X. Voici cette lettre
« En vérité, M. le duc, |a lolie des ^tals devient incurable; il ne reste d*autre parti qu'à faire régler au conseil les affaires du 12 octobre; après cette discussion solennelle il n'y aura plus de remède, i* L'intention de la noblesse et de M. de Kgnesec , est-elle donc que toutes les impositions cessent dans la province de Bretagne, et que les autres sujets du Roi paient pour les Bretons ? »• Veut-il forcer le gouvernement à se monter sur le ton de rigueur , et à quitter le ton de douceur qu'il avait pris ? Lorsque la raison et l'honnêteté conduisent les hommes, l'autorité peut céder quand il n'y a pas d'inconvénient, mais lorsque la déraison et la révolte s'emparent des esprits, il ne reste d'autre parti que celui de la sévérité, et il y aurait du danger à en user autrement ? Croient- ils que le Roi laisse à ce point, avilir sou autorité ? 3° Croient-ils par là hâter le retour des mandés ? Si la conduite de la noblesse avait été telle qu'elle devait être, le Roi eâl accordé à votre instance les mandés ; mais le R.oi s'irrite. Il m'a parlé encore hier d'une
Je vais faire dans le conseil , Avec le plus grand appareil , Juger l'affaire des trois ordres; Et puis après ce règlement , Pas pour un diable assurément On ne pourra plus en démordre,
Je vous dirai premièrement Que les Bretons certainement Doivent être contribuables , Et tous ceux qui refuseront Aux yeux du conseil paraîtront Révoltés et déraisonnables.
Votre monsieur de Kgnesec Qu'on donne pour un si grand grec, Et tout l'ordre de la noblesse Peuvent-ils nous faire la loi , Et que tous les sujets du Roi Paieront pour les tirer de presse ?
manière à me faire sentir son mécontentement, et si avant huit jours Tordre de la noblesse n'a pris le parti convenable , le Roi est prêt à partir. On croira que ce que je vous mande ici est un conte, mais cependant, M. le duc , c^est la vérité toute pure. Vous connaissez rattachement et tous les autres sentimens avec lesquels j*ai Thonneur d'être, M. le duc, etc.
Signé Lavxrdt.
« Je vous prie de lire ma lettre à la noblesse. »
Les anciens oracles se rendaient toujours en vers , afin qu'on les retînt avec plus de facilité, et par la même raison on les mettait en chant ; on a cru devoir les mêmes honneurs aux sacrées paroles de M, le contrôleur Laverdy , en donnant une traduction en vers français , de sa lettre du 4 octobre, au duc d'Aiguillon. Les lois scrupuleuses de la traduction n'ont pas laissé beaucoup d'essor à l'enthousiasme poétique. On prie le lecteur d'excuser le poète en faveur du traducteur. Pour la commodité , on a encore mis cet lï^^mne nouveau sur l'air noble et célèbre: Accompagné de plusieurs autres, etc,
(Note du correspondant. )
2l8 CORBESPOBTDANCE JNfiDIT£
Je vous dirai secondement , Qu'ils forcent le goaremement A prendre un ton des plus sévères , A se monter à la rigueur Et quitter le ton de douceur , Qu'on avait pris pour leurs afl^ires.
On voit souvent sans nul danger Le maître à ses sujets céder.
Même dans le temps où nous sommes, Quand la raison, l'honnêteté, Vis-à-vis de l'autorité , Conduisent les esprits des hommes.
Mais aussi lorsque le démon De révolte et de déraison S'emparera de la noblesse , Pense-t-on que Sa Majesté Laisse avilir l'autorité En reculant avec faiblesse ?
Je vous dirai troisièmement, Que les mandés du parlement " Sont quittes de reconnaissonce Ver» les gentilshommes bretons , Qui , se conduisant comme ils font, Ont retardé leur audience.
Si l'ordre s'était comporté Comme il devait en vérité , Et n'avait pas fait résistances , Le retour de tous les mandé Dés long-temps était accordé.
Monsieur le duc > à vos instances.
Mais je ne dois pas vous celer, .
I^i vous , leur laisser ignorer
DE GIlIxMM ET DIDEROT. 11 9
Que tous les jours le Roi s'irrite. Hier il disait hautement A quel point il ei»t mécontent Des états et de leur conduite.
Pour les en faire revenir Et les faire tous consentir, Mettes donc toute votre peine ; Je vois le Roi prêt à partir Si vous ne pouvez réussir, Monsieur le duc , avant huitaine.
Ceci de l'un à l'autre bout Semble un conte à dormir debout ; Mais cependant je vous assure Que les trois articles présent , Et le dernier très-nommément , Sont la vérité toute pure.
Vous connaissez l'attachement Et tous les autres scntimens Avec lesquels j'ai l'honneur d'être Votre très-humble serviteur, De Laverdy, le contrôleur.
Publiez, s'il vous plaît, ma lettre.
SUR LE COMPOSITEUR MONSIGNY , l'oP^RA. FRANÇAIS ET l'encyclopédie.
A Paris , ce i5 œai 1766.
M. de Monsigny n'est pas musicien de profession^ et il n'y a rien qui n'y paraisse. Sa composition est remplie de solécisme ; ses partitions sont pleines de fautes de
toute espèce. Il ne connaît point les effets ni la magie de rharmonie ; il ne sait pas même arranger les différentes parties de son orchestre et assigner à chacune ce qui lui appartient : ses basses sont presque toujours détestables , parce qu'il ne connaît pas la véritable basse du chant qu'il a trouvé, et qu'il met ordinairement dans la basse ee qui devrait être dans les parties intermédiaires. Aussi , toute oreille un peu exercée est bientôt excédée de cette foule de barbarismes; et en Italie , M. deMonsigny serait renvoyé du théâtre à l'école, pour étudier les premiers élémeus de son art, et expier ses fautes sous la férule ; mais en France , le public n'est pas si difficile, et quelques chants agréables mis en partition comme il plaît à Dieu, des romances surtout, genre de musique national, pour lequel le parterre est singulièrement passionné, ont valu à ce compositeur les succès les plus flatteurs et les plus éclatans. On le regardait même comme l'homme le plus propre à opérer une révolution sur le théâtre de l'Opéra, et à faire la transition de ce vieux et misérable goût qui y règne , à un nouveau genre, sans trop choquer les partisans de la vieille boutique, et sans trop déplaire aux amateurs de la musique.
M. de Monsigny a mal justifié ces espérances : il n'a pas fait faire un pas à l'art. Son opéra de la Reine de Golconde est un opéra français dans toute la rigueur du terme , et je défie les plus grands rigoristes de lui reprocher la moindre innovation, la plus petite hérésie. Il en est arrivé une chose bien simple ; c'est que M. de Monsigny n'a contenté aucune classe de ^es juges.[Les amateurs de la musique l'ont abandonné aux vieilles
perruques, qui ne lui ont pas rendu justice. Ce compositeur a oublié de faire une observation de la plus grande importance pour un musicien qui veut réussir; c'est qu'on vante la musique de Lulli , non parce qu'on la trouve réellement belle, mais parce qu'elle est vieille. Ainsi, tout homme qui travaille à s'approcher du vieux goût , est sûr de déplaire même à ceux qui en sont les plus chauds défenseurs.
Sans être chargé des pleins pouvoirs d'aucun parti , je vais tracer ici quelques articles préliminaires , sans l'observation desquels je promets à M. de Monsigny et atout compositeur qui voudra essayer un opéra français, qu'ils n'obtiendront jatfiais de succès durable. On ira toujours à l'Opéra, parce que l'oisiveté et le désœuvrement y conduiront toujours ; mais les gens de goût ne s'y plairont jamais.
* Je dirai donc , en premier lieu , que la France n'aura jamais de spectacle en musique, si l'on ne sépare pas distinctement l'air et le récitatif. Celui-ci ne doit point être chanté, il doit être une déclamation notée et parlée : cette déclamation doit tenir le milieu entre la déclamation ordinaire et commune et le chant. Quoique mesuré et soutenu d'une basse, le récitatif ne doit point se débiter en mesure; il suffit qu'il soit ponctué avec justesse, et que les véritables inflexions du discours y soieut bien marquées ; tout le reste doit être abandonné à l'intelligence de l'acteur. Je dis de l'acteur et non du chanteur : le récitatif ne peut faire de l'effet que lorsque le poète a fait une belle scène , et que l'acteur la j^ue bien.
L'air doit être réservé aux momens de situation , de
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chaleur, de passion, d'eDthou$îa»ine. Toat air doit être pour ainsi dire une situation, et c'est ainsi ^le l'illustre Metastasio l'emploie toujours, si vous en exceptez les airs qui renferment un tableau ou une comparaison ; et j'avoue que je retrancherais volontiers ce dernier genre d'airs de la musique théâtrale.
Le récitatif obligé a une nuance de chant plus forte que le récitatif ordinaire; il tient le milieu entre celui* ci et le chant de l'air.
Mettez les airs les plus beaux et les plus sublimes l'un à la suite de Tautre, et vous n'en aurez pas fait exécuter quatre de suite, sans que votre oreille ne soit enivrée, excédée , et que vous n'ayez réussi à détruire tout charme, tout effet , par cette succession immédiate des uns aux autres.
Le récitatif était donc ce qu'il y avait de plus impor* tant à trouver pour l'exécution d'un opéra. Sans hii , point d'action, point de dialogue, point de scène ^ point de repos, point de charme , point d'effet musicaU
Aussi il n'y arien de tout cela dans un opéra français, parce que son récitatif est un chant lourd , traînant et languissant, que l'acteur débite à force de cris et de poumons, et qui dure depuis le commencement jusqu'à la fin. Ce récitatif détestable qui a été imité d'après le plain-chant de l'église , et qui n'est proprement ni <^ant ni déclamation, est cause qu'il n'y a ni air ni récitatif dans un opéra français, et que l'auditeur le plîis intrépide en sort harassé.
La feute la plus grave de M. de Moosigny, c'est d'à* voir adopté ce plain-chant avec tous ses défauts , et de n'avoir pas songé à distinguer avec précision l'air et le
BE 0|t}MM ET mPEBOT. %^3
récitatif. C'était 3e mettre dans l'impossibilité de mieux faire que ses prédécesseurs ^ depuis le plat LuUi jusqu'au dur et lourd Bameau*
3econdemeut, la chanson et le couplet ne sont point du res&ort de la musique théâtrale : ils peuvent y être placés historiquement ^ c'est-à-dire qu'un berger , par exemple ^ peut dire à sa bergère qu'on lui a appris une telle chanson , et la chanter; mais il est contre le bon sens de placer sur le théâtre la chanson et les couplets en action ^ parce que le chant du couplet est toujours un chant appris par cceur, et ne peut jamais avoir l'air d'être créé par l'acteur dans la chaleur de l'action ou dans tes accès et di^ns la fougue de U passion. Rien ne ressemble moins au couplet que l'air ou Varia des Ita-* liens, qui est le véritable chant du théâtre, et qui, comme nous l'avons dit, doit tOMJours être placé en situation. Il paraît que c'est la dause qui a fourni la première idée de l'air à celui qui Ta créé en Italie , et introduit sur le théâtre. L'application du cadre que la danse a fourni aux paroles du poète , cette association du modèle pri* mitif et 4u technique d'un air de danse avec l'exprès- ^ion d'un sentiment , les actions d'une passion^ est un effort de génie des plus rares. L'air est donc devenu l'expression d'un seul sentiment^ d'une seule idée musicale, d'une seule pa^ion , d'une seule situation , avec toutes les variétés des nuances que chaque sentiment , chaque passion renferme.
L'opéra français ne connaît point l'air. On n'y sait rompre la monotonie de ce plain--chant qu'ils appellent récitatif, que par des chansons et des itomances , genre de musique faux et absurde an théâtre. Ce qu'on ap-
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aa4 GORBESPONDilNGE HT^DITE
pelle l'ariette , iotroduite en ces derniers temps dans la musique tliéâtrale, à rimitation de Varia des Italiens, est d'un genre non moins faux que les couplets et d'un goût encore plus pitoyable. Bien loin d'exprimer un sentiment ou une passion , l'ariette ne renferme que des paroles oiseuses que le poète place à propos de rien dans un divertissement, et que le musicien ne sait exprimer qu'en jouant sur les mots de la manière la plus puérile.
M. de Mbnsigny n'a rien innové à ce misérable protocole. Comme il a surtout réussi par ses romances dans ses autres pièces, il a cru qu'il n'y avait qu'à les multiplier dans celle-ci autant qu'il serait possible, et il n'a pas prévu qu'elles se feraient tort les unes aux autres , et qu'à la troisième tout le monde serait excédé. Quant à ses ariettes qu'il a placées dans les divertissemens suivant l'usage, elles ne sont en rien supérieures aux mesquines et pitoyables ariettes de Rameau et consors. Ainsi l'air, Varia^ reste toujours à ^réer dans l'opéra français.
Troisièmement ^ les chœurs ne sont pas plus que les couplets propres à la musique de théâtre. Aussi rien n'est plus froid et plus ennuyeux que tous ces chœurs dont un opéra français çst farci , et que ses partisans ont l'imbécillité de regarder comme un grand avantage. Lorsque te poète introduit dans sa pièce le peuple ou la foule comme acteurs, je sens que cette foule peut pousser un cri de joie , d'admiration , de douleur , de surprise, d'effroi, etc.; mais de lui faire chanter un long couplet en parties, et par conséquent non-seulement un chant appris par cœur, mais concerté d'a-
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urance entre les exécirtans, et qui cependant au théâtre doit avoir Tair d'être suggéré par l'action du moment. C'est offenser grièvement le bon sens et porter l'absurdité à son comble , à moins que ce chœur ne consiste datts l'exécuiMpa de quelque hymne ou de quelque autre chant consacré par la religion et l'usage , et que le peuple peut être supposé de savoir par cœur. On a emprunté les chœurs du théâtre aneien, mais en cela comipe en beaucoup d'autres choses, on a montré peu de jugement. La r^réseptacion théâtrale avait tout un autre but chez les peuples anciens que chez nous ; c'était «n actede neligion et d'instruction publique. Cette dernière partie était particulièrement confiée au chœur. C'était pour aii»i dire un personnage moraliste et intermédiaire eoitrc Facteur et le spectateur ^ chargé d'inspirer à celui-ci de bons sentimens moraux réstritans du ùmd du sojeL Quand il quitte le rôle de moraliste, et qu'il se nvèle à l'action , la foiile se tait, et il n'y a pkis qu'un ou deux interlocuteurs qui parlent. Le caractère distînctif des ouvrages anciens 9 est ce jugement -sûr et profcMnd qui accompagne toujours les opérations du vrai génie. Nous autres peuples modernes , nous ne sommes que des ensuis et des singes qui avons imité à ;tort et à travers, et souvent contre le bon sens, ce qtie nous avons trouvé établi chez nos maîtres. Aussi il n^y a rien qui n'y paraisse; et pour s'en convaincre on n'a qu'à comparer la gravité des chœurs de Sophocle avec la frivolité et la pauvreté des chœurs deQuinault. , M. de Monsigny, au lieu de donner Un bon exemple /m relM^chant les chœurs de son opéra, les a multipliés à l'excès, et a perpétué, autant qu'il a dépendu
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de lui, un défaut qu'on a la sottise de regarder comme uue beauté, tandis que les Italiens l'ont retranché depuis long-temps , et avec beaucoup de jugement , de leur spectacle musical.
£n quatrième lieu , aussi long*temps que Ton mêlera la danse avec le chant ^ les scènes et les ballets, il sera impossible qu'il y ait jamais un véritable intérêt dans un poëme d'opéra ; et le moyen d'attacher et de procurer du plaisir par la représentation théâtrale, lorsqu'elle est dépourvue d'intérêt, ou que cet intérêt se réduit à une scène dans tout le cours de la pièce , au lieu qu'il doit commencer avec elle , et croître par gradation de scène en scène, jusqu'au dénouement? Les Italiens ont absolument banni et séparé la danse de leur opéra , et ont montré en cela autant de discernement que de goût. En France, au contraire, on regarde la réunion de la danse et du chant dans le même spectacle, comme un ^hef-d'œuvre de l'art et comme une preuve de la su* périorité de l'opéra français sur l'opéra italien. Belle chimère ! Prétention bien fondée ! Premièrement , -c'est le comble de la barbarie et du mauvais goût de ' mêler ensemble deux arts d'imitation, et si vous étudiez les premiers élémens du goût, vous sentirez que celui • qui imite par le chant ne doit jamais se trouver dans la même pièce avec celui qui imite par la danse , l'unité de l'incitation n'étant pas moins essentielle que l'unité de l'action. En second lieu, je mets en fait que ce mélange de danse et de chant détruit nécessairement l'intérêt, parce qu'à chaque fois le ballet arrête l'action, «t que lorsque la danse est finie , l'ame du spectateur est loin de l'impression qu'une scène touchante aurait
pu lui faire. Aussi les ballets ne sont si agréables et si désirés à l'Opéra , que parce que le poème est insipide et fh>id, et qu'il ennuie; mais dans une pièce véritable* ment intéressante , je défie le poète le plus habile , quelque art qu'il puisse avoir, d'amener un ballet sans arrêter l'action, et par conséquent sans détruire h chaque fois l'effet de toute la représentation. Remarquez que la danse peut être historique dans une pièce , comme la chanson. Donnez-*moi un génie sublime, et je vous montrerai Catherine de Médicis faisant ses préparatifs du carnage de la Saint-Barthélémy, au milieu des fêtes et des danses de la noce du roi de Navarre. Le contraste de la tranquillité apparente qui va faire éclore de si affreux forfaits, ce mélange de galanterie et de cruauté^ si je sais l'art d'émouvoir , vous fera frissonner jusque dans la moelle des os; mais je ne crains pas que vous puissiez avoir jamais vu rien de semblable sur le théâtre de l'Opéra, ni qu'aucun de ceux qui s'en mêlent soit en état d'en concevoir seulement l'effet. On ne nous donne sur nos théâtres que des jeux d'enfàns , parce qu'on sait bien qu'on ne joue pas devantdes hommes^ et que jusque dans les amusemens on redoute une certaine dignité et une certaine énergie.
MM. Sedaine et de Monsigny ne se sont pas doutés dû mauvais effet de ce mélange du diant et de la danse. Us ont voulu en tout se conformer au protocole de la boutique de l'Opéra français^ et le public leur a rendu justice en rangeant leur opéra dans la classe de ces ouvrages insipides et barbares qui seront enterrés sous le$ ruines de cette vieille masure ^ le jour que les Français sauront ce que c'est qu'un spectacle en musique.
aii COEBESPOITDANCE IM^DITE
M. le chevalier de Châtellux a écrit l'année dernière un Essai sur r union de la poésie et de la musique qui contient j de tr^s^bons principes que nos jeunes poètes surtout auraient dû étudier avec le plus grand soin. Pas un n'en a profité jusqu'à présent , et ri^n ne prouve mieux l'inutilité des préceptes et des poétiques. Un seul beau tableau apprend plus sur la peinture , que vingt traités qui traitent de l'art. L'écrit de M. le chevalier de Chât^llux n'a pas même fait de sensation. Il est vrai qu'il est uq peu fi*otd, et qu'on a de la peine à se feire à un ton si froid sur un art si plein de chaleur et d'enthousiasme; mais enfin cetébrit contient des vues toutà-fait neuves , du moins en France , et dont certainement aucun poète lyrique ne se dotite.
l'aiaussitâchéd'exposermesidéesdansr^/24^c/(>péjii^^ à V2A:tidePoçmeljrrique.S\ vous daignez le parcourir^ je le recommande à votre indulgence; je n'ai point eu le loisir de lui donner la perfiedion dont il aurait été suso^tible. Yens y trouverez peut*étre qudques vues trop hasardées et qui pourront même paraître extravagantes; mais je vous supplie de ne les pas rejeter légàrefitt^nt ; et si j'en avais le temps , je ne croirais pas impossible de les porter à un haut degi^é de probabilité* Au reste, je n'ai pas vu cet article imprime, et ne sais quel air il a dans ce ^foneux dictionnaire : car jusqu'à priésent les sages pcécautioi» du gouvernement nous préservent toujours efficabement du venin de V Encyclopédie j tandis qiae les provinces «et les pays étrangers sont abandomiés à l'activité de son poison. On a même mis M. Jje Brelon , premier imprimear ordinaire du roi, à la Bastille, pour avoir envoyé vingt.
OU vtngt-oinq ex^nlplaires à Versailles à dtfierens sou«r scripteurs. Ceui-ciont euim.ordredu rôi detappdrter leurs exemplaires à M. 1^ comte de Saint-Florentin ^ ministre et secrétaire d'Ét«t; Dans le fait, h gouvei^nèment n'a pas voulu punir ^ mais prévenir les criailleries des prêtres t surtout pendant l'asdèmblée du clergé, à laquelle on a voulu ôter le prétexte de faire des repré^ sentations à ce sujet. L'indiscret imprimeur, qui a potfr son compte l'intérêt de la moitié dans les frais et dans les profits de cette immense entreprise , est sorti de la Bastille au bout de huit jours de prison. Cette Ençjrclopédicj malgré toutes les traverses qu'elle a essuyées, ou plutôt par la célébrité que ces persécutions lui ont attirée, aura produit un profit de quelque cent mille écus à chacun des entrepreneurs. Aussi les libraires n'aiment rien tant que les livres dont les auteurs sont harcelés; la fortune est au bout. Mais si VEncyclopédm a enrichi trois ou quatre libraires, ceux-ci n'dnt pals cru devoir enrichir les auteurs de ce fameux dictionnaire. On sait que M. Diderot, sans les bienfaits de l'impératrice de Russie , aurait été obligé de se défaire de sa bilxlioihèque. M. k chevalier de Jaucourt, qiii , après M Diderot, a le plus contribué à mettre fin à cet ouvrage immense , non-seulement n'en a jamais tiré aucune récompense, mais s'est trouvé dans le cas de vendre une maison qu'il avait dans Paris, afin de pou-* -voir payer le salaire de trois ou quatre secrétaires, em-^ ployés sans relâche depuis plus de dix ans. Ce qu'il y a de plaisant, c'est que c'est l'imprimeur Le Breton qui a acheté cette maison avec l'argent que le travail du chevalier de Jaucourt l'a mis à portée de gagiier. Aussi
a3o CORRESPOlTDiNCE INÉDITE
ce Le Breton trouve que le chevalier de Jaucourt est un bien honnête homtne. Je ne connais guère de race plus franchement malhonnête que celle des libraires de Paris. En Angleterre , ï Encyclopédie aurait fait la fortune des auteurs; ici elle a enrichi des libraires sans sentiment et sans justice, et qui s'estiment de trèshonnêtes gens parce qu'ils n'ont pas pris de l'argent dans la poche des auteurs.