mensonge des systèmes. La- délicatesse des organes, sans laquelle l'imagination n'a ni jeu ni force, nous a rendus faibles j inconséquens , craintifs et inquiets^ et au lieu de chercher à pénétrer les causes véritables et physiques de tant de diverses impressions si secrètes et si involontaires^ notre goût pour la fiction leur a substitué en tout lieu des causes morales et imaginaires. Considérez, Sophie, ces immenses édifices que Terreur a de tout temps élevés à côté de Fimmuable vérité , et vous trouverez peut-être que le génie de Thomme dans ses égaremens n'est pas moins fécond, moins varié que la nature dans ses ouvrages, et qu'il lui a fallu plus d'effort pour imaginer tant d'absurdités et tant de chimères , qu'il ne lui en aurait faHu pour expliquer et pour connaître la loi uniforme et éternelle de l'univers.

Vous qui aimez à remonter à l'origine des choses , et vous servir d'une imagination brillante et vive pour deviner les différentes formes et modifications par Icsr quelles le genre humain doit avoir passé jusqu'au moment où nous commençons à connaître son histoire , voyez chez tous les peuples les antiqiœs vestiges d'une religion tantôt simple et grossière , et semblable à la naïveté rustique des mœurs primitives, tantôt raffinée et inintelligible, et par-là même d'autant mieux révérée^ mais toujours fondée sur le mensonge et sur l'invincible penchant de l'homme à chercher des causes surnaturelles à des effets physiques. C'est ainsi que les fables de Texistence des êtres invisibles, de l'immatérialité et de l'immortalité des âmes, conçues par les peuples les plus spirituels et ornées d'une mythologie féconde en poésie et en images, se communiquèrent aux nations les plus

grossières : car les peuples qui n'ont pas assez d'ima^ gination pour inventer, en ont toujours assez pour se piaire aux mensonges qu^on leur présente; et si la simple et droite raison peut plaire à quelques sages, les opinionâ absurdes et extravagantes doivent exercer un empire général et absolu sur des êtres qui ne connaissent de besoin plus pressant, de plaisir plus exquis que celui d'être ému par des causes inconnues et secrètes , d'être agité par des images.

C'est une grande et belle vue philosophique que celle qui attribue aux révolutions physiques de notre globe les premières idées religieuses des peuples anciens. Les premiers regards que nous jetons sur l'histoire de la nature , nous démontrent et l'antiquité de la terre et les bouleversemens qu'elle doit avoir éprouvés. L'homme, en proie à de grandes calamités physiques , en a dû chercher la cause dans quelque puissance inconnue ; il a dû se créer des dieux, et se faire l'objet de leur amour ou de leur haine. Les animaux échappés au danger en perdent bientôt le souvenir, qui ne se retrace dans leur mémoire que lorsqu'un nouveau danger les environne et les presse ; mais l'imagination de l'homme , frappée par les périls qui menacent son existence , effrayée par les granxls phénomènes de la nature , a dû bientôt créer le système des châtimens et des récompenses , et la fable d'un dieu vengeur qui s'irrite des fautes de la faiblesse humaine. Aussi, malgré les attributs de bonté, de jus* tice, de bienfaisance, dont nous nous plaisons cPerobellir l'idéejde la Divinité, vous trouverez, Sophie, que dans le fait et dans sa conduite, le Dieu des nations est un être capricieux , cruel , bizarre , vihdicatif et féroce :

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chez tous les peuples il cherche à entraîner dans lé crime ^ afin d'avoir le plaisir barbare de punir et d'exercer ses vengeances. Tel est le dieu des Juifs que les chrétiens, malgré toutes leurs subtilités métaphysiques; , n'ont jamais pu rendre véritablement juste et bienfai<^ sant envers le genre humain; tel est chez presque toutes les nations l'aveugle et implacable Destin qui décide , par une fatalité inévitable, du bonheur et de la vertu des mortels. On a eu raison de dire que sans la crainte d'une puissance vengeresse et malfaisante, jamais l'idée de Dieu ne serait entrée dans la tête des hommes.

Je trouvai l'autre jour par hasard les É pitres morales et philosophiques d'un poète angltiis dont j'ignore le nom. J'ouvris sans dessein ce recueil qui ne fait que de paraître; j'y trouvai une vignette qui me parut sublime. On voit un sculpteur en bois occupé a achever la figure d'une grue placée sur son établi. Pendant quHl s'applique à lui dégager les pieds, qui n'ont pas tout-àfait pris leur forme , sa femme est déjà prosternée devant la grue, et apprend à son enfant à l'adoren C'est le mot de Lucrèce mis en tableau :

Quod finxêre timent.

Sophie, tel est le génie de l'homme : il n'a pas sitôt inventé des fantômes , qu'il s'en fait peur à lui-même.

Je donne à votre messager les Recherches sur F origine du despotisme oriental que vous me demandez. Vous y trouverez quelques-unes de ces idées développées. C'est l'ouvrage d'un philosophe hardi et un peu sauvage. Il ne cherche point à vous accoutumer peu à peu à la vérité, mais il vous arrache le bandeau de l'er-

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reur sans ménagement Si vous pardonnez cette hardiesse ) vous désirerez du moins à votre guide ce charme qui séduit et subjugue l'esprit ^ qui embellit la vérité h plus sévère. Une diction pure et facile^ un coloris aimable et douK rendent la philosophie touchante , et nous inspirent de la confiance et de la passion pour ses organes. Les Gr^cs nous ont appris à aimer la graoe unie à la force; que ceux qui veulent nous éokirer et nous instruire, imitent la n^nière de nos maîtres.

Vous qui méprisez les systèmes et les assertions téméraires dans tous les genres , vous reprocherez peutêtre au philosophe que vous allez lire , d'établir ses opinions avec trop d'empire et de vous donner pour démontré ce qui n'est que vraisemblable. Vous aimez, Sophie , [que celui à qui vous voulez devoir votre instruction n'accorde à ses idées un plus grand degré d'évidence que vous ne leur pouvez en accorder vous* même ; vous voulez qu'il vous associe à ses travaux et à ses p^cherehes, qu'il ne dise pas tout, si bien qu'il ne vous reste rien à penser , rien à deviner. II faut au peuple des vérités communes et claires ; être bienfaisant et juste ) ne peut avoir qu'un sens dans toutes les langues^ et la morale ne doit pas être une science de l'école; mais le philosophe qui traite de l'origine des choses 9 qui remonte aux causes premières , qui cherche à pénétrer le génie de la nature et de l'homme, ne doit écrire que pour les esprits accoutumés à la méditation. Plus les questions qu'il examine sont enveloppées de doutes et de ténèbres^ naoinsil doit se livrer à l'engouement de ses idées : moins il leur attachera d'importance, plus vous serez disposée à leur en trouver. Une vue

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grande et sublime , une idée profonde et lumineuse, négligemment jetées , vous frapperont bien plus sûrement qu'une vérité laborieusement démontrée par un écrivain dogmatique.

Bannissons, Sophie, bannissons à jamais de nos re^ cherches cette triste et stérile méthode dont le moindre tort est d'avoir enseigné aux esprits ordinaires d'usurper le langage et les droits des hommes de génie. La marche de la vérité, semblable à celle de l'éclair qui part du firmament, est rapide et partout lumineuse. Vous n'avez qu'un instant pour l'apercevoir , mais cet instant suiffit aux esprits tels que le votre : les autres ressemblent à ces enfâns qu'un charlatan amuse en contrefaisant les météores de l'air; ils en sont plus contens à proportion qu'ils en reviennent les yeux éblouis. Laissons faire les charlatans, mais ne perdons pas notre temps avec eux.

Le philosophe vous salue et vous regrette. Il m'a affligé ces jours passés, car il savait le jour du mois et de la semaine; mais il prétend que c'est votre absence qui en est cause. Sophie, s'il apprend jamais à dater ses lettres, c'en est fait de son bonheur et de son génie. Revenez, et qu'il ne vous doive point cette funeste science. Nous comptons les momens en attendant celui qui doit vous ramener dans le sein de l'amitié et de la philosophie. Nous marchons les soirs sur cette terrasse près les rives tranquilles de la Seine, mais nos entretiens sont moins animés, et les cris d'une joie indiscrète ne troublent plus le silence de la nuit. Au rel>te, nous disputons toujours sur le pouvoir de la vérité* Il voit toujours la vérité et la vertu comme deux grandes statues élevées

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sur la surface de la terre et immobiles au milieu des ravages et des ruines de tout ce qui les environne. Moi, je les vois aussi ces grandes statues , mais leur piédestal me paraît semé d'erreurs et dé préjugés, et je vois se mouvoir autour une troupe de niais ^ont les yeux ne peuvent s'élever au-dessus du piédestal; ou /s'il se trouve parmi eux quelques êtres privilégiés qui, avec les yeux pénétrans de Taigle, percent les nuages dont ces grandes figures sont couvertes, ils sont bientôt l'objet de la haine et de la persécution de cette petite populace hargneuse, remplie de présomption et de sottise. Qu'importe que ces deux statues soient éternelles et immobiles 9 s'il n'existe personne pour les contempler, ou si le sort de celui qui les aperçoit ne diffère point du sort de l'aveugle qui marche dans les ténèbres ? Le philosophe m'assure qu'il vient un moment où le nuage s'entr'ouvre , et qu'alors les hommes prosternés reconnaissent la vérité et rendent hommage à la vertu. Ce moment , Sophie, ressemblera au moment où le fils de Dieu descendra dans la nuée. Nous vous supplions que celui de votre retour soit moins éloigné.

NOTICE SUR M. BOULLANGER, AUTEUR DU DESPOTISME ORIEÎîTAL.

l^s Recherches sur V origine du despotisme oriental^ dont il est question dans l'article précédent, ont été imprimées à Genève, il y a environ un an; mais peu d'exemplaires ont pénétré en France; c'est un ouvrage posthume de M. BouUangèr, inspecteur des ponts-et-

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chaussées. Soa métier Wymt mi$ à^ portée d'examiner souvent les difFérentçgj couches de h terre , il se livra à l'étude de l'histoire de la nature ; et comme les premiers pas qu'il fit d^ns cette ^ciepce lui démontraient la nécessité de remonter à la plus haute antiquité , il se livra avec plus d'ardeur encore à l'étude des langues anciennes , et surtout de U langwe h^r4ïqMe;il y fit en peu de temps de grands progrès, comme ses Jt^çh^rc^es mr k despotisme le prouyent, H est mort , il y a quatre ans, dans la force de l'âge» p'^yapt pas, je crois, plus de trente^fti^t aps, C'est, comme op fi^ remarqué, un philosophe un p§u sauvage ; mais il étopi^e quelquefois par la hardiesse de se^ vues, qu'il a le défaut de répéter trop souvent. Son livre plus court de la grande moitié el ses idées proposées d'un ton moins dogmatique , feraient beaucoup plus d'effet. Op lit à la tête de ces Recherches une lettre adressa à M- HeWétius , dans le temps de la grapde rumeur ^citée par le livr^ d^ T Esprit. Ce morceau est mieu^^ écrit que l'opvrag^mêmp de M. Boullanger. Cet aut^pr ^ t^PÇOr^ laissé quelques autres manuscrits qui se trouvept dans le cabinet de quelques curieux ; mais la mort l'a empêché de donner un peu de perfection à aucun de ses ouvrages.

U existe un livre intitulé : ^ Christianisme déifoilé, ou Examen des principes et des effets de la religion chrétienne y par feu ^, BopUanger, vojuipe inrS*. On voit d'abord qu'op l^î a dopué ce titre pppr ÇP fi^rç h pendant de VJntiquit4 dé^ùilée; mais il ne feut pas beaucoup se counaître ?a panière pour sentir que ces deux ouvrages pe sopt p^s sortis de la môme plume.

DE GRIMM ET DIDEROT. igS

On pçut assurer avec la même certitude que celui dont nous parlons ne vient poi^t de la fabrique de Ferney , parce que j'aimerais mieux croire que le patriarche eût pris la lune avec ses dents : œla serait moins impossible que^de quitter sa manière et aon allure si complètement quHl n'en restât aucune trace quelconque. Par la même raison y je ne crois ce livre d'aucun de nos philosophes connus, parce que je n'y trouve la manière d'aucun de ceux qui ont écrit. P'oii vient*il donc? Ma foi, je serais iaché de le savoir , et je crois que l'auteur aura sagement fait de ne mettre personne dans son secret. C'est le livre le plus hardi et le plus terrible qui ait jamais paru dans aucun lieu du monde. La pré&ce consiste dans une Lettre où l'auteur examine si la religion est réellement nécessaire ou seulement utile au maintien ou à la police des empires y et s'il convient de la res* pecter sous ce point de vue. Comme il établit la négative, il entreprend en conséquence de prouver, par son ouvr^içe , l'absurdité f t l'incohérence dm dogme chrétien et de la n^ythplqgie qui en résulte, et l'influence de cette absurdité sur les têtes et sur les âmes. Dans la seconde partie, il examine la morale chrétienne, et il prfétend pfpuver qi^e daqs ses principes généraux elle n'a auc^n avapU^ge sur toutes Jes morales du monde, parc^ que la justice et la bonté sont recommandées dans tous )es catéchismes de l'univers , et que chez aucup pi^uple, quelqqe barbare qu'il fut, on n'a jamais çQs^igné qu'il fellût être injuste et méchant. Quant à ce que la morale chrétienne a de particulier, l'auteur prétend démontrer qu'elle ne peut convenir qu a des enthousiastes peu propres aux devoirsde la société, pour

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lesquels les hommes sont dans ce monde. Il entreprend de prouver, dans la troisiemepartiè, que la religion chrétienne a eu les effets politiques les plus sinistres et les plus funestes, et que le ^eoiîe humain lui doit tous les malheurs dont il a été afeëâibié depuis quinze à dixhuit siècles, sans qu'on en puisse etuGore prévoir la fin. Ce livre est écrit avec plus de véhénieace^que de véritable éloquence; il entraiîne. Son style est châtié et correct , quoiqu'un peu dur et sec ; son ton est grave et soutenu. On n'y apprend rieii de nouveau , et cependîint il attache et intéresse; Malgré son incroyable témérité, on ne peut refuser à l'auteur la qualité d'homme de bien fortement épris du bonheur de sa race et de la prospérité des sociétés; mais je pense que ses bonnes intentions seraient ^ une sauve-garde bien faible contre les mandemens et les réquisitoires.

SUR l'église de sàinte-geneviève et sur l'architecture ancienne et MODERNE*.

A Paris], ce 1 5 octobre 1764.

L'attention du public sur l'édifice de Sainte-Geneviève a donné occasion à M. Le Roy, historiographe de l'Académie royale d'Architecture, et membre de l'Institut de Bologne, de publier, en quatre-vingt-dix pages in-8®, une Histoire de la disposition et des formes différentes que les chrétiens ont données à leurs temples

I. La Correspondance , première édition, ne contient que deux pages de ces deux lettres , qui contiennent des réflexions très-instructives et trèspiquantes. tîous ne rétablissons ici que les fragmens supprimés.

depuis le règne de Constantin-le-Grand jusqu'à nous. Nous devons déjà à cet académicien le livre magnifique des Ruines de V ancienne Grèce^ où ces ruines ont été dessinées j gravées etexpliquéeà^ l'imitation du superbe recueil que les Anglais ont publié des Ruines de Palmyre. C'estle fruit des voyages, que M. Le Roy a faitsdansces régions consacrées par tant: dé monumens précieux.

Le but de M. Le Roy, dajis l'ouvrage qu'il vient de donner sur les temples chrétiens , est de montrer la suite des idées qui se sont succédé dans la construction des églises depuis que la religion cjbtrétienne est devenue le culte dominant des peuples de l'Europe. C'est proprement l'histoire des pensées de tous les grands architectes qui ont entrepris de tels édifices, et la marque caractéristique et différentielle qui distingue ces monumens l'un de l'autre. On y voit comment les idées des premiers artistes ont été successivement employées, complétées, perfectionnées , corrigées par les artistes suivans.

M. Le Roy commence par examiner la forme des basiliques anciennes, ou palais royaux, qui ont d'abord servi de temples aux chrétiens , et dont ils ont même transportée nom aux lieux de leurs exercices religieux. La première basilique chrétienne, selon lui, ne diffère d'une basilique ou d'une cour de justice, que par la forme de la croix, que les chrétiens ont dès-lors donnée à des temples qui devaient sans cesse retentir du miracle de la croix. M. Le Roy montre comment cette première basilique a servi de modèle à Sainte-Sophie de G>nstantinople, où les musulmans adorent aujourd'hui le dieu de Mahomet. De là il passe à l'histoire

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de l'ëglise de Saint^Marc de Venise , à celle de Sainte- Marie-des^lears de Florence , ensuite à une petite église des Augustins^ près de la place Navone à Rome. Il prétend que saiis ces trois édifices l'église de Saint-* Pierre de Rome n'aurait jamais existé. Après avoir examiné ce superbe et magnifique monument , il passe à l'église de Saint*-Paul de Londres, de là à la chapelle des Invalides à Paris , et à la chapelle du roi k Versailles, et enfin aux églises de Sainte-Geneviève et de la Madeleine que l'on construit actuellément,Cette dernière est de l'invention de M. Contant, dont on ne connaît encore point de chef-d'œuvre, quoiqu'il ait couvert Paris de ses bâtimens. Dans cette Uste de temples, vous voyez qu'il n'est point question des églises gothiques dont toute l'Europe ^est cepeqdant trouvée remplie: M. Le Roy n'en parle qu'en passant et très-légèrement.

En général, ce qui manque à son ouvrage c'est la netteté des vues et la lumière. Il n'y a que deux manières d'écrire sur les arts : l'une, de détailler avec précision et clarté les ouvrages existans, les comparer, les apprécier, etc. ; l'autre, d'ajouter à ces détails des vues lumineuses et profondes , si vous en êtes capable. Le projet de montrer la succession des pensées des grands artistes dans la construction c^es temples éhrétiens était beau ; mais l'exécution ne satisfait que faiblement.

On ferait un ouvrage savant et curieux sur l'état et les progrès de farcfaitecture depuis la renaissance du goût et des arts en Europe ; mais un seul grand architecte vaudrait encore mieux que cinquante savans qui écriraient avec succès sur l'architecture. Il en est de cet art comme de ta poésie ^ un seul grand modèle vaut

mieux que vingt traites, tout comme Ylliade est préféntbie à toutes les poétiques faites et à faire.

Nous avons eu raison sans doute de quitter notre goût gothique pour cette belle ai'chitectUre grecque que les grands hommes d'Italie ont rétablie en Europe dépuis environ trois cents aiis;mais imiter les anciens, ce n'est pas copier leurs buvra^es, c'est éréer à leur exemple atec ce génie qui sait trouver à chaque chose sea propriétés et ces convenances. Un poète qui copierait les sublimés tragiédîes du théâtre d'Athènes n'obtiendrait pas pour cela une placé à côté de Sophode et d'Euripide. Imiter ces grands hommes consiste à inventer des situations^ des scènes^ des discours assez patbéti(|ues f assez vrais , assez sublimes , assez forts pour pouvoir soutenir la comparaison de leurs pièces ; mais les th^tres modernes n'ayant plus le même but que les théâtres anciens , et ne servant qu'à l'amusement de l'élite d'une nation^ tandis qu'ils étaient consacrés anciennetneht à l'instruction publique du peuple, il est évident que l'ordonnance de nos spectacles ne devrait avoir rien vie commun avec celle des spectadesd' Athènes et de Ronie.

Il en est de mréme de l'architecture^ oîi il me semble que ttûUs avonâ encore plus servilement copié les anciens que dans les autres ant». Pour construire des églises thtêtitntkeSy nous avons porté nos étiHles sur les temples anciens ; mais quelle ressemblance y a«t-il entre un temple de Jupiter ou de Diane et nn temple de Jésus- Christ? Aucune^ Je ttt)uve dans les anciens un lieu propre à une boucherie , parce qu'ils étaient destinés aux sacrifices. Noifs ne faisons dans nos temples rien de

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•ce que les.ancieas faisaieat dans les leurs, et nous ies avons choisis pour modèles. Quelle absurdité! En général, l'architecture: me paraîtra au berceau aussi longtemps qu'il ne suffira pas de la simple inspection de l'extérieur d'un édi6ce pour faire juger l'homme le plus ignorantde l'usage auquel il est destiné. Ufi^ut qu'un arsenal ait l'air arsenal, avant d'être rempli d'instrumens et d'attirails, de guerre; il faut que dans une église catholique tout serve à. la pompe du sacrifice de la messe, il faut que dans une église protestante tout indique que la prédication et l'instruction du peuple sont le principal exercice de ce lieu; il faut qu'au premier coup^ d'œil, je puisse discerner une place royale d'une; place marchande , et celle-ci d'une place militaire , un hôtelde- ville d'une salle de spectacle^ etc. Tout est encore à inventer; et l'esprit, la, convenance, l'usage, ont été trop négligés dans nos ouvrages d'architecture.

M. Le Roy parle en plusieurs endroits du péristyle du Louvre comme d'un superbe monument, et il a raison sans doute. C'est d'ailleurs la mode depuis quinze ans, de l'élever au-dessus de tous les monumens qui existent en Europe, et je ne conseillerais à personne de hasarder la plus légère critique sur ce chef-d'œuvre de Perrault. Remarquons toutefois qu'il se pourrait que ce monument superbe ne fût beau qu'autant que le Louvre ne serait point achevé , et que plus il ressemblera à une ruine, plus il trouvera d'admirateurs, parce que rien n'empêche alors mon imagination de supposer toutes les convenance qui lui manquent. Mais si jamais le Louvre s'achève, je serai obligé de faire taire mon imagination, de n'en croire que mes yeux^ et de n'écouter

que la raison. Je demanderai alors comment cette superbe colonnade se trouve au premier étage, au-dessus de la principale. porte d'entrée, sans être soutenue par aucun ordre d'architecture ? Car être élevé sur un mur percé de portes ou de. croisées et de fenêtres dans toute sa longueur, ce n'est pas là une chose bien satisfaisante pour l'œil; ce mur a l'air très-bourgeois^ et ne donne aucune idée d'un palais royal. Je demanderai ensuite par où l'on arrive à cette galerie formée par une colonnade si superbe? Car je. ne vois aucune escalier qui y conduise ,. puisque ces escaliers sont dans l'intérieur de l'édifice, et que les hommes que je verrai mouvoir dans cette galerie auront l'air d'y être entrés par quelque trappe ou quelque porte dérobée. Si je voyais de magnifiques escaliers s'élever depuis la place jusqu'à cette galerie, je dirais que je reconnais là l'abord du palais d'un grand roi. Mais , me dira-t-on , cette galerie n'est point destinée à servir d'entrée au palais; elle servira dans les jours de solennité au monarque pour s'y montrer à son peuple au milieu de toute sa cour. Soit; mais outre que le roi et son cortège seront soupçonnés d'avoir passé par une trappe pour entrer dans cette galerie , puisqu'on n'aperçoit point d'abord qui réponde à la magnificence et à la grandeur de la colonnade, ne voyezrvous pas que le monarque et sa cour auront dans cette immense galerie l'air du roi et de la cour de Liliput transplantés dans le palais royal des Brobdingnacs. A quoi se réduit donc le mérite de Perrault ? A avoir dessiné avec beaucoup de, goût et de connaissance l'ordre le plus riche de l'architecture gi'ecque, suivant les plus belles proportions connues , à l'avoir embelli

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de tout ce que l'ordre corinthien peut supporter d'ornemens dans ses colonnades , dans ses niches^ dans ses plafonds, etc. , et à avoir placé à la principale façade du palai sdu Louvre un sUperbe monument d'architecture, sans but et sans jugement. Non erat his locus.

Cette imitation serviledes ordres anciens est enéore plus choquante dans les palais particuliers. La distribution intérieure de nos édifices ne ressemble en rien à celle des Grecs et des Romains, et nous voulons conserver l'extérieur de leur architecture ! En France surtout, où le goût et la recherche dans les ameublemens, dans les distributions d'appartemens, et la science des formes agréables et commodes, sont poussés au plus haut degré de perfection, l'ordre extérieur est sacrifié à tout instant, et exposé à mille outrages pour donner à l'intérieur tous les agrémens dont il peut être susceptible. Un architecte français vous coupera sans miséricorde une corniche, un pilastre par le beau milieu; il parta*^ géra une croisée en deux étages pour faire des entresols, si cela lui convient , ou bien il la fera passer tout à travers une corniche. Il est vrai qu'il aura arrangé dans l'intérieur un appartement à tourner la tête. Il y aura des dégagemens, des escaliers dérobés, des aisances, des recherches et des agrémens à l'infini; ce goût est même poussé si loin , que le plus simple particulier se trouve logé à Paris, avec phis de commodité que les plus grands personnages ailieui^. Mais ne vaudrait-il pas mieux s'en tenir, quant à l'extérieur, à une simple architecture bourgeoise, et renoncer à tout ornement, que de les défigurer avec si peu de scrupule?

Celui-là serait un grand architecte qui saurait com-

hiner la beauté extérieure des palais d'Italie avec les agrémens de Tiutérieur des maisons de Paris. Celui*là serait un homme d'un grand génie qui , dans la construction d'une église , saurait joindre la légèreté et la hardiesse gothiques à la beauté et à la majestée de Farchitecture grecque.

A Paris, et if novembre 1764*

Après avoir entendu parler M. Le Roy de colonnes, de corniches, d'architraves, de pendentifs, employés à tort et à travers dans la construction des temples chrétiens, par les architectes modernes, je vais essayer à mon tour de tracer l'esquisse d'une histoire des temples chrétiens.

Nous connaissons six ordres d'architectui-e : l'égyptien , le grec , le romain , le gothique , l'arabesque , le moderne. Le premier de ces ordres fut imité, embelli, perfectionné par le second, qui devint à sbii totir le mo« dèle du troisième. L'idée primitive de ces trois ordres, celle qui sert de base à leurs proportions, était la ca* bane , c'estrà-dire une charpente faite de bonhe^ poutres , bien équarries et surmontées d'un toit angulaire. Les Gotbs choisirent pour leur modèle d'architecture leur habitation ordinaire , les forêts dont les arbres s'entrelacent et se terminent en berceaux. Les Arabes eurent pour première idée des cintres immédiatement posés sur des piliers. Les modernes , n'ayant d'autre projet que d'imiter servilement les anciens, ont tout gâté, tout perdu. Nous avonsfait presque toujours, mais surtout en architecture, comme les enfans qui, voyant

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Élire des évolutions sur une place d'armes, se mettent à contrefaire l'exercice : ce qui fait4dmirer une troupe guerrière devient risible dans ses singes. A la renaissance des arts notre goût s'est formé , nous nous «ommes aperçus de la perfection et de la beauté de^l'architecture grecque, et nous avons dit : Les Grées faisaient des colonnes, faisons donc des colonnes. Il fallait voir, avant tout, que les Grecs ne faisaient rien en architecture qui ne fut profondément raisonné^ et il fallait dire: Tâchons de raisonner nos ouvrages aussi profondément qu'eux.

J'ai déjà remarqué combien cette maxime, essentielle à tout peuple qui veut exceller dans les arts, a été négligée par Perrault , dans ce péristyle tant vanté du Louvre. En lisant l'ouvrage de M. Le Roy, vous verrez comment cette colonnade du Louvre a été spirituellement transportée dans l'intérieur de la chapdle du château de Versailles. Ce double emploi dans deux édifices si difFérens, sufSt pour faire la critique des architectes ; mais lorsque vous examinerez un peu mieux cette chapelle de Versailles, aussi fort vantée, vous trouverez que Mansart, avec tousses efforts , n'a su lui ôter en bas l'air gothique , et que ces voûtes gothiques de la nef ont été surmontées, on ne sait pourquoi, d'un superbe ordi*e corinthien qui s'élève à la hauteur de la tribune du roi :

... Ut turpitcr atrum Desinai in piscem mulier ibriuosa superne.. .. O imitatores, servum pecus!

Mais pour faire sentir toute notre absurdité dans la

DE GRIMM ET DIDEROT. ao5

IVKifitnictioii des temples, il faut reprendre les choses d'un peu plus haut^

Le }>ut des peuples anciens qui les premiers ont élevé des temples, était de loger leurs dieux. Nous nous sommes mis à couvert avec nos femmes et nos enfans, laisserons-^nous nos dieux sans habitation ? Leur puissance doit, rendre leurs demeures respectables et sacrées; nos dieux valent infiniment mieux que nous, il faut que leurs maisons soient plus grandes et plus magnifiques que les nôtres. Voilà le raisonnement de ces peuples simples et grossiers, voilà l'origine et le but de l'architecture des temples née en Egypte, portée par les Grecs au plus haut degré de perfection , imitée ensuite-par les Romains. Un temple était le logement d'un dieu , comme la cabane Tétait d'un chef de famille et des siens. La statue du dieu était placée au milieu de sa demeure; mais remarquez que les sacrifices, les cérémonies religieuses, se célébraient au dehors. La foule du peuple n'entrait donc jamais dans les temples pendant les solennités; ce privilège était réservé aux prêtres comme attachés au service du maître de la maison , ou à quelques âmes dévotes qui avaient la statue du dieu à orner, un vœu à remplir , une offrande à faire, un oracle à consulter; mais le peuple n'y avait que faire. Tout ce qui se passait dans l'intérieur était partici4ier et mystérieux. Voilà pourquoi les temples étaient obscurs et peu spacieux, n'avaient qu'une seule porte, point de fenêtres, peu de jour ; ils avaient été imités d'après le premier refuge de l'homme , ils en avaient conservé l'iinage. Il a &llu une hifinité de siècles au genre humain pour lui persuader qu'un homme ait be-

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soin de plus d'un réduit; ce n'est même que depuis environ trois cents ans qu'on sait ce que c'est qu'un appartement : ]es recherches et les coroipoditës de toute espèce n'ont été connues que de nos derniers temps. Si les Égyptiens avaient eu une idée d'appartement dans leur^ palais j je suis convaincu que leurs temples auraient été partagés en plusieurs compartimens, dont la distributiop aurait répondu à celle de l'intérieur du palais du roi^ car ce pepple superstitieux n'aurait pas voulu que ses dieux fussent plus mal logés que ses sou* verains.

Quelle est donc la raison qui ait pu engager nos architectes à prendre les temples anciens pour modèles dans la construction de nos églises ? Avons-noi|s des dieux à loger ? Notre culte a-t-il les mêmes cérémonies que celui des G|*ecs et des Romains^ ou plutôt nos églises ne sont-elles pas destinées à des usages tout-àfait différens ? Un critique sévère qui serait persuadé que le jugement est le premier attribut du génje^ tiendrait peut-être à l'architecte de Sainte- Geneviève le discours suivant : « Je croirai sans peine , M. Soufflot, <K que la plupart de vos censeurs n'ont guère réfléchi « aux objections qu'ils vous ont faites. Ceux qui ont (c trouvé votre principale porte trop étroîte ^ ignoraient a vraisemblablement à quel point ils avaient raison. <c Pour leur répondre, vous avez fait graver le p^urtail « des temples antieps les plus Êuneux par leur belle « architecture, et ils se sont peut-être crus battus; mais et il se pourrait que ces temples fussent trè^-beaux , et <K que le vôtre n'en fut pas moins absurde. Il n'y a point o d'exemple, dans l'histoire j que les Athéniens se soient

DB GRIBIM BT DIDEflOT. IO7

ce plaints des portea trop étroites de leurs temples, et je a ne voudrais pas garantir qu QP ne s'étouffât à l'entrée « de votre église, le jour qu'on y dira la première n^esse. « Savez-vous la raison de cette différence ? C'est que « dans aucune solennité le peuple n'avait à faire dans <c le temple de Minerve, et que dans toute solennité il tf faudra qu'il entre dans l'église de Sainte-Geneviève, ce Toutes les cérémoniesreligieusessepassaientà Athènes a SQUS le péristyle et sur 1^ pl^^ce du t^iqple ; toutes les a cérémonie^ chrétiennes ^e fopt d^ns l'intérieur de l'é. a gUse, et le peuple est obligé d'y être. Vous di^^ qu'il <c vous était impossible de faire votre porte plus large (c que l'entre-colonne du péristyle, et rieu n'est plq^ cerr (c tain ; mais ipPP^rez-moi douç Is^ nécessité de ce péria rtyle; ou hiep, youle^-ypus qu'une'colonnade inutile « serve d'ei^puse k upe porte incommode? M. 3oufHot, a je vous loue d'avoir étudié l'architecture grecque et oc romaine , p'est l'école du génie ; mai^ il ne; fallait pas «c vous laisser eutraîner par l'ei^emple des ^çhitectes a modernes, qui out partout moutré plus de sçieoce que «c de jugement. X^r^ue vous fûtes chargé de 1^^ con- « structiou deSainte-Çeneyièye, au lieu d'avoir recours ce à vos étudeç et à vos porte-feuilles, il fallait vous dece mander ce que c'est qu'un temple cbrétieq ; et si votre <c génie vous eût fait reuc(»itrer et remplir la véritable « défînitiou d'un tel édifice , votre église de Sainjte-Ge- <c peviève, au lieu d'être la copie d'up temple de Junofi a pu de Diaue, serait devenue elle-même uu grfiud et « illustre modèle. Ce modèle ^ epçore à trpuver ; « et les modernes , avec leur^ polpunade^ et leur^ ri- « cheçses d'architecture presque toujours prodiguées à

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ce contre-sens, n'ont rëussi qu'à nous faire regretter (( la beauté agreste mais raisonnëe des églises gotf thiques. y>

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