‹ Correspondance inédite de Grimm et de DiderotChapitre 26 sur 45 · SUR LES COMMISSIONS EXTRAORDINAIRES EN MATIÈRE CRIMINELLE · texte numérisé non relu

SUR LES COMMISSIONS EXTRAORDINAIRES EN MATIÈRE CRIMINELLE

On a distribué secrètement un écrit de plus de cent pages in-douze bien serrées , intitulé : des Commissions extraordinaires en matière criminelle avec cette belle épigraphe , tirée de Tacite , qui sera toujours la devise du souverain jaloux d'être un objet de vénération lorsque l'intérêt et la flatterie seront condamnés au silence : Nerva Cœsar res olim dissociahiles miscuit , principatum ae libertatem^Muxitquefacilitatemimperii Nerifa Trajànus. Tout considéré , il vaut mieux ressembler à Titus, à Trajan, aux Antonins, qu'aux Claude et aux Caligula. La circonstance actuelle du fameux procès en Bretagne a donné une vogue étonnante à cet écrit , qui a été attribué par quelques-uns à M. Lambert, conseiller au parlement de Paris, fort connu. La fin en vaut infiniment mieux que le commencement. L'auteur y repasse en revue toutes ces célèbres victimes qui ont été sacrifiées, endifTérens temps de la monarchie, par des commissions extraordinaires , à la haine et à U

puissance de leurs ennemis. L'auteur dit à cette occasion des choses fort touchantes; tout hon Français lira avec émotion sou apostrophe à Henri lY, et deux ou trois autres morceaux dé cette trempe. Mais le commencement de l'écrit est d'un pauvre homme. L'auteur s'y l'écrié sur la constitution française , admirable sans doute en ce que tous les ordres de citoyens y ont des prétentions, et qu'aucun d'entre eux n'a un seul dix>it incontestable et indépendant de la volonté du prince. J'appelle droit incontestable celui qui n'a jamais été disputé ni enlevé à un citoyen , et je n'en trouve pas qui' mérite ce nom en Fmnce, si ce n'est celui qu'ont les ducs de faire entrer leurs carrosses dans la cour royale, et les duchesses de prendrô le tabouret chez la reine* L'auteur de l'écrit dont nous parlons , ferait un code de droit public, à coup sûr pitoyable, s'il en était chargé. Il étend le pouvoir du souverain et la prérogative royale tant qu'on veut ; mais aussi il i*enouvelle toutes les prétentions des parlemens, qu'il veut nous &ire regarder comme les représentans de la na-tion. Il faut compter sur des lecteurs peu instruits dans l'histoire, quand on veut leur faire adopter ces maximes. Son début est surtout bien absurde : a Ce spectacle , a dit-il , si admirable d'un gouvernement heureux qui « sait accorder la puissance du souverain avec la liberté a légitime des sujets, que Rome ne fit qu'entrevoir sous <K le règne adoré des Trajans, nés pour la consoler un a moment de l'odieux despotisme sous lequel elle avait « gémfet sous lequel elle retomba, la constitution de la a monarchie française l'offre à l'Europe , sans interrup- « tion, depuis quatorze siècles. » Voilà qm est h'iQik

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trouvé ! Ce q>ectacle n'a-t-il pas été bien admirtUe 9000 le débooBaire Louis XI ? sous le tendre eaidioid de Rî« chelieu ? La Fr^çe , avec sa oonstkution taait vantée , a eu précisément l'avantage de Rome sous ses empereurs, et de tous les «npires de la terre, c'est-à-dire d'avoir été heureuse sous de bons rois , et d'avoir gémi sous le poids de l'oppression et de la calamité publique sous ses mauvais princes. Mais que les momens de bon* heur ont été rares en France comme partout ailleurs ! A peine l'auteur eA troiiverait-il deux ou trois dans l'intervalle de ses quatorze siècles. Un auteur de droit pu« blic qui raisonne comme le nôtre, peut se vanter d'être encore trois ou quatre siècles en arrière de la bonne philosophie.

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